Des livres...

  

Cinq leçons sur le crime et l'hystérie
Editions du Seuil, 
9 octobre 2008

 

 

 

Recommander

Recherche

Qui est l'auteur?

  Qui-est-l-auteur.jpg De la littérature, du polar, des cours d'éditage, des avis sur tout, des conseils à ne pas suivre...

 

Cours d'éditage

Dimanche 17 juin 2007 7 17 /06 /Juin /2007 14:12

A la demande générale de Bool, je me colle aux clichés des thrillers d'été. Il est temps que je me lance dans la fabrication d'un best-seller mondial nomdidiou. 

Or donc: 
"Cause this is thriller, thriller night
And no one's gonna save you from the beast about to strike
You know it's thriller, thriller night
You'r fighting for your life inside a killer, thriller tonight...."


Je ne vous ferai pas la chorégraphie qui va avec car je n'arrive pas à la cheville chaussettée de blanc de Michaël.

La scène se passe aux Etats Unis.

Car soyons clairs, le serial killer n’a pas droit de cité dans la France profonde. Ou alors, c’est un type un peu débilou qui subit les influences d’une sorcellerie venue du fond des âges, arrosée d’un petit schnaps. Si le sérial killer est français, on entre dans les habituelles complications psychologiques inutiles au bon déroulement d’une intrigue qui guigne l’adaptation ciné par Spielberg : sa mère est abusive, ou sa grand-mère a subi un viol durant la deuxième guerre mondiale, ou il existe un secret trans-générationnel…N’importe quoi…
Le serial killer vit donc à LA, ou à Chicago (New York et Boston sont réservés à Madame Higgins Clark). Une incursion dans le Nevada est toujours bienvenue. Elle nous permet quelques lignes sur le désert, les cactus, les coyotes ululants, et les casinos.
Le killer a subi l’influence d’une éducation religieuse qui l’a profondément perturbé car il ne tue qu’en s’inspirant de l'Ancien  Testament (et c’est horrible, je vous assure, des douze péchés capitaux aux 102 plaies d’Egypte). Pafois même, il s'inspire de l’enfer de Dante car l’auteur est diplômé de Harvard ou de Yale (La quatrième de couverture nous le proclame). C'est alors un cultival killer.
Ça tombe bien : un complot vient d’être ourdi par l’Eglise catholique, qui se refuse absolument à ce que soient révélées les galipettes de Marie Madeleine et les tentations homosexuelles de Jésus (car soyons honnêtes, que fricotait-il avec Judas, hein ???). Le public doit savoir !
Heureusement, le héros est là. Universitaire brillant, quadragénaire aux tempes grises (Non, l’auteur n’a jamais songé à George C. en écrivant son chef d’œuvre), célibataire, ou revenu des femmes. Dans ce dernier cas de figure, s’il est divorcé, son ex a du souci à se faire car elle va se faire assassiner dans les trente premières pages, punie pour sa luxure, son avarice ou son orgueil dans des conditions atroces. 
Des étudiantes à peine pubères, très bien élevées, campent devant la porte du héros. Il n’en a cure ! En effet la journaliste blonde  avec laquelle il se querelle depuis la page 42 (elle vote démocrate et bosse pour un canard d’extrême gauche, comme le Washington Post) va le réconcilier avec l’amour.. Veuillez noter que, bien qu'ayant terminé ses études, elle n'est cependant pas quadragénaire.
A eux deux, ils déjoueront les manoeuvres hypocrites des Jésuites et des télévangélistes, tout en courant autour de la planète : un saut en Toscane, un saut à Jérusalem, une cabriole à Paris (car it’s so romantic !)
Je te vois grimacer, Lecteur. Tu te dis, je le sens, que j’exagère et que le héros ne peut être aussi insipide que ça. Tu as raison !
Le héros n’est pas blanc comme neige ! Il  a un terrible secret, que l’auteur vous distillera goutte à goutte tout au long des 532 pages du pavé. Il a bu naguère, et fait partie des alcooliques anonymes – c’est là qu’il a rencontré sa première femme. Suivi en analyse par un psychothérapeute retors et mégalomane, il lui a avoué avoir été abusé dans l’enfance par le prédicateur au sourire Colgate qui passe à la télé. (celui du complot Jésuite + télévangéliste, vous suivez ?). C’est ainsi que l’auteur fait le lien entre le killer et le héros. Car rien n’est dû au hasard, et le héros sait bien que le killer ne s’adresse qu’à lui.
Le killer et le héros sont frères d’armes. Ils se ressemblent, au fond, l’un tourné vers l’ombre et l’autre vers la lumière. Abusés par le même Jésuite, soignés par le même psychiatre (qui est tellement à la masse qu’il ne planque pas ses dossiers médicaux), ils cheminent de conserve avec le lecteur vers un dénouement horrifique.
La journaliste blonde est capturée par le killer. Elle se révèle être la fille du télévangéliste, qui se voit obligé d’avouer ses crimes en direct sur CNN, tandis que, dans une course haletante, le héros et son psychiatre (qui a enfin compris que le killer est le jeune livreur de pizzas – ils sont crétins ces psychiatres ! Le lecteur avait deviné depuis longtemps), le héros et son psychiatre, disais-je accèdent à la caverne du monstre qui a pris l’habitude de se suspendre au plafond comme une chauve-souris.
La fin est apocalyptique ;  le psychiatre se fait zigouiller (Bien fait ! Il pose des diagnostics de bourrin) en lieu et place de la journaliste blonde, tandis que le killer s’échappe du bunker par une porte dérobée (un deuxième tome est prévu).
Le héros comprend, en visionnant les DVD du monstre, à quel point le télévangéliste leur a fait du mal à tous deux, et pose un regard désespéré sur la journaliste (fille d’icelui, je vous le rappelle).  Surtout qu'ils n'ont toujours pas couché.
Un avenir est-il possible pour eux deux ? 
Car ce serait trop cliché s’il y avait un happy end !
 
