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Cinq leçons sur le crime et l'hystérie
Editions du Seuil, 
9 octobre 2008

 

 

 

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  Qui-est-l-auteur.jpg De la littérature, du polar, des cours d'éditage, des avis sur tout, des conseils à ne pas suivre...

 

ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton

Lundi 8 mai 2006 1 08 /05 /Mai /2006 18:35

Episode 1

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La merveille exotique allait bien. Elle faisait ce qu'elle voulait de sa grand-mère, qui se laissait faire sans trop protester.
- Grand-mère m'a appris des chansons de quand elle était petite. On s'est promené dans le parc et j'ai fait du cheval. C'était trop bien. J'ai téléphoné à Papa, il n'a rien compris, il croit que ce sont les vacances scolaires. Après, Grand-mère m'a fait faire des multiplications et maintenant je sais par cœur la table de neuf. Tu veux que je te la récite ?
La petite voix coulait comme du miel. Elle récita sa table de neuf. C'était bien de l'entendre après les insinuations minables de Dubout. Cette femme avait perdu la tête ! Elle était amoureuse de Meyer ou quoi ? Qu'est ce que c'était que ce devoir de continuité qu'elle s'imposait ?
Ce n'était pas la première fois que Dubout faisait une allusion mesquine à la peau couleur d'abricot de Valentine. Béatrice se souvenait d'un arbre de Noël, à l’hôpital : la surveillante n'avait pas supporté la comparaison entre l'exquise grâce de la merveille, qui jouait les lutins en pain d'épices auprès des secrétaires en extase, et la blondeur blafarde de Cindy, la petite-fille Dubout, déguisée en poupée Barbie. 
- Toi au moins ma chérie, tu es blonde et tu as les yeux bleus, avait dit la mégère, pour consoler la petite dinde.
Mornay avait certifié que la police surveillait l’hôpital. Mieux que la dernière fois, j'espère ! Hassan était passé comme à la parade. Il n'était toujours pas retrouvé d'ailleurs. C'était le plus cocasse dans toute cette histoire. Hassan serait innocenté avant d'être retrouvé.
Béatrice ressassait les événements de la journée. Sur le coup   de cinq heures, Mornay et Bensaïd s'étaient enfermés dans le bureau avec Mme Delmas. Monique et Noémie n'avaient pas quitté leur téléphone. Les infirmiers avaient pris des paris. Le bruit avait même couru qu'elle devrait les suivre au commissariat. Il n'en avait rien été, mais ce qui était certain, c'est que les deux flics avaient une commission rogatoire pour examiner certains dossiers. Madame Delmas avait poussé des cris d'orfraie mais elle avait fini par obtempérer.
- Et, je te le dis Noémie, c'est elle-même qui est venue chercher les dossiers aux archives. Elle est montée sur l'échelle. Ils la regardaient d'en bas pour qu'elle ne touche à rien, tu penses. Elle en a sorti six. Je suis allée les compter dès que j'ai pu. C'était des dossiers de Gérard de Nerval. Oh, oui, je peux te dire les noms…. !
Six dossiers ; Est-ce-que c'était une idée de Mornay, pour éviter que l’hôpital ne saute aux conclusions ou Madame Delmas elle-même avait-elle trouvé plus prudent d'égarer les soupçons des secrétaires ? En tout cas, c'était bien. Il n'y avait pas eu de scène grand guignolesque, Delmas emmenée par les deux flics. En sortant de l'entretien cependant, la présidente de la commission médicale avait perdu de sa superbe ; Monique l'avait dit à Noémie qui avait fait passer le message à Castel qui en avait informé le reste du monde.
Béatrice croyait connaître Delmas : une fois mise au pied du mur, elle collaborerait avec la police. Elle n'avait rien d'une kamikaze et essaierait de sauver ce qui pourrait l'être. Béatrice ne se faisait pas trop de souci pour Delmas.
Et Jalons ? Jalons, le paillard, le vantard, le dragueur? Elle avait toujours détesté ce type. Le genre, lui aussi, à faire des remarques sur le bronzage de Valentine. Et à conclure, si on s'offusquait : "mais je plaisantais, voyons, vous n'avez donc pas d'humour ?". Il semblait vendu à tout le monde Il courait partout sans discernement. Et avec ça une réactivité paranoïaque, le sentiment qu'on lui devait quelque chose, qu'il ne fallait pas lui manquer. Son obséquiosité pouvait s'envoler en une seconde s'il pensait qu'on était contre lui : il jetait le masque . Béatrice ne s'était pas laissée mépriser. Jalons ne supportait pas ça. Il aimait les gens à sa botte. Jusqu'où pouvait-il aller pour que son monde ne s'écroule pas ? Après tout, Bernadette n'était que sa nièce par alliance. Pouvait-il tolérer qu'une gamine se mette en travers de sa route ?
Il y avait bien un assassin qui circulait.
Elle entendit le bruit dans l'escalier. Quelqu'un montait les marches. 
Elle faillit hurler : elle avait fermé cette porte à clé, elle en était sûre. Verrouillé, à double tour. Comment était-ce possible ? La serrure de la porte avait été changée six mois auparavant, après le cambriolage de l'école d'infirmière. Seuls les médecins la possédaient !
 
 
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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Lundi 1 mai 2006 1 01 /05 /Mai /2006 20:55

Episode 1

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- Madame Dubout ? Tout va bien?
Ben voyons! Elle faisait semblant de s'enquérir de son état mental! Cette femme était fondamentalement mauvaise, elle l'avait toujours su !
- Allez-vous-en ! scanda-t-elle. Aujourd'hui, au moins, nous essaierons d'être respectueux, en souvenir du chef de service, que tout le monde n'a pas soutenu...
- Madame Dubout! Mais qu'est ce que c'est que cette histoire ?
La sollicitude maintenant ! Et pourquoi pas la main sur l'épaule tant qu'elle y était !
- Vous pouvez prendre vos airs, ça ne change rien. Vous n'étiez même pas à son enterrement !
- Ah ça, c'est trop fort ! explosa la jeune femme. Je n'ai pas à me justifier de mes faits et gestes ! Laissez moi passer, ajouta-t-elle comme Dubout se mettait entre elle et la porte.
L'éclat de voix avait attiré la secrétaire et deux infirmiers qui étaient près d'elle. Castel, l'acolyte de Bertoumieu, était l'un d'entre eux. Il n'y avait heureusement personne dans la salle d'attente. La perpective d'une altercation entre BMB et Dubout était trop alléchante pour qu'ils repartent discrètement à leurs travaux. Castel présent, on pouvait être sûr que tout l’hôpital en entendrait parler.
- C'est à cause de vous si on en est arrivé là ! siffla la surveillante hors d'elle. A cause de vous et de votre gosse ! On sait bien qu'elles sont trop précoces !
Béatrice était devenue si pâle, qu'ils crurent un instant qu'elle allait s'évanouir. Elle sembla balancer un instant, se demandant visiblement si elle employait la force physique. Elle s'imposa férocement le calme et dit aux deux infirmiers, la voix pourtant mal assurée :
- Castel, Roland, faites un valium injectable à cette patiente. Et vous Noémie, poursuivit-elle à l'adresse de la secrétaire, appelez du renfort dans le pavillon voisin. Les agitées comme ça, il faut être plusieurs pour les maîtriser !
Un silence de mort s'ensuivit. Madame Dubout était écarlate, haletante. Castel qui craignait réellement une attaque physique de l'une ou de l'autre, se glissa entre elles deux. En passant, il frôla la surveillante qui poussa un hurlement :
- Ne me touchez pas ! Je vous interdis de me toucher !
- Madame Dubout, voyons, dit d'un ton contrit Noémie qui jubilait. Vous êtes si fatiguée. Venez vous reposer un peu et prendre un bon café...
C'était pour la surveillante un moyen de quitter la scène sans trop perdre la face. Elle avait tellement envie de pleurer ! Ne pas pleurer devant cette femme. Ne pas pleurer. Refuser l'humiliation. Elle accepta le bras de la secrétaire et sortit le plus dignement qu'elle put.
 
