A la demande générale de Bool, je me colle aux clichés des thrillers d'été. Il est temps que je me
lance dans la fabrication d'un best-seller mondial nomdidiou.
Or donc:
"Cause this is thriller, thriller night
And no one's gonna save you from the beast about to strike
You know it's thriller, thriller night
You'r fighting for your life inside a killer, thriller tonight...."
Je ne vous ferai pas la chorégraphie qui va avec car je n'arrive pas à la cheville chaussettée de blanc de Michaël.
La scène se passe aux Etats Unis.
Pour la première fois, je viens d’effacer un article que j’avais déjà mis en ligne.
Il me titillait, cet article ! Je n’étais pas satisfaite (si tant est que je le sois d’habitude…) ! J’ai fini par repérer que c’est parce que je cédais à la tentation de me moquer de mon prochain sans rire de moi-même. Très mauvais, ça, docteur !
Je réédite donc :
Tentons un cours d’éditage sur l’accessoire qui va bien à nos héros !
Syven en parle fort bien dans ses chroniques sur Robert : il est de bon ton que les accessoires aillent avec le reste. Ainsi votre héros médiéval sera vêtu d’un haut de chausses, et non d’un jean baggy, et Mélusine la fée arborera plus volontiers un hennin qu’une casquette de base ball.
La mauvaise référence tue le rythme du roman.
Avant d’écrire sur les corsaires, se renseigner impérativement sur les termes idoines (un de ces jours je vous expliquerai idoine) : coursives, tribord, flibuste, dunette, mousse et mat de misaine.
Si l’action se passe dans un couvent, bien distinguer les Franciscains des Dominicains, le prieur de l’abbé, et complies de matines….ou l’inverse…sans oublier la sœur tourière.
Imaginez-vous Aragorn fouillant son jean diesel à la recherche de sa blague à tabac ? Merlin compulsant son carnet à spirales avant de jeter un sort, ou Marie-Madeleine fourrageant dans son réticule (quoi que…) au pied du Golgotha?
L’auteur en puissance veillera donc à ce que ces héros soient convenablement appariés avec leur environnement, sinon on est dans l’anachronisme et ça ne marche que dans Caamelot !
Aragorn portera un pourpoint de cuir bruni, sans poches, et sa blague à tabac sera attachée à la selle de son valeureux coursier, Merlin a tous ses sorts dans sa tête, et Marie Madeleine, cette pécheresse, cache ses sous dans sa brassière de lin.
L’auteur s’arrangera, également, pour limiter les erreurs historiques grossières. Aragorn et Merlin sont intemporels, mais Marie-Madeleine n’est pas contemporaine de Léonard de Vinci, je vous le rappelle.
Quand vous situez votre intrigue dans une époque reculée et prétendez avoir fait des recherches historiques, c’est bien que ces recherches soient impeccables. Roanne m’avait fait remarquer en son temps que Richard Cœur de lion (in l’Ombre de Montfort) n’est pas mort d’un carreau dans le cœur, mais d’un carreau dans l’épaule. Je plaide la licence romanesque : une flèche dans le palpitant ça vous en jette un peu plus que dans la clavicule ! Tant pis pour la vérité historique ! Le grand Dumas disait qu’on peut violer l’histoire, à condition de lui faire un enfant.
J’ai échappé de peu au ridicule, grâce à mon éditeur, qui m’a fait remarquer que mes héros du XVIIIe siècle ne pouvaient se balader rue Lafayette à Toulouse, à une époque ou ledit Lafayette était encore au berceau. Après consultation du grimoire idoine (qui donne les anciens noms des rues de Toulouse), j’ai emmené mes héros prendre le frais rue Villeneuve. Ça le fait mieux.
Après l'Homme , the man, the héros, la voici, l'héroïne de polar.
Elle est plus rare, même si les choses se modifient doucement.
En effet, longtemps, elle a été une vieille dame à l'éducation victorienne, engoncée dans des cols empesés, avec un chignon strict et des principes verrouillés. Elle était vierge (oh, my God!) et affirmait haut et fort que l'homme ne vaut pas tripette. Elle le démontrait activement à l'issue de trois cents pages élégantes, en tricotant fébrilement autour de tasses à thé en porcelaine Wegwood. Elle était affublée d'une horde de neveux (dont certains n'étaient pas recommandables, mais elle savait alors les tancer vertement). A la deux cent quatre vingt dix neuvième page, elle révélait à l'assemblée médusée que le meurtrier était Lord Halifax-Grey.
Et puis vint Mary Higgins Clark. Les jours de Miss Marple étaient comptés.