 
Par Béatrice - Publié dans : Cours d'éditage
Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires
Samedi 28 avril 2007 6 28 /04 /Avr /2007 17:49
Ah, les bonnes vieilles expressions glanées ça et là ! Ma référence reste le récit du XIXe, romantique de préférence.
La servante y est accorte, l’hidalgo toujours fier, l’aube est souvent nouvelle, et minuit y est l’heure du crime.
Peut on échapper aux clichés ?
Une récente conversation (lourdement agrémentée de Champagne, je me dois de le dire) entre les polardeuses et noires toulousaines (Emmanuelle Urien, Fabienne Ferrère, Solenn Colleter, Magali Duru) m’a menée aux confins de la clichéitude. La règle du jeu était de les aligner sans vergogne.
Après tout, on pourrait penser que la capacité à user du cliché démontre avant tout que nous avons des lettres. On les a bien pris quelque part, non ?
Un vieux sage au visage buriné.
Une superbe liane bronzée
Une jeune fille au regard d’émeraude.
Un accent à couper au couteau.
Un sourire éclatant.
Un bon chien fidèle
Un regard noir. Un regard à vous glacer le sang. (si de surcroît c’est le vieux sage au visage buriné qui vous transperce d’un regard à vous glacer le sang, vous êtes cuit)
Un moine patelin (le moine a toujours l’air patelin. Les romantiques devaient être anticléricaux)
Vif comme la foudre (ou la poudre, c’est selon).
Rapide comme l’éclair, frais comme un gardon, d’une beauté à couper le souffle, mince comme un fil.
Une maison battue par les vents (elle est en Bretagne).
Liste interminable et à mettre à jour aussi souvent que possible.
Car le cliché est votre ennemi, sachez-le. Il parasite malignement votre style. Parfois même, quand vous n’en avez pas (de style) il noie votre texte dans une désolante banalité.
Exemple:
Le vieux marin était assis sur la falaise, son visage buriné battu par les vents du large. Une pluie diluvienne s’abattit sur les épaules de la jeune égarée, noyant ses longues mèches brunes et voilant son regard d’émeraude. Elle était d’une beauté à couper le souffle, une superbe liane bronzée. Elle avait du sang gitan, se dit le vieil homme. (du sang gitan ! Je raconte vraiment n’importe quoi).
Elle lui jeta un regard noir.  Mais il lui renvoya un sourire éclatant, un sourire de bon chien fidèle (le chien fidèle qui sourit ! je touche le fond). Il se leva d’un bond (encore un !), vif comme l’éclair.
-         Je t’attendais, Nooana ! (eh ben pas nous, tiens !) dit-il, la voix blanche (une voix noire, c’est comment ?), avec un accent breton à couper au couteau.
 