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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Samedi 29 avril 2006 6 29 /04 /Avr /2006 20:17

Episode 1

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La voix de la petite secrétaire résonna sous les arbres. Elle s'était mise un peu en retrait, et était tombée sur Monique, sa collègue du secteur adulte, comme elle attirée par le malheur, le nez au vent:
- Tu les as vus, tous ? Incroyable ! La tronche de Madame Delmas ! On dirait qu'elle enterre le président de la république !
- Elle a dit qu'il fallait rendre hommage à Meyer
- Ouais, Meyer. C'est sûr qu'elle, il ne risquait pas de la coincer dans les toilettes !
- Oh, tu dis ça, mais est ce qu'il t'a coincée quelque part à toi ?
- Ce n'est pas l'envie qui lui en manquait! Meyer, c'était le genre satyre tu vois ! Mais moi, je ne suis pas une petite fille!
- Non, dit Monique qui pouffa malgré la solennité du lieu. Et la Dubout, tu l'as vue ?
- Oh elle, elle pleure toutes les larmes de son corps. Depuis ce matin, c'est la mater dolorosa. Mais elle nous le fait digne, tu vois, sous ses cheveux rouges !
- Ah ! les cheveux rouges, quelle trouvaille! Je ne te croyais pas l'autre jour ! Mais qu'est ce qui lui a pris ? Depuis quand est-elle comme ça ?
- Oh, cinq ou six jours. Ben tiens, elle est arrivée comme ça le matin où on a trouvé la petite ! Tu vois un peu le choc, comme ça sans crier gare. Elle s'attendait à plus de succès probablement, mais ce n'était pas le bon jour ! Elle a dû trouver que le blond platine la vieillissait un peu. Meyer a dû lui dire qu'il préférait les rousses, ah, ah !
- Parle moins fort! Tu vas te faire remarquer !
Elles pouffèrent à nouveau toutes deux avant de vérifier autour d'elles, consternées et contrites, que personne ne les avait vues.
 
Heureusement pour elles, Dubout n'avait pas entendu les remarques peu amènes des deux secrétaires. Elle était revenue à l’hôpital après l'enterrement. Elle avait gardé sa toilette sévère, histoire de rappeler à tout le monde qu'il fallait bien se tenir aujourd'hui. On dit que le noir amincit, mais elle avait pu vérifier devant sa glace, le matin même, qu'il n'en était rien. Aujourd'hui, elle ne s'aimait pas : elle se trouvait lourde, grossière, sans élégance. Cet ensemble noir pendouillait sur le devant. Elle y avait pourtant mis le prix. Mais ces petits tailleurs si gracieux sur les mannequins lui donnaient l'air d'une poupée boudinée. Il fallait qu'elle maigrisse. A tout prix. Elle soupira et une nouvelle fois les larmes lui vinrent aux yeux. Comment pouvait-elle penser à ça maintenant ?
La vue de Béatrice Mercier Beaumont qui vint dans le service à la demande de l'interne débordé l'agaça prodigieusement. Elle se sentit agressée, personnellement. Elle n'était même pas vêtue de sombre. C'était ahurissant ce tailleur rouge! Et pourquoi pas une tenue d'Arlequin ? Oui, oui, on voyait bien qu'elle avait acheté ça en Italie, ou en faisant les soldes à Londres. Et cette étole, de toutes les couleurs dont elle s'enveloppait négligemment ! Sans parler du chapeau. C'était le bouquet le chapeau ! Une toque noire, en fourrure rasée. Elle lui faisait confiance, c'était de la vraie fourrure ! Mercier Beaumont c'était le genre à porter les fourrures de sa grand-mère en ricanant des associations de défense des animaux.
Elle avait tout tenté, Dubout, en matière d'élégance, mais elle n'osait pas le chapeau. Mercier Beaumont en avait cinquante, que les malades et les infirmiers commentaient affectueusement et cette silhouette aux coiffes audacieuses qui traversait l’hôpital d'un air hautain et indifférent était comme une épine dans le cœur de la surveillante. Nom d'un chien, au lieu de la trouver arrogante, ils la félicitaient pour ses trouvailles vestimentaires! Et son ensemble à elle pendouillait sur le devant !
Mercier Beaumont fut accueillie comme un chien dans un jeu de quilles, avec une animosité si grossière qu'elle daigna considérer la surveillante :
- Mais Madame Dubout, je ne viens pas ici parce que j'ai vu de la lumière, figurez-vous. L'interne m'a demandé de passer. Il a un problème avec un des petits de l’hôpital de jour.
- Il était inutile de vous déranger. J'appellerai le Docteur Delmas.
- C'est moi qui suis de garde. Je vous déconseille de déranger le docteur Delmas. De toute manière c'est à l'interne d'apprécier le degré de l'urgence.
Mercier Beaumont se permettait de la remettre à sa place, tout ça parce qu'elle était médecin alors que c'était bien elle, la surveillante, qui avait la véritable charge du service, qui assurait la continuité, qui respectait les dernières consignes du docteur Meyer. Car elle savait qu'ils n'avaient jamais eu la même façon de travailler et que la première des choses qu'elle ferait en voyant ce gamin malade, serait de bouleverser la prise en charge initiée par Meyer.
Eh bien non ! On n'avait pas besoin d'elle ici !
- Ecoutez, dit-elle la voix blanche, vous en avez assez fait comme ça. Il vaut mieux que vous repartiez !
 
