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Samedi 4 mars 2006 6 04 /03 /Mars /2006 00:00

Petits arrangements avec l'infâme: Prologue et chapitre 1. 

Prologue:  
La jeune fille a les bras en croix. Elle tournoie lentement dans l’eau noire où se reflète une lune pâle. Son vêtement rouge se gonfle sous l’effet de faibles vagues. Il n’y a pas d’autre couleur que cette tache écarlate.   Ses cheveux sont comme une couronne et sa bouche reste  ouverte sur un  cri.
Elle tournoie.
Il y a un autre rêve : c’est un pendu. Lui aussi se balance et tourne en un large cercle majestueux. C’est un jeune homme. Il porte une chemise blanche et de hautes bottes de cuir l’emprisonnent jusqu’à mi-jambes. A ses côtés son frère pleure.
Un autre rêve, encore : une jeune fille. Celle-là est allongée sur le sol. Que de sang ! Elle porte un débardeur, un de ces chiffons qui couvrent à peine le corps. On voit la courbe de ses seins sous le coton. Une flaque rouge s’élargit sur le tissu clair. C’est une mince enfant brune, au teint pâle, aux lèvres blanches.

Chap. un:
Le jeune homme était hagard.
Il accusait tout au plus une vingtaine d’années, juvénile et mince, presque encore adolescent.
Il avait le teint olivâtre et ses yeux sombres lui dévoraient la moitié de la figure. La conjonctive en était rougie, les pupilles légèrement dilatées. Il mordait jusqu’au sang ses lèvres pâles et était agité de légers soubresauts, image d’Epinal du fou dans toute sa splendeur. Six gaillards musclés, dûment armés, formaient rempart entre lui et le reste du monde, cheveu ras, visage marmoréen.
Le gamin était menotté aux mains et aux pieds.
-       Khaled Addad ! jeta le gradé qui tenait à la main une liasse de papiers. C’est pour vous, docteur…
-       Que s’est-il passé ?
Le docteur Antoine Le Tellier avait pris sa garde de psychiatrie aux urgences à vingt heures.
Triste dimanche.Ciel flou et bas.
-     Que s’est-il passé ? répéta le docteur Le Tellier
Le gendarme fut laconique. C’était l’usage : quand ils amenaient ainsi un patient aux urgences, policiers et gendarmes semblaient mettre un point d’honneur à ne pas décrocher un mot. Il était plus simple, parfois, de lire la presse du lendemain pour avoir une idée des événements.
-       Il a tué sa soeur. Enfin …probablement… Une vraie boucherie.
Le ton était neutre, malgré un léger frémissement de la paupière.
-       C’est lui qui le dit ?
-       Non. On l’a trouvé comme ça à côté du corps. Il ne dit rien depuis tout à l’heure. Il était couvert de sang. C’est pour vous de toute façon.
La remarque fut ponctuée de la phrase clé, que l’homme de marbre assena triomphalement : «Il est connu ! »
Il est connu. C'est-à-dire qu’il a déjà eu un contact avec les services de psychiatrie. Mauvais. Très mauvais. Le Tellier eut une pensée compatissante pour le collègue qui suivait Addad. La presse allait se déchaîner contre lui, l’accusant de ne pas avoir été extralucide en prévoyant le passage à l’acte.
Il demanda à ses interlocuteurs d’ôter les menottes. Le jeune homme fut déposé sur le lit comme un paquet. Les bracelets enlevés, il ne battit pas d’un cil  et resta allongé en position fœtale.
-       C’est tout ? tenta encore Antoine à l’adresse de la maréchaussée.
-       Oui, docteur.
Les gendarmes étaient toujours délicieusement polis. Ils vous donnaient du « Docteur » long comme le bras mais ne fournissaient pas plus d’indices que les policiers.
Le gradé tendit sa liasse avec indifférence. Antoine jeta un œil rapide.
 
