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Cinq leçons sur le crime et l'hystérie
Editions du Seuil, 
9 octobre 2008

 

 

 

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Qui est l'auteur?

  Qui-est-l-auteur.jpg De la littérature, du polar, des cours d'éditage, des avis sur tout, des conseils à ne pas suivre...

 
Vendredi 29 juin 2007 5 29 /06 /Juin /2007 21:22
La énième vison dans un polar tehefuneste d’un serial killer en goguette baptisé « schizophrène paranoïaque »  par le profileur de service, qui prend toujours un air pénétré pour poser ses diagnostics car il a un D.U. de criminologie, me fait tiquer pour la énième fois. Je me suis dit qu’il fallait que je m’y colle.
En effet, un schizophrène paranoïaque, ça n’existe pas, lecteur. C’est même tout à fait antinomique, et un interne de première année (et même le Dr Mamour qui est pourtant chirurgien) vous dirait qu’on est l’un OU l’autre, mais jamais l’un ET l’autre. Freud et Charcot se retournent dans leurs tombes (enfin, je dis ça…).
Bref il fallait que je m’y colle, pour donner aux apprentis polardeux quelques explications sommaires sur le maniement du concept psychiatrique. Je sais que vous n’attendiez que moi.
La représentation de la psychiatrie dans le monde du polar obéit à quelques règles sacrées, validées par des générations d'auteurs hantés par une rebelle attitude consensuelle. 

L’hôpital psychiatrique tout d'abord. 
Il est forcément asilaire.  Encore mieux : l’hôpital est sur une île, perdue au milieu de l’Atlantique, et on y interne des fous meurtriers. Le vent souffle, le mer monte, la tempête se déchaîne. Coincé sur l’îlot battu par la pluie, notre héros affronte de grands psychotiques qui errent, abrutis par les neuroleptiques. Il avise le plus timbré, celui qui pose un regard halluciné sur l’horizon, et…tadadam !...C’est le psychiatre !
 
Car le psychiatre est fou ! Sinon, c’est d’un quelconque !
Ou alors, gniark, gniark, gniark…le psychiatre est le meurtrier ! Ah ça…Très bon, coco. C’est vendeur ! (Sans rire, il paraît que dans la vraie vie, Hannibal Lecter n’était pas psychiatre, mais avocat…. Ça le fait moins, avouez-le !). A la fin le psychiatre est puni. C’est bien fait : il expérimentait d’horribles thérapeutiques sur des patients innocents qui ne sont même pas fous. Ah, ah, ah, ah, ah, ah (rire démoniaque…) !. 
Autre poncif : l’enquêteur (le flic, le journaliste, l’universitaire…) n’est pas net. D’ailleurs, il a bénéficié d’une thérapie (avec un psychiatre un peu dingo lui aussi car le psychiatre bien dans sa tête est une option aussi rare que le grec ancien à l'oral du Bac S).
Bien sûr l’enquêteur n’est pas un grand fou (encore que, il y a quelques exemples de révélations finales assez rigolotes). C’est généralement un petit fou qui a subi un traumatisme infantile (son père l’attachait au radiateur avec ses draps mouillés quand il avait fait pipi au lit, son frère aîné a tondu ses Barbies…as you want).
Le psychiatre porte un nœud pap, des lunettes en écaille, et ne s'exprime que par borborygmes (mmmh ? mmmmmmmmh ?). Tu parles comme il aggrave le trauma infantile. L’enquêteur n’est plus qu’une pauvre petite loque alcoolique. Mais il démasquera le thérapeute psychopathe, qui trompait bien son monde sous une apparente normalité (bon, le lecteur avait quelques doutes, car le psy ne pouvait recevoir ses patients qu’une fois ses trente stylos alignés par rang de taille sur le bureau et présentait un léger tic de la joue gauche).

C’est bien simple : la représentation de la psychiatrie dans le monde du polar, c’est un truc de fou. Les auteurs (et les lecteurs) ont des représentations auxquelles ils s’accrochent avec la dernière des vigueurs. Un lecteur d’une maison d’édition à qui j’avais adressé un manuscrit m’a répondu par une note de lecture fort détaillée, dans laquelle il indiquait qu’il trouvait l’intrigue excellente, mais que ma description de l’hôpital psychiatrique était par trop invraisemblable…(C’est vrai que c’est un sujet que je ne maîtrise pas bien héhéhéhé – rire ironique). Ce lecteur-là ne retrouvait pas son hôpital fantasmé dans mon hôpital réel . 


Shutter IslandEn attendant, je vous invite à jeter un œil sur Shutter Island, de Dennis Lehane. Tous les clichés précédemment décrits y ont trouvé leur place…. Eh bien, si malgré ça vous trouvez la clé de l’énigme, Martine vous offre mon poids en nougat. En effet, les codes y sont superbement détournés, le lecteur va de surprise en surprise, et la description de la folie est teinte d’une poignante humanité. La langue est précise et fluide et les personnages campés avec une intelligence aiguë. Bref, un pur plaisir de lecture.

Par Béatrice - Publié dans : Cours d'éditage
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