- Vous pensez avoir quelque chose à me dire ?
- Je suis stressée, vous savez. C'est moi qui m'occupe de Valentine quand le docteur est de garde. La nuit et tout. J'ai peur de rester toute seule maintenant. Elle sera de garde demain. Et Monsieur Beaumont qui ne revient pas avant un mois.
- Monsieur Beaumont ?
- Son mari.
En même temps qu'elle parlait, elle désignait du menton un des cadres sur la cheminée. Julien se leva et le saisit pour se donner une contenance. C'était le portait d'un homme élégant, exceptionnellement beau. La merveille exotique avait ce front large et ce menton volontaire. La ligne des sourcils était identique, et ici le teint semblait d'abricot mûr, révélant une incontestable origine africaine ou antillaise.
Julien se demanda si là était la faille du docteur Mercier Beaumont, si c'était la nécessité de protéger cette petite fille à moitié d'ailleurs qui l'avait rendue si intransigeante, si vigilante et si vulnérable.
Il y avait donc un mari, séduisant, raffiné, qui donnait la clé du charme extraordinaire de Valentine, et l'orgueilleux se sentit presque humilié, sentant une fois encore combien était lourd le poids de son enfance, malgré les excentricités et les provocations dont la plus élaborée était son entrée dans la police, à un niveau qui avait fait s'étouffer son père de fureur. Non, il n'en était pas mort, Dieu veille sur ceux qui l'honorent ! Mais entre Maître Mornay, du barreau de Paris, et le docteur Mornay, psychiatre mondain, l'inspecteur Mornay faisait pâle figure. Maître Mornay senior, le notaire, s'arrachait la gueule chaque fois qu'il devait parler du plus jeune de ses fils. On ne pouvait en dire autant de Julien qui ne prononçait jamais le nom de son père.
Béatrice lui donnait une sacrée leçon de tolérance. Il connaissait bien les siens : heureusement pour elle, Valentine était belle et brillante ; toute défection aurait été attribuée aux origines de son père.
Elle arrivait. Porte qui claque, bruit des talons plats sur le carrelage du couloir. Il reposa la photo.
Elle entra. Baiser à la merveille, pendue à son cou, signe de tête à Sandrine. Pour lui un regard acéré, inquiet.
Elle n'avait pas dû passer une bonne journée : les pressions concernant Hassan avaient dû se faire plus fortes et il ne doutait pas qu'elle tenait sa ligne, en dépit de ses incertitudes.
Sandrine déversa ses doléances : le téléphone, les journalistes, le violeur dans la nature, les menaces. Elle s'abreuvait de littérature de caniveau, la princesse avait-elle un nouvel amant, la petite fille disparue était séquestrée par un grand-oncle pervers. Le monde était peuplé de pédophiles et d'actrices nymphomanes et la police ne faisait rien .
Béatrice eut un soupir excédé : elle avait eu les journalistes, les commentateurs télé, stupéfaits que passer sur le petit écran ne soit pas le principal objectif de son existence, les menaces implicites (si vous ne vous exprimez pas, le sujet sera peut être mal traité). Sans parler des malades, avec leur sens aigu de la réflexion percutante : "C'est vrai que vous avez laissé partir l'assassin de la petite, Docteur?"
Le secrétariat de direction avait appelé : le directeur souhaitait la rencontrer, avec le président du conseil d'administration. Elle avait mine de croire qu'il sollicitait un rendez vous et avait fait répondre qu'elle était prête à les rencontrer le lendemain à son bureau. Après tout, elle pouvait s'offrir de petites joies.
Mais là, Sandrine était la goutte d'eau.
Elle la dirigea fermement vers la cuisine, Valentine dans ses jambes, avant de revenir face à Mornay : elle envoya rouler ses chaussures sur le tapis avant de se pelotonner dans un des fauteuils, prouesse que lui permettait son petit gabarit.
- Vous vouliez d'autres renseignements ?
Absolument. C'est pour ça qu'il était venu. Pas pour titiller son masochisme en contemplant les photos de François Beaumont.