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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Mercredi 26 avril 2006 3 26 /04 /Avr /2006 21:42

Episode 1

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On enterrait Meyer. Discrètement, à la sauvette. On n'avait pu éviter les journalistes. La famille était réduite. Meyer venait du Nord : froid glacial, ciel bas sur les épaules. Il les avait traités de méditerranéens hystériques ce qui n'avait pas favorisé son intégration. Il considérait que seule la surveillante, qui avait travaillé au-dessus de la Loire, était à même de percevoir les subtilités de son esprit cartésien. Ces sudistes étaient trop poétiques. Les parents de Meyer étaient descendus de la brume septentrionale. Ils étaient raides et indignés. Les accusations portées contre leur fils les révulsaient profondément et le père avait fait savoir qu'il porterait plainte contre Puivert.
Il n'y avait pas eu de service religieux, seulement une bénédiction rapide et embarrassée par un prêtre qui semblait toujours sur le point de partir. A l’hôpital, on s'était concerté longuement. Pour Delmas, les choses étaient claires : elle soutiendrait l'honneur de son confrère. Elle était au premier rang, drapée de châles, comme une proue de navire. A ses côtés, le sous-directeur, car le directeur avait malencontreusement été appelé à Paris pour régler des dossiers urgentissimes, concernant l'avenir de l’hôpital. Le conseil d'administration brillait par son absence. Josiane Dubout était là, pâle et douloureuse. Son mari ne l'avait pas accompagnée, estimant que sa femme représenterait le couple avantageusement. Mais elle lui avait lancé, avant de partir, qu'il ne s'agissait pas pour elle d'un devoir professionnel : elle ne représenterait qu'elle-même. Elle rendait hommage à un ami, oui, à un ami. Il y avait de nombreux employés de l’hôpital, venus sentir l'ambiance.
Julien, appuyé contre un pilier centenaire, comptait les points, notait les présents, cherchait les absents. Jalons n'était pas là. Un homme entra dans son champ de vision, faisant autour de lui la place nette, comme s'il véhiculait une maladie contagieuse. Il sursauta :
- Labeyrie !
Labeyrie, qui sous les murmures, s'approchait des parents de Meyer dont il serrait cérémonieusement la main.
- Mais qu'est ce que ça veut dire ? demanda Rachid perplexe
- Qu'il refuse de considérer que Meyer était l'amant de sa fille je suppose. Il continue à soutenir que c'est Hassan et qu'il y a eu viol.
- Il peut le dire autant qu'il veut. Ce n'est pas vrai.
- Je t'assure que ceux à qui il le dit ne prendront pas la peine de vérifier. La préfecture craint une récupération politique.
Labeyrie s'inclinait devant la tombe ouverte avant de quitter les lieux dans un profond silence.
- Facho! dit Rachid entre ses dents. Si Hassan n’était pas arabe, il ne ferait pas tout ce cirque !
- C'est probable.
- C'est un facho.
- Oui, c'est un facho et il vient de perdre sa fille, assassinée. Et il a découvert qu'un pervers avait abusé d'elle. C'est un connard, je te l'accorde, mais laisse-lui le temps de se remettre. L'idée que sa fille ait subi ça sans en parler, ce doit être insupportable. C'est plus simple pour lui de penser qu'on l'a violée.
- Surtout qu'il a un Arabe sous la main !
- Rachid ! dit Julien presque suppliant.
Il avait déjà soupçonné ce type d'inceste. Tout nouveau soupçon lui semblait une injure.
- Je te laisse tes états d'âme grinça Rachid. C'est vrai qu'avec toi, les bourges ont toujours raison. T'es comme un poisson dans l'eau dans ces histoires.
- Tiens, Vengeur Masqué, regarde qui voilà !
La secrétaire de Meyer s'approchait à son tour, juchée sur dix centimètres de talons. Les yeux de Rachid lui sortirent de la tête :
- ah, dis donc !
Julien opina paternellement du chef :
- Tu l'as dit, mon petit !
- C'est un peu... Enfin un peu... Mais elle est en noir quand même ! reprit Rachid sur la défensive
- Ca, c'est de l'hommage au cher défunt ou je ne m'y connais pas !
Rachid jeta un œil méfiant sur son collègue mais Julien était imperturbable, sans rire. La chère enfant se serra dans un châle de soie noire, qui lui couvrait les épaules à défaut de lui couvrir les jambes, galbées, ravissantes, interminables, à tomber par terre, il n'y avait rien à dire.
- Ah, dis donc !
- Tu te répètes !
Elle faisait presque autant sensation que Labeyrie lui-même.
- Et le docteur Mercier Beaumont ? Elle doit venir ou non ?
Julien ne put s'empêcher de concevoir une certaine inquiétude de la trouble association d'idées qui faisait naturellement passer Rachid de la péronnelle en noir à Béatrice. L'acuité d'esprit de ce damné Rachid était extrêmement désagréable...
Béatrice ne viendrait pas. Elle ne voulait pas les voir, ni Jalons, ni Delmas. Elle ne savait que penser de l'agression de Meyer sur Valentine. Elle ne voulait pas que sa présence soit interprétée comme une absolution tant que les choses n'étaient pas claires. Elle attendait. Elle avait tendance à le prendre pour le Vengeur Masqué, ma parole !Ce soir, elle reprendrait une garde à l’hôpital. Une des gardes de Meyer que ses collègues se partageaient. Elle s'enfermerait à double tour. Il avait la journée pour agir, pour cerner Jalons, pour démolir ses alibis. A petits pas !
La tête de Borelli quand il lui avait rapporté les découvertes de Béatrice ! Il avait été silencieux si longtemps que Mornay s'était demandé s'il avait bien compris. Trois "Putain !" tonitruants avaient rompu le silence. "Le fils de pute !"
Il y avait là quelque chose à décoder, Julien en était sûr. Il s'y attarderait un de ces jours. En attendant, il marchait sur des œufs.
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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Dimanche 23 avril 2006 7 23 /04 /Avr /2006 20:35

Episode 1

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Elle s'était roulée en boule sur son lit, une peluche dans les bras. Oui, elle avait quatorze ans et les peluches c'était ridicule, mais à qui parler maintenant que Bernadette n'était plus là ?
Elle aussi, elle savait que Papa et Maman traitaient des affaires pas nettes avec l'oncle Bernard. Ca n'était pas bien sorcier à deviner ! Tout le monde la prenait pour une demeurée, il n'y en avait que pour Bernadette. Mais elle aussi, elle avait compris. En tout cas, elle n'irait pas faire la maligne, comme sa sœur. On voyait bien où ça l'avait menée!
N'en parler à personne. C'est ce que disait Papa de toute façon, n'en parler à personne, pas même à Maman. Maman serait trop malheureuse si on lui parlait de tout ça. Et puis, qu'est ce qu'elle pouvait faire, Maman ? Rien. La protéger ? La défendre ?
Il y avait longtemps qu'elle essayait de se débrouiller toute seule. Maman s'en remettait au Bon Dieu. Mais Thérèse savait, elle, que ses prières au Bon Dieu ne servaient à rien. Peut-être parce qu'elle n'était pas assez bien, pas assez bonne, pas assez pieuse. Elle avait péché, beaucoup péché. Pas digne du Bon Dieu. Maman ne devait pas le savoir. Ce serait un tel choc pour elle. Et puis, elle n'y pouvait rien. Maman ne pouvait rien faire : c'était à peu près la seule certitude de Thérèse. Et si Maman ne pouvait rien, la police non plus. Le flic avait essayé de la faire parler, mais elle n'avait rien dit. Elle l'avait juré à son père qui l'avait vu à travers la vitre. J'ai rien dit, rien dit.
- Tu sais bien qu'il ne faut pas parler de nos affaires personnelles, hein Thérèse ? Cela ne se fait pas, tu comprends. Je te dis ça parce que tu es grande maintenant, presque une adulte. Tu peux comprendre ces choses là. C'est privé, Thérèse. Privé. On est toujours puni de trop parler.
Oui, oui, elle avait compris. Elle voyait bien ce qui était arrivé à Bernadette. Elle était terrifiée, littéralement terrifiée. Elle n'osait plus ouvrir la bouche. La peur la sidérait. Elle fuyait le matin vers le collège. Toute la journée, elle pensait au moment où elle devrait réintégrer la maison. La tête, le ventre lui faisaient mal. Elle vomissait en cachette. Elle ne voulait pas que les professeurs pensent qu'elle était malade et la renvoient chez elle. Fuir, oh fuir!
Mais elle ne pouvait pas. Maman serait trop malheureuse.
 
Le soleil lui agaçait l'oeil et elle penchait la tête sur le côté pour ne pas avoir à changer de place.
Il essayait de la regarder sans la fixer. Très professionnel, très bien. C'était difficile parce que le rai de lumière lui inondait la peau et que la fatigue accumulée ces derniers jours lui donnait un air de vulnérabilité attendrissant. Pour elle aussi, c'était le café matinal, mais prosaïquement pris dans la cuisine. Elle l'avait appelé très tôt et il s'était donné la peine de venir parce qu'il avait senti sa réticence à aborder un sujet complexe ailleurs que chez elle. Le genre d'état d'âme qui plairait à Borelli. Il partagea son petit déjeuner. Elle lui fit part de ses découvertes avec une circonspection qu'il apprécia. Il n'aimait pas la tournure que prenaient les choses. S'attaquer à Jalons, s'attaquer à Labeyrie ! La Sainte Famille touchée par la douleur! Et elle, qui restait toute seule dans cette grande maison ! Qu'elle ait mis Valentine à l'abri, très bien ! Mais elle ? Elle ne pouvait pas demander à Sandrine de venir quelques jours ? Et son mari, quand revenait-il ? Non, ça, question idiote !Oui, il avait bien perçu sa prudence ; elle ne voulait pas accuser formellement ses confrères. Elle attendait de lui qu'il découvre la vérité. Tout simplement. Vaste tâche. Il savait que la vérité n'est pas toujours la meilleure solution. Il ne suffit pas que les choses soient justes et véritables. Mais elle avait dû apprendre ça, elle aussi. Borelli allait aimer ça, il le sentait .Mornay ? A petits pas, vous m'avez entendu? A petits pas !Aucune consigne n'empêcherait Julien de traquer jusqu'au bout l'assassin d'une petite fille. Borelli l'ignorait mais Béatrice, elle, avait tout compris.
Elle chipotait dans le pot de confiture et tâchait de le regarder sans le fixer.
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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Jeudi 20 avril 2006 4 20 /04 /Avr /2006 21:34

Episode 1

Episode précédent

On enterrait Meyer ce matin. Jalons était nerveux, allumant ses cigarettes entre deux quintes de toux. Il s'était gavé de café pour compenser les affres d'une nuit sans sommeil. Il commençait à maigrir. Tout à l'heure, il avait serré sa ceinture d'un cran. Il regardait fasciné Anne Marie qui tournait autour de lui comme un busard. Elle était mince, fine, élancée, admirablement prise dans un tailleur hors de prix. Les bagues s'entrechoquaient et tintaient sur la tasse qu'elle posait alternativement sur tous les meubles qu'elle rencontrait dans sa course. Anne Marie en jetait, il n'y avait rien à dire ! Il conservait pour elle une admiration de pauvre hère qui couche avec la fille du patron. Malheureusement pour lui, l'excitation née de la situation d'opposition au père Saint Germain avait disparu depuis longtemps. Elle jouait à peu près le jeu cependant. Représentation, mondanités. Votre femme est charmante. "Mon épouse", disait-il en pinçant le nez pour faire plus chic, ce qui l'énervait prodigieusement à elle. L'absence d'enfant aggravait le ressentiment. Ils avaient arrêté de s'en renvoyer la responsabilité à la figure. La naissance de ses deux nièces avait été une épreuve pour Anne Marie, et d'autant que le vieux notaire ne s'était pas privé de prendre la fertilité du couple prodigue comme une bénédiction du ciel. Avec le temps, elle avait renoué avec sa sœur. De toute manière, il avait mieux valu être par-là quand le vieux grigou avait commencé à faire au bas de ses actes des erreurs un peu trop grossières. Entourer le vieillard. Elle n'avait que ça à faire ; Gisèle avait plus de difficultés, avec ses deux filles, surtout la petite garce, Bernadette, l'élue du Seigneur. Elle n'avait pas trop mal manœuvré, même si vers la fin, Hugues, toujours à l'affût, était intervenu pour réclamer sa part du gâteau. La mécanique était parfaitement huilée. Elle s'était offert des plaisirs dont elle rêvait depuis l'adolescence et que Bernard, qui fonctionnait avec sa logique de paysan lui avait toujours parcimonieusement comptés. Et ce n'était que justice. Saint Germain vivrait peut-être encore dix ans, malgré le naufrage de son esprit. Pourquoi attendre si longtemps un héritage dont aujourd'hui, il n'avait que faire?
Bernard avait financé sa dernière campagne, et se répandait en pots de vin divers. Là, il était difficile, même en se noyant sous mille justifications, d'imaginer un seul instant que Saint Germain aurait accordé un sou à ce gendre dont les trois faillites successives l'avaient conforté dans sa première opinion. Les Labeyrie aussi avaient usé des biens paternels.
Parfaitement huilé.
Jusqu'à la poussière. Celle qui grippe les rouages.
Anne Marie jetait un regard perplexe sur son mari, qui pour se donner une contenance devant cette femme qui continuait à le bouleverser, allumait encore une cigarette. La maison était immense et ils se voyaient peu, mais, ce matin, il avait tenu à la voir et s'était pointé alors qu'elle prenait son café dans le petit salon. Il avait maladroitement tripoté l'argenterie et les carafes de jus d'orange, avait renversé le sucre en poudre, avant de lancer presque triomphant, comme le scoop de l'année :
- On enterre Meyer ce matin
- Je sais dit-elle sèchement. Que comptes-tu faire ? Tu y seras ?
Il chercha son regard :
- Qu'en penses-tu ?
C'était bien lui, ça. Il lui remettait le problème ! D'où cet air triomphant du gamin qui a fait une bêtise tellement énorme, qu'il sent bien que sa mère ne peut que crier d'admiration devant l'imagination du cher petit.
- Et toi ? lança-t-elle, tu ne pouvais pas y penser plus tôt ?
- Plus tôt ? ...Mais, comment aurais-je pu savoir ? ...
- Où en est la police ? coupa-t-elle
- Est-ce que je sais, moi ? On est de plus en plus réticent à me donner des informations.
- Comment t'es-tu arrangé, pour avant-hier soir ?
- Pour avant-hier soir ?
- Oui, pour la petite, il y avait cette réunion. Tout le monde t'y a vu au moins quelques minutes, y compris Borelli. Ca, c'est un sacré témoignage ! Difficile de prouver que tu es peut-être allé voir ailleurs ! Dans les réunions, les gens vont et viennent... Cent personnes qui mangent des petits fours... On sait ce que c'est ! Mais avant-hier soir ? Ils t'ont interrogé? Qu'est ce que tu penses dire ? Mon cher, accordons nos violons...
- Anne Marie... ! Tu ne crois pas... ?
- Ecoute Bernard, ça suffit comme ça. Tu as tort de te croire intouchable. Je ne peux pas t'aider si tu ne me donnes pas toutes les informations. Je n'ai pas envie que tu plonges, crois-moi. Je suis assez mouillée comme ça. J'ai bien compris que Bernadette avait tout deviné, ce qui n'est guère étonnant si on pense qu'elle couchait avec Meyer. J'ai toujours pensé que cette gosse était vicieuse.
- Anne Marie, c'était la fille de ta sœur !
- Sainte Gisèle. Justement, la réaction de sa fille me parait plutôt logique. N'importe quelle gosse élevée comme ça doit avoir envie de s'envoyer en l'air dès le berceau.
- Mais il a sans doute abusé d'elle !
- Tu parles ! Ecoutez-moi le chœur antique !
- Anne Marie ! glapit-il sans plus pouvoir dissimuler sa terreur, je te jure que...
- Je sais bien que tu as peur, dit-elle. Ecoute, je sais bien que tu as quitté la réunion ce soir-là. Vois-tu, j'étais sortie, je... prenais l'air sur la place, près des arcades. Il n'y a jamais personne. Je t'ai vu. Au volant de ta voiture. Il était dix heures et demie. Tu ne peux pas me raconter de bobards Bernard.
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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Lundi 17 avril 2006 1 17 /04 /Avr /2006 19:00