Virez les clichés ! C’est le moment de la relecture mes petits !
NOTA: pour tout vous avouer j'ai piqué la superbe liane bronzée quelque part (le "quelque part" se reconnaitra et sera sans rancune quand il saura que je fais un mea culpa: en effet, j'ai collé le même cliché dans le texte que je viens d'envoyer à mon éditeur. Je m'en suis rendue compte à ce moment-là. Le premier lecteur a dû bien se marrer - ou faire la grimace.)
Par Patricia Parry - Publié dans : Cours d'éditage
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires
Vendredi 16 mars 2007 5 16 /03 /Mars /2007 08:26
A la récurrente question, "Comment trouver un éditeur? ", j'ai l'outrecuidance de répondre: "par la poste".
Oui, je sais que les statistiques sont contre moi. Cependant je connais personnellement plusieurs auteurs (dont votre servante) qui ont rencontré leur éditeur en envoyant leur précieux manuscrit par la poste.
Ils sont donc lus? Faut croire. Et je vous jure que les éditeurs dont je parle ne sont pas des moindres.
Je m'autorise, dans le genre, "Tante Béa vous donne des conseils" , à vous rappeler quelques points cruciaux:
-         Choisissez votre éditeur.
Si vous avez écrit un précis sur la pêche, inutile de l'envoyer à un éditeur de polars.
Si la maison d'édition ne publie que des auteurs étrangers (et donc des traductions) ne gaspillez pas vos timbres.
-         Il existe des éditeurs en dehors en dehors de Galligrasseuil.
Une "petite maison", qui parfois prend grand soin de ses auteurs peut se révéler un choix gratifiant. Et il ne faut pas hésiter à faire de multiples envois une fois la cible définie.
-         L'éditeur sait lire (si, si, je vous assure)
Les fautes d'orthographe, de grammaire et de style découragent le lecteur potentiel à un point que vous n'imaginez peut-être pas. ( Ou alors votre style propre doit être sacrément percutant pour les faire passer, c’est Tante Béa qui vous le dit). Je m'autorise à faire cette remarque car je reçois un certain nombre de manuscrits par le biais du blog. Le lecteur de la maison d'édition reçoit des centaines de manuscrits. Aidez-le à repérer le votre.
-         Il y a des conventions de présentation
Etre rebelle est fun. Cependant,  une police usuelle (type Time, ou courier),  un nombre de lignes limité à 25 par page, une marge suffisamment large et une impression recto simple sont bienvenus. Cf supra.
Le titre sera annoncé sur la page de garde, de même que le genre du roman. : « Ma vie depuis le lycée », roman autobiographique.
 
-         Vos premiers lecteurs vous aiment trop
Est-il prudent de faire confiance à votre maman, votre copine et vos enfants qui vous assurent que c’est excellent et que « quand on voit toutes les nullités publiées chaque jour, il n’y a pas photo avec votre œuvre » ?
J’irai plus loin : le discours sur les blogs est souvent dithyrambique. « Tu es génial… C’est super…Tu écris trop bien… ».  Trouvez-vous des premiers lecteurs impartiaux. La plupart du temps, il y a un quart du texte qui pourrait être supprimé (je sais de quoi je parle). Oui, je sais, tous nous avons nos tics d’écriture, dont nous sommes très fiers. La vie est faite de petits renoncements.
 
-         Il faut raconter une histoire
Et pas forcément la votre. La majorité des premiers romans étant autobiographique, il y a de la concurrence.
Je vous renvoie à Syven et Roanne pour le travail sur la structure de votre roman. L’histoire doit se tenir, les personnages doivent avoir de la consistance. Cent fois sur le métier, donc…
A ce propos « Ma vie depuis le lycée », roman autobiographique, n’est probablement pas une bonne option.
C’est tout pour aujourd’hui…
 