- Je voudrais savoir si Hassan est toxicomane... Si toutefois vous ne transgressez pas le secret médical en me donnant cette information ajouta-t-il prudemment.
Il n'avait pas envie de se faire remettre à sa place. Pas maintenant. Elle secoua la tête et répondit simplement :
- Non.
- On m'a pourtant dit le contraire.
Elle le regarda avec stupéfaction :
- Un collègue ? Un collègue vous a dit ça ?
- Madame Dubout. La surveillante.
- Oh !
Elle haussa les épaules avec un demi-sourire, puis répéta :
- Nordine n'est pas toxicomane, vous pouvez me croire. Il prend une cuite de temps en temps mais ça ne va pas plus loin. Ni toxiques, ni médicaments.
- Mais pour les vendre ?
Elle réfléchit :
- C'est ce que vous a dit Dubout ? Qu'il est allé au pavillon des enfants pour voler des médicaments afin de les vendre ?
- Oui
- C'est mal connaître Nordine. Je suis sûre que dès qu'il a mis le pied hors du pavillon, il a disparu dans la nature ! Ou alors, il aurait volé les cachets dans son propre pavillon. Faire le projet d'aller dans le pavillon voisin, voilà qui dépasse les capacités d'élaboration de ce malheureux. Il est dans l'instant présent. Point. Il sort du pavillon, il s'enfuit. Il va chez le boulanger, il pique des chocolatines. Après quoi, il s'installe à la terrasse de son café favori ! Mais bien sûr, si vous tenez compte de l'opinion de Dubout pour affiner les diagnostics médicaux !
Il s'était trompé. Dubout ne laissait pas le docteur Mercier Beaumont indifférente. Il reprit doucement :
- Je crains que l'opinion de madame Dubout ne devienne bientôt l'opinion publique.
Elle acquiesça, découragée :
- C'est terrible. Mais on ne peut pas accuser Nordine comme ça ! Je suppose que vous cherchez des preuves, des indices. Enfin quoi! Il ne suffit pas qu'il ait la tête de l'emploi !
Elle se battait pour Hassan, mais on l'accuserait de se défendre elle-même.
- Le docteur Meyer prétend que Hassan est dangereux.
Elle se détendit un instant :
- Ah, Jean ! Il vous a raconté son combat contre Nordine ?
- C'est un témoignage qui peut vous porter tort... lui porter tort, je veux dire.
Elle sourit :
- Oh, je suis assez tranquille : Jean ne témoignera de rien du tout et nulle part... Il relit six fois chaque document qu'il signe. Et puis bon, quel mobile aurait-eu Nordine pour tuer cette gosse ? Même si elle l'avait surpris, il criait "bouh !" et elle se sauvait à toutes jambes. Il faut un mobile pour assassiner quelqu'un !
- L'opportunité suffit parfois.
Le mobile c'était pour la galerie. C'est drôle comme parfois les mobiles étaient dérisoires. Et puis, Hassan n'était qu'un malade mental. Un fou a-t-il besoin d'un mobile ? Bien sûr que non ! Il tue parce qu'il est fou, pour assouvir une pulsion, parce qu'il est dehors au lieu d'être enfermé. Parce que le psychiatre l'a laissé sortir !
- Puis-je vous poser une autre question ? Il semble que le grand-père de Bernadette soit également hospitalisé à Saint Sauveur. Etes vous au courant?
- Quel rapport avec Bernadette ?
- Ecoutez, c'est vrai que Hassan est un suspect idéal. Mais c'est vrai aussi que cette gosse et Hassan, ça ne colle pas bien. Elle n'a pas été violée, contrairement à ce qui est répandu. Il est peu probable que Hassan ait été son amant. Il ne s'agit plus d'opportunité, mais de mobile. Pour avoir le mobile, il faut tenter de connaître Bernadette. J'ai vu ces parents...
Il marqua une pause. Elle approuva pleine d'intérêt:
- Même si je savais quelque chose sur l'hospitalisation de son grand-père, je ne pourrais rien vous dire, vous le savez bien. Vous êtes vous adressé à l'administration de l’hôpital ?
