Des livres...

  

Cinq leçons sur le crime et l'hystérie
Editions du Seuil, 
9 octobre 2008

 

 

 

Recommander

Recherche

Qui est l'auteur?

  Qui-est-l-auteur.jpg De la littérature, du polar, des cours d'éditage, des avis sur tout, des conseils à ne pas suivre...

 
Mardi 17 janvier 2006 2 17 /01 /2006 03:20

Episode 1, épisode précédent,

Voici donc l'épisode 8. je pense qu'à ce stade quelques précisions sont nécessaires, que je vous invite à lire dans Cours d'éditage

Josiane Dubout tournait en effet, du hall à son bureau: elle ne décolérait pas depuis le matin et Thérasse avait déjà fait les frais de son exaspération. Elle ne tolérait pas l'idée qu'on n'eût pas jugé bon de l'avertir, cette nuit, alors qu'elle était la surveillante de garde. Pourquoi Mercier Beaumont avait-elle été appelée et non elle ?

«Je suis votre supérieur hiérarchique direct ! » avait-elle répété trois fois au malheureux Thérasse qui, épuisé par sa nuit, n'aspirait qu'à rentrer chez lui.

- Mais quand il y a un problème avec un malade, j'appelle d'abord le docteur ! s'était insurgé l'infirmier

- C'était un cas exceptionnel ! Et puis elle était déjà morte ! Qu'est ce qu'elle a fait de plus, Mercier Beaumont ?

Evidemment! Thérasse n'avait rien à répondre à cela. Mais intérieurement il ne s'était pas privé de la traiter de vieille vache. De toute façon, vous voilà au courant, maintenant! avait-il grogné avant de regagner ses pénates avec la bénédiction de la police. Il aurait pu ajouter, mais ç'aurait été remuer le couteau dans la plaie, qu'il ne doutait pas que son mari l'avait dûment informé en rentrant de sa virée avec le directeur.

Josiane Dubout, que les infirmiers baptisaient l'oeil de Moscou, était la femme de l'infirmier général et considérée de ce fait par ses collègues comme vendue à l'administration. C'était d'ailleurs un procès assez injuste car elle avait à cœur de faire son travail le mieux possible. Elle était restée interdite devant la réaction écorchée de Thérasse : une fois encore, elle n'avait pas su s'y prendre avec un subordonné, ne déclenchant en retour que méfiance et agressivité. Cet état de chose la laissait toujours anéantie, avec un sentiment d'impuissance insupportable.  Elle se disait qu'on ne peut pas tout avoir : la réussite et l'amour des gens, qu'ils étaient jaloux d'elle. Ce qui était intolérable, c'est qu'ils n'éprouvaient rien de semblable à l'égard des médecins, de Mercier Beaumont par exemple: leur trajectoire était considérée comme allant de soi, alors qu'ils n'avaient pas franchi, pour arriver où ils étaient, la moitié des obstacles qu'elle avait bravés.

C'était une femme portant bien sa cinquantaine, un peu corpulente malgré les régimes qu'elle tentait à l'évidence régulièrement, mais n'ayant pas renoncé à séduire. Sa poitrine opulente arborait les deux  C entrelacés de Chanel brodés en or sur un t- shirt blanc. Pour le reste, tout était voile, vaporeux, aérien, veste et jupe battant les mollets comme pour donner une impression de légèreté malgré les rondeurs. Les talons aiguilles n'allongeaient pas la courte silhouette. Sous un casque de cheveux rouges, d'un auburn vigoureux, les sourcils étaient épilés, les pommettes hautes, les lèvres minces. Deux boucles d'oreilles,  lourdes et ornementées accentuaient son air d'idole orientale.

L'allure de Julien la conquit immédiatement et l'effort d'urbanité fut perceptible. Tandis que Rachid, modestement sous fifre, restait debout près de la fenêtre, Mornay s'assit avec décontraction, la caressant de son œil aristocratique.

"- Elle va dégoiser plus qu'elle ne le voudrait", pensa Rachid, mal à l'aise. Il n'aimait pas ces trop plein de féminité: le maquillage, les talons aiguilles. Il était soulagé que la cible de madame Dubout soit si clairement son collègue.

Julien roucoulait sans état d'âme :

- Vous êtes donc la surveillante, Madame ?

- La surveillante chef de ce service.

- Bien.Vous semblez regretter, Madame,de ne pas avoir été prévenue plus tôt des problèmes survenus dans votre...service 

- Absolument. C'est la procédure habituelle, voyez-vous. On doit m'avertir dès qu'il y a urgence.

- Bien sûr, Madame. Dès qu’il y a….. un infarctus par exemple?

- Non, non, ça, c'est médical... Mais pour toute question dépassant la simple compétence médicale...

