Je me demande parfois si parvenir à se faire éditer ne demande pas plus d’énergie qu’écrire !
Listons les chances :
Vous êtes une vieille gloire ( Delon ?) : yes
Vous êtes une jeune gloire éphémère (Loana ?) : yes, mais dépêchez-vous, c’est one shot !
Vous êtes le fils d’une vieille gloire (le fils de Richard Anthony, ou de Sheila ?) : yes. One shot aussi.
Vous êtes un homme politique qui écrit sur une vieille gloire politique (Robespierre, Cambacérès …) : yes, vous avez pris un nègre de toute façon.
Les autres aussi ont pris des nègres.
Vous habitez Paris, rive gauche, et vous êtes dans la pub ou le marketing, ou le journalisme : yes
Vous habitez Romorantin : ah,ah !
Vous n’êtes jamais passé à la télé AVANT : ah,ah,ah !
Non, ne vous tirez pas tout de suite une balle dans la tête : envoyez votre manuscrit.
A QUI ?
Soyons clairs : tout le monde rêve de Galligrasseuil . Vous allez donc le leur envoyer. Par la poste.
Ils vont vous répondre, aimablement que votre manuscrit n’entre pas dans leur ligne éditoriale. (Vous savez bien que si : il y a quelques semaines, ils ont publié un roman qui appartient au genre précis du votre. Votre manuscrit n’est pas tombé sur le bon lecteur, ou s’est noyé dans la tonne de manuscrits qu’ils reçoivent …) .
Certains vous renvoient le manuscrit ( c’est sympa, car d’autres se contentent de vous informer qu’il est à votre disposition, en leurs locaux parisiens, ou qu’il vous le renverront moyennant la somme de … ou l’équivalent en timbres) .
Ici une petite digression : le montant total de votre investissement (manuscrits + envoi de manuscrit + récupération de manuscrits) vous paierait cette paire de chaussures sublime qui vous crie « Achète moi ! » depuis un certain temps et qui ne sera plus là au moment des soldes (excusez-moi, digression dans la digression. Je viens de parcourir Biba. Mais j’adapte à l’homme : …vous paierait ce jeu vidéo sublime, ce truc informatique ou photographique ou automobilistique sublime…ou deux places à l’opéra avec votre chérie car certains vivent avec moi ou la même que moi) .
Vous tentez donc les petits éditeurs (je ne saurais trop vous le conseiller : ils sont moins mythiques, mais plus disponibles) , et les éditeurs régionaux : oui, je sais, vous vouliez Galligrasseuil, mais dites-vous que si le premier marche, Galli vous fera peut-être les yeux doux.
Vous avez donc envoyé environ 25 exemplaires du chef d’œuvre.
Et tous les jours que Dieu fait, Delon et le cousin de Loana vous narguent à la télé et chez les libraires.
Marc Lévy sort le même que la dernière fois sous les applaudissements.
On décrypte le Da Vinci code.
Régulièrement (mais non promptement, parfois des mois après), les refus et les manuscrits renvoyés viennent se coincer dans votre boite à lettres.
Un jour, vous recevez un avis de passage du facteur : encore un renvoi de manuscrit ! ça peut attendre ! Surtout qu’à la poste, il faut faire la queue pendant des heures après avoir pris son numéro, hein ?
Vous allez le chercher huit jours plus tard, traînant les pieds. Vous jetez le paquet sur le divan, et n’en parlons plus : c’est le vingt cinquième NON !
Ben non : quand de guerre lasse, vous ouvrez ce fichu paquet, vous trouvez une lettre délicieuse, d’une page dactylographiée serré, qui se termine par « un roman de qualité, à coup sûr ! ». Et votre manuscrit est ENTIEREMENT annoté de la main de ce responsable éditorial adorable.
Ah oui, j’avais oublié de signaler que certains lecteurs des maisons d’édition se contentent de marquer par un trombone à quelle page ils se sont arrêtés avant de renvoyer : page 12 (c’est pas mal, croyez-moi), ou 3. C’est assez déstabilisant de voir ainsi mépriser son bébé.