Par Patricia Parry - Publié dans : Cours d'éditage
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires
Lundi 12 février 2007 1 12 /02 /Fév /2007 21:31
Il en faut dans les romans, coco, sinon, c’est pas vendeur.
Faut du sexe aussi, coco, sinon, t’as pas le best seller !
Rien de plus simple, et rien de plus dix mille fois écrit.
Comment faire original ? Comment faire que Robert (j’emprunte à Syven qui ne m’en voudra pas) entre dans le lit de Marie-Clotilde (oui, Bob a des prétentions aristocratiques, ya pas de raison !) sans que le lecteur ait l’impression d’avoir déjà lu deux cents fois les étreintes, les préliminaires et la conclusion (qui est tout à fait attendue de surcroît : Robert se fait Marie-Clotilde, on s’en doutait depuis la page 23).
Plusieurs options :
1. Platitude : Robert prit Marie-Clotilde dans ses bras, l’embrassa tendrement, la conduisit jusqu’au lit où ils s’allongèrent. Ils firent l’amour toute la nuit.
Avantage : on voit bien ce qui s’est passé.
Inconvénient : c’est, comment dire, peu poétique.
2. Sexe pour lectrices de Mary Higgins Clark: Le désir de Bob était ravageur. Il se jeta sur Marie-Clotilde frémissante, l’emporta sur sa couche où il lui fit connaître enfin la montée de l’extase. (ou à peu près)
Avantage : la ménagère s’excite
Inconvénient : c’est ridicule. Personne ne s’allonge sur une couche.
3. Elliptique : Robert enlaça Marie-Clotilde qui comprit enfin le sens des battements de son cœur. Au matin, elle leva sur lui un regard émerveillé.
Avantage : Les enfants peuvent lire
Inconvénient : Ont-ils couché, oui ou non, nom d’un chien ?
4. Sexe pour lecteurs de roman noir : Bob n’avait jamais touché une femme sans que cela lui porte malheur. Cette Marie-Clotilde, avec ses seins lourds et son ventre de jeune déesse allait encore provoquer des catastrophes. Et d’ailleurs, il était incapable de… Ah merde !
Avantage : Bob est maffré. C‘est normal, il est dans un roman noir
Inconvénient : Autant se pendre tout de suite !
 
Je viens d’écrire une scène d’amour, cela m’a pris cinq heures dimanche après-midi, pour quinze lignes que j’espère délicates, explicites et émouvantes.
 
Par Patricia Parry - Publié dans : Cours d'éditage
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Lundi 27 novembre 2006 1 27 /11 /Nov /2006 22:03

Pour la première fois, je viens d’effacer un article que j’avais déjà mis en ligne.

Il me titillait, cet article ! Je n’étais pas satisfaite (si tant est que je le sois d’habitude…) ! J’ai fini par repérer que c’est parce  que je cédais à la tentation de me moquer de mon prochain sans rire de moi-même. Très mauvais, ça, docteur !

Je réédite donc :

Tentons un cours d’éditage sur l’accessoire qui va bien à nos héros !

Syven en parle fort bien dans ses chroniques sur Robert : il est de bon ton que les accessoires aillent avec le reste. Ainsi votre héros médiéval sera vêtu d’un haut de chausses, et non d’un jean baggy, et Mélusine la fée arborera plus volontiers un hennin qu’une casquette de base ball.

La mauvaise référence tue le rythme du roman.

Avant d’écrire sur les corsaires, se renseigner impérativement sur les termes idoines (un de ces jours je vous expliquerai idoine) : coursives, tribord, flibuste, dunette, mousse et mat de misaine.

Si l’action se passe dans un couvent, bien distinguer les Franciscains des Dominicains, le prieur de l’abbé, et complies de matines….ou l’inverse…sans oublier la sœur tourière.

Imaginez-vous Aragorn fouillant son jean diesel à la recherche de sa blague à tabac ? Merlin compulsant son carnet à spirales avant de jeter un sort, ou Marie-Madeleine fourrageant dans  son réticule (quoi que…) au pied du Golgotha?

L’auteur en puissance veillera donc à  ce que ces héros soient convenablement appariés avec leur environnement, sinon on est dans l’anachronisme et ça ne marche que dans Caamelot !

Aragorn portera un pourpoint de cuir bruni, sans poches, et sa blague à tabac sera attachée à la selle de son valeureux coursier, Merlin a tous ses sorts dans sa tête, et Marie Madeleine, cette pécheresse, cache ses sous dans sa brassière de lin.

L’auteur s’arrangera, également, pour limiter les erreurs historiques grossières. Aragorn et Merlin sont intemporels, mais Marie-Madeleine n’est pas contemporaine de Léonard de Vinci, je vous le rappelle.

