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Cinq leçons sur le crime et l'hystérie
Editions du Seuil, 
9 octobre 2008

 

 

 

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  Qui-est-l-auteur.jpg De la littérature, du polar, des cours d'éditage, des avis sur tout, des conseils à ne pas suivre...

 
Samedi 25 février 2006 6 25 /02 /Fév /2006 18:28
 
Ils avaient rendez-vous dans la foulée avec les deux principaux représentants du personnel : une petite noiraude et mal coiffée à qui il rêvait d'imposer un brushing et un splendide gaillard à l'oeil bleu, capable de séduire une porte, et proche du mètre quatre vingt dix. Pour celui-là, il fallait rester assis. De toutes façons, les syndicalistes ne seraient pas seuls. Ils semblaient incapables de se déplacer autrement qu'en bande, surtout le gaillard qui aimait éprouver ses effets oratoires sur une demi-douzaine d’aficionados.
Il n'écouta même pas les discours préliminaires, qu'il connaissait par cœur : trop de travail pas assez de postes, service public bradé, manque de personnel... S'il y avait eu plus d'infirmiers ce soir là, le malheur eut pu être évité... En conclusion, nous demandons la création de quarante postes supplémentaires...
Il pensait à Mercier Beaumont. La petite psychiatre ne se laissait pas faire. Elle était plutôt séduisante cette femme. Bon, les talons plats étaient une faute de goût. Les jambes, ravissantes, méritaient mieux.
Il se pencha vers le géant, qu'il avait acculé à se poser sur un fauteuil très bas :
- Et Hassan, entre nous, qu'en pensez-vous, Bertoumieu ?
Bertoumieu, pris de court, en eut le souffle coupé . Il avait horreur de sortir des rails. Séduisait-il ses conquêtes (qui étaient nombreuses) avec la romanesque litanie : manque de personnel, trop de travail?
Les représentants du personnel se consultèrent du regard :
- Allons dit le directeur, vous le connaissez, Hassan. Vous êtes sur le terrain!
- Eh bien, ce serait plutôt au médecin de parler, hasarda Bertoumieu.
- Oui, oui... Mais votre avis d'infirmier... Ca ne sortira pas d'ici.
Bertoumieu jeta un œil sur ses camarades. Du groupe, ramassé sur lui-même, fusa un : "BMB, elle ne se trompe pas souvent !" que personne ne revendiqua plus avant.
Le directeur sourit, satisfait : il savait bien que, pour l'instant il n'était pas opportun de s'attaquer à Mercier Beaumont, qui avait refusé d'incriminer la surveillance infirmière dans l'évasion de Hassan. Elle assumait si bien la responsabilité de son diagnostic que tout le monde oubliait que l'erreur initiale avait été de laisser fuguer le psychopathe: les infirmiers avaient beau invoquer le manque d'effectifs, ils devaient être dans leurs petits souliers.
Finalement, c'était plus facile que prévu : ils savaient que leur marge de manœuvre était faible. Ils ne lui feraient pas, cette fois-ci, le coup du sit in devant le bureau avec menace d'occupation des locaux ad vitam aeternam ! Il les enveloppa de longues phrases sirupeuses, qui faisaient appel à leur sens de l'éthique et du devoir, ne doutant pas d'eux dans cette situation difficile. Jalons, piétiné sur son propre terrain, ne pipa mot. Cependant, ils s'étaient tous compris sans qu'il soit besoin de mettre les points sur les i. Ils ne feraient certes rien pour envenimer les choses, mais, de même que Hassan faisait un coupable idéal, Mercier Beaumont serait un bouc émissaire parfait.
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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