Des livres...

  

Cinq leçons sur le crime et l'hystérie
Editions du Seuil, 
9 octobre 2008

 

 

 

Recommander

Recherche

Qui est l'auteur?

  Qui-est-l-auteur.jpg De la littérature, du polar, des cours d'éditage, des avis sur tout, des conseils à ne pas suivre...

 

NOUVELLE: Un Christmas Carol

Lundi 26 décembre 2005 1 26 /12 /Déc /2005 18:44
 
Le jeune homme était sérieux comme un pape, plein de la certitude de la mission à remplir.
Paul déglutit, et jeta un coup d’œil vers la bouteille de whisky quasiment vide.
Mais le jeune homme , Danny, s’il fallait l’en croire, était bien là, impatient, virevoltant, lorgnant avec intérêt les rayons de la bibliothèque, qui lui arrachèrent un sourire attendri :
-         T’as lu tout Gide, man ? Et « La recherche.. » aussi ! Proust ! T’es grave, tu sais !
-         Je… Comment ça, l’esprit de Noël ? clama Paul, hors de lui.
Le climat d’inquiétante étrangeté commençait à lui taper sur les nerfs. Comme souvent les personnes qui viennent de passer à l’acte sur eux-mêmes avec la dernière sauvagerie, il était maintenant tout à fait en forme, et quelque peu remonté contre l’intrus.
-         Chut ! Pas si fort ! tu vas attirer l’attention, rigola le jeune black. Enfin, je dis ça, mais ils sont tous en train de découper la dinde !
-         Que faites-vous chez moi ? rugit Paul
-         Tu m’as appelé, man.
-         Voilà qui m’étonnerait !
-         Voilà qui m’étonnerait, singea Danny, la bouche en cul de poule. Dis-moi, t’as rien d’Eminen, là ?
Il farfouillait maintenant dans les CD, dérangeant les boîtiers amoureusement classés de A (Allegri) à S (Stockhausen) , avec des pointes en B (Bach, Carl Philip Emmanuel, car Paul était un rien snob), et en M (Wolfgang-Amadeus, le seul, l’unique).
-         Tu m’as appelé ! répéta Danny fermement, après avoir rejeté les disques d’un air dégoûté. Il ne fait pas bon invoquer les dieux au moment où résonnent les douze coups de minuit. On est le soir de Noël, man, je te le rappelle !
-         Invoquer les Dieux ! Vous plaisantez ?
-         Non, mon pote ! couina Danny, qui se dirigeait maintenant vers la cuisine, ouvrait le frigo et le soulageait d’une bière brune.
Il se posa sur une des chaises paillées rapportées de la campagne, fit sauter la capsule d’un coup d’ongle expert, et reprit :
-         Tu as dit que tu étais prêt à n’importe quoi pour devenir célèbre , non ? J’ai pas bien entendu ?
-         Mais… mais c’était une pensée en l’air ! comme ça !
Danny fit claquer ses doigts :
-         t’as été entendu bonhomme ! Me voici, Danny le Brun, l’esprit de Noêl !
-         Danny le Brun, hein ?
-         T’as noté que je suis plutôt bronzé. Pour faire classe, tu peux dire Danny Brown. Mais nous sommes en France, je garde donc une certaine sobriété ! Je suis là pour t’apprendre à gagner la célébrité, mec !
 
Par Patricia Parry - Publié dans : NOUVELLE: Un Christmas Carol
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Dimanche 25 décembre 2005 7 25 /12 /Déc /2005 17:42
 