Quand vous situez votre intrigue dans une époque reculée et prétendez avoir fait des recherches historiques, c’est bien que ces recherches soient impeccables. Roanne m’avait fait remarquer en son temps que Richard Cœur de lion (in l’Ombre de Montfort) n’est pas mort d’un carreau dans le cœur, mais d’un carreau dans l’épaule. Je plaide la licence romanesque : une flèche dans le palpitant ça vous en jette un peu plus que dans la clavicule ! Tant pis pour la vérité historique ! Le grand Dumas disait qu’on peut violer l’histoire, à condition de lui faire un enfant.

J’ai échappé de peu au ridicule, grâce à mon éditeur, qui m’a fait remarquer que mes héros du XVIIIe siècle ne pouvaient se balader rue Lafayette à Toulouse, à une époque ou ledit Lafayette était encore au berceau. Après consultation du grimoire idoine (qui donne les anciens noms des rues de Toulouse), j’ai emmené mes héros prendre le frais rue Villeneuve. Ça le fait mieux.

 

Par Patricia Parry - Publié dans : Cours d'éditage
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires
Vendredi 22 septembre 2006 5 22 /09 /Sep /2006 08:09

Après l'Homme ,  the man, the héros, la voici, l'héroïne de polar.

Elle est plus rare, même si les choses se modifient doucement.

En effet, longtemps, elle a été une vieille dame à l'éducation victorienne, engoncée dans des cols empesés, avec un chignon strict et des principes verrouillés. Elle était vierge (oh, my God!) et affirmait haut et fort que l'homme ne vaut pas tripette. Elle le démontrait activement à l'issue de trois cents pages élégantes, en tricotant fébrilement autour de tasses à thé en porcelaine Wegwood. Elle était affublée d'une horde de neveux (dont certains n'étaient pas recommandables, mais elle savait alors les tancer vertement). A la deux cent quatre vingt dix neuvième page, elle révélait à l'assemblée médusée que le meurtrier était Lord Halifax-Grey.

Et puis vint Mary Higgins Clark. Les jours de Miss Marple étaient comptés.

L'héroïne n'est plus anglaise. Elle est américaine. C'est une jeune femme libre et bien élevée. Elle vient d'un milieu modeste mais elle s'est faite elle-même. Elle aime les héros virils et musclés, pas du tout comme celui-là. . Elle ne boit que du vin blanc sec italien, et vote républicain (quelle horreur!). A la suite de poursuites diverses dans des villes américaines du Middle West, l'héroïne finira par tomber dans les bras du beau brun viril qui l'avait remarquée dès la page 18, mais gardait pour lui ses sentiments (c'est parce qu'il est américain, justement, voyez-vous).

Le méchant , qui vote démocrate, avait un instant agité la libido de notre héroïne, mais comme elle connaît la valeur de choses, elle  se reprend  page 312.

Je ne peux croire que vous lisez ça!

Jetez-vous sur les héroïnes trash: les lesbiennes, les carencées de la vie, celles dont la soeur a été assassinée, ou dont le frère est interné dans un asile pourri. Ce sont les copines du héros qui essaie d'arrêter de fumer. Je ne suis pas sûre qu'elles soient plus vraisemblables, mais c'est plus rigolo...

N'empêche, il y a toujours un brun ténébreux, viril et musclé, qui les emporte à la fin sur sa Harley Davidson.

Les filles sont incorrigibles, même en héroïnes de polar.

 

 

 

Par Patricia Parry - Publié dans : Cours d'éditage
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires
Dimanche 5 mars 2006 7 05 /03 /Mars /2006 14:35

C'est le dernier cri;

Je le crie haut et fort: le héros qui avance, droit dans ses bottes et les cheveux au vent, est mort pour le polar.

Le héros est un looser:

Sa femme est partie. Elle n'en pouvait plus, la pauvrette, des états d'âme du  drôle, le plus souvent entre deux enquêtes, s'interrogeant sur le bien fondé de poursuivre ce job pourri.

Il boit (pour oublier que sa femme est partie, prétend-il. En réalité, elle  s'est cassée parce qu'il était souvent au pub, avec les copains, à refaire un monde sans psychopates meurtriers).