Episode 1

Episode précédent

Alix Beaumont avait rappelé. Elle prenait peu son téléphone, ayant tendance à penser qu'il était mieux que les autres la sollicitent. Mais là, l'excitation était perceptible : elle s'amusait.
- J'ai eu ma sœur au téléphone, Béatrice. Elle m'a donné quelques informations qui m'ont paru intéressantes, dans le contexte actuel.
Béatrice avait toujours rendu hommage à l'intelligence de sa belle-mère.
- Les Saint-Germain ont eu effectivement deux filles. Anne Marie, saintement nommée, née prématurément, sept mois après le mariage de ses parents, et Gisèle, trois ans plus tard.
- Ne soyez pas inutilement anticléricale, Alix !
- Oui, soyons charitables, ma chère. Les deux enfants furent élevées dans les meilleures institutions, Notre Dame de l'Immaculée Conception entre autres, dont je pourrais vous parler moi-même des heures durant. Elisabeth Saint- Germain, née de Boiviviers, disparut tragiquement, fort jeune. Le père éleva pieusement les deux bambines. Mariées toutes deux, fort bien pour la seconde, Gisèle ; un brillant architecte, ma chère. Le fils Labeyrie, voyez-vous, des sucres Labeyrie. Je crains que les sucres Labeyrie n'aient piqué du nez depuis le brillant mariage...
- C'est ce que je pensais Alix.
- Oui, pourtant les Labeyrie n'ont pas l'air trop à plaindre, sur le plan financier. Je ne parle pas bien sûr de l'affreux malheur qui vient de frapper ces gens.
- J'avais compris, Alix. Dites-moi, que dit-on du vieux Monsieur Saint Germain ?
- On ne sait pas trop où il se trouve. Certain prétendent qu'il s'est retiré en Italie, où il se rendait souvent avec sa femme. Les Boiviviers y avaient plusieurs propriétés. Voila plusieurs années que Suzanne ne l'a pas vu.
- A-t-il aidé ses enfants financièrement ?
- Ne dites donc pas de sottises, Béatrice. Vous savez très bien que cela ne se fait pas chez nous. De toute façon, Alban était un pingre remarquable, qui faisait des scènes à ses filles quand elles achetaient des friandises et comptait les cuillères après le départ des invités. 
- Ca a du être dur pour eux, sachant qu'il y avait une grande fortune...
- Vous l'avez dit. Les Labeyrie, encore, ce n'était rien ! Hugues Labeyrie a toujours des contrats extraordinaires avec le conseil général, entre autres. Il ne sait pas ce que c'est qu'un appel d'offre, je suppose. C'est pour l'autre sœur, Anne Marie que les choses ont du être insupportables. Vous comprenez, elle s'était marié contre l'avis de son père. Une envie d’imiter Maman, peut-être... Ce devait être tentant en tout cas. Toujours est- il qu'elle s'est trouvé un jeune homme assez commun, assez vulgaire, dont le père était euh...
- Je sens que vous allez être désagréable, Alix !
- Oui, Vous avez raison, ce jeune homme était bien méritant. Et au moins, lui il n'était pas Noir ! ricana la redoutable aïeule. Enfin Anne Marie convole en justes noces avec cet individu qui fricote de droite et de gauche, plutôt d’extrême-droite, même, attendu qu'il fait une carrière politique sous une étiquette assez floue, assez molle pour satisfaire tout le monde, mais qui titille volontiers les sentiments primaires de ses concitoyens. Vous comprendrez que cela me dérange, pour des raisons personnelles. Le couple ne s'est pas reproduit ce qui me semble une bénédiction.
- Jalons ?
- C'est comme cela qu'on le nomme.
- Jalons ? Jalons et Labeyrie sont beaux-frères ? Mais enfin, c'est une plaisanterie ! La police doit savoir une chose pareille !
- Ma foi, ma chère… ! Sachez que Bernard Jalons et Anne Marie Saint Germain, sont quasiment séparés, je n'ai pas dit divorcés, notez bien et semblent n'avoir que des contacts rares, ponctuels et intéressés. Par ailleurs, Jalons a tout intérêt à ne pas crier sur les toits qu'il fournit des chantiers à son beau-frère.
- Alix, Alix...
- Béatrice, Béatrice... Je suis ravie d'avoir Valentine ici. Cette enfant ne bougera pas de ma maison tant que les... problèmes qui vous affectent ne seront pas résolus. Elle manquera l'école quelques jours.
- Oui. Je vous remercie, Alix.
- Avez vous prévenu François ? non, je présume. Vous êtes le genre tête de mule. Ne dites rien. Je ne l'appellerai pas, vous êtes assez grande pour savoir ce que vous faites. Ecoutez-moi, Béatrice. Je ne sais pas ce que vous avez découvert, mais je vous conseille d'en avertir la police, tout de suite.
- Je... Je vais réfléchir, Alix.
- Faites attention à vous, ma chère.
Béatrice se sentit brusquement découragée. La traque de la vérité s'avérait pleine de surprises. Son intérêt était, clairement, de se tenir tranquille : Jalons et Labeyrie, aggravés de Delmas, c'était du trop gros gibier pour elle. Elle reconstituait assez facilement l'histoire : le grand-père qui commence à battre la campagne, à qui l'on fait signer des procurations. La mise au frais à l’hôpital, dans un pavillon reculé. Pas de visites. De toutes façons, le grand-père ne sait même plus son nom. Le chef du service sait bien qu'il a ce patient un peu spécial. Il a négligé de faire une demande de mise sous tutelle, pour protéger les biens du vieux Monsieur. En échange de quelque service, probablement. Quant à Meyer, qui passe, lunaire, on lui demande le silence en le berçant d'illusions. J'ai des relations mon cher, pour votre carrière. De toutes manières, il a tendance à suivre passivement la Delmas. Peut-être même, lui qui connaît mal la population locale, qui vient d'une autre ville, n'a-t-il pas vraiment perçu les enjeux de la manœuvre.
La mort violente de la plus jeune des filles Labeyrie bouleverse la donne.
Elle s'était recroquevillée sous son Vander Meulen, le ti punch à portée de main, enveloppée dans un châle comme une grande malade. Elle avait horreur du doute, de l'indécision, et ne les tolérait jamais longtemps. Son seul recours, c'était Julien Mornay. La police, c'était Julien Mornay. En aucun cas, elle n'imaginait d'aller au commissariat, dévider son histoire à un inconnu. Elle voulait avoir affaire à quelqu'un qui serait en mesure de comprendre ses doutes et ses scrupules. Elle aurait préféré que Mornay fût différent. Un peu moins séduisant s'il vous plaît, un peu plus police, un peu plus rouleur de mécanique, un peu plus Starsky et Hutch, comme les flics qu'elle rencontrait lorsqu'on lui piquait sa carte bleue. C'était crétin de l'avoir laissé parler contre son fauteuil, de l'avoir laissé prendre des nouvelles de Valentine, de l'avoir laissé raconter sa vie.Très mauvais ça ! Impardonnable! Il avait appelé dans la nuit pour être sûr que Nordine ne lui avait fait aucun mal. Ce type était inquiet et ne le dissimulait même pas.
Appeler François. Bonne idée, oui. Lui expliquer l'imbroglio, en sachant qu'il ne pourra pas rentrer pour le débrouiller, qu'il va se liquéfier d'inquiétude parce qu'il a sur les bras le sort du monde, et que sa femme s'amuse à soulever des lièvres dangereux. Et pourquoi ne m'as-tu pas parlé de ça plus tôt ?
Appeler François et prononcer le nom de Mornay. Non, ça c'est encore plus crétin que d'écouter le flic se confesser dans la pénombre.
Bon, demander à parler à l'inspecteur Bensaïd alors
Mais que va-t-il comprendre des relations complexes qui existent entre elle et Delmas, entre elle et Meyer ? Il risque surtout de se frotter les mains à l'idée de cravater un notable et il ne fera pas l'effort d'être un peu subtil.
Mornay. Mornay connaît bien ça : les Delmas, les Meyer, les jeunes filles de bonne famille qui épousent des jeunes gens méritants, le mépris, le silence. Et la puissance de tous ces gens. Bon Dieu, Jalons, ce n'était guère étonnant... mais Delmas, mais Meyer... ! Et les Labeyrie ! Comment avoir le courage de faire sortir cette histoire alors qu'ils venaient à peine d'enterrer leur fille !
Elle sursauta :
- Il y a eu deux morts, bon sang !
C'était ça la seule réponse. Delmas ou pas, la gosse était morte, et puis Meyer ! Meyer, à qui en prime, on tentait de faire porter le chapeau de l'assassinat !
Elle appela Mornay.
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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Dimanche 16 avril 2006 7 16 /04 /Avr /2006 10:06

Episode 1

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- Mais il l'aurait assassinée?
- Pourquoi pas, si elle menaçait de le dénoncer?
- C'est ce que dit la police?
Là, il marchait beaucoup plus sur des œufs. Il savait que la police ne croyait pas au suicide de Meyer. Il en avait eu la confirmation le matin même et les pirouettes de Puivert allaient être impuissantes à camoufler une vérité qu'il refusait de toutes ses forces. Meyer se suicidant , de honte et de remords, comme le scénario avait été séduisant! Il avait essayé, presque désespérément, de convaincre son interlocuteur, au commissariat, qui l'avait écouté poliment. Brasser de l'air, agiter des idées, lancer de fausses nouvelles. Il avait toujours fait ça: il avait ainsi l'impression d'exister, de vivre à cent à l'heure, de courir vers la mairie. Ses proches et ses conseillers couraient à ses trousses, assez souvent pour rattraper ses bourdes, car depuis qu'il était élu, sa mégalomanie ne connaissait plus de limites. Il avait le sentiment que tout lui était permis, il était au-dessus des lois, il avait des relations puissantes, rien n'était impossible: il ne payait plus dans les restaurants, ne réglait plus ses contraventions, s'auto amnistiait de ses fraudes fiscales, et considérait que la moindre des secrétaires mourait d'envie de coucher avec lui. Il est vrai que sa femme n'en avait plus envie depuis longtemps! Entre le jeune homme bouillonnant d'idées, qui se faisait une si haute idée de sa tâche politique, qu'elle avait épousé contre l'avis de sa famille, car il n'était pas du même milieu qu'elle, et ce politicard visqueux qu'il était devenu, le chemin parcouru était pavé de compromissions, de lâchetés, de renoncements dont elle ne parlait même plus. Leurs intérêts financiers les maintenaient proches, malgré le mépris qu’elle lui vouait avec ostentation. Il pensait sincèrement que l'on peut acheter tout le monde .
En commandant à Puivert les articles rageurs sur Mercier Beaumont, il assouvissait une haine personnelle, tout en détournant, croyait-il l'attention de ses petites affaires. Puis Meyer avait fait un coupable idéal et il n'avait pu s'empêcher de penser que ce qu'il voulait à toutes forces se réaliserait peut être lorsque les mots imprimés de Puivert s'étaleraient dans les kiosques de la ville. Car Suresnes avait raison: le journal local, feuille de chou par ailleurs sans intérêt était lu avant toutes choses et chacun se régalait des aventures de son voisin.
Il avait conservé cette naïveté infantile de croire que les choses que l'ont veut vraiment finissent par arriver. Il faut dire qu'il tenait beaucoup ce discours, aux jeunes chômeurs, aux chefs d'entreprise, aux mères de familles inquiètes de l'avenir. C'était un discours rassurant qui permet de croire que les pauvres et les malheureux ne doivent s'en prendre qu'à eux-mêmes. Défaut de rêve, défaut d'imagination. C'était son discours à l'américaine. Quand Labeyrie était en forme, lui qui n'était dupe de rien, tout en profitant sans scrupule de tout, il appelait Jalons: "just do it!"
La police en était donc là, heureusement qu'il tenait encore des gens qui lui donnaient quelques informations sur l'enquête. Meyer avait vraisemblablement couché avec la gamine, et même le jour du crime, mais il n'était pas certain qu'il l'ait assassinée. Il était même probable que l'assassin de Bernadette et celui de Meyer ne faisaient qu'une seule et même personne.
- La police ne tire aucune conclusion, dit-il. Mais quand même, je pense que notre article n'est pas loin de la vérité.
Absolument. C'était ça. Pas loin de la vérité. Sinon quoi? Les flics allaient revenir dans ce foutu hôpital. Interroger à droite à gauche, surtout l'autre, là, avec son air pincé! Ce n'était pas possible, bon Dieu! Ils avaient eu deux coupables sur un plateau: Hassan d'abord, Meyer ensuite. Qu'est ce qu'il leur fallait donc, pour laisser tranquille les gens sérieux?
Borelli avait fait savoir , très nettement, ma foi, que Mornay garderait cette enquête. Jalons avait un mauvais pressentiment! Sans vouloir faire de racisme, il était sûr que son acolyte, le Beur, votait pour son adversaire!
Deux possibilités de classer cette affaire sans faire de vagues! Les flics avaient laissé passer sa chance!
- Notre article? Comment ça, notre article? Vous voulez dire que c'est vous qui...? Mais c'est de la folie! Je ne tolérerai pas que l'on accuse ainsi un de mes confrères!
- Mais putain, il sautait ses patientes mineures votre confrère!
Nouveau coup de sein , nouveaux cris:
- La profession médicale, dans son ensemble...Nous sommes tous concernés...Les médecins doivent être irréprochables ...
- Mais vous ne l'êtes pas, que je sache, rugit Jalons qui en rêvait depuis des mois. Ni vous, ni votre mari . Vous pouvez prendre vos grands airs, ça ne change rien. Vous allez la boucler maintenant, et éviter que les flics ne découvrent que ce crétin de Meyer était avec nous, en pensant qu'il deviendrait plus vite chef de service. Si j'avais su que j'avais affaire à un pédophile, je me serais tenu à l'écart, vous pouvez me croire. Mais apparemment il ne pouvait pas tenir sa queue tranquille dès qu'il voyait une gamine, vous pouvez vérifier, toutes les élèves infirmières le disent. Et vous qui êtes psychiatre vous ne l'aviez même pas remarqué!
Contre toute attente, elle s'effondra, la poitrine hoquetante, se répandit sur le bureau:
- Mon Dieu, mon Dieu!
Jalons interdit, resta les bras ballants. Il avait déjà donné avec Labeyrie au bord des larmes. Il n'y avait que lui qui tenait le coup, Nom de Dieu !
- Mais alors, reprit Madame Delmas dont le cerveau, même embrumé par la douleur, fonctionnait toujours à une vitesse supérieure, ce n'est pas un hasard si c'est tombé sur Bernadette. Cela a donc un rapport avec...
 - Taisez-vous ! hurla Jalons
 
