Lundi 16 janvier 2006
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Episode précédent , épisode 1
Le pavillon des enfants comprenait deux ailes. Dans l'aile un, originalement nommée "un", les garçons. Puis une sorte de carrefour avec l'infirmerie, les pièces communes et l'entrée donnant sur le parc. L'infirmerie était une pièce stratégique, vitrée à mi-hauteur des murs, qui avait vue imprenable sur toutes les issues. Certes il était difficile aux infirmiers de se ménager la moindre intimité et Thérasse avait souvent déploré que sa réflexion sur les rondeurs de l'aide soignante ne pût se mener à bien dans cet aquarium, mais d'un autre côté les pulsions des boutonneux prépubères pouvaient être aisément contenues : les garçons n'entraient pas comme ça chez les filles. Thérasse et Joëlle affirmaient que personne n'avait traversé le carrefour passé neuf heures du soir. Et eux-mêmes étaient restés ensemble, Joëlle ne dédaignant pas les subtiles allusions de son collègue à sa silhouette callipyge.
L'aile deux, celle des filles, poursuivait le carrefour en enfilade: d'abord les chambres, puis, au bout du couloir, les lavabos, où l'on avait trouvé Bernadette. Enfin, à l'extrémité de l'aile deux, contiguë aux toilettes mais séparée par une porte fermée à clé, se trouvait la partie consultation: salle d'attente, bureau de Meyer, secrétariat, bureau de la surveillante. Tout ceci donnant à l'arrière du parc par une entrée privée.
- Impossible pour notre homme de passer ailleurs que par la consultation: les infirmiers étaient dans l'infirmerie de neuf heures à deux heures. Les fenêtres des chambres sont bloquées pour que les têtes blondes ne fuguent pas, leur ouverture est impossible. Il (ou elle) est donc passé par la consultation ce qui suppose qu'il a franchi deux portes fermées à clé, l'une quasiment en permanence, l'autre dès la fin des consultations c'est à dire dix huit heures.
- Et là, cerise sur le gâteau: la même clé ouvre toutes les portes de l’hôpital, et tous les soignants la possèdent. Ce qui fait une centaine de personnes sans compter large.
- Ce qui a l'avantage d'exclure Hassan, si excitante soit l'hypothèse.
- Tu ne veux pas de Hassan, mais suppose qu'il ait volé les clés à un infirmier.
- Dans ce cas il n'aurait pas déglingué sa propre fenêtre pour sortir. Et puis les infirmiers se servent de leurs clés trente fois par jour. Ce serait déjà signalé. Mais tu t'acharnes sur Hassan, Rachid : tu as peur qu'on ne t'accuse de partialité ?
- Ne me gonfle pas, Julien. Hassan est algérien d'abord. Et puis j'en ai rien à foutre. Et puis tu t'es fait jeter par Mercier Beaumont ou quoi ?
Julien rit :
- Et elle, comment ils l'appellent ?
- Mercier Beaumont? BMB. C'est comme une bagnole de luxe, non ?
- Exactement. Très sophistiquée.
Le pavillon des enfants avait donc une seconde entrée, discrète, permettant l'accès à la consultation du docteur Meyer. Ici les locaux étaient neufs, presque pimpants, avec aux murs des tableaux naïfs, et des fauteuils aux belles harmonies de bleu. La secrétaire trônait derrière une sorte de comptoir: elle ne faillissait pas à la règle de la blondeur suave et semblait la jumelle de la secrétaire de Mercier Beaumont. La mini jupe était remplacée par un pantalon très moulant, assorti d'un petit pull court. Elle était au téléphone et se contemplait les ongles tout en parlant. Elle venait juste de commencer son travail, l'accès des lieux ayant été interdit dès le matin aux aurores. Elle n'avait rien vu mais n'en avait pas moins à raconter à sa collègue du secteur adulte, d'une voix suraiguë de petite fille boudeuse. La concurrence avec les consultantes adolescentes devait être rude. Mais pour l'instant c'était son heure de gloire : infirmiers, aides-soignants et même surveillants se succédaient, mine de rien, sous des prétextes transparents pour glaner quelques informations de première main.
La vue de Julien, flanqué de Rachid, la transporta d'émotion. Et tu comprends bien, Monique, que quand ces deux flics sont entrés dans le bureau, ça m'a fait comme un frisson. Surtout qu'on sait bien qu'ils n'ont pas les yeux dans leur poche! Si tu avais vu le jeune, le genre typé, tu sais, peut être même arabe, mais très bien tu vois, comme celui qui parle à la télé. Enfin, ils voulaient voir Meyer, mais tu le connais celui-là: quand il arrive à onze heures, c'est qu'il est tombé du lit. Alors ils se sont rabattus sur la mère Dubout qui tournait dans le hall, cette vieille peau, attendant qu'on l'interroge. Comme si elle avait quelque chose d’intéressant à dire! Enfin moi, je me laisserais bien interroger par le petit inspecteur! Quoi, Meyer ? Si tu crois...! Il a au moins quarante ans et il saute sur tout ce qui bouge. Enfin sauf sur la mère Dubout, ah, ah... Je ne dis pas qu'avec moi il n'ait pas essayé: il aime bien les jeunettes. Mais bon, il a beau se tartiner de crème anti-ride, on voit bien qu'il n'est pas frais éclos. Et puis Monique: moi je te le dis, il faut garder sa dignité. C'est pas parce qu'il est docteur que Meyer doit se croire tout permis. Et puis un type qui ne parle que de boxe et d'ordinateur, ça ne doit pas casser grand chose au lit tu peux me croire, Monique !
Quand est-ce qu'une révélation arrive ?
J'espère que c'est de la secrétaire que tu parles! ;-)
NOTA: je ne veux aucun ennui avec les secrétaires, ayant toujours eu (et continuant d'avoir) des secrétaires adorables et ultra-compétentes. Attendez-donc avant de juger celle-là! il ne faut pas se fier aux apparences, non?