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Cinq leçons sur le crime et l'hystérie
Editions du Seuil, 
9 octobre 2008

 

 

 

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  Qui-est-l-auteur.jpg De la littérature, du polar, des cours d'éditage, des avis sur tout, des conseils à ne pas suivre...

 

Cours d'éditage

Lundi 12 février 2007 1 12 /02 /2007 21:31
Il en faut dans les romans, coco, sinon, c’est pas vendeur.
Faut du sexe aussi, coco, sinon, t’as pas le best seller !
Rien de plus simple, et rien de plus dix mille fois écrit.
Comment faire original ? Comment faire que Robert (j’emprunte à Syven qui ne m’en voudra pas) entre dans le lit de Marie-Clotilde (oui, Bob a des prétentions aristocratiques, ya pas de raison !) sans que le lecteur ait l’impression d’avoir déjà lu deux cents fois les étreintes, les préliminaires et la conclusion (qui est tout à fait attendue de surcroît : Robert se fait Marie-Clotilde, on s’en doutait depuis la page 23).
Plusieurs options :
1. Platitude : Robert prit Marie-Clotilde dans ses bras, l’embrassa tendrement, la conduisit jusqu’au lit où ils s’allongèrent. Ils firent l’amour toute la nuit.
Avantage : on voit bien ce qui s’est passé.
Inconvénient : c’est, comment dire, peu poétique.
2. Sexe pour lectrices de Mary Higgins Clark: Le désir de Bob était ravageur. Il se jeta sur Marie-Clotilde frémissante, l’emporta sur sa couche où il lui fit connaître enfin la montée de l’extase. (ou à peu près)
Avantage : la ménagère s’excite
Inconvénient : c’est ridicule. Personne ne s’allonge sur une couche.
3. Elliptique : Robert enlaça Marie-Clotilde qui comprit enfin le sens des battements de son cœur. Au matin, elle leva sur lui un regard émerveillé.
Avantage : Les enfants peuvent lire
Inconvénient : Ont-ils couché, oui ou non, nom d’un chien ?
4. Sexe pour lecteurs de roman noir : Bob n’avait jamais touché une femme sans que cela lui porte malheur. Cette Marie-Clotilde, avec ses seins lourds et son ventre de jeune déesse allait encore provoquer des catastrophes. Et d’ailleurs, il était incapable de… Ah merde !
Avantage : Bob est maffré. C‘est normal, il est dans un roman noir
Inconvénient : Autant se pendre tout de suite !
 
Je viens d’écrire une scène d’amour, cela m’a pris cinq heures dimanche après-midi, pour quinze lignes que j’espère délicates, explicites et émouvantes.
 
Par Patricia Parry - Publié dans : Cours d'éditage
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Vendredi 16 mars 2007 5 16 /03 /2007 08:26
A la récurrente question, "Comment trouver un éditeur? ", j'ai l'outrecuidance de répondre: "par la poste".
Oui, je sais que les statistiques sont contre moi. Cependant je connais personnellement plusieurs auteurs (dont votre servante) qui ont rencontré leur éditeur en envoyant leur précieux manuscrit par la poste.
Ils sont donc lus? Faut croire. Et je vous jure que les éditeurs dont je parle ne sont pas des moindres.
Je m'autorise, dans le genre, "Tante Béa vous donne des conseils" , à vous rappeler quelques points cruciaux:
-         Choisissez votre éditeur.
Si vous avez écrit un précis sur la pêche, inutile de l'envoyer à un éditeur de polars.
Si la maison d'édition ne publie que des auteurs étrangers (et donc des traductions) ne gaspillez pas vos timbres.
-         Il existe des éditeurs en dehors en dehors de Galligrasseuil.
Une "petite maison", qui parfois prend grand soin de ses auteurs peut se révéler un choix gratifiant. Et il ne faut pas hésiter à faire de multiples envois une fois la cible définie.
-         L'éditeur sait lire (si, si, je vous assure)
Les fautes d'orthographe, de grammaire et de style découragent le lecteur potentiel à un point que vous n'imaginez peut-être pas. ( Ou alors votre style propre doit être sacrément percutant pour les faire passer, c’est Tante Béa qui vous le dit). Je m'autorise à faire cette remarque car je reçois un certain nombre de manuscrits par le biais du blog. Le lecteur de la maison d'édition reçoit des centaines de manuscrits. Aidez-le à repérer le votre.
-         Il y a des conventions de présentation
Etre rebelle est fun. Cependant,  une police usuelle (type Time, ou courier),  un nombre de lignes limité à 25 par page, une marge suffisamment large et une impression recto simple sont bienvenus. Cf supra.
Le titre sera annoncé sur la page de garde, de même que le genre du roman. : « Ma vie depuis le lycée », roman autobiographique.
 
