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Cinq leçons sur le crime et l'hystérie
Editions du Seuil, 
9 octobre 2008

 

 

 

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  Qui-est-l-auteur.jpg De la littérature, du polar, des cours d'éditage, des avis sur tout, des conseils à ne pas suivre...

 
Mardi 28 février 2006 2 28 /02 /Fév /2006 08:14
Valois les attendait dans la salle d'attente. Bien entendu, elle n'avait pas flâné dans l’hôpital, elle. Et même si elle venait d'arriver, ce qui était probablement le cas, elle prendrait l'air excédé de celle qui patiente depuis des heures. Difficile de pénétrer les pensées de Valois : son athlétique et réfrigérante silhouette était comme un virulent reproche aux lubriques ruminations de Rachid sur la secrétaire de Meyer. Mais, bon, malgré les efforts qu'elle faisait pour nier cet état de fait, Valois était une femme, et c'est aidé d'une femme qu'il convenait d'interroger les deux gamines, enfin déclarées aptes par Meyer à subir les pressions policières et dûment autorisées par leurs parents.
- Viens avec moi, Claire, dit tout de suite Julien. Bensaïd va se charger des aides soignantes.
Il n'aimait pas les avoir tous les deux sur les bras. Leur animosité réciproque emplissait l'air d'électricité et Julien soupçonnait que leur goût commun pour les blondes acidulées n'était pas étranger à l'affaire. Heureusement, il modulait particulièrement bien le doux prénom de l'inspecteur Valois, qu'il jugeait parfaitement adapté à un magnifique regard d'eau limpide, même si elle tentait de le faire oublier en fronçant quasi férocement des sourcils non épilés. Dans l'ensemble, les enfants ne s'y trompaient pas, non plus que les adolescentes fugueuses ou violentées qui s'épanchaient sans hésiter entre ses bras de nageuse.
Claire Valois, qui percevait l'amical intérêt de Julien le suivit sans commentaire, de sa démarche élastique et efficace, négligeant le regard amusé de Rachid. Aussi bien, ce hâbleur méditerranéen tirerait quelque chose des femmes de ménages. Les bonniches, c'était tout à fait son genre !
Bénédicte était dans la salle d'activités sous la bienveillante garde de Josiane Dubout qui la rassura de son mieux. Attentive, maternelle, la surveillante avait indiqué au téléphone à Julien que les parents de l'adolescente n'avaient pas jugé bon de se déplacer. Bien qu'elle soit restée très neutre dans sa formulation, le ton légèrement scandalisé reflétait sa désapprobation. Cependant, Bénédicte ne semblait pas effondrée outre mesure. C'était une minuscule créature que sa maigreur rendait pathétique. Les os de son visage se découpaient sous la peau sèche et les longs cheveux qui pendaient le long des joues accentuaient cette apparence de momie. Les avant-bras fluets surgissaient des manches d'une sorte de djellaba impuissante à camoufler les kilos envolés. Les poignets paraissaient énormes. En aucun cas cette enfant famélique n'aurait eu la force nécessaire pour attenter à la vie de sa compagne d'infortune. Si maigre qu'elle ait été, Bernadette avait été beaucoup plus grande et plus solide que Bénédicte. Seul un adulte avait pu serrer le cou gracile jusqu'à ce que mort s'ensuive. Bénédicte, absoute de par sa faiblesse physique, n'était qu'un témoin privilégié.
Heureusement, les yeux pétillaient d'intelligence et Julien se rappela la remarque de Mercier Beaumont : les anorexiques sont souvent brillantes. Madame Dubout s'éclipsa discrètement tandis que les deux autres prenaient place autour de la table. Ils décidèrent tacitement de jouer la carte de l'intelligence et Julien ne s'embarrassa pas de circonlocutions pour demander :
- Tu sais ce qui est arrivé à Bernadette ? Nous comptons sur ton aide, si tu le peux, pour retrouver celui ou celle qui a fait ça.
Bénédicte apprécia : depuis la veille, on la traitait comme un enfant au berceau. Il était agréable de se sentir considéré.
- Tu sais que tes parents nous ont donné l'autorisation de parler avec toi.
Un sourire de mépris éclaira fugitivement le visage de l'adolescente. Elle plongea son regard dans celui de Julien:
- Vous pouvez m'interroger dit-elle.
La femme-flic avait l'air bien. Pas une de ces folles de maquillage, avec des mines, comme ces infirmières obscènes. Quant à lui, il lui rappelait tous ces médecins auxquels elle avait eu affaire, avant d'échouer dans le service de Meyer : ils avaient l'air sérieux, bienveillants, lui parlaient comme à une adulte. Mais elle n'était pas dupe : venait le moment où ils se dévoilaient, nommant l'ennemi ; le poids à reprendre. Elle utilisait la seule arme à sa disposition, la séduction de son intelligence, qui luttait pied à pied, éventait les pièges, déjouait les ruses. Et Meyer qui croyait, ce pauvre débile, qu'il suffit d'enfermer les oiseaux.
Pour l'instant, ça allait, le flic ne la prenait pas pour une imbécile, mais elle se surveillait. Elle savait déjà qu'on ne dit pas du mal des morts. Aussi, ne livrerait-elle pas l'image de la vraie Bernadette, celle qu'elle avait connue : petite pécore, petite frimeuse, petite friquée.
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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