L'héroïne n'est plus anglaise. Elle est américaine. C'est une jeune femme libre et bien élevée. Elle vient d'un milieu modeste mais elle s'est faite elle-même. Elle aime les héros virils et musclés, pas du tout comme celui-là. . Elle ne boit que du vin blanc sec italien, et vote républicain (quelle horreur!). A la suite de poursuites diverses dans des villes américaines du Middle West, l'héroïne finira par tomber dans les bras du beau brun viril qui l'avait remarquée dès la page 18, mais gardait pour lui ses sentiments (c'est parce qu'il est américain, justement, voyez-vous).
Le méchant , qui vote démocrate, avait un instant agité la libido de notre héroïne, mais comme elle connaît la valeur de choses, elle se reprend page 312.
Je ne peux croire que vous lisez ça!
Jetez-vous sur les héroïnes trash: les lesbiennes, les carencées de la vie, celles dont la soeur a été assassinée, ou dont le frère est interné dans un asile pourri. Ce sont les copines du héros qui essaie d'arrêter de fumer. Je ne suis pas sûre qu'elles soient plus vraisemblables, mais c'est plus rigolo...
N'empêche, il y a toujours un brun ténébreux, viril et musclé, qui les emporte à la fin sur sa Harley Davidson.
Les filles sont incorrigibles, même en héroïnes de polar.
C'est le dernier cri;
Je le crie haut et fort: le héros qui avance, droit dans ses bottes et les cheveux au vent, est mort pour le polar.
Le héros est un looser:
Sa femme est partie. Elle n'en pouvait plus, la pauvrette, des états d'âme du drôle, le plus souvent entre deux enquêtes, s'interrogeant sur le bien fondé de poursuivre ce job pourri.
Il boit (pour oublier que sa femme est partie, prétend-il. En réalité, elle s'est cassée parce qu'il était souvent au pub, avec les copains, à refaire un monde sans psychopates meurtriers).
Ses enfants ne lui parlent plus. Car il a des enfants, ou sa femme en a, et il les a élevés. Ils sont adolescents ou jeunes adultes, et la confrontation est rude, c'est moi qui vous le dis!
Car le héros n'a plus 20 ans. Il a roulé sa bosse. Plutôt Harrison Ford que Jude Law. Plutôt Sean Penn qu' Orlando Bloom (NOTA: J'ai vu Sean Penn la première).
Il fume aussi. Des brunes qui râpent.
Mais il essaie d'arrêter.
Parfois le roman entier est rythmé par les tours et détours que fait le héros pour éviter la clope tentatrice.
Il boit pour oublier qu'il a envie de fumer.
Damned: un serial killer en goguette est signalé à tribord!
Héros, secoue-toi! Allez, prends une clope (la dernière), et au boulot.
Tu connais le serial killer. Tu es un peu comme lui. C'est ton double maléfique. Comme lui, tu a vécu une enfance douloureuse. Comme lui, tu navigues jusqu'à plus soif sur Internet. Comme lui, tu es infoutu de garder une fille.
Parfois même, tu perds tes cheveux (et là, auteurs de polars, je m'insurge, c'est trop! Laissez nous Sean Penn, avec sa crinère de rebelle, quoi! ) Surtout que la minette avec laquelle il va nouer une relation complexe et vouée à l'échec, c'est toujours une femme hyperactive (médecin légiste, journaliste, avocate) certes cassée elle aussi par la vie, mais pas chauve!
L'auteur de polar est macho!
Allez! Lisez:
Michael Connelly (Harry Bosch est son héros),
Ed Mac Bain ( et son Steve Carella),
Mo Hayder (et son Jack Cafferty),
Elisabeth George (et son Thomas Linley: celui-ci est un aristocrate anglais. Il a l'air clean comme ça, mais il est encore plus cassé par la vie!)
La prochaine fois: l'héroïne en wonder woman!
Soyons snob et blasé!
Les salons du livre, c'est spécial!
Votre premier salon du livre est un grand moment.
Vous vous imaginez, assis à une table couverte d'une pile de vos bouquins, tandis qu'une foule en délire fait la queue durant deux heures pour vous faire signer votre oeuvre.
Les gens se battent: "j'étais là avant vous, Médème!" clame une dame de forte corpulence à une june fille qui n'en peut mais, et qui cède sa place pour éviter un coup de parapluie.
Les flashes crépitent. Un photographe surexcité vous vole des clichés, y compris du profil droit alors que vous aviez spécifié que CE N'EST PAS LE BON PROFIL! Vous en serez quitte pour faire un procès à Gala!
Une femme s'évanouit dans la foule: la chaleur ...l'émotion...
Non loin de vous, Dan Brown essaie d'attirer l'attention, mais comme il ne parle pas français, le malheureux inculte, et que le Premier Salon a lieu à Saint-Gatien-les-Trencavel, il rame misérablement.