-         Vos premiers lecteurs vous aiment trop
Est-il prudent de faire confiance à votre maman, votre copine et vos enfants qui vous assurent que c’est excellent et que « quand on voit toutes les nullités publiées chaque jour, il n’y a pas photo avec votre œuvre » ?
J’irai plus loin : le discours sur les blogs est souvent dithyrambique. « Tu es génial… C’est super…Tu écris trop bien… ».  Trouvez-vous des premiers lecteurs impartiaux. La plupart du temps, il y a un quart du texte qui pourrait être supprimé (je sais de quoi je parle). Oui, je sais, tous nous avons nos tics d’écriture, dont nous sommes très fiers. La vie est faite de petits renoncements.
 
-         Il faut raconter une histoire
Et pas forcément la votre. La majorité des premiers romans étant autobiographique, il y a de la concurrence.
Je vous renvoie à Syven et Roanne pour le travail sur la structure de votre roman. L’histoire doit se tenir, les personnages doivent avoir de la consistance. Cent fois sur le métier, donc…
A ce propos « Ma vie depuis le lycée », roman autobiographique, n’est probablement pas une bonne option.
C’est tout pour aujourd’hui…
 
Par Patricia Parry - Publié dans : Cours d'éditage
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Samedi 28 avril 2007 6 28 /04 /2007 17:49
Ah, les bonnes vieilles expressions glanées ça et là ! Ma référence reste le récit du XIXe, romantique de préférence.
La servante y est accorte, l’hidalgo toujours fier, l’aube est souvent nouvelle, et minuit y est l’heure du crime.
Peut on échapper aux clichés ?
Une récente conversation (lourdement agrémentée de Champagne, je me dois de le dire) entre les polardeuses et noires toulousaines (Emmanuelle Urien, Fabienne Ferrère, Solenn Colleter, Magali Duru) m’a menée aux confins de la clichéitude. La règle du jeu était de les aligner sans vergogne.
Après tout, on pourrait penser que la capacité à user du cliché démontre avant tout que nous avons des lettres. On les a bien pris quelque part, non ?
Un vieux sage au visage buriné.
Une superbe liane bronzée
Une jeune fille au regard d’émeraude.
Un accent à couper au couteau.
Un sourire éclatant.
Un bon chien fidèle
Un regard noir. Un regard à vous glacer le sang. (si de surcroît c’est le vieux sage au visage buriné qui vous transperce d’un regard à vous glacer le sang, vous êtes cuit)
Un moine patelin (le moine a toujours l’air patelin. Les romantiques devaient être anticléricaux)
Vif comme la foudre (ou la poudre, c’est selon).
Rapide comme l’éclair, frais comme un gardon, d’une beauté à couper le souffle, mince comme un fil.
Une maison battue par les vents (elle est en Bretagne).
Liste interminable et à mettre à jour aussi souvent que possible.
Car le cliché est votre ennemi, sachez-le. Il parasite malignement votre style. Parfois même, quand vous n’en avez pas (de style) il noie votre texte dans une désolante banalité.
Exemple:
Le vieux marin était assis sur la falaise, son visage buriné battu par les vents du large. Une pluie diluvienne s’abattit sur les épaules de la jeune égarée, noyant ses longues mèches brunes et voilant son regard d’émeraude. Elle était d’une beauté à couper le souffle, une superbe liane bronzée. Elle avait du sang gitan, se dit le vieil homme. (du sang gitan ! Je raconte vraiment n’importe quoi).
Elle lui jeta un regard noir.  Mais il lui renvoya un sourire éclatant, un sourire de bon chien fidèle (le chien fidèle qui sourit ! je touche le fond). Il se leva d’un bond (encore un !), vif comme l’éclair.
-         Je t’attendais, Nooana ! (eh ben pas nous, tiens !) dit-il, la voix blanche (une voix noire, c’est comment ?), avec un accent breton à couper au couteau.
 
