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Cinq leçons sur le crime et l'hystérie
Editions du Seuil, 
9 octobre 2008

 

 

 

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  Qui-est-l-auteur.jpg De la littérature, du polar, des cours d'éditage, des avis sur tout, des conseils à ne pas suivre...

 
Jeudi 16 février 2006 4 16 /02 /Fév /2006 22:38
Il aimait l'idée de la revoir.
Il aimait sa certitude de l'innocence de Hassan, envers et contre tous et contre le peuple vitupérant. Il la croyait.
Le Dr Mercier Beaumont aussi habitait une maison cossue dans un beau quartier. Mieux que les Labeyrie: dans la vieille ville, rue Victor Hugo, après le carrefour de la Trinité, en venant de la place Saint Louis. Avant le carrefour, c'était quelconque, nouveau riche. Après le carrefour, parfait, vieille famille. C'était là le genre de détail que Julien ne négligeait jamais, au grand dam de Rachid. 
Vieille maison. XVIIIème siècle. En réalité, la rue entière était constituée d'anciennes petites maisons où les aristocrates avaient logé leurs danseuses. Ce qui ouvrait, au choix, pour les maisons familiales deux hypothèses : ou on descendait du seigneur, ou on descendait de la courtisane. Il était à peu près sûr que la jeune femme   revendiquait la courtisane: elle pouvait se le permettre. Voilà qui devait profondément agacer Josiane Dubout.
Derrière l'alignement de briques blanches il y avait des jardins, parfois des piscines, mais de la rue il était impossible de les soupçonner car les façades étaient mitoyennes. A son coup de sonnette répondit une cavalcade précipitée. La porte pivota sous l'effort d'une petite main et Lancelot l'accueillit, l'épée à la main, le torse moulé dans un t-shirt des cent un dalmatiens.
- Salut ! dit sobrement Lancelot qui repartit à fond de train vers le fond du couloir.
- Salut ! dit Julien qui se garda de rire
Lancelot revenait au galop :
- Maman n'est pas encore là. Elle va arriver à six heures. C'est Sandrine qui me garde.
Un cri de colère retentit. Une jeune fille surgissait en courant de la pièce voisine, essoufflée:
- Valentine ! Tu as encore ouvert la porte ! Je t'ai dit de m'attendre ! Combien de fois ! N'importe quoi peut arriver ! Qui êtes vous ?     
Elle le fixait avec anxiété sous une frange de cheveux paille dont une touffe se dressait coquinement sur le sommet du crâne, maintenue par un élastique multicolore. Elle avait tiré Valentine à elle, contre son grand t-shirt lui aussi orné des chiots tachetés. Le long caleçon à fleurs et les mules en éponge permettaient, sans coup férir, d'identifier Sandrine-qui-me-garde. La jeune fille était bouche bée, au bord de l'hystérie. Depuis le matin, elle découvrait un monde qu'elle croyait jusque là réservé aux feuilletons télévisés. Si elle ne sauta pas sur Julien en criant à l'aide, c'est parce qu'il ne correspondait pas à l'idée qu'elle se faisait d'un maniaque en fuite (basané, sale et mal habillé, identifiable comme méchant). Le côté aristocrate espagnol et les yeux gris emportèrent le morceau, avec les chaussures anglaises, car Sandrine se faisait une règle de regarder en premier lieu les pieds de ses interlocuteurs. Au même instant elle pensa à ses mules en éponge qu'elle tenta de dissimuler pendant toute la suite de l'entretien.
Il se présenta. Elle voulut voir sa carte sous les rires de Valentine qui serinait :
- C'est un policier je te dis. Je l'ai vu ce matin avec maman
- Avec ce qui se passe, on n'est jamais trop prudent ! assena Sandrine que Julien soupçonna d'avoir une collection de truismes adaptés à chaque circonstance de la vie. Le docteur ne va pas tarder. Voulez vous l'attendre ?
Elle l'installa dans un salon qui donnait sur le jardin. Pas de piscine. Quelques arbres fruitiers. Le vélo de Valentine sur la pelouse mal entretenue. Valentine devait grimper aux arbres et jouer au ballon dans les fleurs. Les rosiers n’étaient pas taillés et le choix des plantes, solides camélias et lauriers insensibles aux intempéries montraient surtout qu'on n'avait pas le temps de s'occuper du jardin.
Il se cala dans un fauteuil art déco, mais pas le genre dans lequel on s'avachit. Julien savait de toute façon, depuis l'enfance, qu'on ne se vautre pas sur les fauteuils. Face à la cheminée de marbre, se reflétant dans le miroir de Venise, le Vander Meulen paraissait authentique. Elle n'a pas l'air d'avoir une alarme ! maugréa-t-il intérieurement.
Quand il était enfant, il passait des heures assis, et non avachi, sur l'ottomane de sa grand-mère, à contempler silencieusement le Vander Meulen qui faisait face à la cheminée. Il aimait le style net, les bleu roi et les amoncellements rageurs de matière. Le tableau était revenu à son père, qui l'avait peut-être vendu car il n'aimait que les figuratifs. Le salaire de Julien ne l'autorisait qu'à une affiche, certes richement encadrée, mais il y avait renoncé : le souvenir des stations pensives sur l'ottomane de Grand-Mère était trop beau.
La présence de ce tableau qui en rappelait un autre, loin de le rendre nostalgique, le ravit comme un gamin. Il laissa Sandrine l'approvisionner en café, s'emplissant les yeux de Valentine qui tournait autour de lui :

- Avez-vous vu le t-shirt que Sandrine m’a offert ? Maman ne voudra pas que je le mette pour sortir.

 

 

 

La petite fille ne tutoyait pas, car on ne tutoie pas les étrangers. Elle ne se donnait pas le ridicule de sortir affublée d'un Walt Disney, car un peu de rigueur ne nuit pas dans le choix de ses vêtements. Ah, Tiphaine !

 

 

 

Il laissait son regard errer sur les meubles et les objets. Un masque Africain en bois précieux, les pommettes hautes, comme Valentine. Des cadres avec des photos de la merveille exotique. Sandrine déversait une litanie geignarde :

 

 

 

- J'ai décroché le téléphone. Je n'en pouvais plus de tous ces appels. Des journalistes. La télé. Parfaitement, la télé. Comment ont ils eu ce numéro, je vous le demande ? Le docteur est sur liste rouge.  Que fait la police contre ça ?

 

 

 

Quelqu'un à l’hôpital, avait dû communiquer le numéro à un journaliste persuasif.

 

 

 

- C'est comme dans un film, reprenait Sandrine. Est-ce que le docteur pourra prendre un avocat pour se défendre ?

 

 

 

Valentine s'échappa un instant vers la cuisine où on l'entendit qui ouvrait des portes.  Sandrine en profita pour se pencher vers Mornay, l'air mystérieux et scandalisé :

 

 

 

- Il y a même des gens qui ont appelé pour menacer. Oui Monsieur. Je n'osais pas le dire devant la petite. Pour dire que Madame Mercier Beaumont protège les violeurs et qu'elle va le payer ! Vous croyez qu'ils viendraient jusqu'ici ?

 

 

 

Elle s'arrêta pour reprendre son souffle avec une moue dégoûtée. L'excitation était perceptible. Elle n'avait pas encore bien choisi son rôle : victime des médias ou héroïne de feuilleton. En même temps, malgré cet intérêt un peu malsain, il était évident qu'elle était dépassée :

- Vous allez m'interroger ?

à suivre

 

 

 

Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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