Béatrice vit dans ce polar.
Son mari appartient à une ONG célèbre et il a disparu. Le journaliste Vincent Nadal est à sa recherche.
Cette femme est quelque peu agaçante : un rien arrogante, sûre d’elle… Le journaliste la juge vite fait bien fait ( il appartient à un journal de gauche connu pour son parisianisme), et on se dit qu’il a raison .
Il réprima un geste d’agacement en voyant entrer la jeune femme brune : non, elle n’était pas quelconque, Béatrice de Montréjouls. Mince et menue en vraie fille du Sud, vêtue , jean compris, d’un savant mélange de couturiers solaires dont il aurait pu réciter les noms, merci, chaussée des baskets idoines, celles qu’il faut porter selon Elle et Biba. Avec un peu de chance, il l’appâterait en lui parlant des mérites comparés de Gucci et Prada, et lui ferait cracher les renseignements dont il avait besoin en moins de temps qu’il n’en faut pour acheter un faux Vuitton au grand bazar d’Istanbul.
Elle le repéra d’entrée. Il avait donc le look journaliste ?
Elle s’approcha de la table, le salua d’un signe de tête, et demeura debout sans bouger, le fixant d’un air inquisiteur, s’enveloppant frileusement dans son trench de soie à huit cents euros.
Vincent était tout sauf un imbécile : il fit un rapide mea culpa intérieur sur ses préjugés et, comprenant ce qu’elle attendait, s’exécuta.
Il se leva, salua, tira une chaise où elle s’assit, muette et pensive.
La petite comédie sans paroles lui permit d’apprécier le regard, las et lumineux malgré les cernes de fatigue. OK, OK, cette femme n’était pas une bourge superficielle. Ou tout au moins, elle n’était pas superficielle. On peut se tromper.
Sa deuxième erreur lui revint en pleine face, sous la forme d’un aimable exocet balancé avec une urbanité polaire. Il avait demandé, limite mondain, si le docteur de Montréjouls prenait quelque chose. Elle répondit, glaciale, que Montréjouls n’était pas son nom, mais celui de son mari.
- Quant à moi, je suis le docteur Beaumont.
Pas facile d’abord, la dame… !
Il y a plus, bien sûr : elle s’habille toujours de manière insupportable.
Enveloppée d'une étole écarlate, les cheveux vaguement relevés et à peu près maintenus par une pince ornée de pierreries (ça, ça devait être extrêmement difficile à obtenir, Vincent en était conscient), elle jouait de ses pieds nus dans de petites sandales à brides. Le genou était ravissant. Si le marquis était un Italiano vero, il cracherait le morceau.
- Tu es très élégante, dit machinalement Sellières.
- Tu es à tomber, pensa Vincent.
- Merci, dit sobrement Béatrice à celui qui avait parlé comme à celui n'avait rien dit. Allez, messieurs, on bouge. Le campo San Stefano n'est pas si loin, je vous propose d'y aller à pied. On croisera peut-être Casanova.
Ben oui, ils sont à Venise, car leur quête passe par la cité des Doges.
Ce n’est pas tout :
Le choix de Béatrice est donc parfait: elle peut postuler pour la palme( des emmerdeuses). Plus compliquée, plus exaspérante, plus intelligente, plus imbue d'elle-même, plus …Il n'y a pas. En plus, elle est très jolie ce qui confine au miraculeux.
Béatrice est une vraie fille.
Elle trace sa route. Inutile de préciser qu’elle trouvera la solution de l’énigme millénaire. Elle a trouvé la clé de la quête :
La Veille est activée !
L'avis des lecteurs.