Virez les clichés ! C’est le moment de la relecture mes petits !
NOTA: pour tout vous avouer j'ai piqué la superbe liane bronzée quelque part (le "quelque part" se reconnaitra et sera sans rancune quand il saura que je fais un mea culpa: en effet, j'ai collé le même cliché dans le texte que je viens d'envoyer à mon éditeur. Je m'en suis rendue compte à ce moment-là. Le premier lecteur a dû bien se marrer - ou faire la grimace.)
Par Patricia Parry - Publié dans : Cours d'éditage
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Dimanche 17 juin 2007 7 17 /06 /2007 14:12

A la demande générale de Bool, je me colle aux clichés des thrillers d'été. Il est temps que je me lance dans la fabrication d'un best-seller mondial nomdidiou. 

Or donc: 
"Cause this is thriller, thriller night
And no one's gonna save you from the beast about to strike
You know it's thriller, thriller night
You'r fighting for your life inside a killer, thriller tonight...."


Je ne vous ferai pas la chorégraphie qui va avec car je n'arrive pas à la cheville chaussettée de blanc de Michaël.

La scène se passe aux Etats Unis.

Car soyons clairs, le serial killer n’a pas droit de cité dans la France profonde. Ou alors, c’est un type un peu débilou qui subit les influences d’une sorcellerie venue du fond des âges, arrosée d’un petit schnaps. Si le sérial killer est français, on entre dans les habituelles complications psychologiques inutiles au bon déroulement d’une intrigue qui guigne l’adaptation ciné par Spielberg : sa mère est abusive, ou sa grand-mère a subi un viol durant la deuxième guerre mondiale, ou il existe un secret trans-générationnel…N’importe quoi…
Le serial killer vit donc à LA, ou à Chicago (New York et Boston sont réservés à Madame Higgins Clark). Une incursion dans le Nevada est toujours bienvenue. Elle nous permet quelques lignes sur le désert, les cactus, les coyotes ululants, et les casinos.
Le killer a subi l’influence d’une éducation religieuse qui l’a profondément perturbé car il ne tue qu’en s’inspirant de l'Ancien  Testament (et c’est horrible, je vous assure, des douze péchés capitaux aux 102 plaies d’Egypte). Pafois même, il s'inspire de l’enfer de Dante car l’auteur est diplômé de Harvard ou de Yale (La quatrième de couverture nous le proclame). C'est alors un cultival killer.
Ça tombe bien : un complot vient d’être ourdi par l’Eglise catholique, qui se refuse absolument à ce que soient révélées les galipettes de Marie Madeleine et les tentations homosexuelles de Jésus (car soyons honnêtes, que fricotait-il avec Judas, hein ???). Le public doit savoir !
Heureusement, le héros est là. Universitaire brillant, quadragénaire aux tempes grises (Non, l’auteur n’a jamais songé à George C. en écrivant son chef d’œuvre), célibataire, ou revenu des femmes. Dans ce dernier cas de figure, s’il est divorcé, son ex a du souci à se faire car elle va se faire assassiner dans les trente premières pages, punie pour sa luxure, son avarice ou son orgueil dans des conditions atroces. 
Des étudiantes à peine pubères, très bien élevées, campent devant la porte du héros. Il n’en a cure ! En effet la journaliste blonde  avec laquelle il se querelle depuis la page 42 (elle vote démocrate et bosse pour un canard d’extrême gauche, comme le Washington Post) va le réconcilier avec l’amour.. Veuillez noter que, bien qu'ayant terminé ses études, elle n'est cependant pas quadragénaire.
A eux deux, ils déjoueront les manoeuvres hypocrites des Jésuites et des télévangélistes, tout en courant autour de la planète : un saut en Toscane, un saut à Jérusalem, une cabriole à Paris (car it’s so romantic !)
Je te vois grimacer, Lecteur. Tu te dis, je le sens, que j’exagère et que le héros ne peut être aussi insipide que ça. Tu as raison !
Le héros n’est pas blanc comme neige ! Il  a un terrible secret, que l’auteur vous distillera goutte à goutte tout au long des 532 pages du pavé. Il a bu naguère, et fait partie des alcooliques anonymes – c’est là qu’il a rencontré sa première femme. Suivi en analyse par un psychothérapeute retors et mégalomane, il lui a avoué avoir été abusé dans l’enfance par le prédicateur au sourire Colgate qui passe à la télé. (celui du complot Jésuite + télévangéliste, vous suivez ?). C’est ainsi que l’auteur fait le lien entre le killer et le héros. Car rien n’est dû au hasard, et le héros sait bien que le killer ne s’adresse qu’à lui.
Le killer et le héros sont frères d’armes. Ils se ressemblent, au fond, l’un tourné vers l’ombre et l’autre vers la lumière. Abusés par le même Jésuite, soignés par le même psychiatre (qui est tellement à la masse qu’il ne planque pas ses dossiers médicaux), ils cheminent de conserve avec le lecteur vers un dénouement horrifique.
La journaliste blonde est capturée par le killer. Elle se révèle être la fille du télévangéliste, qui se voit obligé d’avouer ses crimes en direct sur CNN, tandis que, dans une course haletante, le héros et son psychiatre (qui a enfin compris que le killer est le jeune livreur de pizzas – ils sont crétins ces psychiatres ! Le lecteur avait deviné depuis longtemps), le héros et son psychiatre, disais-je accèdent à la caverne du monstre qui a pris l’habitude de se suspendre au plafond comme une chauve-souris.
La fin est apocalyptique ;  le psychiatre se fait zigouiller (Bien fait ! Il pose des diagnostics de bourrin) en lieu et place de la journaliste blonde, tandis que le killer s’échappe du bunker par une porte dérobée (un deuxième tome est prévu).
Le héros comprend, en visionnant les DVD du monstre, à quel point le télévangéliste leur a fait du mal à tous deux, et pose un regard désespéré sur la journaliste (fille d’icelui, je vous le rappelle).  Surtout qu'ils n'ont toujours pas couché.
Un avenir est-il possible pour eux deux ? 
Car ce serait trop cliché s’il y avait un happy end !
 