Paul fut saisi de vertige. Les yeux obstinément fermés, il tentait d’appréhender son nouvel état. Je suis mort, j’entends la voix des anges.
La voix des anges.
-         Hey, man, s’autorisa l’ ange.
L’auteur maudit  eut le sentiment d’une présence proche,  et leva une paupière au moment où une main allait se poser sur son bras.
Il eut un haut-le-corps.
Devant lui se tenait un jeune black à l’impayable dégaine, bandana noir sur le front recouvert d’un élégant bob Gucci, le jean au milieu des fesses, monté, comme sur ressort, sur des tennis à l’épaisse et clignotante semelle.
Le drôle était par ailleurs remarquablement beau, la peau probablement douce, et les yeux ourlés de longs cils noirs.
-         Je… d’où sortez-vous ? balbutia Paul décontenancé.
Où donc était la faucheuse, cape sombre et faux à la main ? Tout tombait en déliquescence de nos jours. On ne pouvait même pas compter sur la mort pour maintenir les traditions !
-         De ta cheminée, man ! dit le jeune homme en s’époussetant négligemment. Tu ne la fait pas ramoner tous les jours, dis donc ! Relou le voyage ! Merci les escarbilles !
-         De ma cheminée ? Comment ça, de ma cheminée ?
L’écrivain ne put s’empêcher de se pencher avec ahurissement vers le foyer où s’éteignaient les braises. L’autre le regardait avec attention, les yeux noirs légèrement plissés, le jaugeant.
-         Tu m’as sonné, man ? C’est quoi le plan ?
-         Je … Je suis mort ?
Le jeune homme éclata d’un rire joyeux de sale gosse :
-         Mort ? avec cette pétoire ? Tu rêves, mec ! Tu courais pas grand risque ! Franchement, si tous mes clients étaient comme toi !
Il rajusta soigneusement son bob Gucci, en se mirant dans la glace de Venise qui surmontait la cheminée. Il se mordait les lèvres en faisant des mines, et son jeune visage était soucieux :
-         Alors, Paul Duchemin ! j’attends !
Paul se laissa tomber dans le fauteuil de cuir, les jambes coupées :
-         Qu’est-ce qui se passe ? gémit-il. Qui êtes-vous à la fin ? Qui vous a donné mon nom ? De quel droit venez-vous me gâcher mes derniers instants ?
Il se prit le front entre les mains, image vivante d’un désespoir sans fond. Il avait toujours eu un certain sens du mélodrame, et en abusait le plus souvent. Sa meilleure spectatrice était habituellement sa mère, inconditionnelle groupie, mais elle avait prévu pour ce Noël de voyager au soleil avec son club du troisième âge, laissant son précieux rejeton seul avec sa dépression. Il ressemblait, recroquevillé sur son siège, à une allégorie de la Douleur. 
Le jeune black tira vers lui le second fauteuil fauve, s’y installa paisiblement, et croisa les jambes, laissant les braises rougeoyantes se refléter dans ses tennis.
Il resta silencieux si longtemps que Paul finit par lever la tête, presque timidement :
-         Qui êtes-vous ? répéta l’écrivain.
-         Je suis l’Esprit de Noël, man.  Mais tu peux m’appeler Danny.
 
 
 
Par Patricia Parry - Publié dans : NOUVELLE: Un Christmas Carol
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Samedi 24 décembre 2005 6 24 /12 /Déc /2005 00:51

J'ai pensé qu'un conte de Noêl s'imposait, à lire en plusieurs épisodes.

Voici donc mon Christmas Carol à moi.

