Les personnages doivent être des "caractères" comme disent les américains. A tous les sens du terme.
Normalement, il faut une jeune femme. Pas trop jeune, car la lectrice moyenne ne s'identifie pas (c'est moi, la lectrice moyenne). Pas trop âgée non plus, soyons sérieux, et sacrifions au jeunisme. la jeune femme doit être active, ravissante, d'un bon milieu.
Je vous propose celle-la:
Janice pourrait être une héroïne de Mary Higgins Clark: elle porte un imper Burberry et des tailleurs d'executive woman hors de prix, boit du vin italien, et vote républicain. Elle ne s'est pas faite elle-même, ce qui tempère la caricature, mais un de ses ancêtres a débarqué sur le May Flower. Sa blondeur suave lui coûte trois mille dollars par an.
Sympathique, non? Marie Higgins Clark! Quelle référence! ça c'est du polar! J'avoue mettre un bémol sur l'imper Burberry comme quintessence du chic et de la branchitude... Mais bon, ne soyons pas trop exigeant. C'est une yuppie cette femme! Elle ne doit pas rigoler tous les jours!
Vous préférez celle-ci?
Il réprima un geste d’agacement en voyant entrer la jeune femme brune : non, elle n’était pas quelconque, Béatrice de Montréjouls. Mince et menue en vraie fille du Sud, vêtue , jean compris, d’un savant mélange de couturiers solaires dont il aurait pu réciter les noms, merci, chaussée des baskets idoines, celles qu’il faut porter selon Elle et Biba. Avec un peu de chance, il l’appâterait en lui parlant des mérites comparés de Gucci et Prada, et lui ferait cracher les renseignements dont il avait besoin en moins de temps qu’il n’en faut pour acheter un faux Vuitton au grand bazar d’Istanbul.
Bon, la jeune femme doit lire Elle, ou Biba, être très élégante, et s'apprêter à poursuivre les méchants en bottes à talons aiguilles. Que fait notre héroïne?
Elle porte des baskets que ne renierait pas sa fille et un trench de soie rose sur un jean. Ce doit être la dernière mode en Europe!
Elle est parfaite. Et son caractère?
...elle peut postuler pour la palme (des emmerdeuses). Plus compliquée, plus exaspérante, plus intelligente, plus imbue d'elle-même, plus …Il n'y a pas. En plus, elle est très jolie ce qui confine au miraculeux.
Cette fille ne doit pas être américaine.
Et où sont les hommes?
Il y en a deux. Tout d'abord, François, le mari de la dame citée ci-dessus:
François de Montréjouls, appartenait à une ONG médiatique : « Médecins de
Montréjouls (prononcé Mont- Réjouls, et même dans le Sud, Mont-Réjoulss, en appuyant sur le s final), était particulièrement chéri de la presse : beau gosse d’une quarantaine d’années, brillant, l’intelligence aiguë, plein d’humanité sans pour autant se départir d’une causticité bienvenue dans les médias.
Montréjouls, qu’on avait vu au Rwanda, en ex-Yougoslavie, en Afghanistan, ne mâchait jamais ses mots, allait droit au but sans langue de bois et payait de sa personne. La cerise sur le gâteau venait de ses origines : il portait un beau nom français à destination des mémères en Chanel, qui aiment la classe de l’aristocratie européenne, mais il était aussi lié à l’Afrique. Sa mère, princesse Kapsiki du Nord Cameroun, avait été ravie aux siens par Montréjouls le père, diplomate aventurier en poste avant l’indépendance. La belle aux yeux d’ébène s’était étiolée sous le gris du ciel français mais avait transmis à son fils cette aura de mystère ineffable qui excitait les bobos.
Montréjouls, comte authentique par son père, prince Kapsiki par sa mère, était une merveille de politiquement correct dont on chantait les louanges du Guardian à Libération en passant par le Washington Post et dont on ne disait aucun mal dans le Figaro et le Times. Une sorte d’abbé Pierre laïque. De surcroît il était beau comme un joueur de tennis, et nonchalamment habillé en Italie avec un zeste d’accessoires français dans le genre chemise molle sur mesure, toujours blanche et toujours ouverte.
Nadal était sûr que l’icône avait un défaut rédhibitoire : il était odieux avec sa femme ? Il était végétarien ? Il ne buvait jamais de vin ? Ou mieux… sa femme était quelconque, tiens !
Ensuite, Vincent...
L'avis des lecteurs.