 La journée avait démarré sous d’exécrables auspices : dès le matin Antoine avait failli se fouler la cheville dans l’escalier de son immeuble, en sautant la dernière marche. Son jeune voisin Arthur squattait dans l’entrée, avachi sur les degrés de marbre, crapotant une cigarette, l’œil vague. Arthur lui faisait toujours l’effet d’un mauvais génie,  un lutin malfaisant qui surgit pour annoncer les mauvaises nouvelles. Ses boucles blondes d’angelot donnaient au lascar un air tout à fait candide, mais Antoine avait l’idée folle que ce gamin ricanant, qui méprisait les adultes du haut de ses quinze ans, jetait des sorts en cachette.
La vision d’Arthur l’avait mis de mauvaise humeur. Comme pour lui donner raison, les problèmes s’étaient enchaînés. Le rétroviseur de sa voiture, petit bijou de Porsche à la carrosserie parfaite, était fêlé ; il l’avait découvert en démarrant. Le collègue harassé qui l’attendait aux urgences lui avait fait une relève minimaliste avant de s’esquiver, ne lui laissant qu’une blouse douteuse déjà portée par ses prédécesseurs. Et pour couronner le tout, l’urgentiste avec laquelle il travaillait ce soir, était la célèbre Leblanc, dont l’agressivité légendaire terrifiait des générations d’internes.
 Jeune femme sèche et rigide, totalement insensible au charme d’Antoine, Leblanc l’avait accueilli les lèvres pincées, exigeant d’être débarrassée des agités qui peuplaient les urgences. Antoine s’était petitement vengé en la laissant se débrouiller seule d’un grand Noir qui hurlait des chants guerriers canaques, tandis que les autres patients ululaient en choeur dans son dos en poussant des cris saisissants. Antoine savait, pour l’avoir déjà hospitalisé, que le chanteur dissimulait des boules de shit dans les longues nattes qui auréolaient sa tête. Il avait probablement partagé la manne avec la chorale improvisée.
Et voici qu’arrivait Khaled Addad, annoncé comme hospitalisé d’office, interné sur ordre de la préfecture.
Il se tourna vers le jeune homme, que l’infirmière venait d’installer dans la chambre spartiate  réservée à de semblables occasions.  
Les locaux étaient exigus . Huit patients s’entassaient sur six lits.  
Parmi eux s’agitait le vociférateur canaque, qui reprenait du poil de la bête après une période d’accalmie ; il entonnait quelques couplets rageurs en jouant des percussions sur les tuyaux du chauffage.
Antoine s’isola dans un coin de la pièce, se concentrant sur la paperasse qu’on venait de lui remettre, occultant les cris et les clameurs.
Il venait de parcourir le procès verbal de l’intervention des gendarmes, écrit dans le style inénarrable qui est la loi du genre, avec les fautes de frappe réglementaires.
Il se garda bien de lire l’expertise de son collègue, dont il avait reconnu la longue écriture penchée. 
A vingt deux heures cinquante deux, ce jour, un appel  anonyme nous a signalé des cris et de l’agitation au 3 rue des Saules, au lieu dit Saint Papoul, où habite un nommé Addad Mohamed avec sa famille.
Rendus sur les lieux, nous avons constater que plusieurs personnes étaient devant la porte d’entrée, à travers la quelle on entendait, effectivement des cris et des appels. Nous avons sonné chez Addad qui nous a laissé entrer sans opposition. Interroger sur les cris qui avaient alerté les voisin, Addad nous a dit avoir trouver le corps de sa fille Meriem dans le salon de son domicile…blablabla.
Avons trouver le corps d’une femme âgée d’une vingtaine d’années étendu sur le sol du salon. Description de la boucherie, d’accord… Présents dans le salon autour du corps était rassemblé la famille Addad, à savoir :
 Addad Mohamed
Addad Fatima, née Benchaïb, son épouse
Addad Slimane, leur fils
Addad Linda, leur fille… Passons…
Après avoir fouiller le domicile, avons découvert dans la chambre du premier étage le dénommé Addad Khaled, qui portait sur le corps de nombreuses traces de sang. Interrogé sur la provenance de ces taches de sang, ledit Addad Khaled n’a pas été en mesure de répondre à nos questions…blablabla…
Les gendarmes avaient rapidement établi les faits suivants : Slimane, qui venait d’avoir quinze ans, avait fait le mur en début de soirée. Rentrant en catimini dans le salon à dix heures et demie, il avait trébuché sur Meriem, en sang sur le tapis, la gorge ouverte en une longue traînée rouge.
Avachi près d’elle, l’œil vide, se balançait  Khaled en rythme, totalement muet.  
 
Par Patricia Parry - Publié dans : Aventures éditoriales
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Commentaires

heu loin de vouloir t'embeter mais je prefere cette nouvelle version , plus legere dans la description d'Antoine, chapitre qui met en haleine car plein de mystere...une question : pourquoi ces 3 reves du debut ? ayyye ma curiosité est provoquée là...


une autre question mdr, Tu sais que le nom de famille Addad c'est libanais ?

Commentaire n°1 posté par salwa le 04/03/2006 à 09h58

Je me suis bien renseignée sur le patronyme Addad, pour de multiples raisons que tu liras dans le roman ;-)

C'est tant mieux si tu préfères cette version car c'est celle-là qui est définitive!

Réponse de Patricia Parry le 04/03/2006 à 10h13

Très bon premier chapitre. On rentre dans l'histoire et on a envie de continuer. Tu peux croire ma sincérité car je ne suis pas une fan de polars! le prologue: il me semble que tu uses fréquemment des adjectifs "long" et "lent". Et puis, à la place de "Que de sang!", j'aurais mis autre chose, genre "Du sans. Beaucoup". Que de sang! fait trop vivant dans cette description froide des rêves.