Paul était avachi dans le fauteuil de cuir fauve, près de l’âtre.
Il s’était posé là quelques heures plus tôt, avec la ferme intention de s’enivrer jusqu’à tomber.
Il était seul, c’était le soir de Noël.
Les grand-mères venaient de remonter en frissonnant les rues sombres qui mènent à l’église : la messe de minuit se termine à onze heures.
Les familles se préparaient pour le repas traditionnel. Les enfants à bout de nerfs couraient dans les appartements sans cheminée, cherchant à apercevoir dans le ciel un traîneau tiré par des rennes.
Les parents épuisés juraient, comme l’année précédente, que l’an prochain, tout le monde serait au lit à dix heures, basta, avec recueil des cadeaux le 25 au matin, devant le sapin !
Le foie gras fondait légèrement dans les assiettes.
Paul était seul, comme l’an passé.
Ce matin, le tour qu’il avait fait dans sa boite aux lettres avait achevé de précipiter son état dépressif.
Publicités, factures, et lettre du syndic de copropriété lui rappelant, tout en lui souhaitant le meilleur pour l’année à venir, qu’il devait la modeste somme de cinq mille deux cent soixante euros et cinquante deux centimes, pour la réparation du toit, ceci calculé au pro rata des millièmes occupés. 
Réponse enthousiaste d’un des éditeurs qu’il avait inondé des manuscrits de son chef d’œuvre : Et si elle mentait… ? Non. Mille fois non. Rien à l’horizon, que des lettres convenues et dactylographiées qui ne mettaient pas en doute les qualités de l’œuvre, mais indiquaient qu’elle n’entrait pas dans la ligne éditoriale des maisons sélectionnées.
Pas de publication dans l’année qui venait. Pas de bouquin en tête de gondole. Pas d’invitation à Vol de Nuit. Pas de presse people et de paparazzi qui vous guettent au sortir des boites branchées. Et si elle mentait… ? Bon titre pourtant. Et qui allait tellement bien à Marianne !
Depuis lors, dolent, et s’apitoyant sur son sort, il avait consommé une quantité non négligeable de whisky pur malt rapporté d’Ecosse l’été précédent.
Sur le coup de minuit, il atteignait un agréable état second, délicieusement cotonneux, qui lui avait permis d’envoyer paître assez aimablement Marianne, son ex qui banquetait avec son nouveau Jules, mais ne pouvait s’empêcher de prendre de ses nouvelles. Marianne, hélas, n’avait pas souhaité attendre qu’il devienne le nouveau Roman Gary, et avait judicieusement mis les voiles juste avant les vacances de Toussaint.
Etat second ; vision des étoiles, nettes sur le ciel de velours ; impression étrange du passage d’un type ridiculement habillé, qui flottait dans les airs , poursuivant apparemment un troupeau d’équidés mal identifiés (des cerfs peut-être…ou …non, des rennes…)
Ce soir, rien ne l’étonnerait.
Il était dans son intention de se suicider théâtralement au douzième coup de minuit, tandis que les Bidochon du premier, qui faisaient bombance au dessus de sa tête feraient sauter le bouchon du champagne.
Le carillon de l’église voisine le fit sursauter : l’ave Maria tinta doucement dans la nuit pure.
Les douze coups s’égrenèrent majestueusement. Le temps sembla s’étirer.
Ah, si seulement… Si seulement il avait reçu une lettre ce matin, une seule… Il aurait fait n’importe quoi pour recevoir ce courrier, n’importe quoi pour être connu, aimé, célébré… N’importe quoi, vrai !
Paul eut un hoquet : le whisky passait mal. Il eut un clappement de la langue, qu’il sentit épaisse et pâteuse.
Il ferma les yeux pour compter les coups de l’horloge, toujours légèrement en retard sur l’église.
Il était temps.
Il gardait un vieux fusil de chasse, hérité d’un oncle atrabilaire, qui faisait fuir les moineaux, au grand dam de tout le voisinage, en poussant des rugissement léonins qui allaient bien avec les coups de feu.
Il avait sorti l’arme de son étui, quelques heures auparavant, et la fixait maintenant de l’œil interloqué des ivrognes, qui se demandent ce qu’ils font là.
C’était compliqué, le fusil de chasse, parce qu’il fallait compter avec le recul ! Ah misère ! allait-il rater sa mort comme il avait raté sa vie ?
Un acrobatique mouvement d’épaule, le fusil calé contre la clavicule. C’était bon.
Il ferma les yeux. Le bruit du coup le stupéfia. Un coup sec, comme une branche de bois qui se casse.
Il chancela. Une vague de chaleur l’envahit. C’était donc la mort. La camarde l’avait cueilli, comme on cueille une jeune pousse pleine de promesses.
La voix nasillarde qui vint lui trouer les tympans provoqua chez lui un haut le corps qui le déséquilibra :
-         Hey, man, disait la voix ! qu’est-ce tu veux, man ? Tu m’as sonné ?
Par Patricia Parry - Publié dans : NOUVELLE: Un Christmas Carol
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés