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Cinq leçons sur le crime et l'hystérie
Editions du Seuil, 
9 octobre 2008

 

 

 

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  Qui-est-l-auteur.jpg De la littérature, du polar, des cours d'éditage, des avis sur tout, des conseils à ne pas suivre...

 
Lundi 30 janvier 2006 1 30 /01 /2006 20:05
Le Roman de Maria Anna
Dans le crépuscule tombant, les ombres s’étiraient.
Maria Anna connaissait bien l’aspect fantomatique que prennent les rues de Venise certains soirs.
C’était un de ces soirs, traversé d’ombres en capes noires coiffées de tricornes lourds.
Roman marchait vite, comme un homme qui sait où il va. Il passa le Canale Grande sur le pont de l’Académie, se glissa dans les ruelles de Dorsoduro.
Maria Anna haletante avait déjà compris qu’il courait vers les Zattere, où sont mollement accrochées les barques qui dansent au gré du ressac.
Elle nota, alors qu’il passait sous un réverbère, qu’il avait masqué son visage, et s’enveloppait dans un large manteau sombre.
Il grimpa, en effet dans une gondole qui semblait attendre, menée par un autre spectre vêtu de noir. L’embarcation se détacha lentement du quai et prit la direction de San Giorgio, qui flottait doucement devant eux dans la blancheur laiteuse de la lune.
Elle n’avait d’autre solution que de se jeter dans le premier vaporetto venu, bondé de touristes en short qui devaient venir d’un pays très au Nord car la température n’excédait pas cinq degrés.
Le trajet fut court, car l’île est proche de Venise. Ils abordèrent le long d’un ponton de bois, sur lequel Maria Anna prit pied en chancelant, dissimulée par trois massives Hambourgeoises qui venaient écouter du Vivaldi dans l’église.
L’ombre enveloppée de noir courait devant elle, disparaissant, filant, glissant de porche en porche, jusqu’à l’entrée massive d’un palazzo de pierre rouge, dans laquelle elle entra, après avoir frappé de façon convenue.
Maria Anna tremblait comme une feuille. De sa vie jamais elle n’avait entrepris pareille course, à la poursuite d’un rêve de promenade en gondole (Brad Pitt au petit déjeuner, tu parles ! même si, il fallait bien le reconnaître, la serviette sur les hanches et les cheveux mouillés ça vous avait un air de… Pauvre idiote ! calme-toi !).
A son tour, elle frappa à la porte ornée d’un marteau de cuivre : un coup, puis deux.
Elle entra dans une cour pavée, éclairée de candélabres, juste à temps pour le voir se dissoudre dans la pénombre d’une galerie, sur sa droite.
Elle courut le long d’un couloir, aperçut la lumière de la torche qui le guidait, et descendit à sa suite une volée de marche.
La porte se referma sur elle, dans un grincement sec.
Il était trop tard pour revenir en arrière.
Elle se dissimula dans un recoin de l’escalier, osant à peine respirer.
Les chandelles éclairaient une vaste pièce, au centre de laquelle un tableau, sur un chevalet.
Roman avait laissé tomber sa cape noire, et posé son tricorne à terre.
Immobile et pensif, presque recueilli,  il contemplait le tableau.
Un collectionneur, ou un vendeur d’œuvres d’art, voilà ce qu’elle s’était dit quelques heures plus tôt lorsque Paolo avait fait son rapport.