D’où la consigne : accrochez-les dès les premières pages !!!
- Mais mon intrigue s’installe doucement…
- On s’en tape : accrochez-les !
En effet, une fois le manuscrit accepté, un certain nombre de corrections vont s’imposer : vous avez beau être le nouveau Tolkien, ou Chateaubriand, le bouquin n’est pas terminé quand il est accepté. Accrochez-les donc, vous désaccrocherez ensuite.
La suite au prochain numéro.
Dans l’attente, allez chez Syven, qui parle excellemment bien des DARLINGS.
Ah ces auteurs ! Quel ego !
La suite du cours d'éditage est ici
Je décortique. Oui, je n'ai pas fait ni Loft Story ni la Star Ac', non, je ne sors pas de prison pour un viol de vieille dame, non, je ne suis pas le fils -même illégitime- de François Valery, bon d'accord, je travaille dans la pub, mais je ne m'appelle pas Jacques Ségéla.
J'ai effectivement dépensé le prix d'une paire de chaussure anglaise garantie à vie en frais de reproduction et d'envois.
Madame Galligrasseuil ne veut pas de mon roman, elle me dit dans sa lettre (elle m'écrit tout les jours, cette dame), que mon manuscrit, malgré sa qualité parfois, elle dit même « ses nombreuses qualités » -, ne correspond pas à la ligne éditoriale qu'y zont chez zeux. C'est quelqu'un, cette madame Galligrasseuil, elle est toujours super occupée et ne peut jamais me parler au téléphone ; parfois, j'arrive tout de même à l'avoir en ligne, mais là, elle me dit qu'elle ne peut rien me dire parce que leurs fiches de lecture sont confidentielles.
Donc Conclusion : Je técoute, je change de stratégie, jadopte le « plan de bataille Béatrice » !
Je vais peut-être même aller jusquà réviser mes trois premiers feuillets.
Allez hop ! Je repars gaillardement ; tu mas redonné de lentrain. La journée nest pas si grise !
D'abord j'ai toujours su qu'elles ne servaient à rien.
Ensuite je supprime les 111 suivantes.
Là, c'est parfait. Absolument parfait.
Bon, il me reste quand même le titre.
C'est déjà pas si mal !
(Insuffisant pour être au catalogue de Galligrasseuil ? Et alors ? De toute façon ils ne voudront pas de moi.)
J'ai envoyé mon manuscrit à un seul éditeur. Il m'a répondu au bout d'un an et demi (ou 2 ans?) en me disant quoi retravailler. Donc je retravaille à fond!
Mais la prochaine fois, j'arrose le marché! Muahahahahah! A moi la gloire et la fortune! (En fait, surtout, une grosse paire de cheville quoi!)
Note: Si vous cherchez les darlings sur mon blog, c'est dans les questions techniques. Merci Patricia :)
Je me demande même si se faire éditer n'est pas plus difficille que d'écrire le bouquin ;-)
va sur word et tente le coup de l'anneau web; après tu fais un copié-collé dans l'article.
Les petits éditeurs du Sud sont assez dynamiques ( j'ai compris que tu as des liens avec le Sud Ouest). Pour quand tu auras acheté tes bottes... Pour le rhume p'tit grog et vitamine C...
:)
bravo pour ton style agréable et incisif...à ++
Heureusement que j'ai reçu une lettre super gentille d'un autre éditeur le même jour ...
Vous êtes des battant(e)s !
Ambre
Hello, je comprends très bien ton problème puisque j'écris également à compte d'auteur. Voir mon "Carnet de maladresses" 6 tomes sur mon blog. Justement j'ai adhéré à OB pour tester le lectorat. Je peux évaluer quel article marche le mieux . Un jour, j'ai changé uniquement la titraille en faisant croire qu'il y avait du "croustillant". J'ai dopé les stats ce jour-là et depuis j'ai tout compris...Quand je vois le succès d'Harry Potter, pas facile à lire quand même avec 600 pages à la clé, je me demande si:
- tout le monde le lit vraiment;
- si tout le monde comprend;
- si tout le monde aime.