 
Par Béatrice - Publié dans : Cours d'éditage
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Vendredi 29 juin 2007 5 29 /06 /2007 21:22
La énième vison dans un polar tehefuneste d’un serial killer en goguette baptisé « schizophrène paranoïaque »  par le profileur de service, qui prend toujours un air pénétré pour poser ses diagnostics car il a un D.U. de criminologie, me fait tiquer pour la énième fois. Je me suis dit qu’il fallait que je m’y colle.
En effet, un schizophrène paranoïaque, ça n’existe pas, lecteur. C’est même tout à fait antinomique, et un interne de première année (et même le Dr Mamour qui est pourtant chirurgien) vous dirait qu’on est l’un OU l’autre, mais jamais l’un ET l’autre. Freud et Charcot se retournent dans leurs tombes (enfin, je dis ça…).
Bref il fallait que je m’y colle, pour donner aux apprentis polardeux quelques explications sommaires sur le maniement du concept psychiatrique. Je sais que vous n’attendiez que moi.
La représentation de la psychiatrie dans le monde du polar obéit à quelques règles sacrées, validées par des générations d'auteurs hantés par une rebelle attitude consensuelle. 

L’hôpital psychiatrique tout d'abord. 
Il est forcément asilaire.  Encore mieux : l’hôpital est sur une île, perdue au milieu de l’Atlantique, et on y interne des fous meurtriers. Le vent souffle, le mer monte, la tempête se déchaîne. Coincé sur l’îlot battu par la pluie, notre héros affronte de grands psychotiques qui errent, abrutis par les neuroleptiques. Il avise le plus timbré, celui qui pose un regard halluciné sur l’horizon, et…tadadam !...C’est le psychiatre !
 