Roman posait sur le tableau un regard hypnotique. Elle leva les yeux à son tour et faillit crier.
Le tableau la représentait.
Quelle sensation étrange : c’était pourtant une femme ravissante, dont le front haut et le menton volontaire rendaient le visage très doux. Les yeux étaient beaux, profonds et sombres, veloutés, ombrés de longs cils, et visiblement myopes, car la jeune dame avait ce regard incertain et trouble de ceux qui voient le monde dans un brouillard. Les yeux étaient les siens.
La jeune femme du tableau était languissamment allongée sur un divan de velours rouge, Maja de peintre espagnol, vêtue seulement de sandales d’intérieur arabisantes, et fixait d’un œil impudique son  unique spectateur.  
Maria Anna était, inexplicablement, la jeune femme du tableau, malgré son menton en galoche, ses cheveux de paille sèche, et  ce nez trop long qui lui avait toujours paru avoir une vie personnelle.
Elle étudiait avec stupéfaction les courbes douces, la peau laiteuse, et le lourd regard explicite. Le sentiment de proximité fut tel qu’elle se drapa dans son imperméable, refusant d’être ainsi exposée au regard de l’autre, se sentant dépossédée de son propre corps.
-         Je sais que tu es là, dit soudain Roman sans même se retourner
Maria Anna crut défaillir.
-         Je t’attends depuis huit mois, reprit-il la voix hachée.
Elle se leva lentement, et descendit quelques marches.
Il se tourna vers elle, presque inquiet, sur le qui-vive.
-         Ma famille possède ce tableau depuis des années, dit-il. Il ne doit pas sortir de cette pièce, que mon grand père fit aménager pour qu’il y reste. Je t’ai croisée, voici huit mois, à la bibliothèque. Je t’ai reconnue. Je contemple tous les jours cette femme depuis que j’ai quinze ans. L’artiste peignit la toile avec tant d’émotion et d’amour qu’elle représente son idéal féminin absolu. Il est devenu mon idéal. Il est dit cependant que toute la beauté qui apparaît sur cette toile demeurera cachée aux yeux du profane, et que seul l’initié saura la faire jaillir par la seule force de son désir .
Il sourit brusquement : Brad Pitt à Beyrouth.
-         Tu en as mis du temps, à me suivre ! J’étais tétanisé à l’idée que la pensée puisse en venir à Lucia.
Elle tournait maintenant autour de la toile, stupéfaite, interdite : la femme était magnifiquement belle et magnifiquement nue.
-         Voici ton âme dit-il, c’est ainsi que tu m’es apparue. C’est ainsi que je te vois.
Il lui tendit la main comme un marquis de salon. Elle posa ses doigts sur le poing fermé, et avança devant sa propre représentation.
Balade au clair de lune, pensa-t-elle. Brad Pitt sourit. Souffle chaud sur ma nuque, main à plat sur mon cœur ; il mord ma peau, juste sur le cœur ; il touche mon ventre, sa main est brûlante ;  je tremble ; chaleur au fond du ventre ; il tremble ; je sens sa langue sur moi ; je ne bouge plus car il doit savoir quoi faire ; je sais quoi faire, là. Bouge ; ne bouge plus. Tais-toi. Dis quelque chose. Goût léger de vodka. Je suis ivre. Il m’emprisonne dans ses bras étendus. Clouée au sol, écartelée, je ne peux bouger. Sa bouche sur mon sein , lui au creux de mon corps.
Je suis aussi belle que mon âme.
 
