AZF, c'est mon premier contact avec la presse et les journalistes.
Dans les ruines de l'usine et de l'hopital, surgissent les vautours. TF1 a bien sûr la palme, mais aussi, à mon grand regret, France 2, avec Envoyé Spécial, qui truque ses reportages.
Surgissent aussi les politiques, avec un Ministre de la Santé en pantalon multipoches, quoique sans sac de riz sur le dos, qui vient se faire photographier et filmer devant l'usine, mais ne traverse pas la route pour serrer la main des malades à l'hopital, sous les décombres.
On est après le 11 septembre. Est-ce un attentat?
"Vincent Nadal, du Nouveau Journal, veut faire un article de fond sur l’explosion d’une usine de produits chimiques quasiment en pleine ville, à quelques dizaines de mètres d’un hôpital, d’écoles, d’habitations. Trente morts, des dizaines de disparus, cinq mille blessés, une ville coupée du monde pendant vingt quatre heures, une atmosphère de guerre. Il veut traiter le sujet sous l’aspect de ses conséquences humaines. En même temps, il est comme tous les journalistes de France et de Navarre: il déplore la terreur, mais il se dit que si c'est un attentat, c'est un gros coup.
Il veut la rencontrer, elle, parce qu’elle s’occupe de patients atteints de troubles psychologiques, qu’elle était présente sur le lieu du drame, qu’elle a dû participer à l’évacuation de ses patients hospitalisés, qu’elle aura des remarques pertinentes et brillantes sur le syndrome de stress post- traumatique, la cellule d’urgence médico-psychologique.
Voici la question essentielle, en effet: les victimes ont-elles bénéficié d'un soutien psychologique?
Alors, finalement journaliste, c’est oui, j’ai envie de m’énerver un peu. Je te dirai la belle jambe que ça leur fait, aux victimes quand elles sont sanguinolentes et sans connaissance, d'avoir un psychologue qui leur tient la main!
Elle ne parlera pas de François, ni de New York, promis, juré. Elle parlera plutôt du ministre, venu parader en pantalon multi-poches, déguisé en médecin qu'il n'est plus depuis longtemps. "
Le 21 septembre 2001, c'est LA date. C'est terrible, mais pour les toulousains, elle a effacé le 11 septembre. Seuls comptent nos propres ruines et nos propres décombres.
Ce jour là, j'étais non loin de l'usine. Je travaille habituellement dans l'hopital situé en face, à quelques dizaines de mètres.
Déjà vu un hopital détruit?
C'est ce jour-là.
Mais il est vrai que c'était un hopital psychiatrique. Tout le monde s'en tape!
Alors, pour exorciser, j'écris. (avec des guillemets, car c'est un roman!)
"9h 52 :
Ce matin elle a rendez-vous avec monsieur Dumont, ce patient qu’elle connaît depuis des années : un bon vieux schizo des familles, tranquille comme Baptiste qui vient tous les mois pour le renouvellement de son ordonnance. Elle est rituellement en retard à chaque fois : si elle était à l’heure le patient serait étonné. Il a l’habitude, pour le rendez-vous de 9h30, de passer à 10 heures, immuablement. Elle a d’ailleurs essayé de retarder le rendez-vous : 10 heures la prochaine fois, monsieur Dumont ?
- Oh, non Docteur, j’aime mieux neuf heures et demie.
Elle passe la barrière de l’hôpital, klaxonne pour le concierge parce qu’elle a, comme à son habitude, oublié sa carte magnétique.
10h 15 :
Monsieur Dumont s’en va, petite silhouette rabougrie, son ordonnance soigneusement pliée entre deux doigts. Elle le regarde remonter tranquillement l’allée, oscillant de la compassion à l’agacement.
La journée d’automne est superbe, sans un souffle de vent. La lumière est dorée comme en Italie, la chaleur est douce. Elle enlève son pull.
10h17 : Le monde a explosé.
Malgré tout, elle a eu le temps de se tourner vers la fenêtre.
Elle a vu monsieur Dumont, qui s’éloignait doucement se renverser comme sous l’effet d’un coup de vent violent. Elle a vu, les uns après les autres les arbres du sentier se coucher. La secrétaire s’est jetée sur elle et elles ont roulé sous le bureau.
Alors le monde a explosé une deuxième fois, et avec lui l’hôpital.
Elle a pensé : Clémence, François…!
Après ça, il y a un blanc dans le fracas des verres brisés, et puis le silence. "
C'est fait! il est là, je le tiens. THE BOOK! Le LIVRE! Le ROMAN DU SIECLE!
Qui chantera correctement la joie de l'auteur qui tient son premier bébé entre les mains: papier glacé, couverture rouge, titre taggé en noir sur fond brique, quatrième de couverture sobre et de bon goût car écrite par moi....?
L'ombre de Montfort, 1218-2001, est publié aux Editions Empreinte, et distribué dans toutes les bonnes librairies...
Je rigole...
En pays d'Oc, car je suis de Toulouse, on le trouvera.
- Mais , pense le libraire du nord de la Loire, "comment un bouquin écrit par une provinciale et publié par un provincial pourrait-il attirer l'attention de la lectrice lambda (car j'ai appris que ce sont les femmes qui lisent et sont "prescriptrices"; j'adore ce mot puisque je suis médecin...), celle que les publicitaires appellent la ménagère de moins de cinquante ans, la crémière de Romorantin ?" (je ne connais pas Romorantin, mais le publicitaire lambda semble penser qu'il n'y a pas grand chose, et que la crémière n'a rien d'autre à faire que de regarder la pub à la télé).
Comment , donc, attirer l'attention de la dame?
Ai-je bien respecté tous les canons du genre? du suspense? de l'humour? un complot maçonnique? Romorantin sera-t-il conquis?
Revenons à nos moutons. Quatrième de couverture:
L’ombre de Montfort, 1218-2001
21 septembre 2001: Aux portes de la Ville Rose, l'explosion de l'usine AZF provoque la mort d’une trentaine de personnes et fait plusieurs centaines de blessés. Et si l'histoire avait commencé huit cents ans plus tôt? Par exemple, le 25 juin 1218: lorsque pendant le siège de Toulouse, Simon de Montfort, chef de la croisade contre les Cathares, fut tué d'un bloc de pierre lancé des remparts... Journaliste dans un grand hebdo parisien, Vincent Nadal cherche à rencontrer le médiatique docteur François de Montréjouls, des « Médecins de la Terre », qui serait impliqué dans la catastrophe d'AZF. Mais ce dernier a disparu depuis quelques jours, laissant sa femme, Béatrice, sans nouvelles. A la recherche de François, Béatrice et Vincent sont entraînés dans une quête à travers le monde, Toulouse, New York, puis Venise, Istanbul...et jusqu'aux portes du Moyen Orient. Ils vont être confrontés à un ennemi tapi depuis des siècles et à une énigme que connaissaient déjà les ancêtres de François, qui se croisèrent en Palestine, il y a huit cent ans. ça vous plait?
Ah, les villes! Toulouse, New York, Venise, Istanbul....
Oui, je sais, que fait Toulouse la-dedans? De Toulouse à New York, elle est bien bonne celle-là!
C'est quoi "cathare?"
C'est quoi AZF?
C'est qui Simon de Montfort?
Le complot...c'est pour bientôt...
L'avis des lecteurs.