Car le psychiatre est fou ! Sinon, c’est d’un quelconque !
Ou alors, gniark, gniark, gniark…le psychiatre est le meurtrier ! Ah ça…Très bon, coco. C’est vendeur ! (Sans rire, il paraît que dans la vraie vie, Hannibal Lecter n’était pas psychiatre, mais avocat…. Ça le fait moins, avouez-le !). A la fin le psychiatre est puni. C’est bien fait : il expérimentait d’horribles thérapeutiques sur des patients innocents qui ne sont même pas fous. Ah, ah, ah, ah, ah, ah (rire démoniaque…) !. 
Autre poncif : l’enquêteur (le flic, le journaliste, l’universitaire…) n’est pas net. D’ailleurs, il a bénéficié d’une thérapie (avec un psychiatre un peu dingo lui aussi car le psychiatre bien dans sa tête est une option aussi rare que le grec ancien à l'oral du Bac S).
Bien sûr l’enquêteur n’est pas un grand fou (encore que, il y a quelques exemples de révélations finales assez rigolotes). C’est généralement un petit fou qui a subi un traumatisme infantile (son père l’attachait au radiateur avec ses draps mouillés quand il avait fait pipi au lit, son frère aîné a tondu ses Barbies…as you want).
Le psychiatre porte un nœud pap, des lunettes en écaille, et ne s'exprime que par borborygmes (mmmh ? mmmmmmmmh ?). Tu parles comme il aggrave le trauma infantile. L’enquêteur n’est plus qu’une pauvre petite loque alcoolique. Mais il démasquera le thérapeute psychopathe, qui trompait bien son monde sous une apparente normalité (bon, le lecteur avait quelques doutes, car le psy ne pouvait recevoir ses patients qu’une fois ses trente stylos alignés par rang de taille sur le bureau et présentait un léger tic de la joue gauche).

C’est bien simple : la représentation de la psychiatrie dans le monde du polar, c’est un truc de fou. Les auteurs (et les lecteurs) ont des représentations auxquelles ils s’accrochent avec la dernière des vigueurs. Un lecteur d’une maison d’édition à qui j’avais adressé un manuscrit m’a répondu par une note de lecture fort détaillée, dans laquelle il indiquait qu’il trouvait l’intrigue excellente, mais que ma description de l’hôpital psychiatrique était par trop invraisemblable…(C’est vrai que c’est un sujet que je ne maîtrise pas bien héhéhéhé – rire ironique). Ce lecteur-là ne retrouvait pas son hôpital fantasmé dans mon hôpital réel . 


Shutter IslandEn attendant, je vous invite à jeter un œil sur Shutter Island, de Dennis Lehane. Tous les clichés précédemment décrits y ont trouvé leur place…. Eh bien, si malgré ça vous trouvez la clé de l’énigme, Martine vous offre mon poids en nougat. En effet, les codes y sont superbement détournés, le lecteur va de surprise en surprise, et la description de la folie est teinte d’une poignante humanité. La langue est précise et fluide et les personnages campés avec une intelligence aiguë. Bref, un pur plaisir de lecture.

Par Béatrice - Publié dans : Cours d'éditage
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Jeudi 25 octobre 2007 4 25 /10 /2007 08:25

Répondre, là, tout de go, que "oui, il faut donner son avis" relève à mon avis d'une délicieuse imprudence, voire, j'irai plus loin, d'une fort naïve impudence. 
L'auteur est un petit être fragile (Solenn Colléter ne me contredira pas) qui doit être ménagé.
Aussi suis-je très précautionneuse lorsque, dans un élan altruiste (et idiot, il faut bien le reconnaitre), je décide de répondre aux demandes d'avis qu'on m'envoie via le blog ou le courrier électronique. L'exercice est plus que difficile, et j'insiste sur le point suivant: Je ne suis que la lectrice lambda. Je n'ai aucune prétention à être un arbitre de la littérature. Si je fais la moindre remarque, elle a la même valeur que n'importe quelle autre. Je suis juste quelqu'un qui adore lire et lit beaucoup. 

Mais venons en au fait, car j'élude, j'élude...

Il y a, en effet, plusieurs races d'auteurs:
L'auteur mégalomane qui vous demande, non pas un avis, mais une validation de son génie. Toute remarque est prise de manière persécutoire avec, parfois, insultes à l'appui (Non mais, pour qui elle se prend celle-là?).  Ex:
- Comment trouves-tu le livre de Maman, ma chérie?
- Pfff! J'sais pas trop....J'aurais quelques critiques...
- Comment ça, des critiques??? Les enfants ne parlent pas à table, d'abord! Et puis c'est l'heure d'aller au lit! Prends ta tisane, et que ça saute!
( Non mais! Qu'est-ce qu'elle y connait, cette mioche?)

