Partager l'article ! Mais c'est qui ce Simon de Montfort?: Le bourreau du pays d’Oc. Le chef de la croisade contre les cathares. Je vous entends déjà ...
Le bourreau du pays d’Oc.
Le chef de la croisade contre les cathares.
Je vous entends déjà : les cathares, le pays d’Oc : encore un truc régionaliste !
Ben non ! Ce qui est fascinant chez Simon, c’est qu’il se trouve à la croisée des chemins, dans l’Europe médiévale : il est d’Ile de France. Sa mère est anglaise. Il deviendra Comte de Toulouse ( après avoir joué les Attila dans tout le Languedoc. « Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! » c’est à lui qu’on attribue ce modèle de mansuétude chrétienne, devant Béziers !)
Les Anglais adorent Simon, parce que son fils Simon V, devenu anglais, a créé la chambre des communes (joli, non ?) : le début de la démocratie ?
Les occitans détestent Simon parce qu’il n’y est pas allé de main morte avec la répression. Dans certaines régions du Sud Ouest, les grands-pères se souviennent que lorsqu’il étaient enfants on leur susurrait : « si tu n’es pas sage, Simon viendra te chercher ». Beau destin de méchant, non ? Surtout lorsqu’on le resitue dans l’histoire : mort en 1218 sous les murs de Toulouse, le bougre !
Simon, le premier européen…
Extrait :
Juin 1218, sous les murs de Toulouse,
Simon brûlait le Temps.
Il le brûlait désespérément, sachant la fin venue. Quelques années auparavant, ses semblables avaient été défiés. Le rituel des Veilleurs avait eu lieu. De par le monde, les Brûleurs avaient reconnu qu'une ère de sang, de guerres et de violence brute se terminait. Les Brûleurs de Temps étaient en train de perdre leur pouvoir.
Pour Simon de Montfort, c'était intolérable. Lorsqu'il avait choisi son destin, basculant du côté de l'ombre et de la puissance, il avait décidé que les derniers feux des Brûleurs se consumeraient avec lui: il jouerait avec le pouvoir, avec la vie, avec Dieu.
Il s'appuierait sur la gloire de Dieu pour alimenter son ambition féroce.
Petit baron d'Ile de France, il n'était point l'aîné des fils et avait dû laisser à son frère Amaury le nom et le titre de comte. Or, c'était lui, Simon, qui avait le Don et non Amaury dont l'histoire perdrait la trace. Il était temps d'en finir avec la Veille, qui obligeait la famille à rester dans l'ombre. Simon était le premier des Montfort à brûler le Temps.
Apparemment bigot et confit en piété, il avait répondu à l'appel du pape et s'était croisé une première fois. Mais il avait rapidement mesuré que sa gloire ne l'attendait pas sous les murailles de Jérusalem. Ce n'était là qu'un galop d'essai.
Il voulait mieux, il voulait plus. Il avait abandonné ses compagnons devant Constantinople, arguant pieusement de ce qu'il refusait de participer au sac de la ville, fomenté par les Vénitiens.
L'ère actuelle verrait la fin des Brûleurs pour quelques lustres. Mais ses fils à lui, Simon, ne perdraient pas le pouvoir. Ils ne perdraient pas la maîtrise du temps.
La croisade l'avait couvert d'honneurs. Cependant, c'était insuffisant.
Il revint en pays de France, sans avoir étanché sa soif de puissance. Ses rêves lui traçaient une voie de violence pure; il suivrait cette voie.
L'appel d'Innocent III à se croiser à nouveau, cette fois-ci contre les hérétiques du Midi, fut accueilli avec ferveur.
Il laissa là ses plaines pluvieuses pour s'en venir vers une terre de sécheresse et de lumière, n'ayant que mépris pour les coutumes et les us du pays d’Oc. Il ne crut rien de ce qui était dit pour justifier l'intervention du Nord: les sacrifices d'enfants, les rites diaboliques, les célébrations de messes noires. Il savait que tout ceci n'était que mensonges des prélats. Il connaissait la vérité, et n'en avait cure. La croisade serait au service de sa force, lui permettrait d'assouvir ses exigences. Il était le fer de lance, l'honneur vivant des Brûleurs, le seul qui refusât que l'histoire coule comme prévu. Ses rêves lui dictaient qu'un autre destin était possible. Lui, de naissance noble certes, mais dont l'ascendance n'était pas si puissante, deviendrait le guide de la croisade, le chef suprême des guerriers, celui à qui les fiefs les plus riches seraient donnés.
Et les fiefs les plus riches avaient été pour lui, contre toute attente. Il était devenu le chef incontesté des croisés.
Il savait, comme Bertrand, que les visions mettent du temps à prendre leur place, et que parfois elles s'effacent, laissant la place à un autre avenir. Les hallucinations de bûchers, de corps empilés, d'odeurs pestilentielles, de brume de mort se succédaient. Il avait vu avant l'heure, et distinctement, le bouillant Trencavel, le jeune vicomte de Carcassonne, se dessécher d'inanition au fond d'une geôle infâme et s'éteindre à vingt deux ans dans le corps d'un vieillard. Certains disaient aujourd'hui qu'il avait aidé le jeune homme à mourir, pour que la prémonition s'accomplisse.
Il avait pressenti le jour béni entre tous où le comté de Toulouse était devenu sien.
Il avait prévu Béziers: corps mutilés, filles violées, enfants arrachés du ventre ouvert de leurs mères. Il s'était recommandé de Dieu.
A Muret, près de Toulouse, il avait, voici cinq ans, livré la plus folle des batailles. Sur un champ brûlé, haut lieu désormais de la gloire des Montfort, était tombé Pierre, le roi d'Aragon, allié des Albigeois. Simon avait creusé la tombe du roi, comme il était écrit. Dès lors, il s'était senti invincible, se demandant même si les temps terribles annoncés par les Veilleurs, et qui verraient le tourment et la fin de ses semblables, allaient réellement survenir. Lui, Simon, n'avait-il pas le pouvoir d'inverser la roue du destin?
Il était devenu, de par la main de Dieu, vicomte de Carcassonne, vicomte de Béziers, et comte de Toulouse, un des plus grands seigneurs du royaume de France. Toulouse avait été sienne. Le temps des Brûleurs était-il réellement passé? Et si le rituel accompli quelques années auparavant n'était qu'un conte de bonne femme?
Il avait vu ses fils, car il en aurait trois, trois bourgeons puissants d'une désormais grande maison, prendre les armes et poursuivre son œuvre. Simon, cinquième du nom, né voici dix ans, épouserait la sœur du roi d'Angleterre, à qui il imposerait sa loi.
Serait-il assez couard pour tenir compte de cette vision qui le faisait mourir sous les murs de Toulouse, d'une pierre jetée par une misérable femme, qui n'était pas de haute lignée? La vision s'effacerait, il ne pouvait en être autrement.
Bon, j’avais bien dit que le polar était historique… Qu'est ce qu'un Brûleur de Temps vous demandez-vous maintenant? Qu'est-ce que la Veille? Et puis quoi encore?
L'avis des lecteurs.