Ô rage, ô désespoir!
J'ai oublié de regarder le concours de l'Eurovision!
Je suis déçue-déçue-déçue. C'est pourtant l'événement culturel de l'année! Quand j'étais enfant, nous ne rations jamais le concours! Oh, la jolie soirée en perspective, au cours de laquelle chaque nation venait nous donner le meilleur en matière de culture! Quels souvenirs!
Et voilà que hier soir, j'ai lu un bouquin après avoir ricané devant Spin city! Pffff!
Moi qui aime tant les chanteurs moldo-slovaques qui braillent en anglais des Carpathes, pour être sûrs de grapiller quelques points.
Estonie, twelve points.
Il n'y a que les Français qui s'obstinent à pratiquer leur belle langue d'avant la mondialisation (je crois que les Belges et les Suisses ont renoncé), ce qui leur vaut, en général quelques votes monégasques.
Ah, faut s'y faire, petits enfants de France, le chanteur eurovisuel parle le globish!
Transylvanie occidentale, twelve points.
En plus, il est habillé classe, avec des cols pelle à tarte et des pattes d'eph.
Laponie, twelve points.
Faut dire que s'il parle lapon, il n'y a que deux personnes qui le comprennent, et les Syldaves ont déjà zappé. Comme il veut gagner des sous, le chanteur eurovisuel met toutes les chances de son côté.
Avant, les Grecs chantaient en grec, les Turcs en turc, les Bordures en bordurien. C'est pour ça qu'il n'y avait que des gagnants francophones, tiens! Monaco, la Suisse, la Belgique et le Luxembourg communiaient religieusement dans la lumière. Ils captaient tout des textes subtils à la subliminale poésie (Comme-un-en-fant, aux-yeux-de-lu-miè-reu, qui-voit-passer-au-loin-les-oi-seaux). Les Grecs pouvaient s'égosiller!
France, twelve points! Luxembourg, ten points! Ah, c'était le bon temps!
Pour tromper l'auditeur, le chanteur eurovisuel français fait semblant de chanter avec un accent anglais, dès fois qu'un biélorusse soit suceptible d'entendre. (Sans rire, je suis allée les écouter sur leur site, c'est plutôt rigolo). Malheureusement, le Syldave, moins bête qu'il n'en a l'air, voit venir l'arrogant Gaulois de loin. Pour qui tu me prends? J'ai bien entendu, c'est pas du vrai anglais!
Le dilemme est cruel: chanter en anglais ou perdre l'Eurovision à tous les coups? Drapons-nous dans notre dignité, fidèles lecteurs! Nous ne cèderons pas aux pressions! N'oublions pas la guerre de Cent Ans! S'il n'en reste qu'un à chanter dans sa langue, nous serons celui-là. Et nous perdrons avec panache, comme d'Artagnan est mort à Maastricht!
... Avec la veine que j'ai, le gagnant est un type qui a chanté dans une langue rare, parlée seulement par ses cousins et les gars de son village (occitan par exemple!).
Et avec tout ça, qu'est-ce qu'il y a de nouveau, depuis ABBA?
Ce matin j'ai appelé Khassiopée au téléphone. Quand j'ai composé son numéro, j'entrais dans mon garage (note à l'attention de la maréchaussée qui viendrait sur le blog: j'avais mon oreillette car je ne conduis pas en tenant mon téléphone, Monsieur l'agent!).
- C'est drôle, m'a dit Khassiopée, moi aussi, je pars de chez moi.
Nous avons devisé, bavardé, échangé, râlé, refait le monde et dit des choses sur les hommes.
Khassiopée travaille à trente kilomètres de chez elle, trente kilomètres de campagne que j'imagine verdoyante et mouillée, n'ayons pas peur des clichés. Cinq kilomètres et demi de carrefour, de feux rouges, de rocades me séparent de l'hôpital.
Nous sommes arrivées en même temps.
Pas grave ; trois quart d'heure de discussion avec Khassiopée (j'avais l'oreillette, M'sieur l'agent!), ça permet de ne pas voir les embouteillages. Et puis, oserai-je le dire: j'aime les villes.
Quoi de plus passionnant qu'un bureau de vote?
Les assesseurs se regardent en chien de faïence. Ils votent pour des adversaires acharnés, le savent, et sont supposés passer la journée à se surveiller. Ils sont garants du bon déroulement de la consultation citoyenne.
Ils ont apporté dans un petit sachet un sandwich au pâté. Peut-être ont-ils partagé le paquet de chips?
J'en doute. La fraternisation n'a pas l'air au programme.
Pour qui donc vote l'assesseur en chemise à carreaux?
Et celui qui garde son béret vissé sur la tête?
Et la dame au collier de grosses perles ? (Je les soupçonne d'être fausses. Elles sont trop grosses.Cette dame-là n'avait pas de sandwich au pâté. Juste une salade) .
Il y a aussi un Monsieur avec un fin collier de barbe, qui ressemble tellement à l'idée que l'on se fait d'un enseignant qu'il est probablement surfeur professionnel ou chanteur de charme au Capitole.
L'organisation est stakhanoviste. On tend son enveloppe. La dame au collier lit le nom sur la carte d'identité. Le Monsieur à carreaux consulte la liste. Le Monsieur au béret vous tend un stylo, sous l'oeil méfiant du surfeur-chanteur-enseignant.
Vous apposez votre griffe, après l'appel à voix haute de votre nom. La dame au collier sourit d'un air pincé: " A voté!".
Les assesseurs sont des citoyens.
En plus, le temps était si doux...
NOTA: Etant un médecin de secteur public, il n'est pas question pour moi d'exprimer des idées politiques (au sens usuel du terme), et d'autant que je signe de mon propre nom.
Politique est cependant un mot plein de noblesse puisqu'il signifie "s'occuper de la chose publique". Nous sommes nombreux à faire de la politique au quotidien.
Mes promenades sur les blogs ici ou là m'ont valu des visites de bloggeurs engagés qui ne m'en voudront pas de ne pas publier leurs commentaires.
Quelques jours d'absence.
La politique avait tellement envahi certains blogs où je musarde d'habitude, que j'avais pris quelques distances. Non que je ne m'intéresse pas aux élections, mais j'ai la faiblesse de ne pas avoir de pseudo. Il est plus facile de prendre parti et de vilipender X ou Y quand on n'écrit pas sous son vrai nom.
Donc, petit retour ce matin avec (tant pis) une prise de position: le haineux de l'extrême n'est pas au second tour! La suite sera républicaine.
Rien que pour ça, je pars travailler en sifflotant.
Le printemps est décidément mortel.
A nouveau le noir quand on se lève.
Je pense aux nuits de juin qui s'étirent, laiteuses.
Je pense aux belles de nuit qui fleuriront dans mon jardin et dont les corolles s'ouvrent lorsque le jour s'évanouit. Leur parfum lourd et entêtant est celui de l'été.
L'avis des lecteurs.