L'auteur en doute permanent qui vous demande, non pas un avis mais la validation de son incapacité. Là, être encore plus prudent que prudent...
Ex:
- Chère pôtite Môman adorée, je voulais te dire qu'à la page 259, il y a une virgule qui casse un peu la phrase... Non que cela ralentisse le rythme haletant de ton roman, mais...euh... J'ai été obligée de relire...
- Voilà! Voilà! Je savais bien que ce truc était minable! Tu n'es pas allée au-delà de la page 259, hein? Avoue! ... Alors que tu avais lu Marc Lévy jusqu'au trognon? Je renonce à la littérature! Je me lance dans la pâtisserie, tiens! 

L'auteur méconnu persécuté par les maisons d'éditions, mais dont les proches adorent le style. 
Ex:
- Maman, tu as reçu un courrier de Galligraseuil. Ils veulent peut-être te publier. J'ouvre?
- NOOOON! Pas la peine! C'est un refus! Tu penses bien qu'ils n'acceptent jamais de manuscrits par la poste! Ils les lisent pas, d'abord! 
- Pourtant Grand-mère, Tante Rose et mon prof de SVT trouvent qu'il est super ton bouquin!
- Ouais! On ne tient jamais compte de l'avis du public! Ah! Si j'étais la fille de Sheila!
(Note: le sentiment de persécution de l'auteur s'appuie parfois sur des éléments de réalité tangibles, ce qui rend le diagnostic de paranoïa assez périlleux)

L'auteur qui n'a pas lu les excellents conseils de Syven  ou de Monsieur Chabossot et qui ne se relit pas.
Ex:
- Maman, pourquoi il y a des fôtes d'ortograf et de français dans ton bouquin?
- Ah, ça va! Tu n'en fais jamais, toi peut-être? Et puis, il est temps d'écrire comme on parle! ça suffit la littéraure d'intello! 

L'auteur qui raconte sa vie trépidante: 
Ex:
-
Maman, pourquoi tu racontes le déjeuner chez Tante Rose?  Tu crois que ça va intéresser les gens qui ne connaissent ni Tante Rose ni Oncle Albert?
- Décidément, tu n'y comprends rien! C'est l'universalité du propos qui compte! 

Vous pensez bien que je me reconnais dans tous ces malheureux, pour lesquels j'éprouve une vraie tendresse. Ils ont présenté leur bébé le coeur battant et ne recueillent que remarques mitigées.
C'est donc en m'appuyant sur cette connaissance de l'âme humaine, personnelle et universelle, que  je viens de décider que "Non, je ne dois  pas donner mon avis aux auteurs qui le demandent". (Sauf si je les trouve  très bons, mais là, c'est trop facile!).  Mais pour qui je me prends, d'abord?

Zordar et Bool donnent un avis sans que j'ai sorti mon fusil ni menacé de faire de la cuisine (et je vous assure que la menace est grave!) 
Demain, je vous parlerai des Premiers Lecteurs, ceux-qui-donnent-leur-avis.

Par Béatrice - Publié dans : Cours d'éditage - Communauté : SOIF DE LIRE...
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Samedi 27 octobre 2007 6 27 /10 /2007 12:00
Je ne vous parle ici que du lecteur missionné, et non du lecteur lambda, celui qui comme vous et moi lit le dernier Petit sorcier dans sa véranda en espérant passer un bon moment. Il s’agit donc du béta-lecteur, à qui, pauvre de vous, vous avez eu l’impru/pudence de demander un avis sur texte.
Le voilà qui contemple votre oeuvre, se frottant les mains de satisfaction. Il a mis ses grosses chaussettes de laine car les soirées deviennent fraîches. Il ajuste ses bésicles. Il boit sa gorgée de tisane. Ah, ah ! Il va pouvoir critiquer ! (Ça c’est moi, découvrant les textes qui s’amoncellent dans ma boite-mail… Je plaisante…Je n’ai pas de besicles, seulement d’adorables lunettes de grand couturier)
De même qu’il y a plusieurs races d’auteurs, le critico-lectorat ( ou Béta-lectorat) se divise en plusieurs espèces.
 
Le lecteur béat :
-         J’adore cke tu fais. Trop génial ! Surtout le passage à Los Angeles !
-         Mais mon roman se passe à Toulouse
Soyons clairs. Celui-là ne vous aide pas
 
Le lecteur qui a des lettres :
-         J’ai l’habitude de beaucoup lire, cher Maître (On ne rit pas. « Cher Maître » est arrivé à Solenn Colléter) et votre prose me rappelle celle de Victor Hugo. Ces descriptions foisonnantes, ces dialogues si riches, ces comparaisons si audacieuses
-         Mon polar ? Hugolien ? Ben je voyais pas si loin !
Celui-ci est agréable, mais sujet à caution.
 
