L'excellent Aloysius Chabossot demande à ses lecteurs quels sont les cinq romans qui ont le plus marqué leur vie, ceux qui les ont bouleversés, ceux après
lesquels ils n'ont plus été les mêmes...
Une masse de commentaires, qui démontrent d'ailleurs combien on aime les lettres et les discussions autour des bouquins dans ce pays (et malgré tout ce que l'on peut dire, ce goût de l'arbre à
palabres autour de la littérature est salutaire)...
Je vous fait donc cadeau de mes bouleversements littéraires, plagiant honteusement Monsieur Chabossot (qui doit faire un de ces jours un article sur ce beau sujet) car j'ai trouvé dommage de ne
pas avoir en retour les coups de coeur de mes commentateurs favoris.
- Le comte de Monte Cristo, d'Alexandre Dumas, lu dix ou douze fois et que je peux donc commencer par le quatorzième ou le trente deuxième chapitre. A ceux qui ne
connaissent pas le grand Alexandre ou qui croient, à tort, qu'il s'agit là de lecture de collégien, je dis: halte-là! Chef d'oeuvre! Tout y est: l'amour, la mort, la vengeance, la
douleur, le remords, et c'est une des oeuvres les plus romantiques qui soient (voir le sens du mot romantique ici). Ceci dit, les Trois Mousquetaires ne sont pas mal non plus!
- Le seigneur des anneaux, de Tolkien, mais je sais que j'ai, sur le blog, peu de lecteurs à convaincre. Le coup de génie est, pour moi, la création d'une mythologie
universelle, avec ses symboles et ses créatures.
- Les Faux Monnayeurs de Gide (et tout Gide, ajouté-je, car la perfection en matière d'écriture est bien de ce monde)
- L'après-midi bleu, de William Boyd, pour son souffle romanesque et l'abord de thèmes qui me tiennent à coeur.
- Pour le cinquième un choix cornélien:
L'Hôtel New Hampshire, de John Irving; des personnages attachants, un roman initiatique ?
Le Capitaine Fracasse, de Théophile Gautier. Une autre oeuvre romantique - le sens du mot ici ;-) également - Un roman de cape et
d'épée tourbillonnant, écrit par un peintre qui décrit la moindre nuance des pourpoints des duellistes. Mais il y a aussi des enfants cachés, des adultères, des retrouvailles, des méchants à
poignard, un duc ombrageux, une comédienne blonde, un Gascon courageux. ?
Le Maitre des Illusions de Donna Tart, livre cultissime suivi de dix ans de silence ?
Le choix de Sophie, de William Styron ?
Voila qui révèle beaucoup d'un individu. Tant pis.
Damned! j'ai failli oublier Cent ans de solitude de Garcia Marquez. Khassiopée, ne m'arrache pas les yeux, por favor!
l histoire c est de la merde les personnages sont pas réalistes et c est tellement triste que j en vomirais si je vous conseil si vous aimez les histoires très très triste. "
Voilà...
Je vous le laisse tel quel.
De qui s'agit-il? Quel est l'auteur ainsi livré à la vindicte populaire?
Errant sur les sites en commande en ligne, je viens de découvrir avec ravissement que "Petits arrangements avec l'infâme" est déjà annoncé (comme encore indisponible,
bien entendu, mais vous êtes invité à laisser votre e-mail si vous souhaitez être averti de la disponibilité de l'oeuvre). Je caracolais, allant de bouquin en bouquin, car on vous propose
toujours d'autres achats proches de celui que vous venez de faire.
D'une manière que je ne m'explique pas vraiment, de Connelly en Mankel, de Rendell en Vargas, j'arrivai à Camus (ben, si, La Peste! voilà le lien avec Vargas -"Pars vite et reviens
tard"- NDLR)
Bref, La Peste et Camus sont évalués, comme tout un chacun.
Les bras m'en tombent un peu: j'ai une meilleure note que lui... ( Je me demande bien ce qu'il faut faire de ça?????? Pleurer, ne vous en déplaise...)
Je vous livre cet avis éclairé d'un internôte (de Saint Tropez) qui ne mâche pas ses mauts.
Ne pas apprécier Camus, voilà qui ne me gêne guère (car Sartre me gave grave comme dirait l'internaute tropézien), mais le "c est de la dobe" me parait un chouïa
inapproprié.
Camus est lumineux. Voilà.
Comme la terre blanche d'Algérie, et m'embêtez pas!
La prochaine fois: J kif pa Voltère !
Note au tropézien: Daube, et non pas dobe. Merci. (avec petits oignons, quelques carottes, et des petits lardons. Ne pas hésiter à laisser mijoter pour attendrir la viande)
Vous aurez noté que La
collecte des Monstres est publié chez Gallimard.
Avec les vacances revient le surcroit de travail car, comme chaque année, la même quantité de boulot est faite par deux fois moins de personnes. (La
maladie ne prend pas de vacances et un rapport alarmant signale qu'il manquerait 4800 praticiens hospitaliers pour combler les trous des RTT. Je confirme))
La question cruciale est donc: vaut-il mieux partir en vancances avant, pour être en forme face au double de travail au retour...ou après pour
s'échouer misérablement d'épuisement pendant les deux premières semaines de congés vu qu'on vient de bosser deux fois plus?