 
Comme je suis fleur bleue ! Je n’ai pu me décider entre tous ces styles possibles !
Si j’ai le courage, je tenterai  l’eau de rose !
Merci à Oscar Wilde car écrire un truc en trois heures, c’est vraiment difficile, une gageure !!! Après ça je suis absente quelques jours et je ne pourrai pas écrire ! La date du 31 janvier n’étant pas dépassée, je considère, dear Majoma, que j’ai fait ma part de boulot !  
J’ai lu toutes les autres nouvelles : travail remarquable d’écriture et d’imagination ! La littérature vit toujours, chouette, non?
Par Patricia Parry - Publié dans : NOUVELLE: Le roman de Maria Ana
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Commentaires

Va en paix ma soeur, ta chute est sublime !

bizzzzz
Commentaire n°1 posté par majoma le 30/01/2006 à 21h01
Merci de tout coeur...
Réponse de Patricia Parry le 30/01/2006 à 21h06
Et mon chap 12 de Danse avec les fous ?
Commentaire n°2 posté par majoma le 30/01/2006 à 21h48

non, mais t'es insatiable toi!

Demain, m'dame!

Réponse de Patricia Parry le 30/01/2006 à 22h03
Qu'elle est exigeante, cette Majoma ! Bravo pour ta nouvelle, très réussie, Béatrice, c'est quasiment fantastique, en fait, non ? Difficile de se limiter à un seul genre littéraire, sans doute parce que les textes interessants mèlent toujours un peu les genres ! bisous.
Commentaire n°3 posté par fredericestfou le 31/01/2006 à 09h06

oui, je pense qu'on peut dire qu'il s'agit d'une nouvelle fantastique. C'était le premier projet!

La tienne est bien aussi, dis donc! terrifiante à souhait!

Réponse de Patricia Parry le 31/01/2006 à 09h35
Quelle belle poursuite... Et, *petites étoiles* Qu'il est beau Brad Pitt en serviette!!!!!!!!!!
Commentaire n°4 posté par Syven le 01/02/2006 à 00h09

Absolument!

Réponse de Patricia Parry le 01/02/2006 à 07h38
La fin est bien amenée !
J'ai aussi lu d'autres essais, c'est impressionnant de diversité. L'un m'a bien fait rire, un autre m'a mise très mal à l'aise (ça m'a rappelé une histoire sordide, du genre Bellemar lol), et enfin il y a eu la version bien malsaine du serial killer qui utilise la passion, chez "Frédéric est fou". Quelle chute !
Commentaire n°5 posté par Roanne le 01/02/2006 à 00h10
l'exercice est très intéressant et donne à voir de l'imaginaire de chacun! à refaire!
Réponse de Patricia Parry le 01/02/2006 à 07h37
Ce qui m'impressionne le plus, c'est ton aptitude à donner vie à tes personnages, dans tes nouvelles comme dans ton toman (Danse avec les fous - ^_^)
Commentaire n°6 posté par Syven le 01/02/2006 à 11h52
merci, merci... En fait cela se fait sans grand effort: je visualise très bien mes personnages
Réponse de Patricia Parry le 01/02/2006 à 21h08
La fin m'a surpris.
Moi qui m'attendais à un meurtre ou à trouver roman en train de se saoûlmer dans un bar :-)
Belle histoire en tout cas.
Commentaire n°7 posté par Len Janak le 01/02/2006 à 13h13
oui, je voulais vous surprendre!!! ;-)
Réponse de Patricia Parry le 01/02/2006 à 21h08

Belle trouvaille pour cette jolie fin.


Decidement tu aime Venise !!

Commentaire n°8 posté par zordar le 11/02/2006 à 11h55
oui, j'aime, et je connais un peu. J'y suis allée une douzaine de fois. je découvre de nouveaux trésors à chaque voyage... J'y reviendrai...
Réponse de Patricia Parry le 11/02/2006 à 18h38

  Merci d'avoir prolongé de quelques lignes le plaisir de flirter avec ce thème génial du "portrait/miroir de l'âme", qui fût moins heureux à Dorian Gray qu'à Maria-Anna, mais qui, pour ma part, a toujours fait frétiller mon petit palpitant, et me fait encore aujourd'hui, "tomber à la flotte" comme un gondoliere lorsque je réfléchit à tout ce qu'il recèle...

Commentaire n°9 posté par Fab le 20/03/2006 à 13h11
Je chanterai O Sole mio, tandis que tu rameras vers les Zattere
Réponse de Patricia Parry le 20/03/2006 à 19h18
Bien aimé cette talentueuse gageure :)

Cath
Commentaire n°10 posté par cath le 15/06/2007 à 22h12
Merci. C'était assez sympa comme défi. Il y a eu, à l'époque, des productions très diversifiées.
Réponse de Béatrice le 16/06/2007 à 14h23
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