Le lecteur un chouïa sadique (il écrit lui-même et est très technique)
-         La ponctuation est malencontreusement employée. Les dialogues sont indigestes. Votre emploi du participe passé est périlleux et les sentiments du héros ne sont pas clairement exprimés.
-         Ben…Il faut bien accorder le participe passé quand le complément d’objet direct est placé avant le verbe ? Non ?... Non ?
Celui-là est terrible ! Il a parfois raison.
 
Le vrai jaloux  (il faut se faire plaisir de temps en temps. La position masochique n’est  pas supposée être permanente)
 - Texte imbuvable, stile nul.  Les lettre de Voltaire ne son pas crédible. La description de    l’hôpital psy me fait rigolé ! Je ne comprend pas comment on peux écrire aussi mal. On se demande comment certain son publier  (alors que j’ai moi-même envoyer à Gallimar qui ne s’est même pas fendu d’une réponse !)
 
Le lecteur qui veut plier votre texte à son style propre (à mon avis, c’est le plus grand danger. Quand on écrit soi-même, il faut savoir prendre de la distance) :
-         L’auteur : La jeune fille a les bras en croix. Elle tournoie lentement dans l’eau noire où se reflète une lune pâle. Son vêtement rouge se gonfle sous l’effet de faibles vagues.
-         Le lecteur : Super ! Mais je l’aurais écrit comme ça :  La meuf fait l’avion. Elle fait la toupie sur la flotte glauque et on voit la lune. Son sweat satanique fait ploc ploc… (ça en jette plus, non ?). Qu’est-ce que vous en pensez ?
Celui-là… Je n’en pense rien. Mais je l’ai rencontré. Là (lisez les commentaires.)
 
Le vrai pro (ou le véritable ami)
Bon là, ami auteur, rien à dire. Si votre ego est normalement dimensionné, la critique du vrai pro, sincère et véritable comme disent les comptables, vous fait un peu de mal et beaucoup de bien. (Si votre ego est légèrement hypertrophique le vrai pro ne deviendra jamais votre ami. S’il était votre ami, c’est mort…)
Il n’est peut-être pas trop tard pour vous inscrire au club AOC [Auteurs Ouverts à la Critique], dont Lucile qui commente ici-bas, est la présidente.


 
 
 
Par Béatrice - Publié dans : Cours d'éditage - Communauté : SOIF DE LIRE...
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Dimanche 16 décembre 2007 7 16 /12 /2007 09:58

Est-il bête! C'est lui qui le fait vivre, non?
Elisabeth George l'a fait, soulevant les protestations indignées des aficionados (mais comme c'est encore tout frais, je ne dirai pas QUI est la victime).
La mort d'un héros récurrent, annoncée à grands coups de trompette avec paris sur comment, où et pourquoi est un événement médiatique sans précédent. Les lecteurs sont furieux, l'auteur devient l'homme à abattre et l'éditeur est content.

Pourquoi tuer votre héros récurrent?
Parce que vous avez planté la description initiale: 
Pas de héros trop exotique ou vous le paierez toute une vie d'auteur.  Brainstorming exigé avant de faire de votre enquêteur séduisant un Kosovar fraîchement immigré. Ou alors, soyez au top sur les Balkans.
Bien que gardant Poirot au chaud, Agatha C. décrit  dans plusieurs romans un personnage de romancière foutraque, Ariadne Oliver, qui déteste son personnage récurrent. Ariadne a eu la mauvaise idée d'en faire un Finlandais alors qu'elle ne connaît  rien à la Finlande et se trimballe depuis les remarques acides des lecteurs voyageurs qui lui renvoient son inculture. (C'était avant la mode du polar nordique, notez le. Agatha C. a-t-elle inventé le flic d'Arnaldur Indridasson?) Trop forte Milady!

Vous avez le droit de lui refiler un côté ténébreux en lui faisant pratiquer une discipline martiale rare (le Viet vo dao pendant des années, à vous de voir...)