Voilà, tu vois que j'ai bien lu! J'attends la suite avec impatience.

Commentaire n°2 posté par queenkelly le 04/03/2006 à 18h38
J'espère que le suite sera bientôt en librairie!!!
Réponse de Patricia Parry le 04/03/2006 à 19h44
Coucou Béa !!!

Wouh, pareil je prefère de loin cette version qui est en effet bien plus légère :-) Et j'ai vraiment hâte de lire la suite car franchement, ça memet l'eau à la bouche !!!
J'aime beaucoup le prologue d'ailleurs (sauf la répétition de "un autre rêve" mais c'est un détail).

Je croise les doigts pour que tu sois publiée, rapidement hihi tant qu'à faire, car moi je n'ai pas envie d'attendre trop longtemps avant de te relire !

Grosses bises,
Bool
Commentaire n°3 posté par Bool le 04/03/2006 à 20h00
Arrrgh comme d'hab' tu nous mets en haleine et tu arrêtes toujours au mauvais endroit. Frustrant :-))
Commentaire n°4 posté par Len Janak le 06/03/2006 à 21h12

C'est pour mieux de donner envie de lire, mon enfant...

Réponse de Patricia Parry le 06/03/2006 à 21h28

Je n'ai qu'une chose à redire: tu as ôté l'odeur de parfum sur la blouse déjà portée, j'avais adoré ce détail.


Ah, et j'ai vu des espaces avant une virgule et un point.


Sinon, c'est parfait, c'est rythmé, parfait!


Bon alors, quand c'est qu'il sort le nouveau bouquin? Parce que j'ai adoré l'OdM, et j'aurais pu en lire un deuxième d'affilée sans sourciller!

Commentaire n°5 posté par Syven le 07/03/2006 à 15h27

Tu retrouveras l'odeur sur la blouse déjà portée à la fin du chapitre trois.

Génial que tu ais aimé Montfort! Je suis ravie!

Réponse de Patricia Parry le 07/03/2006 à 18h28
Coucou !
cela fait quelque temps que je suis le blog de loin, et je dois dire que, wow, ce texte est sublime !!
Ca me donne envie d'acheter l'Ombre de Monfort pour découvrir d'autres de vos oeuvres !
Bonne continuation.
Gabrielle.
Commentaire n°6 posté par gabrielletrompelamort le 09/06/2006 à 19h06
Merci à vous... J'espère que la totalité de ce deuxième roman sera bientôt disponible!
Réponse de Patricia Parry le 21/06/2006 à 17h55

Bon.


J'aurais bien continué la lecture, si j'en avais eu la possibilité. Début de roman très prometteur...

Commentaire n°7 posté par Jo le 01/12/2006 à 20h22

Bonjour


très délicat de se poser en lecteur critique, ça tourne vite à celui qui veut poser au professeur, & comme j'écris moi-même, ça semblerait bien présomptueux...


si je prenais 1 crayon je réécrirai cela avec mon style, & ça ne serait + toi, il faut donc trouver l'angle qui permette de dire des choses pour te pousser à être encore plus toi-même...


as-tu déjà lu à haute voix ce passage pour sentir si les phrases "coulent" bien ? si les mots s'enchainent bien (musicalement parlant) ?

Commentaire n°8 posté par Eric LOW le 29/07/2006 à 16h03

Ah, ce premier chapitre: quelle galère! Il faut accrocher le premier lecteur de la maison d'édition!

En fait, je l'ai réécrit encore et encore. La version définitive ( ou quasiment) a bien accroché le premier, puis le second lecteur de la maison d'édition.

Réponse de Patricia Parry le 29/07/2006 à 17h38

je trouve ces étapes très infantilisantes...


qu'en pensez-vous docteur ?

Commentaire n°9 posté par Eric LOW le 29/07/2006 à 17h50

J'ai arrêté de penser que les maisons d'édition sont remplies de méchants qui n'y comprennent rien. Chaque fois que l'on m'a fait des remarques, elles étaient pertinentes, et de toute façon, il ne s'agissait que de propositions.

Je reconnais qu'il est très douloureux pour l'ego d'entendre critiquer son bébé, c'est parfois même insupportable. Mais je crois qu'il faut choisir de progresser.

Ma petite expérience s'appuie sur deux maisons d'édition, dans lesquelles j'ai trouvé des professionnels qui avaient vraiment le goût de leur travail et qui étaient au service de l'auteur. Après ça, il y a des incompétents partout (j' ai reçu une lettre très rigolote, que je publierai lorsque mon deuxième roman sera dans les librairies).

Pour conclure, infantilisant, non. Constructif, j'espère.

Réponse de Patricia Parry le 29/07/2006 à 18h03

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Sur un lit de fleurs blanches 

Editions du Masque

18 Juillet 2012

 

 

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