Lire quatre bouquins en un week end demande moins d'effort que d'envoyer deux posts pour en faire la critique.
J'avais promis, voici:
J'ai découvert par hasard un nouveau venu dans le monde du thriller. Richard Montanari dont j'ai lu le premier opus, malencontreusement intitulé "Déviances". Ce titre
français est idiot, je le clame haut et fort. Parvenue au bout du bouquin, qui est un bon cru, je n'en ai toujours pas compris le sens.
Le titre américain était parfait: Rosary girls, qu'on aurait pu traduire par Les écolières au Rosaire (mais l'éditeur a peut-être craint que le
lecteur français, moins féru de religion que le lecteur américain, ignore ce qu'est un rosaire). Dommage, dommage. Le titre fait beaucoup pour l'intérêt d'un roman.
L'intrigue est tordue, le serial killer effroyable et les deux flics très typés. Un vieux briscard sur le retour, qui est en train de perdre son coéquipier, blessé lors d'une affaire précédente,
et qui accueille fraichement la nouvelle recrue, une jeune mère de famille qui se demande si elle doit ou non larguer le père de sa fille. Du classique, mais bien amené. La jeune femme est
d'origine italienne, ce qui nous vaut quelques descriptions savoureuses, et le briscard est irlandais (irlandais à l'américaine) ce qui suppose qu'il boit, rôte et entretient une relation
spéciale avec le ciel et les forces occultes (je verrais bien Sean Penn, moi).
Ils sont membres du PPD (Philadelphie Police Department) et la ville, affectueusement renommée Philly, est un des protagonistes principaux du roman. J'avoue affectionner ces ouvrages où
l'auteur s'attache à parler d'une ville qu'il aime, pour en décrire aussi bien le pire que le meilleur. Pour moi, Philadelphie, c'était avant tout le côté "Nouvelle Angleterre" un peu snob, et
j'ai adoré être confrontée à une cité pleine d'ombres, où tournoient les fantômes de boxeurs célèbres issues de la rue.
Un bon cru, je le répète. Kevin Byrne est bien séduisant et le jeune minette qui l'accompagne, l'inspecteur Jessica Balzano, une fois qu'elle se sera débarrassée de son macho d'italien de mari,
devrait évoluer de manière sympathique.
L'écriture est sans fioritures, mais de qualité.
A suivre, car on nous annonce un nouvel opus, avec les deux flics désormais partenaires.

A noter, là aussi, la traduction impec de Fabrice Pointeau. J'insiste car certaines traductions ne servent pas vraiment l'original.
Le quatrième et dernier plus tard, il ne faut pas pousser (et puis je file à Carcassonne, manger chez Frank Putelat dont on m'a dit le plus grand bien.)
Avec les vacances revient le surcroit de travail car, comme chaque année, la même quantité de boulot est faite par deux fois moins de personnes. (La
maladie ne prend pas de vacances et un rapport alarmant signale qu'il manquerait 4800 praticiens hospitaliers pour combler les trous des RTT. Je confirme))
La question cruciale est donc: vaut-il mieux partir en vancances avant, pour être en forme face au double de travail au retour...ou après pour
s'échouer misérablement d'épuisement pendant les deux premières semaines de congés vu qu'on vient de bosser deux fois plus?
Pour cette année, ma réponse est après. Je serai en vacances fin août et d'ici là je passe mes week ends affalée sur un transat, incapable de bouger un orteil tandis que
crapahutent les randonneurs. Mon activité principale consiste à boire des cafés, tout en vérifiant que les pages du roman restent bien à l'ombre.
Ce week end j'ai descendu quatre bouquins, rien que ça.