- Vous savez bien qu'ils ne communiqueront rien sans l'aval du docteur Delmas.
- Oui, c'est une passionaria du secret médical.
Elle le regardait d'un air désolé :
- Le but du secret, dit-elle gravement, ce n'est pas le secret en lui même, contrairement à ce que pensent certains de mes confrères. Le but du secret, c'est la protection de nos patients. De tous nos patients.
Hassan aussi.
- Avez-vous vu le t-shirt que Sandrine m’a offert ? Maman ne voudra pas que je le mette pour sortir.
La petite fille ne tutoyait pas, car on ne tutoie pas les étrangers. Elle ne se donnait pas le ridicule de sortir affublée d'un Walt Disney, car un peu de rigueur ne nuit pas dans le choix de ses vêtements. Ah, Tiphaine !
Il laissait son regard errer sur les meubles et les objets. Un masque Africain en bois précieux, les pommettes hautes, comme Valentine. Des cadres avec des photos de la merveille exotique. Sandrine déversait une litanie geignarde :
- J'ai décroché le téléphone. Je n'en pouvais plus de tous ces appels. Des journalistes. La télé. Parfaitement, la télé. Comment ont ils eu ce numéro, je vous le demande ? Le docteur est sur liste rouge. Que fait la police contre ça ?
Quelqu'un à l’hôpital, avait dû communiquer le numéro à un journaliste persuasif.
- C'est comme dans un film, reprenait Sandrine. Est-ce que le docteur pourra prendre un avocat pour se défendre ?
Valentine s'échappa un instant vers la cuisine où on l'entendit qui ouvrait des portes. Sandrine en profita pour se pencher vers Mornay, l'air mystérieux et scandalisé :
- Il y a même des gens qui ont appelé pour menacer. Oui Monsieur. Je n'osais pas le dire devant la petite. Pour dire que Madame Mercier Beaumont protège les violeurs et qu'elle va le payer ! Vous croyez qu'ils viendraient jusqu'ici ?
Elle s'arrêta pour reprendre son souffle avec une moue dégoûtée. L'excitation était perceptible. Elle n'avait pas encore bien choisi son rôle : victime des médias ou héroïne de feuilleton. En même temps, malgré cet intérêt un peu malsain, il était évident qu'elle était dépassée :
- Vous allez m'interroger ?
Julien remontait les cent mètres qui le séparaient de sa voiture. Il se sentait gluant. L'envie d'une douche le taraudait, irrésistible.
Il s'en voulait de n'éprouver aucune sympathie pour les Labeyrie et la dernière remarque lancée, comme la flèche du Parthe, n'était pas faite pour arranger les choses Pourtant, qu'y avait-il de commun entre Bernadette et Hassan, entre cette petite fille de bourgeois coincés et le fils des cités, psychopathe reconnu, à part leur séjour commun à l’hôpital Saint Sauveur?
Malgré tout, Béatrice Mercier Beaumont était livrée à la vindicte populaire et ses confrères la soutenaient du bout des lèvres.
Il avait une idée bien personnelle de ce que doit être la douleur des parents d'une petite fille assassinée. Les Labeyrie n'entraient pas dans son cadre. Il se fustigea : de quel droit ? De quel droit?
Mais le malaise ne le quittait pas. Son propre père avait bien assisté à l'enterrement de Tiphaine, le visage livide, soutenant sa mère défaillante ! Les Labeyrie étaient comme un écho lointain du couple Mornay, et Julien, qui avait ce filtre devant les yeux, s'en voulait de ne pas être neutre, de trouver le père trop démonstratif, la mère trop digne.
- Monsieur, hé Monsieur !
Une jeune voix le hélait, du trottoir d'en face. Il se retourna. C'était une jeune fille vêtue d'une manière conventionnelle, avec un carré de cheveux triste, l'air un peu inquiet.
- Monsieur, vous êtes la police ?
Il reconnut Thérèse, qui avait la bouche résignée de son père. Elle jeta un regard vers la maison. Mais nulle présence derrière les volets mi-clos.
Il traversa.
- Je m'appelle Julien Mornay.
