Partager l'article ! Béatrice raconte ses soldes: Mercredi 10 h, rive droite: Longue file d'attente devant les Galeries Lafayette (et encore, c'est la petite caté ...
Mercredi 10 h, rive droite:
Longue file d'attente devant les Galeries Lafayette (et encore, c'est la petite catégorie, je ne vous parle pas des files d'attente, rive gauche, devant les magasins chics, avec portier à l'entrée qui filtre).
Les vendeuses sont prêtes, nickel, chignon serré, sourire de miel, baskets dissimulés sous l'ourlet du pantalon car faut pas rigoler, debout toute la journée, c'est épuisant.
Les écriteaux sont en place: SOLDES jusqu'à 70%. (Panneau pour Américains et Japonais, ou pour vieillards naïfs et presbytes)
Les vieilles dames acariâtres sont là aussi, au milieu de la foule, canne brandie pour taper sur la tête des jeunes malappris (elles pourraient venir à n'importe quel autre moment, mais quand y a de la foule qui feule et crie, c'est plus rigolo, et puis surtout, y a des gens à admonester!): "Mademoiselle, je voudrais celui-ci (tricot Damart) en ivoire, avec de la dentelle au col, et en taille soixante deux....Oui, allez voir dans la réserve..."
Combat au couteau devant le stand des chaussures P....: il y a une file à l'intérieur de la file, avec des portiers noirs géants qui explosent dans leur veste à boutons dorés. Le comble du sadisme: on peut apercevoir une japonaise quasi-orgastique, qui est en train de piquer les escarpins dont vous rêviez. Elle exprime sa joie en japonais à deux copines qui poussent également des petits cris. Le grand portier noir demeure impassible.
13h: un homme charmant offre deux roses à Béatrice.
14h: rive gauche.
C'est plus calme chez Sonia R., car on est plus chic, qu'est-ce que vous croyez! Les hommes sont affalés dans de larges fauteuils design. S'ils sont polis ils répètent machinalement "très joli" en tapotant sur le bras du fauteuil. Un goujat a déplié l'Equipe. Un troisième lit un petit roman qu'il a sorti de sa poche: " Vous êtes prévoyant!" dit la vendeuse. "C'était ça ou la carte bleue!" répond l'homme avec superbe.
Chez la même Sonia, mais côté homme, un métrosexuel essaie son manteau une demi-heure montre en main, tandis que sa compagne, effondrée dans un fauteuil de cuir, regrette de ne pas avoir emporté l'Equipe.
16h: Un peu de culture. Exposition sur la mélancolie au Grand Palais. Tiens, ça change: il y a la queue.
18h: retour aux galeries Lafayette.
Les vendeurs hagards, le chignon en bataille, essaient de se débrouiller de la pagaïe qui règne au stand des chemises à fleurs. " Je ne peux pas encaisser le Monsieur, sanglote un vendeur très chic, lui même chemisé de pois oranges sur fond bleu pétrole. Albert (c'est son responsable, lui même le chignon en bout de course), Albert, que dois-je faire?"
Le Monsieur-qu'on-ne-peut-pas-encaisser tend d'un air glacial à Albert six cravates et trois chemises, plus un polo à 12 euros dont le design est horrible (mais comme le prix est très beau, il n'a pu résister). Il n'a pas l'air de rigoler. Heureusement qu'il y a des géants noirs un peu partout!
Je ne connais pas la suite des aventures d'Albert car il me restait encore à aller quérir dans une patisserie rococo des macarons au prix prohibitif (je ne blague pas: 4,30 euros le macaron! le prix du centimètre carré de sucrerie à Paris est décidément en hausse).
Au milieu des vieilles dames ravies d'avoir fait tourner en bourrique la vendeuse de Damart en laine et soie, qui clapotent de la langue en aspirant leur thé, je n'ai pris qu'un seul macaron, à partager à deux! Je ne suis pas une Américaine, moi!
L'avis des lecteurs.