Ses enfants ne lui parlent plus. Car il a des enfants, ou sa femme en a, et il les a élevés. Ils sont adolescents ou jeunes adultes, et la confrontation est rude, c'est moi qui vous le dis!

Car le héros n'a plus 20 ans. Il a roulé sa bosse. Plutôt Harrison Ford que Jude Law. Plutôt Sean Penn qu' Orlando Bloom (NOTA: J'ai vu Sean Penn la première).

Il fume aussi. Des brunes qui râpent.

Mais il essaie d'arrêter.

Parfois le roman entier est rythmé par les tours et détours que fait le héros pour éviter la clope tentatrice.

Il boit pour oublier qu'il a envie de fumer.

Damned: un serial killer en goguette est signalé à tribord!

Héros, secoue-toi! Allez, prends une clope (la dernière), et au boulot.

Tu connais le serial killer. Tu es un peu comme lui. C'est ton double maléfique. Comme lui, tu a vécu une enfance douloureuse. Comme lui, tu navigues jusqu'à plus soif sur Internet. Comme lui, tu es infoutu de garder une fille.

Parfois même, tu perds tes cheveux (et là, auteurs de polars, je m'insurge, c'est trop! Laissez nous Sean Penn, avec sa crinère de rebelle, quoi! ) Surtout que la minette avec laquelle il va nouer une relation complexe et vouée à l'échec, c'est toujours une femme hyperactive (médecin légiste, journaliste, avocate) certes cassée elle aussi par la vie, mais pas chauve!

L'auteur de polar est macho!

Allez!  Lisez:

Michael Connelly (Harry Bosch est son héros),

Ed Mac Bain ( et son Steve Carella),

Mo Hayder (et son Jack Cafferty),

Elisabeth George (et son Thomas Linley: celui-ci est un aristocrate anglais. Il a l'air clean comme ça, mais il est encore plus cassé par la vie!)

La prochaine fois: l'héroïne en wonder woman!

Par Patricia Parry - Publié dans : Cours d'éditage
Ecrire un commentaire - Voir les 13 commentaires
Dimanche 22 janvier 2006 7 22 /01 /Jan /2006 10:43

Soyons snob et blasé!

Les salons du livre, c'est spécial!

Votre premier salon du livre est un grand moment.

Vous vous imaginez, assis à une table couverte d'une pile de vos bouquins, tandis qu'une foule en délire fait la queue durant deux heures pour vous faire signer votre oeuvre.

Les gens se battent: "j'étais là avant vous, Médème!" clame une dame de forte corpulence à une june fille qui n'en peut mais, et qui cède sa place pour éviter un coup de parapluie.

Les flashes crépitent. Un photographe surexcité vous vole des clichés, y compris du profil droit alors que vous aviez spécifié que CE N'EST PAS LE BON PROFIL! Vous en serez quitte pour faire un procès à Gala!

Une femme s'évanouit dans la foule: la chaleur ...l'émotion...

Non loin de vous, Dan Brown essaie d'attirer l'attention, mais comme il ne parle pas français, le malheureux inculte, et que le Premier Salon a lieu à Saint-Gatien-les-Trencavel, il rame misérablement.

Car le premier Salon a lieu à Saint-Gatien-Les-Trencavel.

A votre droite, un monsieur exalté vend ses livres de cuisine. Il fait son foie gras lui-même, et comme il le décrit en vous mettant l'eau à la bouche, il signe bien plus de livres que vous.

A votre gauche, une dame bien plantée a tout compris du marketing, et a préparé un résumé de son bouquin, une revue de presse où elle apparait dans tous les journaux célèbres: Midi libre, Dépêche du Midi, Marseille-Journal, Toulouse-Presse... Elle attire le chaland avec panache et sait ce qu'elle va écrire sur ses dédicaces.

Sur le coup de midi, les gens passent en sortant de la messe, car ils ont vu de la lumière.

Ils vous disent, après avoir lu la quatrième de couverture: "Mais quel est le rapport entre l'explosion de l'usine AZF et la mort de Simon de Montfort? "

Vous répondez, inquiet: " Ben, je peux pas vous dire, voyez... faudrait lire le livre..."

Nul!

Ils vous disent: "Et c'est vrai ce qu'il y a écrit dans votre livre?"

Vous répondez, tétanisé: "Ben, non..."