- Vous êtes la police ? Je vous ai vu entrer. Je vous ai guetté. Maman croit que je sors à quatre heures. Elle ne m'aurait pas laissée vous parler.
L'adolescente était incolore, misérable, les épaules avachies. La ressemblance avec le père était criante. Nulle trace, chez elle de la blondeur triomphante de sa sœur qui explosait sur les photos malgré la maigreur indéniable. Cependant elle se rassurait au contact de Julien qui lui souriait avec douceur.
- Qu'est-ce qu'il lui est arrivé, à Bernadette ?
- Tes parents ne t'ont pas dit ?
- Pas bien.
Julien savait que tout vaut mieux que la semi-ignorance qui laisse vagabonder les jeunes imaginations. Il lui expliqua, avec des mots simples, s'interdisant les clichés sanglants. Elle avait l'air authentique, naturelle. Elle était un peu replète, aimant probablement les sucreries et le coca cola, s'il était autorisé chez les Labeyrie. Le sacrifice de Bernadette offrant à Dieu sa communion dans le jeûne avec les enfants ruandais avait dû être une sacrée humiliation. Il devina aussi qu'il y en avait eu d'autres et ne fut pas étonné quand elle dit brusquement :
- Bernadette, elle prenait les autres pour des imbéciles, elle se croyait la mieux.
Il laissa venir, hochant la tête :
- Tout le monde était débile elle disait : Maman, Papa, le docteur. N'empêche, elle était bien chez les fous comme le grand-père ! Et moi, je continuais à aller au collège ! Personne n'en parle de tout ça. Il faut rien dire, mais moi, je sais bien qu'ils sont d'accord avec le docteur...
- Le docteur Meyer ?
- Bien sûr. Et l'autre docteur aussi. Et puis elle se croyait la préférée de Papa, parce qu'il allait la voir en cachette. Elle ne mangeait pas tous ses repas et il repartait avec la nourriture dans ses poches. Et hier il y avait des biscottes du petit déjeuner dans son imperméable: elles sont tombées quand il l'a enlevé.
- Hier ? Ton papa l'a vue hier ?
- Ca, bien sûr, il ne l'a pas dit à Maman ! dit l'adolescente d'un air entendu.
Il resta un instant silencieux, ne sachant comment poser la question suivante. Il sentait que la volubilité de la jeune fille pouvait se tarir d'un seul coup s'il était maladroit : elle était dans un moment cathartique, vomissant devant un étranger la rancœur qu'elle aurait dû garder pour elle. Mais elle allait se reprendre et pleurer sa sœur perdue. Il se risqua :
- Elle te confiait des choses, Bernadette ?
- Vous pensez! grimaça l'adolescente, j'étais trop bête, moi !
- Tu ne sais pas si... elle avait un ami ? un petit ami?
La gosse blêmit. Une révolution s'était opérée sur son visage, presque adulte quelques instants auparavant, maintenant celui d'un enfant effrayé. Un flot de larmes noya le regard.
- Je sais rien dit-elle, je sais rien, d'abord.
Elle se sauva en courant, balançant maladroitement le sac où elle rangeait ses livres de classe. Il la vit disparaître dans la maison, qui l'avala.
Meyer et Mme Delmas avaient rencontré Mornay, et Jalons se demandait si une approche de sa part était nécessaire.
Meyer donna un compte rendu aussi fidèle que possible, glissant sur ses incartades verbales. Mme Delmas déplora qu'il eût donné autant d'informations, mais c'était une constante chez elle ; elle avait la passion du secret. Quant à elle, ne connaissant pas la victime, elle avait clairement mis en avant son absence de responsabilité.
-"Il n'y a, dans le système hospitalier français, aucun lien de subordination entre le chef de service, qui a une fonction d'organisation pure, et les praticiens, seuls responsables de leurs prescriptions. J'ignore dans quel cadre s'est effectuée la prise en charge de Nordine Hassan. Voyez avec son médecin."
Meyer ne put s'empêcher de sourire : c'était bien la première fois qu'il l'entendait revendiquer son absence de pouvoir sur Mercier Beaumont !