Le sous fifre modeste perdit un instant son flegme :

- La simple compétence médicale ?

Le regard de Julien le fit taire sur-le-champ tandis que la surveillante se troublait : sa colère l'avait emportée et elle avait une trop haute idée d'elle-même pour ne pas se sentir gênée devant cet homme qui représentait tout ce à quoi elle aspirait : l'élégance, la désinvolture et le sentiment évident qu'il était partout à sa place. Julien lui vint en aide, patelin :

- Vous êtes donc chargée, Madame, de traiter ce qui dépasse la simple compétence médicale. Par exemple, le fait de faxer à toute heure à la préfecture les certificats rédigés par les médecins dans le cadre de l'internement entre-t-il dans ces attributions ?

Madame Dubout rougit jusqu'aux yeux. Son visage s'enflamma comme ses cheveux et ses narines palpitèrent. Elle répondit sèchement :

- oui.

- C'est ce que vous avez fait cette nuit après l'évasion de Nordine Hassan ?

- La sortie sans autorisation de Nordine Hassan.

 - Si vous voulez, dit Julien conciliant. C'est vous qui avez envoyé la télécopie ?

- Oui.

- A vingt deux heures quarante 

- Je... Je ne sais pas exactement. Voyez-vous, on m'a appelée vers vingt deux heures  quinze.

- Vous vous êtes rendue au pavillon pour chercher le certificat.

- Oui. 

- En voiture

- J'ai laissé ma voiture à l'entrée de l’hôpital et j'ai remonté la grande allée à pied. Il y a une barrière, pour protéger le sommeil des malades.

Elle sourit d'un air entendu, absolvant du coup Julien pour son embarras de tout à l'heure :

- Je sais que certains ont peur la nuit et n'hésitent pas à traverser le parc en voiture, mais en ce qui me concerne, je vais à pied.

Ils l'auraient parié : cette femme semblait une tour inexpugnable.

- Madame Mercier Beaumont vous a donc remis le certificat.

Un pli amer tordit la bouche de la surveillante :

- Madame Mercier Beaumont n'avait pas jugé utile de m'attendre. Ce sont les infirmiers qui m'ont remis le certificat. Je me suis ensuite rendue au bâtiment que vous voyez là, en face. C'est là que se trouve le fax, dans les locaux de l'administration.

- Vous êtes donc passée devant le pavillon des enfants.

 - Oui, deux fois, à l'aller et au retour.

 - Bien entendu, vous n'avez rien noté de particulier ?

 - Non, encore que... si j'avais su que Nordine Hassan errait dans les parages, j'aurais peut-être été moins tranquille.

 - Que voulez-vous dire ?

- J'étais persuadée qu'il était loin, depuis neuf heures du soir. Ce n'est pas le genre à s'attarder !

 - Vous pensez donc que c'est Hassan qui a commis le meurtre, Madame ?

 - Et qui d'autre ? Vous savez bien qu'il est dangereux !

 - Ce n'est pas l'avis du docteur Mercier Beaumont corrigea Julien.

Le ton neutre de Mornay lui fit à nouveau perdre son sang froid. Elle fit un effort visible pour se maîtriser :

- Le docteur Mercier Beaumont pense ce qu'elle veut, dit-elle en choisissant ses mots. Peut être le docteur Meyer ou le docteur Delmas ne sont-ils pas du même avis.  Ceci dit cela ne relève pas de ma compétence, poursuivit-elle avec un humour que Julien apprécia d'un signe de tête.

 à suivre,

 

 

Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Partager    
Retour à l'accueil

Commentaires

J'avais fait un commentaire hier sur cet article mais il  n'est pas passé.
Ca parlait d'archétype de la surveillante générale ou quelque chose comme ça.
Et puis ça finissait par "mais puisqu'on vous dit que ce n'est pas Hassan !!"
Commentaire n°1 posté par Len Janak le 18/01/2006 à 10h05
Ne t'acahrne pas sur Hassan, voyons! Et si d'était une fausse fausse piste? :-))
Réponse de Patricia Parry le 18/01/2006 à 12h59
Il y a un coté "Mystere de la chambre jaune " dans ces chapitres !
Commentaire n°2 posté par zordar le 20/01/2006 à 23h30
Mais... c'est que j'avais du retard !!!
Je rattrape.
Commentaire n°3 posté par Roanne le 21/01/2006 à 20h08
Hello Roanne! j'ai aussi du retard chez toi!
Réponse de Patricia Parry le 21/01/2006 à 20h11

Moi je trouve qu'on nous cache encore des choses. La liste des personnages s'allonge, mais le panier de crabes m'a l'air encore bien plein. Quoique tous les crabes ont l'air de vouloir bouffer Hassan...

Commentaire n°4 posté par Syven le 14/02/2006 à 21h59
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés