Lundi 28 mai 2007
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On ne parle pas assez des salons du livre. J’ai déjà raconté comment, un jour, alors que je m’adonnais tranquillement à l’exercice grisant qui consiste à
dédicacer ses bouquins à une foule en délire à quelques personnes bien intentionnées, je dus faire face à une descendante de Montfort en personne, qui avait, fort
heureusement, laissé sa hallebarde au vestiaire. La dame avait la voix tremblante et les yeux brillants et j’étais assez contente de ne pas être seule face à elle.
Hier, à Pamiers (Ariège), où les organisateurs (Monsieur Rouch et Georges Patrick Gleyzes) avaient eu la gentillesse de m'inviter, arrivée bien à l’heure, je
prends la place qui m’a été attribuée, derrière une petite pile de l'Ombre de Montfort.
A ma gauche, un Monsieur très en forme, né à Pamiers, ayant grandi à Pamiers, y ayant exercé le beau métier d’enseignant, et y prenant sa retraite. Le
Monsieur a écrit un bouquin qui se passe à Pamiers, dans les trois rues principales. Tous les pamiérins, piamiarins, habitants de Pamiers se ruent sur le stand. Chacun avec une
anecdote, un souvenir. Le Monsieur tutoie la moitié des lecteurs, des anciens élèves. Les bouquins partent comme des petits pains. Le libraire peine à réassortir.
A ma droite, une dame bien droite, l’air bien sérieux, avec devant elle une brassée d'ouvrages consacrés au catharisme. J’apprends, au cours de la
journée, que c’est LA spécialiste des Cathares. Plus spécialiste qu’elle, ya pas. Elle est très connue paraît-il, dans les milieux autorisés (Je ne la
connaissais pas, mais elle ne me connaissait pas non plus. Un partout.)
Et moi, crime de lèse-majesté, qui mets en scène les Cathares en question dans un méprisable, anecdotique,
enfin-je-n’ai-rien-à-dire-contre-ce-genre-de-littérature polar ! La dame m’explique qu’elle vit avec les Cathares depuis des années, elle sait comment il faut parler d’eux et ne comprend pas
qu’on puisse en faire de la daube littérature. Ils ont tellement souffert, voyez-vous. (C’était en 1244, risqué-je maladroitement, et peut-être peut-on envisager de prendre un peu de
distance… ?... Non ? Non. On ne peut pas.)
Ses lecteurs me regardent avec pitié. Deux d’entre eux ont lu Labyrinthe, de Kate Mos, pour pouvoir mieux se gausser des incultes qui écrivent
sur leur sujet favori. Je ne l’ai pas lu moi-même mais, c’est désormais inutile puisqu’on me l’a défloré in extenso. La dame aussi vend beaucoup de ses livres témoignages d’historienne sur
la vie des cathares. Succès fou! Le libraire fait des allers et retours pour l’approvisionner.
En fin d’après-midi, au bord du suicide, sentant que le bûcher de Montségur aurait encore été trop doux pour moi, et consciente de ce que je suis totalement
et définitivement écrasée, je propose à la dame de s’installer à côté du pamiérin (A l’aide !Comment appelle-t-on les habitants de Pamiers ?) Monsieur de Pamiers, dont les
bouquins s’envolent au fur et à mesure que l’après-midi avance. Il est hilare et très gentil. Il essaie de me réconforter de mon absence totale de ventes :
- Allez la prochaine fois, ça marchera. Il vous faut un peu
de pub !
En début de journée il m’avait dit : « J’envisage d’écrire un polar ». A mon humble avis, il a changé de projet !
Pour les auteurs en herbe, quelques moralités:
Nul n'est prophète en son pays (ceci n'est pas vrai pour le Monsieur de Pamiers)
Faut cibler le lectorat, coco!
La grosse tête n'est pas au programme!
L'Ariège, pays de contraste (que les Ariégeois ne m'en veuillent pas, je garde un souvenir ému de la foire au polar de La Bastide de Sérou, l'an dernier)
Fluctuat nec mergitur.
J'en profite pour faire un petit signe aux auteurs si pleins de leur Muse, en particulier ceux qui s'auto éditent ou édités à compte d'auteur, et qui courent
d'un salon à l'autre faire leur promo à leurs frais. J'ai rencontré hier un rafraichissant monsieur d'une nonantaine d'années, qui en était à son dix neuvième roman à compte d'auteur, et qui
poursuit sa route en s'amusant bien.
Parfois les gens sont brillants dans un domaine mais cela les rend particulièrement étroit d'esprit... c'est effrayant !
Comment tu dis qu'elle s'appelle cette dame .... ?
Connais pas....
Que personne ne se méprenne, je n'ai rien à reprocher aux organisateurs du salon, ni aux auteurs qui vendaient comme des dingues à côté de moi! Je voulais juste montrer les différences de point de vue... je me dis que c'était une erreur de casting... Bon, je reconnais que la dame des cathares m'a fait un peu peur, mais la passion est toujours excusable...
Tu as échappé de justesse au bûcher :)
Sympa le nonagénaire écrivain ! Il garde le feu sacré c'est bien !
Bonne journée Patricia et je file, encore un retard monstrueux, mais produire un article sur mon blog, long comme un baguette sans sel et pour ne rien dire, ça grêve d'autant ma lecture chez vous, désolée !
Merci d'avoir visité mon blog.
J'adore ton style, qui va droit au but. Comme un regard de vierge africaine, sûre de son charme et insouciante.
J'aime bien cette façon de faire intervenir le suivi de modification, enfin, je veux dire le fait de barrer les mots qui traduisent plutôt ta pensée.
Je n'ai pas eu le temps de parcourir tout le blog, mais pour sûr que je reviendrai.
A très bientôt, et bonne continuation.
Je vais retourner voir l'ophtalmo :))
Heureusement que tu n'étais pas au salon du livre, ah, ah!
J'en ai même écrit un deuxième, qui sort en octobre...
As tu écrit un post sur les méandre de l'édition ? As-tu raconté ton aventure ?
Quant à la chance, c'est sûr, il en faut, comme pour tomber sur une pépite d'or. Mais si tu ne tamises pas toi même l'eau de la rivière, point de pépite, non plus... (je cause comme un vieux sage au visage buriné par le vent qui bat la maison bretonne, non ?)
Je ne suis pas d'accord avec toi pour Orlando; il gagne à être connu.
Ton billet m'a fait beaucoup rire, surtout la très sérieuse dame qui publie de très sérieux ouvrages! Je découvre ton blog et tu écris, c'est génial! des polars en plus (ma tasse de thé!)! et qui traitent des Cathares (je suis une toulousaine volontairement exilée à Paris et j'ai une amie originaire de Pâmiers)! C'est ton premier roman ? (je suis sûre que je me ridiculise en posant la question et que la réponse doit être dans le blog, je vais chercher) et oups, je t'ai tutoyée, je peux ?
Premier roman sur les cathares, oui; deuxième roman à la rentrée. Je vais commencer à en parler un peu car il est aussi fondé sur l'histoire de Toulouse, et c'est aussi un polar. Comme la maison d'édition est prestigieuse, je les laisse un peu faire leur travail... Mais je donnerai des nouvells sur le blog...