Dimanche 17 juin 2007
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14:12
A la demande générale de Bool, je me colle aux clichés des thrillers d'été. Il est temps que je me
lance dans la fabrication d'un best-seller mondial nomdidiou.
Or donc:
"Cause this is thriller, thriller night
And no one's gonna save you from the beast about to strike
You know it's thriller, thriller night
You'r fighting for your life inside a killer, thriller tonight...."
Je ne vous ferai pas la chorégraphie qui va avec car je n'arrive pas à la cheville chaussettée de blanc de Michaël.
La scène se passe aux Etats Unis.
Car soyons clairs, le serial killer n’a pas droit de cité dans la France profonde. Ou alors, c’est un
type un peu débilou qui subit les influences d’une sorcellerie venue du fond des âges, arrosée d’un petit schnaps. Si le sérial killer est français, on entre dans les habituelles complications
psychologiques inutiles au bon déroulement d’une intrigue qui guigne l’adaptation ciné par Spielberg : sa mère est abusive, ou sa grand-mère a subi un viol durant la deuxième guerre
mondiale, ou il existe un secret trans-générationnel…N’importe quoi…
Le serial killer vit donc à LA, ou à Chicago (New York et Boston sont réservés à Madame Higgins
Clark). Une incursion dans le Nevada est toujours bienvenue. Elle nous permet quelques lignes sur le désert, les cactus, les coyotes ululants, et les casinos.
Le killer a subi l’influence d’une éducation religieuse qui l’a profondément perturbé car il ne tue
qu’en s’inspirant de l'Ancien Testament (et c’est horrible, je vous assure, des douze péchés capitaux aux 102 plaies d’Egypte). Pafois même, il s'inspire de l’enfer de Dante car
l’auteur est diplômé de Harvard ou de Yale (La quatrième de couverture nous le proclame). C'est alors un cultival killer.
Ça tombe bien : un complot vient d’être ourdi par l’Eglise catholique, qui se refuse absolument
à ce que soient révélées les galipettes de Marie Madeleine et les tentations homosexuelles de Jésus (car soyons honnêtes, que fricotait-il avec Judas, hein ???). Le public doit
savoir !
Heureusement, le héros est là. Universitaire brillant, quadragénaire aux tempes grises (Non, l’auteur
n’a jamais songé à George C. en écrivant son chef d’œuvre), célibataire, ou revenu des femmes. Dans ce dernier cas de figure, s’il est divorcé, son ex a du souci à se faire car elle va
se faire assassiner dans les trente premières pages, punie pour sa luxure, son avarice ou son orgueil dans des conditions atroces.
Des étudiantes à peine pubères, très bien élevées, campent devant la porte du héros. Il n’en a cure ! En effet la journaliste blonde avec laquelle il se querelle depuis la page 42
(elle vote démocrate et bosse pour un canard d’extrême gauche, comme le Washington Post) va le réconcilier avec l’amour.. Veuillez noter que, bien qu'ayant terminé ses études, elle n'est
cependant pas quadragénaire.
A eux deux, ils déjoueront les manoeuvres hypocrites des Jésuites et des télévangélistes, tout en
courant autour de la planète : un saut en Toscane, un saut à Jérusalem, une cabriole à Paris (car it’s so romantic !)
Je te vois grimacer, Lecteur. Tu te dis, je le sens, que j’exagère et que le héros ne peut être aussi
insipide que ça. Tu as raison !
Le héros n’est pas blanc comme neige ! Il a un terrible secret, que l’auteur vous
distillera goutte à goutte tout au long des 532 pages du pavé. Il a bu naguère, et fait partie des alcooliques anonymes – c’est là qu’il a rencontré sa première femme. Suivi en analyse par
un psychothérapeute retors et mégalomane, il lui a avoué avoir été abusé dans l’enfance par le prédicateur au sourire Colgate qui passe à la télé. (celui du complot Jésuite + télévangéliste, vous
suivez ?). C’est ainsi que l’auteur fait le lien entre le killer et le héros. Car rien n’est dû au hasard, et le héros sait bien que le killer ne
s’adresse qu’à lui.
Le killer et le héros sont frères d’armes. Ils se ressemblent, au fond, l’un tourné vers l’ombre et
l’autre vers la lumière. Abusés par le même Jésuite, soignés par le même psychiatre (qui est tellement à la masse qu’il ne planque pas ses dossiers médicaux), ils cheminent de conserve avec le
lecteur vers un dénouement horrifique.
La journaliste blonde est capturée par le killer. Elle se révèle être la fille du télévangéliste, qui
se voit obligé d’avouer ses crimes en direct sur CNN, tandis que, dans une course haletante, le héros et son psychiatre (qui a enfin compris que le killer est le jeune livreur de pizzas – ils
sont crétins ces psychiatres ! Le lecteur avait deviné depuis longtemps), le héros et son psychiatre, disais-je accèdent à la caverne du monstre qui a pris l’habitude de se suspendre au
plafond comme une chauve-souris.
La fin est apocalyptique ; le psychiatre se fait zigouiller (Bien fait ! Il
pose des diagnostics de bourrin) en lieu et place de la journaliste blonde, tandis que le killer s’échappe du bunker par une porte dérobée (un deuxième tome est
prévu).
Le héros comprend, en visionnant les DVD du monstre, à quel point le télévangéliste leur a fait du
mal à tous deux, et pose un regard désespéré sur la journaliste (fille d’icelui, je vous le rappelle). Surtout qu'ils
n'ont toujours pas couché.
Un avenir est-il possible pour eux deux ?
Car ce serait trop cliché s’il y avait un happy end !
L'avis des lecteurs.