Car le premier Salon a lieu à Saint-Gatien-Les-Trencavel.
A votre droite, un monsieur exalté vend ses livres de cuisine. Il fait son foie gras lui-même, et comme il le décrit en vous mettant l'eau à la bouche, il signe bien plus de livres que vous.
A votre gauche, une dame bien plantée a tout compris du marketing, et a préparé un résumé de son bouquin, une revue de presse où elle apparait dans tous les journaux célèbres: Midi libre, Dépêche du Midi, Marseille-Journal, Toulouse-Presse... Elle attire le chaland avec panache et sait ce qu'elle va écrire sur ses dédicaces.
Sur le coup de midi, les gens passent en sortant de la messe, car ils ont vu de la lumière.
Ils vous disent, après avoir lu la quatrième de couverture: "Mais quel est le rapport entre l'explosion de l'usine AZF et la mort de Simon de Montfort? "
Vous répondez, inquiet: " Ben, je peux pas vous dire, voyez... faudrait lire le livre..."
Nul!
Ils vous disent: "Et c'est vrai ce qu'il y a écrit dans votre livre?"
Vous répondez, tétanisé: "Ben, non..."
Pfffff!
Un auteur qui passe dit perfidement: "Madame écrit des polars et moi, de la littérature..."
Une dame vous prend le bouquin "pour sa belle-fille". Vous vous demandez un intant si c'est vraiment là un hommage. Elle le glisse dans un vaste panier d'osier au milieu des oeufs et des poireaux. Vous avez écrit: à Sandy, très cordialement....
Pas terrible! Dédicaces à peaufiner!
Le photographe du journal local prend une photo de vous qu'ils ressortiront dans deux mois sans vous prévenir pour illustrer un autre article (je vous dis pas le look!) Ah! ces paparazzi!
Heureusement le deuxième salon a lieu à Montgiscard!
Les gens qui viennent aiment les bouquins! Y en a même qui ont lu le votre! Yes!
Et on vous accueille en VIP!
Y a Pascal Dessaint qui signe pas loin de vous! (Bon, faut pas rêver non plus, il ne rame pas comme Dan Brown, car il parle français, lui!)
Des minettes charmantes vous approchent car elles organisent un salon du Polar le 15 avril et elles aimeraient bien que vous soyez là.
Certains que je connais, qui expriment leur joie d'être publiés, doivent se préparer pour le Premier Salon! Peut-être Patricia Parry sera-t-elle là, au milieu d'une foule en délire, tandis que les gens leur demanderont: "Alors, comme ça, il finit comment votre bouquin? "
Question que je me pose avec beaucoup d'intérêt à la relecture de Danse avec les fous.
Il y a quelques années, les éditions Baleine, par le biais de son directeur, Antoine de Kerversault, m'avaient un certain nombre de remarques que j'ai laissé de côté, probablement parcequ'il était trop tôt pour remettre en question mon bébé.
Je mesure aujourd'hui le chemin parcouru entre la Béatrice de Danse et celle de Montfort: ceci dit, l'auteur des deux personnages a lui aussi parcouru son propre chemin.
Si vos personnages sont des caricatures, sabrez impitoyablement, à moins que vous ne soyez dans le créneau précis de la caricature. (Je ne peux m'empêcher de trouver cette Béatrice-là caricaturale, mais bon, il faut aussi attendre la suite...je crois me souvenir qu'elle a une bonne évolution)
Recherchez toujours l'humanité qu'il y a en eux: souvent c'est un détail trivial qui les rend humains. (La surveillante qui porte un ti-shirt qu'elle croit branché, mais qui lui va très mal, par exemple...ça nous est arrivé à tous, que ce soit ou non dans le registre de la mode...cette identification possible à n'importe quel des personnages dit secondaires me parait capitale).
L'exercice est complexe: mais aussi, pourquoi écrivez-vous?
Si c'est pour vous, peu importe que le médecin soit caricatural et la secrétaire blonde: les médecins et les secrétaires arrêteront leur lecture au bout de trente pages, en disant: pfff! Aucune subtilité! (NOTA: tous les médecins et les secrétaires de la francophonie, ça en fait, des lecteurs!)
Si c'est pour offrir quelque chose, pensez à l'humanité qui sommeille chez votre blondinette, lorsqu'elle rentre à la maison après avoir fait ses courses chez Leclerc. Elle vous rappelle quelqu'un? Normal.
Or donc, Danse possède, à mon avis, les sympathiques défauts d'un premier roman: il colle tellement à l'expérience de l'auteur, que le vision donnée de l'hopital en est probablement égocentrique.
Ceci dit, le monde tourne aussi autour de vous, non?
L'avis des lecteurs.