- Et Hassan court toujours ! dit Jalons qui fumait cigarette sur cigarette.
Il se pencha vers les deux autres:
- Il semble acquis que c'est Hassan, n'est ce pas ?
Les deux médecins se consultèrent du regard : il valait mieux rester prudent. Meyer laissa parler son aînée : elle avait l'art des phrases creuses.
-"Le fait est que Hassan peut être dangereux et il est regrettable que Mme Mercier Beaumont n'ait pas lancé les recherches dès vingt deux heures."
Elle n'en dirait pas plus mais c'était lourd de sens. A vingt deux heures, Bernadette était encore vivante.
- Est-il vrai qu'il ait... euh... violenté l'enfant ?
- Il n'y a pas eu de violence sexuelle, dit Meyer. C'est ce que prétend la police.
- Comment ça ? dit Jalons stupéfait, Hassan n'était pas son amant tout de même ?
- Certainement pas dit vivement Meyer. Vous oubliez que Bernadette était ma patiente ! Il faut croire qu'elle avait... euh... quelqu'un d'autre...
- Mais c'est incroyable ! Quel âge avait-elle au juste?
Meyer lui jeta un regard par en dessous, avant de préciser prudemment :
- Treize ans. Mais je croyais que...
- Douze, corrigea sèchement Mme Delmas qui n'aimait pas les à-peu-près.
Jalons, abîmé dans ses réflexions, alluma nerveusement une autre cigarette, avant de répéter pour la troisième fois depuis le début de l'entretien :
- Nom de Dieu ! Pourquoi a-t-il fallu que ça tombe sur elle !
Pas de chance, non vraiment, pas de chance !
- Enfin, Meyer, poursuivit-il accusateur, qu'est-ce que c'est que cette histoire d'amant ?
- Mais je ne sais pas... balbutia Meyer acculé.
- Vous êtes sûrs que la police n'a pas d'information sur ...euh...notre arrangement ?
- Nous serons prudents. dit Mme Delmas qui lui jeta un regard furieux. Pourquoi ne se taisait-il pas cet imbécile ? Les choses non dites, les allusions entre gens de bonne compagnie, le rappel discret des services rendus, voilà ce qu'elle attendait de lui et non ces pleurnicheries de femelle.
Mais Jalons se foutait des simagrées de la Delmas. La mort de cette gamine n'allait pas rompre la toile qu'il tissait patiemment autour de ses électeurs.
- Pourquoi elle ? répéta-t-il avec irritation.
- Mais enfin, dit Mme Delmas agacée, cette enfant est morte, ne l'oubliez pas ! ça n'est pas dirigé contre vous que je sache ! Dans la mesure où nous ne sommes pas éclaboussés, nous pouvons faire preuve d'un minimum de compassion. Et j'en attendais, d'ailleurs, un peu plus de votre part !
Il rougit comme un gamin fustigé par l'institutrice. Il la détestait, comme un gamin. Pourtant il ne pouvait pas faire l'économie de sourires à la vieille peau. Oui, il la tenait, mais qu'est ce qu'elle avait à perdre en réalité? Alors que lui... Il était pieds et poings liés. Il alluma derechef une cigarette, mais c'était pour se donner une contenance. Sa course à la mairie était l'objet de plaisanteries. Pour l'instant président du conseil général, il n'avait droit qu'au conseil d'administration de l’hôpital psychiatrique, le maire s'étant réservé le véritable hôpital, le prestigieux, le général. Celui où l'on traite les gens normaux, pas les mabouls. La mairie était la première marche pour une carrière nationale. Il en devenait paranoïaque, ne concevant la vie que comme une succession de chausse-trapes. Tout événement qui le touchait, de près ou de loin, était considéré comme l’œuvre d'un ennemi : il n'était pas loin de penser que l'assassin de Bernadette soutenait son adversaire.
- Quand même, dit-il, si Hassan n'était pas son amant, il serait utile de savoir qui c'est...
- Oui, dit majestueusement Mme Delmas. Surtout si c'est son amant qui l'a tuée.
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L'avis des lecteurs.