La femme en vert, d'Arnaldur Indridason, (Points Seuil) est excellent. j'avais fait la connassance de son commissaire Erlendur dans l'opus précédent,
La Cité des Jarres. Un nouveau flic cabossé qui vient des brumes, une ambiance, des personnages attachants et attachés à une terre particulièrement rude, l'Islande,
convulsions, soubresauts, violence étouffée. Très intéressant. Un pays si petit que les gens n'y portent que des prénoms, et l'intrigue entière du premier roman repose sur cette utilisation
particulière que font les Islandais du nom patronymique, pour eux prénom de leur père. C'est un usage ancien qui s'est perdu dans les autres pays du Nord de l'Europe, mais qui est une des clés de
l'énigme.
Dans La femme en vert, Erlendur (un prénom, donc) reprend du service à la recherche d'un fantôme, un squelette qui date de dizaines d'années. Dans
un parallèle comme je les adore, le flic est confronté à sa fille malade, comateuse sur un lit d'hopital et le mort d'autrefois l'aide à affronter des relations filiales houleuses. Bref du
bon polar. Une mention particulière au traducteur. Eric Boury.

Après quoi, Les Démons de Barton House, de Minette Walters, qu'on ne présente plus. Elle fait partie des
Anglaises (en gras et surligné). Dans la lignée des George, PD James, ou Rendell. Ses premiers romans, la Muselière, ou Cuisine
Sanglante étaient de petits bijoux, pour leur étude au scalpel d'une certaine hypocrisie anglo-saxone. Plus violent et plus cru que les chères grand-mères, Agatha C. et Patricia
Wentworth. Un petit coup de mou sur les deux derniers, mais elle renoue ici avec son meilleur style. C'est une intrigue touffue, qui met en scène des personnages hors du commun par leur parcours,
leur histoire, leur violence. Une partie du roman est à mon avis remarquable car elle évoque des événements insoutenables avec une grande économie de phrases, de comparaisons et de mots. (Et ce
n'est pas donné à tout le monde, je vous le dis!). Une femme brillante, grand reporter en Afrique, puis en Irak, réfugiée dans un de ces manoirs anglais comme on les aime (perdu dans la campagne
et isolé, bien sûr) pour fuir des souvernirs effroyables. S'est-elle cachée assez loin du monde?
Là aussi, traduction excellente de Odile Demange.

Demain, les deux autres.
J'ai aussi vu Harry Potter (Quelle débauche d'énergie!). A suivre.
Vous aurez noté que La
collecte des Monstres est publié chez Gallimard.
l histoire c est de la merde les personnages sont pas réalistes et c est tellement triste que j en vomirais si je vous conseil si vous aimez les histoires très très triste. "
Voilà...
Je vous le laisse tel quel.
De qui s'agit-il? Quel est l'auteur ainsi livré à la vindicte populaire?
Errant sur les sites en commande en ligne, je viens de découvrir avec ravissement que "Petits arrangements avec l'infâme" est déjà annoncé (comme encore indisponible,
bien entendu, mais vous êtes invité à laisser votre e-mail si vous souhaitez être averti de la disponibilité de l'oeuvre). Je caracolais, allant de bouquin en bouquin, car on vous propose
toujours d'autres achats proches de celui que vous venez de faire.
D'une manière que je ne m'explique pas vraiment, de Connelly en Mankel, de Rendell en Vargas, j'arrivai à Camus (ben, si, La Peste! voilà le lien avec Vargas -"Pars vite et reviens
tard"- NDLR)
Bref, La Peste et Camus sont évalués, comme tout un chacun.
Les bras m'en tombent un peu: j'ai une meilleure note que lui... ( Je me demande bien ce qu'il faut faire de ça?????? Pleurer, ne vous en déplaise...)
Je vous livre cet avis éclairé d'un internôte (de Saint Tropez) qui ne mâche pas ses mauts.
Ne pas apprécier Camus, voilà qui ne me gêne guère (car Sartre me gave grave comme dirait l'internaute tropézien), mais le "c est de la dobe" me parait un chouïa
inapproprié.
Camus est lumineux. Voilà.
Comme la terre blanche d'Algérie, et m'embêtez pas!
La prochaine fois: J kif pa Voltère !