Vous pouvez lui coller une Porsche. Vous vous débrouillerez ensuite des réflexions pincées. (J’ai tout entendu, y compris « La Porsche est une voiture de droite, tu aurais dû lui donner une Jaguar » ). Mais qu’est-ce que j’y connais aux bagnoles, moi, hein ? Et puis sa Porsche est une Carrera d’occasion, vous allez pas me prendre la tête ! Je vais te lui faire avoir un accident, moi ! Et pi j’y rachèterai une Deux Chevaux !  

Parce qu'il vous bouffe la vie:
Conan Doyle a craqué, en faisant disparaître Sherlock Holmes après un nombre raisonnable d'enquêtes résolues. Dévoré par son personnage, qu'il finissait par trouver imbuvable. Obligé de rappeler en permanence à ses lecteurs qu'il n'était pas Holmes et que le 220b Baker Street, n'existe pas. Contraint à cohabiter avec son génial détective alors qu'il ne rêvait que de romans "sérieux", de littérature blanche (et de tables tournantes, car l'homme était spirite convaincu)
Agatha Christie l'ose aussi, mais précise qu'Hercule Poirot ne pourra mourir qu'après elle (ce dernier opus publié post mortem dans lequel le petit Belge à moustache disparaît n'est d'ailleurs pas le meilleur).  
Ne créez pas un héros plus-que-parfait ! Que ferez-vous ensuite des demandes multiples de rendez-vous que les admiratrices d’Antoine Le Tellier vous envoient par brassées, hein ? Et si elles se couchent en travers de votre porte pour savoir où il habite ? 
Annoncez d’entrée qu’il n’aime ni les chiens ni les enfants, qu’il est  végétarien mais que Bouddha n’est pas sa tasse de thé, qu’il adore la corrida, et qu’il offre de la vraie fourrure à ses ex . Le temps que tout le monde se départage, vous aurez pondu les trois romans suivants. 

Parce que "Famille, je vous hais!":
Ben oui! On ne peut pas massacrer ses enfants, même s'ils éclatent leur forfait Orange ou écoutent Lorie en boucle. 
On doit respecter ses parents, même s'il vous appellent 18 fois pour savoir "si vous apportez la bûche à Noël" (Et prends-la chez Bébert, le seul pâtissier qui sait la faire. Oui je sais, deux heures de queue, mais tu sais bien que ton père ne digère que celle-là).
Et ce type si familier qu'il en est presque devenu votre frère, cet enquêteur que vous supportez jour et nuit, on ne pourrait pas lui mettre un petit coup de tronçonneuse? Attendez voir....

Parce que c’est trop fun !
Ça aiguise l’imagination.
Conan Doyle précipite Holmes au fond d’un précipice : Aaaaaaaaaaaaah !
Elisabeth George envoie des coups de feu (faible…faible…Je lui en veux)
Agatha C. fait de la mort de Poirot la clé de son énigme (Impérial)
Avantage à Conan Doyle qui, sous la pression et les lettres d’insultes, fait renaître son héros de ses cendres (J’imagine l’état d’excitation de l’éditeur…). Jeté dans le canyon, c'est bon, pas de corps, pas de traces. La résurecction est possible.  He'll be back.
Quant à votre servante, elle réfléchit…
Une Deux Chevaux piégée ?

Par Béatrice - Publié dans : Cours d'éditage - Communauté : SOIF DE LIRE...
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Mercredi 26 mars 2008 3 26 /03 /2008 08:12

Allez, un peu de réflexion sur ce blog qui part en quenouille, je vous le dis…
 

Inspirée par les questions de Dominique, qui m’a interviewée pour Theyrani.com, je lance la polémique :

Qu’est-ce qui rend votre engagement légitime ?

Je m’appuie sans vergogne sur le coup de gueule de Béatrice, à qui on fait remarquer, in L’ombre de Montfort, qu’elle a un peu trop le sens du look :


-
        
Oui, oui, je sais, je joue les hussards de la république en mules Prada. Et alors? Il n'y a que les  crétins qui s'imaginent qu'il faut être bab en sabots suédois avec des locks et fumer des pétards pour être bon avec les patients!


Ben oui.


Pourquoi les sabots hideux seraient-ils indispensables ? En quoi sont-ils le garant de votre sincérité ?  Je revendique haut et fort cette pose très latine qui veut ce qui est utile doit être beau, et inversement.

 

Par Béatrice - Publié dans : Cours d'éditage
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