Pfffff!

Un auteur qui passe dit perfidement: "Madame écrit des polars et moi, de la littérature..."

Une dame vous prend le bouquin "pour sa belle-fille". Vous vous demandez un intant si c'est vraiment là un hommage. Elle le glisse dans un vaste panier d'osier au milieu des oeufs et des poireaux. Vous avez écrit: à Sandy, très cordialement....

Pas terrible! Dédicaces à peaufiner!

Le photographe du journal local prend une photo de vous qu'ils ressortiront dans deux mois sans vous prévenir pour illustrer un autre article (je vous dis pas le look!) Ah! ces paparazzi!

Heureusement le deuxième salon a lieu à Montgiscard!

Les gens qui viennent aiment les bouquins! Y  en a même qui ont lu le votre! Yes!

Et on vous accueille en VIP!

Y a Pascal Dessaint qui signe pas loin de vous!  (Bon, faut pas rêver non plus, il ne rame pas comme Dan Brown, car il parle français, lui!)

Des minettes charmantes vous approchent car elles organisent un salon du Polar le 15 avril et elles aimeraient bien que vous soyez là.

Certains que je connais, qui expriment leur joie d'être publiés, doivent se préparer pour le Premier Salon! Peut-être Patricia Parry sera-t-elle là, au milieu d'une foule en délire, tandis que les gens leur demanderont: "Alors, comme ça, il finit comment votre bouquin? "

Par Patricia Parry - Publié dans : Cours d'éditage
Ecrire un commentaire - Voir les 12 commentaires
Mardi 17 janvier 2006 2 17 /01 /Jan /2006 03:37

Question que je me pose avec beaucoup d'intérêt à la relecture de Danse avec les fous.

Il y a quelques années, les éditions Baleine, par le biais de son directeur, Antoine de Kerversault, m'avaient un certain nombre de remarques que j'ai laissé de côté, probablement parcequ'il était trop tôt pour remettre en question mon bébé.

Je mesure aujourd'hui le chemin parcouru entre la Béatrice de Danse et celle de Montfort: ceci dit, l'auteur des deux personnages a lui aussi parcouru son propre chemin.

Si vos personnages sont des caricatures, sabrez impitoyablement, à moins que vous ne soyez dans le créneau précis de la caricature.  (Je ne peux m'empêcher de trouver cette Béatrice-là caricaturale, mais bon, il faut aussi attendre la suite...je crois me souvenir qu'elle a une bonne évolution)

Recherchez toujours l'humanité qu'il y a en eux: souvent c'est un détail trivial qui les rend humains. (La surveillante qui porte un ti-shirt qu'elle croit branché, mais qui lui va très mal, par exemple...ça nous est arrivé à tous, que ce soit ou non dans le registre de la mode...cette identification possible à n'importe quel des personnages dit secondaires me parait capitale).

L'exercice est complexe: mais aussi, pourquoi écrivez-vous?

Si c'est pour vous, peu importe que le médecin soit caricatural et la secrétaire blonde: les médecins et les secrétaires arrêteront leur lecture au bout de trente pages, en disant: pfff! Aucune subtilité! (NOTA: tous les médecins et les secrétaires de la francophonie, ça en fait, des lecteurs!)

Si c'est pour offrir quelque chose, pensez à l'humanité qui sommeille chez votre blondinette, lorsqu'elle rentre à la maison après avoir fait ses courses chez Leclerc. Elle vous rappelle quelqu'un? Normal.

Or donc, Danse possède, à mon avis, les sympathiques défauts d'un premier roman: il colle tellement à l'expérience de l'auteur, que le vision donnée de l'hopital en est probablement égocentrique.

Ceci dit, le monde tourne aussi autour de vous, non?

Par Patricia Parry - Publié dans : Cours d'éditage
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires
Lundi 2 janvier 2006 1 02 /01 /Jan /2006 06:00
 
Nouvelle question piège, qui a fort préoccupé la jeune Yara ! Elle a d’ailleurs lancé un concours !
En effet : les noms de vos héros doivent être porteur de rêves, et être avant tout le symbole même de votre roman :
Imagine-t-on Gandalf se nommer Maurice ?
Imagine-t-on Aragorn se faire appeler Robert ?
Et si Priscilla répondait au doux nom de Germaine, hein ?
 