Note au tropézien: Daube, et non pas dobe. Merci. (avec petits oignons, quelques carottes, et des petits lardons. Ne pas hésiter à laisser mijoter pour attendrir la viande)
L'excellent Aloysius Chabossot demande à ses lecteurs quels sont les cinq romans qui ont le plus marqué leur vie, ceux qui les ont bouleversés, ceux après
lesquels ils n'ont plus été les mêmes...
Une masse de commentaires, qui démontrent d'ailleurs combien on aime les lettres et les discussions autour des bouquins dans ce pays (et malgré tout ce que l'on peut dire, ce goût de l'arbre à
palabres autour de la littérature est salutaire)...
Je vous fait donc cadeau de mes bouleversements littéraires, plagiant honteusement Monsieur Chabossot (qui doit faire un de ces jours un article sur ce beau sujet) car j'ai trouvé dommage de ne
pas avoir en retour les coups de coeur de mes commentateurs favoris.
- Le comte de Monte Cristo, d'Alexandre Dumas, lu dix ou douze fois et que je peux donc commencer par le quatorzième ou le trente deuxième chapitre. A ceux qui ne
connaissent pas le grand Alexandre ou qui croient, à tort, qu'il s'agit là de lecture de collégien, je dis: halte-là! Chef d'oeuvre! Tout y est: l'amour, la mort, la vengeance, la
douleur, le remords, et c'est une des oeuvres les plus romantiques qui soient (voir le sens du mot romantique ici). Ceci dit, les Trois Mousquetaires ne sont pas mal non plus!
- Le seigneur des anneaux, de Tolkien, mais je sais que j'ai, sur le blog, peu de lecteurs à convaincre. Le coup de génie est, pour moi, la création d'une mythologie
universelle, avec ses symboles et ses créatures.
- Les Faux Monnayeurs de Gide (et tout Gide, ajouté-je, car la perfection en matière d'écriture est bien de ce monde)
- L'après-midi bleu, de William Boyd, pour son souffle romanesque et l'abord de thèmes qui me tiennent à coeur.
- Pour le cinquième un choix cornélien:
L'Hôtel New Hampshire, de John Irving; des personnages attachants, un roman initiatique ?
Le Capitaine Fracasse, de Théophile Gautier. Une autre oeuvre romantique - le sens du mot ici ;-) également - Un roman de cape et
d'épée tourbillonnant, écrit par un peintre qui décrit la moindre nuance des pourpoints des duellistes. Mais il y a aussi des enfants cachés, des adultères, des retrouvailles, des méchants à
poignard, un duc ombrageux, une comédienne blonde, un Gascon courageux. ?
Le Maitre des Illusions de Donna Tart, livre cultissime suivi de dix ans de silence ?
Le choix de Sophie, de William Styron ?
Voila qui révèle beaucoup d'un individu. Tant pis.
Damned! j'ai failli oublier Cent ans de solitude de Garcia Marquez. Khassiopée, ne m'arrache pas les yeux, por favor!
..."J'ai bien une inclination coupable pour les romans policiers - mais je tiens ceux que je lis pour de la haute littérature. Il m'est particulièrement
pénible, certains jours, de devoir m'extirper de la lecture d'un Connelly ou d'un Mankell pour aller répondre au coup de sonnette de Bernard Grelier ou de Sabine Pallières, dont les
préoccupations ne sont pas congruentes aux méditations de Harry Bosch, le flic amateur de jazz du LAPD, spécialement lorsqu'ils me demandent:
- Pourquoi les ordures sentent dans la cour?"...
L'inénarrable concierge en chaussons Scholl de Muriel Barbery (si vous n'avez pas entendu parler d'elle, c'est que vous habitez le
pôle Nord, ou que vous venez d'avoir un bébé), qui laisse brailler téhéfun dans le vestibule tandis qu'elle se repait de documentaires confidentiels dans son salon, et appelle ses
chats Léon (parce que Tolstoï) , Dongo (parce que Fabrice Del) ou Karénine (parce qu'Anna), se nourrit donc aussi de littéraure polardeuse.