Dans tous les cas, tout le monde veut le posséder!
Conclusion: en livrant gratuitement nos textes sur un blog, on casse complètement le mystère de la sortie de presse et le marketing, il vaudrait mieux faire annoncer par les médias la sortie d'un livre ésotérique à caractère scandalo-mystico-sexo-machin pour se vendre. On fait un travail vraiment du coeur et on ne gagne rien. C'est comme ça et je m'en fous, je contiuerai quand même d'écrire. Je te souhaite beaucoup plus de réussite dans tes romans, amitiés de Sifranc
merci de tes encouragements; j'espère qu'on lit réellement Harry Potter: en fait, ça vaut le coup, surtout le quatrième, qui est un vrai récit initiatique!
Pour ce qui est du marketing, je reconnais que tout est encore à faire...
Enfin, j'espère que tu continueras à avoir des lecteurs!
Bonjour,
J'ai lu avec beaucoup de plaisir et d'amusement vos conseils pour être édité.
Il se trouve que je fais un peu la même chose sur mon blog, avec une approche différente sans doute (sinon quel intérêt?!)
Passez à l'occasion, ça me ferait plaisir.
P: Je jure que je n'ai pas copié!
Ah la la, c'est marrant de lire ça ... quand j'ai envoyé mon recueil de nouvelles, j'ai tremblé à chaque courrier ouvert, lu pas mal de lettres types (ils l'ont lu au moins ?? oui ? Non ... que tu te demandes )
J'ai quand même reçu deux réponses manuscrites, détaillées tout comme il faut, avec des compliments, des conseils, des critiques. Même si c'était un refus, j'étais quand même un peu contente.
Bah quoi, faut bien s'encourager ...
Eh bien moi, j'ai une aventure peu commune à raconter.
En 2007, j'ai envoyé un manuscrit au comité de lecture de nombreuses maisons d'édition.
Je n'ai reçu que des refus ; un certain nombre d'éditeurs n'ont tout simplement pas répondu à cet envoi, parmi lesquels “Les Éditions du Bord-de-l'Eau”, sises dans le sud-ouest de la France.
Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir, quelque temps après, sur le blog de cet éditeur, un éloge de mon manuscrit par le directeur de la maison, M. Dominique-Emmanuel Blanchard :
« J’ai noté que ça arrivait souvent comme ça : après des semaines d’indigences littéraires surgissent, deux, trois manuscrits qui m’enchantent.
Hier c’était “Malateste”, aujourd’hui c’est “Apostrophe aux contemporains de ma mort”.
Que l’on ne s’y trompe pas : il s’agit d’une œuvre réjouissante malgré son titre. À commencer par son style.
L’ai-je assez déplorée cette pauvreté du style dans ce qui tombe dans la boîte postale et sur les messageries de BDL !
Et voilà que coup sur coup le style renaît, ne cesse de renaître de ses cendres (je vous épargnerai le cliché du Phénix, enfin, presque).
Voulez-vous un exemple de ce fameux style dont il m’arrive de rebattre les oreilles des incrédules ? Oui, n’est-ce pas ?
Voici donc :
“Ensuite je ne sais plus, j’ai un trou de mémoire. Je crois que les événements se sont précipités. Qu’on sache seulement que d’assis je me suis retrouvé couché sur le dos, qu’il n’était plus à côté de moi, mais sur moi, et que de paroles entre nous il ne pouvait être question, car il s’affairait à rendre la chose impossible à lui comme à moi.” »
http://domi33.blogs.sudouest.com/archive/2007/12/20/deb-le-style-bordel.html
Je n'ai jamais eu aucunes nouvelles de cet éditeur.
(Heureusement j'ai trouvé il y a peu un autre éditeur).
Les Éditions de Fallois avouent explicitement qu'ils ne lisent plus les manuscrits reçus par la poste :
http://refusdediteurs.webs.com/editions_de_fallois.jpg