 
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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Jeudi 13 avril 2006 4 13 /04 /Avr /2006 07:38

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La vieille dame réfléchit quelques secondes. En fond sonore, on entendit le galop de Valentine qui s'était décidée à sortir de la salle de bains, poursuivie par la Sandrine de sa grand-mère, qui s'appelait Nanette.
- Grand-mère, hurla Valentine, Nanette veut pas me donner des céréales.
- Nanette ne veut pas. Et ne crie pas s'il te plaît. Et dans ma maison, on ne mange pas comme les Américains. Tu auras des tartines un point c'est tout. Et sors de cette pièce, je suis au téléphone.
Béatrice pouffa de rire. La grand-mère était quasiment gâteuse de la merveille exotique. Elle avait beau brandir, d'un air furieux, la canne sur laquelle elle s'appuyait pour donner quelque majesté à sa démarche, Valentine pirouettait autour d'elle, comme un papillon qui se moque d'une fleur à épines.
Béatrice supposa que la canne s'agitait dans l'espace, éloignant Valentine et Nanette.
- Saint Germain, tonitrua Madame Beaumont, vous voulez parler du notaire, je présume?
- C'est ça.
- Le père était notaire, lui aussi. Je me souviens bien d'eux, j'étais en classe avec une des sœurs. Une jeune dinde. Passons, elle a aujourd'hui soixante dix ans. Les années n'ont pas dû la rendre plus intelligente. C'est le genre de sottise qui demeure incurable. Le frère n'était pas mal, assez séduisant. Ce n'était pas un aventurier non plus. Un notaire, vous imaginez! Il a repris l'étude de son père. Comment s'appelait-il? La sœur avait un prénom ridicule..., qui allait bien avec son air de Sainte Nitouche...Et lui? Ah oui, Alban! Alban Saint Germain. Le prénom lui allait très mal, par contre: il était noir de poil, mat de peau.
- Il s'est marié, je suppose?
- Oui ma chère, avec une autre dinde. Attendez...Une fille Boiviviers! Mais oui! Elisabeth de Boiviviers en personne. Elle était folle de lui cette petite. Un vrai scandale! Le mariage a été précipité. Le vieux Boiviviers était hors de lui mais vous savez comment les choses se passaient il y a quarante ans! C'était leur fille unique! Jolie fortune!
Madame Mère éclata d'un rire féroce:
- Béatrice, j'ai l'impression d'être un de ces journaux pour pauvres filles, vous savez ceux qui racontent la vie des princesses. Voulez-vous d'autres ragots ou ceux ci vous suffisent-ils?
- Ils ont eu des enfants?
- Eh bien, au moins un je vous l'assure. Une fille je pense, prématurée comme de bien entendu. Et puis une autre par la suite. La seconde doit avoir à peu près l'âge de François. Honnêtement, Béatrice, ma science s'arrête là. C'est le moment où Julien et moi sommes partis à l'étranger pour plusieurs années. Et puis vous vous doutez bien que ce n'était pas nos fréquentations favorites.
Les Saint Germain n'avaient pas du être parmi les derniers à froncer le sourcil devant Julien Beaumont. Le fait qu'il soit un universitaire connu, estimé dans son milieu, n'avait pas dû suffire aux petites coteries locales.
- C'est justement la génération actuelle qui m’intéresse, Alix. Vous n'avez aucun moyen d'avoir quelques informations?
- Voilà de l'ouvrage pour Suzanne, je suppose.
- Votre sœur?
- Oui, vous savez qu'elle n'a jamais quitté la région. Elle adore prendre le thé avec ses anciennes connaissances. C'est une mine d'informations. Elle trouve à cette activité une satisfaction qui me laisse pantoise, ma chère. Cela fait vingt ans que je ricane avec mépris : elle va trouver très amusant que j'aie recours à ses services.
- Si cela vous gêne, Alix...
- Non, non, laissez... En réalité, j'ai toujours adoré me disputer avec ma sœur!
Béatrice raccrocha confiante. La sœur d'Alix Beaumont n'était jamais prise en défaut: elle n'avait jamais eu d'autre occupation que le bavardage mondain autour des petits cakes faits à la maison.
Elle sourit : Alix Beaumont n'avait pas demandé pourquoi elle avait besoin de ces renseignements
Elle avait toujours appris quelque chose: la fortune des Saint Germain, aggravée de celle des Boiviviers, devait pouvoir justifier quelques licences prises avec la loi.
 