Pour cette année, ma réponse est après. Je serai en vacances fin août et d'ici là je passe mes week ends affalée sur un transat, incapable de bouger un orteil tandis que
crapahutent les randonneurs. Mon activité principale consiste à boire des cafés, tout en vérifiant que les pages du roman restent bien à l'ombre.
Ce week end j'ai descendu quatre bouquins, rien que ça.
La femme en vert, d'Arnaldur Indridason, (Points Seuil) est excellent. j'avais fait la connassance de son commissaire Erlendur dans l'opus précédent,
La Cité des Jarres. Un nouveau flic cabossé qui vient des brumes, une ambiance, des personnages attachants et attachés à une terre particulièrement rude, l'Islande,
convulsions, soubresauts, violence étouffée. Très intéressant. Un pays si petit que les gens n'y portent que des prénoms, et l'intrigue entière du premier roman repose sur cette utilisation
particulière que font les Islandais du nom patronymique, pour eux prénom de leur père. C'est un usage ancien qui s'est perdu dans les autres pays du Nord de l'Europe, mais qui est une des clés de
l'énigme.
Dans La femme en vert, Erlendur (un prénom, donc) reprend du service à la recherche d'un fantôme, un squelette qui date de dizaines d'années. Dans
un parallèle comme je les adore, le flic est confronté à sa fille malade, comateuse sur un lit d'hopital et le mort d'autrefois l'aide à affronter des relations filiales houleuses. Bref du
bon polar. Une mention particulière au traducteur. Eric Boury.

Après quoi, Les Démons de Barton House, de Minette Walters, qu'on ne présente plus. Elle fait partie des
Anglaises (en gras et surligné). Dans la lignée des George, PD James, ou Rendell. Ses premiers romans, la Muselière, ou Cuisine
Sanglante étaient de petits bijoux, pour leur étude au scalpel d'une certaine hypocrisie anglo-saxone. Plus violent et plus cru que les chères grand-mères, Agatha C. et Patricia
Wentworth. Un petit coup de mou sur les deux derniers, mais elle renoue ici avec son meilleur style. C'est une intrigue touffue, qui met en scène des personnages hors du commun par leur parcours,
leur histoire, leur violence. Une partie du roman est à mon avis remarquable car elle évoque des événements insoutenables avec une grande économie de phrases, de comparaisons et de mots. (Et ce
n'est pas donné à tout le monde, je vous le dis!). Une femme brillante, grand reporter en Afrique, puis en Irak, réfugiée dans un de ces manoirs anglais comme on les aime (perdu dans la campagne
et isolé, bien sûr) pour fuir des souvernirs effroyables. S'est-elle cachée assez loin du monde?
Là aussi, traduction excellente de Odile Demange.

Demain, les deux autres.
J'ai aussi vu Harry Potter (Quelle débauche d'énergie!). A suivre.
Lire quatre bouquins en un week end demande moins d'effort que d'envoyer deux posts pour en faire la critique.
J'avais promis, voici:
J'ai découvert par hasard un nouveau venu dans le monde du thriller. Richard Montanari dont j'ai lu le premier opus, malencontreusement intitulé "Déviances". Ce titre
français est idiot, je le clame haut et fort. Parvenue au bout du bouquin, qui est un bon cru, je n'en ai toujours pas compris le sens.
Le titre américain était parfait: Rosary girls, qu'on aurait pu traduire par Les écolières au Rosaire (mais l'éditeur a peut-être craint que le
lecteur français, moins féru de religion que le lecteur américain, ignore ce qu'est un rosaire). Dommage, dommage. Le titre fait beaucoup pour l'intérêt d'un roman.
L'intrigue est tordue, le serial killer effroyable et les deux flics très typés. Un vieux briscard sur le retour, qui est en train de perdre son coéquipier, blessé lors d'une affaire précédente,
et qui accueille fraichement la nouvelle recrue, une jeune mère de famille qui se demande si elle doit ou non larguer le père de sa fille. Du classique, mais bien amené. La jeune femme est
d'origine italienne, ce qui nous vaut quelques descriptions savoureuses, et le briscard est irlandais (irlandais à l'américaine) ce qui suppose qu'il boit, rôte et entretient une relation
spéciale avec le ciel et les forces occultes (je verrais bien Sean Penn, moi).
Ils sont membres du PPD (Philadelphie Police Department) et la ville, affectueusement renommée Philly, est un des protagonistes principaux du roman. J'avoue affectionner ces ouvrages où
l'auteur s'attache à parler d'une ville qu'il aime, pour en décrire aussi bien le pire que le meilleur. Pour moi, Philadelphie, c'était avant tout le côté "Nouvelle Angleterre" un peu snob, et
j'ai adoré être confrontée à une cité pleine d'ombres, où tournoient les fantômes de boxeurs célèbres issues de la rue.