Entre deux réflexions sur l'inanité de la phénoménologie et la brillance de Kant, elle lit "Le Poète", qui met en échec tous les flics des Etats Unis, ou se délecte des états d'âme d'un
policier suédois un peu empoté.
Voilà qui me plait bien, comme vous pouvez l'imaginer!
Très stimulant, lu entre Bordeaux et Toulouse ce matin dans un Corail effroyablement sale. Le livre est à la mode comme
celui dont je me plaignait l'autre jour, mais pour celui-ci, il serait dommage de passer à côté.
La langue est parfois si riche qu'elle nous égare un peu. Eh bien, tant pis! Revenez donc sur les longues phrases scandées par les virgules et les pronoms relatifs. Cela fait du bien de se
concentrer.

Mais pourkoâ, pourkoâ, suis-je donc insensible à ce truc?
Le génie est officiellement déclaré. Les éloges sont dithyrambiques. Quelque part entre Jane Austen et Dickens, avec un chouia de JK Rowlings.
Vous pensez si je me suis précipitée. Moi qui adore l'occulte, l'à peu près anglo-saxon, l'étrange et l'anticartésien. Moi qui ai lu douze fois le Seigneur des Anneaux (dont la
première je le rappelle, en bossant mon certificat de cardio, ce qui fait que je vous déconseille de faire un infarct. à côté de moi). Moi qui ai dévoré la geste de l'Assassin Royal par
40 de fièvre! Je suis un grognard de la littérature fantastique, un ancien combattant de la fantasy.
J'étais excitée comme une puce. J'ai longuement hésité entre les deux présentations: tout noir ou tout blanc. Je m'étais prévu un petit week end de lecture. Quatre jours pour dévorer le chef
d'oeuvre.
Pfffff! Je rame.
Je sais que, dans ce type d'ouvrage, l'exposition est souvent longue. C'est vrai; le temps que tous les personnages soient décrits, les caractères plantés, la carte des contrées imaginaires
dressée...
Mais bon. IL NE SE PASSE RIEN.
Les deux héros sont transparents.
La description minutieuse de leurs faits et gestes est sans intérêt.
En plus, ils n'aiment pas les Français, ces cuistres!
Arrivée à mi-bouquin, j'ai jeté l'éponge. J'avais, au préalable sauté les passages ou Wellington (ou Nelson, je ne sais même plus) perd l'armée française sur les routes du Portugal. Pffffff!
J'ai dû louper quelque chose.
J'en attendais trop, peut-être?
Je reviens à Jane Austen.
Lecteurs de Femme actuelle, c'est ici que je parle de Marc Lévy.
Je n'en renie pas un seul mot. La dérive du mot "romantique" est un de mes combats!
Un ouvrage romantique c'est un ouvrage dans lequel il y a un chateau noir se dressant sur une falaise, des fantômes trainant leurs chaines, des rochers sur lesquels une épave s'est échouée, avec des naufrageurs qui viennent nuitamment sur un chemin escarpé dépouiller des victimes encore pantelantes.
L''héroïne a de longs cheveux noirs et la peau pâle car elle est atteinte du syndrome de Lasthénie de Ferjols (ça veut dire qu'elle se taille les veines en secret pour en faire couler le sang, d'où son teint blafard). L'héroïne est définitivement brune. Le blond n'est pas romantique.
Le héros fait peine à voir. Ses parents sont morts en lui laissant un lourd secret. Sa famille est atteinte d'une tare héréditaire qui l'empêche d'aimer. Et d'ailleurs, entre vent, tempête et vaisseaux qui se brisent sur la ligne des falaises sur le coup de minuit, l'amour ne triomphera pas!
C'est ça le romantisme. Relisons Barbey d'Aurevilly, ça fiche un sacré coup au moral!
L'avis des lecteurs.