J'ai pensé qu'un conte de Noêl s'imposait, à lire en plusieurs épisodes.
Voici donc mon Christmas Carol à moi.
Paul était avachi dans le fauteuil de cuir fauve, près de l’âtre.
Il s’était posé là quelques heures plus tôt, avec la ferme intention de s’enivrer jusqu’à tomber.
Il était seul, c’était le soir de Noël.
Les grand-mères venaient de remonter en frissonnant les rues sombres qui mènent à l’église : la messe de minuit se termine à onze heures.
Les familles se préparaient pour le repas traditionnel. Les enfants à bout de nerfs couraient dans les appartements sans cheminée, cherchant à apercevoir dans le ciel un traîneau tiré par des rennes.
Les parents épuisés juraient, comme l’année précédente, que l’an prochain, tout le monde serait au lit à dix heures, basta, avec recueil des cadeaux le 25 au matin, devant le sapin !
Le foie gras fondait légèrement dans les assiettes.
Paul était seul, comme l’an passé.
Ce matin, le tour qu’il avait fait dans sa boite aux lettres avait achevé de précipiter son état dépressif.
Publicités, factures, et lettre du syndic de copropriété lui rappelant, tout en lui souhaitant le meilleur pour l’année à venir, qu’il devait la modeste somme de cinq mille deux cent soixante euros et cinquante deux centimes, pour la réparation du toit, ceci calculé au pro rata des millièmes occupés.
Réponse enthousiaste d’un des éditeurs qu’il avait inondé des manuscrits de son chef d’œuvre : Et si elle mentait… ? Non. Mille fois non. Rien à l’horizon, que des lettres convenues et dactylographiées qui ne mettaient pas en doute les qualités de l’œuvre, mais indiquaient qu’elle n’entrait pas dans la ligne éditoriale des maisons sélectionnées.
Pas de publication dans l’année qui venait. Pas de bouquin en tête de gondole. Pas d’invitation à Vol de Nuit. Pas de presse people et de paparazzi qui vous guettent au sortir des boites branchées. Et si elle mentait… ? Bon titre pourtant. Et qui allait tellement bien à Marianne !
Depuis lors, dolent, et s’apitoyant sur son sort, il avait consommé une quantité non négligeable de whisky pur malt rapporté d’Ecosse l’été précédent.
Sur le coup de minuit, il atteignait un agréable état second, délicieusement cotonneux, qui lui avait permis d’envoyer paître assez aimablement Marianne, son ex qui banquetait avec son nouveau Jules, mais ne pouvait s’empêcher de prendre de ses nouvelles. Marianne, hélas, n’avait pas souhaité attendre qu’il devienne le nouveau Roman Gary, et avait judicieusement mis les voiles juste avant les vacances de Toussaint.
Etat second ; vision des étoiles, nettes sur le ciel de velours ; impression étrange du passage d’un type ridiculement habillé, qui flottait dans les airs , poursuivant apparemment un troupeau d’équidés mal identifiés (des cerfs peut-être…ou …non, des rennes…)
Ce soir, rien ne l’étonnerait.
Il était dans son intention de se suicider théâtralement au douzième coup de minuit, tandis que les Bidochon du premier, qui faisaient bombance au dessus de sa tête feraient sauter le bouchon du champagne.
Le carillon de l’église voisine le fit sursauter : l’ave Maria tinta doucement dans la nuit pure.
Les douze coups s’égrenèrent majestueusement. Le temps sembla s’étirer.
Ah, si seulement… Si seulement il avait reçu une lettre ce matin, une seule… Il aurait fait n’importe quoi pour recevoir ce courrier, n’importe quoi pour être connu, aimé, célébré… N’importe quoi, vrai !
Paul eut un hoquet : le whisky passait mal. Il eut un clappement de la langue, qu’il sentit épaisse et pâteuse.
Il ferma les yeux pour compter les coups de l’horloge, toujours légèrement en retard sur l’église.
Il était temps.
Il gardait un vieux fusil de chasse, hérité d’un oncle atrabilaire, qui faisait fuir les moineaux, au grand dam de tout le voisinage, en poussant des rugissement léonins qui allaient bien avec les coups de feu.
Il avait sorti l’arme de son étui, quelques heures auparavant, et la fixait maintenant de l’œil interloqué des ivrognes, qui se demandent ce qu’ils font là.
C’était compliqué, le fusil de chasse, parce qu’il fallait compter avec le recul ! Ah misère ! allait-il rater sa mort comme il avait raté sa vie ?
Un acrobatique mouvement d’épaule, le fusil calé contre la clavicule. C’était bon.
Il ferma les yeux. Le bruit du coup le stupéfia. Un coup sec, comme une branche de bois qui se casse.
Il chancela. Une vague de chaleur l’envahit. C’était donc la mort. La camarde l’avait cueilli, comme on cueille une jeune pousse pleine de promesses.
La voix nasillarde qui vint lui trouer les tympans provoqua chez lui un haut le corps qui le déséquilibra :
- Hey, man, disait la voix ! qu’est-ce tu veux, man ? Tu m’as sonné ?
Chouette ! Un cadeau de Noël de la part de Béatrice... J'aurais presque pu me reconnaître... mais, non franchement je ne suis pas aussi désespéré que ce pauvre Paul !
Quand est-ce que l'on aura le droit de lire la suite ?
Re-bisous, re-Joyeux Noël !
chouette chouette chouette une nouvelle histoire!!!!!
allez, je sius sure que c'est popa noyel qui va sortir de la cheminée et dire à paul" j'exauce tout tes voeux, man"
mdr
non? oh ba si on peu plus rêver...
Une histoire apparemment bien triste mais je suis sur que la suite va nous réserver plein de bonnes surprises.
Merci d'enrichir mon vocabulaire : atrabilaire.