Lundi 2 janvier 2006
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Nouvelle question piège, qui a fort préoccupé la jeune Yara ! Elle a d’ailleurs lancé un concours !
En effet : les noms de vos héros doivent être porteur de rêves, et être avant tout le symbole même de votre roman :
Imagine-t-on Gandalf se nommer Maurice ?
Imagine-t-on Aragorn se faire appeler Robert ?
Et si Priscilla répondait au doux nom de Germaine, hein ?
Bon réflechissons ensemble :
Votre héros est-il un gentil ?
Dans la Fantasy, vous êtes prié de valoriser les noms en i, e, iel, . C’est clair : Tinuviel, est une gentille.
Les méchants ont des o, des u, avec des accents circonflexes et des h entremêlés : Minas Ithil, c’est tout bon. Minas Morgul, c’est du mauvais !
Parfois, on hésite un peu sur la prononciation, surtout qu’on n’a pas forcément la V.O. : Arathorn, c’est avec le TH anglais, c’est plus doux, et donc c’est un….gentil !
Votre héros est-il un méchant ?
Déchaînez-vous : Toorghül me plairait beaucoup pour un orque, mais il y a déjà Shorback, par exemple…
(Saroumane est au milieu, mais il est ambivalent…)
Dans tous les cas, si vos héros appartiennent à un autre monde que le notre, il sera malvenu de les appeler Raymond ( Keegan, ou Draize, me paraissent de meilleur aloi.)
La VF ne rend pas toujours justice au travail de l’auteur :
Voldemort, c’est génial, avez-vous noté que c’est en français dans le texte ?
Idem pour Gryffundor !
Rowling rend ici hommage à la place du vieux français dans la langue anglaise, mais du coup, les jeunes Français n’en goûtent pas la saveur !
Votre héros est-il un bourgeois ?
Adélaïde, Victoire, Anne-Sophie tiennent la route, surtout si le patronyme est Tremblay-Deltour !
Montherlant dit qu’il est ridicule de penser qu’on se rend crédible en appelant l’épicier avare « Crochengrain », mais quand même Victoire Tremblay-Deltour, on voit bien où elle fait ses soldes (oui, oui… !)
Vous pouvez cependant choisir d’être caustique et d’utiliser le contre-emploi . Appeler le maire de la commune Jean Robert Burnichon est assez drôle, mais soyons clairs : vous ne pourrez pas décrire une scène d’amour à Venise avec Monsieur Burnichon… Faut savoir où vous voulez aller !
Si vous appelez la starlette Priscilla, vous n’éviterez pas la scène en bord de lagune, au cours de laquelle Jean Robert Burnichon se fait larguer minablement par ladite demoiselle, pour François de Montréjouls (c’est le mien de héros, il est beau, riche, et célèbre…en plus il est plein d’humanité, il bosse pour les Médecins de la Terre. Veuillez noter que je l’ai vu la première !)
L’erreur dans le choix d’un nom peut être mortelle : j’ai arrêté le Da Vinci Code à la trentième page à cause de Sœur Sandrine : aucune religieuse ne s’appelle Sœur Sandrine, voyons ! Pourquoi pas Sœur Priscilla ? Sœur Thérèse de l’enfant Jésus, oui, Sœur Sandrine, non !
(remarquez, je suis la seule à avoir posé le bouquin, ce n’est peut-être pas un bon exemple)
Et puis, a-t-on vraiment besoin de sombrer dans la caricature ? Appeler son mafioso Ange Castaldi, ou Sauveur Bellagamba est certainement excessif (et puis c’est peut-être dangereux… …)
Créez une mythologie :
Certes, Tolkien est passé avant vous, mais qu’importe !
Dans certaines contrées lointaines, tout le monde a un nom en o, i, et a. D’ailleurs Mademoiselle Zinalla vous l’expliquerait mieux que moi. C’est simple : s’il y a des i, des o, des a, c’est des cousins à elle !
Créez une langue (voir les cousins de Mademoiselle Zinalla) avec une grammaire et une syntaxe : Baldwulf vous expliquerait (en vous donnant la prononciation exacte) que l’on dit un Threintarki, des Threintarken (ma légende préférée)
Pour résumer, le nom du héros se réfléchit longuement, on le teste auprès de ses proches, on peaufine ses idées. On l’inclut dans une généalogie, on lui invente une histoire, un passé, des rêves, des projets… Parfois, les lecteurs vous prennent de court : votre héros est tellement vivant qu’ils vous interpellent : « Il ne devrait pas parler comme ça ! ce n’est pas son genre ! ».
C’est parce que vous avez bien choisi son nom.
L'avis des lecteurs.