Delmas voulait le voir! Il en avait assez de ses quasi-convocations dans le bureau de Madame! Certes, elle lui avait fait remarquer que sa présence dans l’hôpital et dans le bureau de la présidente de la commission médicale se justifierait aisément aux yeux de n'importe quel curieux, alors qu'elle ne pouvait pas, quant à elle, se déplacer chez lui ou au conseil général sans attirer l'attention. Cette femme était insupportable, elle avait presque toujours raison.
Il salua rageusement les secrétaires qui lui sourirent mécaniquement.
Elle trônait comme d'habitude, derrière le bureau massif, à l'abri derrière ses photos de famille. La famille! C'était quelque chose pour elle. C'était même comme ça qu'il la tenait: c'était son seul point faible à cette femme. Et encore! Pouvait-on parler de point faible, quand il s'agissait de la faiblesse des siens, et non de la sienne propre!
Les deux filles en premières communiantes! Elles avaient fait du chemin depuis! L'une d'entre elles était même partie quelque temps étudier en Angleterre, juste après ce petit scandale local , les jeunes bourgeois qui arrosaient leurs fêtes avec autre chose que de l'alcool. On la voyait sur une des photos, le mortier sur la tête, en train de recevoir son diplôme d'une célèbre université anglaise.
Et le mari, le cher Delmas, qu' il avait fort à propos aidé à étouffer une affaire sinistre de dessous de table réclamés avant ses interventions chirurgicales. Que lui voulait-elle encore ? Elle couina dès son entrée:
- Le journal, le journal ! dit-elle avec des accents dramatiques
- oui, le journal! répondit Jalons sur le même air.
Il se prenait au jeu avec elle et leurs échanges avaient toujours l'air de se passer sur une scène de théâtre.
- Ne vous inquiétez pas dit-il ,nous avons la situation bien en main. Le suicide de Meyer est une aubaine pour nous...Je veux dire, rajouta-t-il avec componction, qu'à toute chose malheur est bon. L'attirance du docteur Meyer pour les ...euh...jeunes filles nous permet de faire la lumière sur cette malheureuse affaire sans que d'autres personnes soient inquiétées.
- Mais Monsieur, mais Monsieur, qu'est ce qui vous permet d'affirmer...? Et que dit la police?
- Ma foi, Madame, dit carrément Jalons, il a quand même sauté sur la petite Beaumont. Le témoignage de la femme de ménage est irréfutable!
- Mais ça ne prouve pas qu'il ait...Pour Bernadette enfin!...
- Il ne peut pas y avoir cinquante pédophiles qui se promènent en même temps! Tout porte à croire qu'il avait séduit l'autre gosse.
- Ah, quelle horreur, quelle horreur! gémit-elle, la main sur sa vaste poitrine. C'est ce que pense la police?
- Oui, dit fermement Jalons qui pour cela, au moins était parfaitement sûr de lui.
- Quand je pense qu'à plusieurs reprises je me suis trouvée seule avec lui, dans ce bureau!
Elle se leva ,toutes voiles dehors et faillit renverser son interlocuteur d'un coup de sein. Jalons battit en retraite, tout en résistant fortement à l'envie de lui faire remarquer qu'une attaque de Meyer à son encontre n'aurait plus relevé de la pédophilie.
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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Samedi 8 avril 2006 6 08 /04 /Avr /2006 18:49

Episode 1

Episode précédent

Elle téléphona après avoir attendu un temps raisonnable : celui pour Nordine de quitter l’hôpital. Malgré ce qu'elle lui avait dit, elle n'avait pas envie d'être l'instrument de son arrestation. 
Elle put joindre Rachid. Mornay était absent, à son grand regret. Mais d'un autre côté, cela lui évitait les états d'âme sur l'histoire Saint-Germain. Etait-elle censée en parler, dénoncer deux confrères en quelque sorte? Il fallait qu'elle réfléchisse. Elle se contenta donc des derniers événements.
- Je viens de voir Hassan.
- Pardon? Mais vous êtes à l’hôpital!
- Justement. C'est là qu'il est venu me voir. Vous comprenez, il ne sait pas où j'habite et il tenait à me dire quelque chose.
- Où est-il?
- Il vient de partir.
- Nous arrivons!
Au moins, c'était toujours ça, la police roderait aux alentours cette nuit. Et dire que Nordine était passé sous le nez des deux plantons! En leur disant bonjour, probablement! Ils buvaient une bière avec le concierge, peut-être! Elle tapa du pied, d'énervement et de colère.
Quelques minutes après, le téléphone sonnait:
- C'est moi, Julien Mornay. Tout va bien?
Oui, tout allait bien, sa sollicitude était la bienvenue; Bensaïd avait fait l'économie de la question.
- Il vous a menacée ou quelque chose de ce genre?
- Non , pas de problème.
- Il y a longtemps qu'il est parti?
- Quelques minutes.
- Oui? dit-il, poliment incrédule.
- Vous ne me croyez pas?
- Non. Je suppose que vous lui avez laissé le temps de filer. Je serai étonné si on le trouve. Quant aux deux abrutis qui dormaient devant l’hôpital, ils vont sentir passer le vent.
- Ce n'est pas lui. dit-elle
- C'est ce qu'il est venu vous dire?
- Oui. Il ne savait même pas que Meyer était mort! Ce qui laisse à penser qu'il a dû être plutôt isolé ces derniers temps.
- Meyer...
- Vous saviez qu'il était gaucher, bien sûr?
- Nous avons eu cette information, murmura Julien
 
*******
 
Le plus simple était encore de demander à Madame Mère. Elle connaissait sur le bout des doigts les familles locales, les alliances, les adultères, les bâtards.Béatrice n'avait hésité qu'un court instant. Elle ignorait si le simple citoyen peut consulter l'état civil et n'avait pas envie de passer par Mornay. La mise en cause de deux confrères n'était pas une mince affaire. Surtout la mise en cause de Delmas, notable plus qu'installée, qui faisait partie du conseil de l'ordre. Béatrice ne se faisait aucune illusion sur l'accueil qui serait fait à ses soupçons. Soupçons qui reposaient sur quoi ? Meyer et Delmas avaient certainement cautionné la mise au rancart du vieux Monsieur Saint-Germain . La famille Labeyrie, qui vivait plutôt bien, devait puiser dans le compte en banque du grand-père ,qui ne pouvait plus s'y opposer. Mais y avait-il un rapport avec la mort de la petite? Meyer l'avait-il séduite, et assassinée parce qu'elle avait découvert la collusion avec ses parents et menacé de tout révéler? Ou seulement séduite ? Bernadette avait-elle menacé quelqu’un d’autre ? De toute façon cette gosse avait dû fouiner, elle en était certaine : garder en réserve les secrets honteux pour les distiller quand il le fallait. Elle n'oubliait pas sa menace: Meyer ferait moins le frimeur si je disais ce que je sais!
Elle téléphona dès le matin. La voix de Madame Beaumont rugit dans le récepteur. Ce n'était pas une heure pour appeler au téléphone, Béatrice le savait et le timbre scandalisé de la voix le confirma . Madame Beaumont parlait fort, comme tous ceux qui sont persuadés de toute éternité que tout ce qu'ils disent est capital pour l'humanité:
- C'est vous Béatrice? Vous êtes inquiète pour Valentine? Elle vient de se lever et traîne dans la salle de bains. Voulez-vous que je l'appelle?
- Non, non, Alix, c'est à vous que je voulais parler.
- Je vous écoute!
- Eh bien voilà, euh... Comment dire...
- J'apprécie la clarté de votre discours, ma chère. J'espère que vous êtes plus limpide avec vos patients.
Béatrice aurait du se souvenir qu'avec cette chère Alix, tourner autour du pot était périlleux. Elle se lança:
- Alix, j'ai besoin d'un renseignement sur une famille que vous devez connaître.
- Allez toujours...
- Il s'agit des Saint Germain. Ca vous dit quelque chose?
- Saint Germain?
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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