Dimanche 25 décembre 2005
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17:42
Paul fut saisi de vertige. Les yeux obstinément fermés, il tentait d’appréhender son nouvel état. Je suis mort, j’entends la voix des anges.
La voix des anges.
- Hey, man, s’autorisa l’ ange.
L’auteur maudit eut le sentiment d’une présence proche, et leva une paupière au moment où une main allait se poser sur son bras.
Il eut un haut-le-corps.
Devant lui se tenait un jeune black à l’impayable dégaine, bandana noir sur le front recouvert d’un élégant bob Gucci, le jean au milieu des fesses, monté, comme sur ressort, sur des tennis à l’épaisse et clignotante semelle.
Le drôle était par ailleurs remarquablement beau, la peau probablement douce, et les yeux ourlés de longs cils noirs.
- Je… d’où sortez-vous ? balbutia Paul décontenancé.
Où donc était la faucheuse, cape sombre et faux à la main ? Tout tombait en déliquescence de nos jours. On ne pouvait même pas compter sur la mort pour maintenir les traditions !
- De ta cheminée, man ! dit le jeune homme en s’époussetant négligemment. Tu ne la fait pas ramoner tous les jours, dis donc ! Relou le voyage ! Merci les escarbilles !
- De ma cheminée ? Comment ça, de ma cheminée ?
L’écrivain ne put s’empêcher de se pencher avec ahurissement vers le foyer où s’éteignaient les braises. L’autre le regardait avec attention, les yeux noirs légèrement plissés, le jaugeant.
- Tu m’as sonné, man ? C’est quoi le plan ?
- Je … Je suis mort ?
Le jeune homme éclata d’un rire joyeux de sale gosse :
- Mort ? avec cette pétoire ? Tu rêves, mec ! Tu courais pas grand risque ! Franchement, si tous mes clients étaient comme toi !
Il rajusta soigneusement son bob Gucci, en se mirant dans la glace de Venise qui surmontait la cheminée. Il se mordait les lèvres en faisant des mines, et son jeune visage était soucieux :
- Alors, Paul Duchemin ! j’attends !
Paul se laissa tomber dans le fauteuil de cuir, les jambes coupées :
- Qu’est-ce qui se passe ? gémit-il. Qui êtes-vous à la fin ? Qui vous a donné mon nom ? De quel droit venez-vous me gâcher mes derniers instants ?
Il se prit le front entre les mains, image vivante d’un désespoir sans fond. Il avait toujours eu un certain sens du mélodrame, et en abusait le plus souvent. Sa meilleure spectatrice était habituellement sa mère, inconditionnelle groupie, mais elle avait prévu pour ce Noël de voyager au soleil avec son club du troisième âge, laissant son précieux rejeton seul avec sa dépression. Il ressemblait, recroquevillé sur son siège, à une allégorie de la Douleur.
Le jeune black tira vers lui le second fauteuil fauve, s’y installa paisiblement, et croisa les jambes, laissant les braises rougeoyantes se refléter dans ses tennis.
Il resta silencieux si longtemps que Paul finit par lever la tête, presque timidement :
- Qui êtes-vous ? répéta l’écrivain.
- Je suis l’Esprit de Noël, man. Mais tu peux m’appeler Danny.
L'avis des lecteurs.