Un bon cru, je le répète. Kevin Byrne est bien séduisant et le jeune minette qui l'accompagne, l'inspecteur Jessica Balzano, une fois qu'elle se sera débarrassée de son macho d'italien de mari,
devrait évoluer de manière sympathique.
L'écriture est sans fioritures, mais de qualité.
A suivre, car on nous annonce un nouvel opus, avec les deux flics désormais partenaires.

A noter, là aussi, la traduction impec de Fabrice Pointeau. J'insiste car certaines traductions ne servent pas vraiment l'original.
Le quatrième et dernier plus tard, il ne faut pas pousser (et puis je file à Carcassonne, manger chez Frank Putelat dont on m'a dit le plus grand bien.)
Trop fort!
J'ai reçu, en avant-première, le roman de ma Kamarade Solenn Colleter.
(Tout ceci fait très chic. En réalité Solenn m'a remis l'oeuvre lors d'un repas de Noires). Quel plaisir snobissime que de
faire partie de la crème qui accède à l'oeuvre avant le citoyen lambda qui lui, ne la découvrira que le 22 août. Je me sens trop "gratin germano-pratin" (avec vent d'autan, tout de
même)!
Je ne boirai plus que des expresso à 2 euros 40 dans des bars ultra-branchés! Vais tutoyer PPDA, moi!
Je me dois cependant de préciser que tout a commencé à l'automne 2006 par l'arrivée, dans ma boite à lettres, d'un e-mail amical assorti d'une pièce jointe, aussitôt
enregistrée sous le vocable "roman solenn".
Voila. J'ai donc lu les 397 pages d'une seule traite (et fait les remarques exigées par l'auteur, qui souhaitait des premiers lecteurs impitoyables. Je n'étais pas la seule première lectrice. Il
y en a une autre bien plus mégère que moi, je m'empresse de le clamer haut et fort!).
J'avais écrit un texte qui commençait par "Solenn, va jusqu'au bout avant de criser STP"... et se terminait par: " J'ai progressé dans ton roman sans interruption, avec beaucoup
d'émotions, d'interrogations, d'identification."
Après quoi, j'ai pris mon téléphone pour lui expliquer pourquoi je trouvais ça bien.
J'ai relu le livre de Solenn Colleter, découvert brut de pomme il y a
huit mois.
J'avais, à la première lecture aimé et la forme et le fond. Je confirme.
Solenn aborde un sujet assez peu connu du grand public, même si les branchés de la capitale s'y reconnaissent volontiers: celui du bizutage dans nos prestigieuses grandes écoles.
Mais là n'est pas le seul sujet du livre qui tourne, me semble-t-il autour de l'identification à l'héroïne, Laure, soumise à un bizutage crétin, violent et sexiste et qui vacille tout au long du
texte: abdiquer ou non?
Le mérite de Solenn est bien de ne pas nous donner de réponse claire, nous obligeant, page après page, à nous poser intimement la question: qu'aurais-je fait? Elle vient titiller
les plus ambivalents de nos sentiments.
J'avais déclaré, en entrant en médecine, que je n'étais pas bizutable. Et j'ai tenu. Mais les enjeux n'étaient pas les mêmes. En refermant Je suis morte et je n'ai rien appris, ma
réponse n'est plus si définitive.
Rentrée littéraire.... Demain?
Hier au soir, Telerama était accessible (miracle!) c'est à dire rangé sous la huche à pain dans la cuisine, là où il doit se trouver pour
que l'on puisse consulter le programme.
Ce qui m'a permis de noter qu'en fin de soirée, sur une obscure chaine du cable passait un de mes films préférés, j'ai nommé Les demoiselles de Rochefort, de Jacques
Demy, avec Dorléac et Deneuve.
Télérama était bien sûr dithyrambique à souhait, avec 3 T noirs et une de ces critiques qu'il ne réserve qu'à Woody Allen, John Cassavettes et ce réalisateur slovaque si
novateur en VOST..
C'est plus fort que moi. Chaque fois que je vois les soeurs jumelles, j'ai envie de m'habiller en orange et de parler en alexandrins. Tadam tadoudidadam!
Ce matin en me levant, j'avais encore dans la tête les délicieux couplets kitsch, la voix ténue de Darrieux, les entrechats de Gene Kelly sur la musique ultra-sucrée de Michel Legrand, les
pirouettes de Chakiris et de son copain le forain, en jean blanc et chemise flashy dans un Rochefort aux façades claires. Les marins tout de blanc vêtus y sautent et cabriolent sans
que frémisse le pompom rouge de leur calot.
Nous voyageons
De ville en ville
On nous appelle les forains
La route est notre domicile...
Il ne s'y passe rien. Tout est léger, éthéré, poétique, On y cherche l'idéal, et parfois on le trouve. Les textes sont exceptionnels:
Je vais en perm à Nantes
Ah l'astuce est étonnante!
J'adore le dernier plan.
Tadamtadoudidadam! Encore!
Note préventive: ce film est TOUT sauf romantique! ;-)

L'avis des lecteurs.