Bon réflechissons ensemble :
Votre héros est-il un gentil ?
Dans la Fantasy, vous êtes prié de valoriser les noms en i, e, iel, . C’est clair : Tinuviel, est une gentille.
Les méchants ont des o, des u, avec des accents circonflexes et des h entremêlés : Minas Ithil, c’est tout bon. Minas Morgul, c’est du mauvais !
Parfois, on hésite un peu sur la prononciation, surtout qu’on n’a pas forcément la V.O. : Arathorn, c’est avec le TH anglais, c’est plus doux, et donc c’est un….gentil !
 
Votre héros est-il un méchant ?
Déchaînez-vous : Toorghül me plairait beaucoup pour un orque, mais il y a déjà Shorback, par exemple…
(Saroumane est au milieu, mais il est ambivalent…)
Dans tous les cas, si vos héros appartiennent à un autre monde que le notre, il sera malvenu de les appeler Raymond ( Keegan, ou Draize, me paraissent de meilleur aloi.)
La VF ne rend pas toujours justice au travail de l’auteur :
Voldemort, c’est génial, avez-vous noté que c’est en français dans le texte ?
Idem pour Gryffundor !
Rowling rend ici hommage à la place du vieux français dans la langue anglaise, mais du coup, les jeunes Français n’en goûtent pas la saveur !
 
Votre héros est-il un bourgeois ?
Adélaïde, Victoire, Anne-Sophie tiennent la route, surtout si le patronyme est Tremblay-Deltour !
Montherlant dit qu’il est ridicule de penser qu’on se rend crédible en appelant l’épicier avare « Crochengrain », mais quand même Victoire Tremblay-Deltour, on voit bien où elle fait ses soldes (oui, oui… !)
 
Vous pouvez cependant choisir d’être caustique et d’utiliser le contre-emploi . Appeler le maire de la commune Jean Robert Burnichon est assez drôle, mais soyons clairs : vous ne pourrez pas décrire une scène d’amour à Venise avec Monsieur Burnichon… Faut savoir où vous voulez aller !
Si vous appelez la starlette Priscilla, vous n’éviterez pas la scène en bord de lagune, au cours de laquelle Jean Robert Burnichon se fait larguer minablement par ladite demoiselle, pour François de Montréjouls (c’est le mien de héros, il est beau, riche, et célèbre…en plus il est plein d’humanité, il bosse pour les Médecins de la Terre. Veuillez noter que je l’ai vu la première !)
 
L’erreur dans le choix d’un nom peut être mortelle : j’ai arrêté le Da Vinci Code à la trentième page à cause de Sœur Sandrine : aucune religieuse ne s’appelle Sœur Sandrine, voyons ! Pourquoi pas Sœur Priscilla ? Sœur Thérèse de l’enfant Jésus, oui, Sœur Sandrine, non !
(remarquez, je suis la seule à avoir posé le bouquin, ce n’est peut-être pas un bon exemple)
Et puis, a-t-on vraiment besoin de sombrer dans la caricature ? Appeler son mafioso Ange Castaldi, ou Sauveur Bellagamba est certainement excessif (et puis c’est peut-être dangereux… …)
 
Créez une mythologie :
Certes, Tolkien est passé avant vous, mais qu’importe !
Dans certaines contrées lointaines, tout le monde a un nom en o, i, et a. D’ailleurs Mademoiselle Zinalla vous l’expliquerait mieux que moi. C’est simple : s’il y a des i, des o, des a, c’est des cousins à elle !
Créez une langue (voir les cousins de Mademoiselle Zinalla) avec une grammaire et une syntaxe : Baldwulf vous expliquerait (en vous donnant la prononciation exacte) que l’on dit un Threintarki, des Threintarken (ma légende préférée)
 
Pour résumer, le nom du héros se réfléchit longuement, on le teste auprès de ses proches, on peaufine ses idées. On l’inclut dans une généalogie, on lui invente une histoire, un passé, des rêves, des projets… Parfois, les lecteurs vous prennent de court : votre héros est tellement vivant qu’ils vous interpellent : « Il ne devrait pas parler comme ça ! ce n’est pas son genre ! ».
C’est parce que vous avez bien choisi son nom.
Par Patricia Parry - Publié dans : Cours d'éditage
Ecrire un commentaire - Voir les 15 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés