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Cinq leçons sur le crime et l'hystérie
Editions du Seuil, 
9 octobre 2008

 

 

 

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  Qui-est-l-auteur.jpg De la littérature, du polar, des cours d'éditage, des avis sur tout, des conseils à ne pas suivre...

 
Lundi 6 mars 2006 1 06 /03 /Mars /2006 19:48
Assez peu curieuse de la vie des autres, elle donnait toujours des réponses concises et ne questionnait jamais en retour. Il aurait apprécié qu'elle lui demande comment ça s'était passé pour lui , mais bien entendu elle se contenta de le regarder d'un air indifférent. Heureusement, le silence de son interlocuteur n'avait jamais empêché Meyer de parler de lui.
Il s'étendit longuement sur son entretien avec les deux flics, se donnant au passage un rôle un peu plus reluisant que ne l'autorisait la réalité. Béatrice le connaissait suffisamment pour séparer le bon grain de l'ivraie: sous les "je leur ai bien dit que...ils ont compris qu'avec moi...je ne me suis pas gêné pour...", elle démêla une inquiétude sourde, une demande de réassurance qui l'étonna.
- Et Delmas, tu lui en as parlé? jeta-t-elle alors qu'il s'arrêtait de parler , penché de plus en plus vers elle au fur et à mesure qu'il avait développé, à posteriori , ses arguments contre Mornay.
- Oui, oui. Elle dit qu'il ne faut rien dire, s'abriter derrière le secret médical.
- Eh bien, écoute ce que te dit Delmas: elle est incollable sur tout ce qui concerne la législation.
- Tu l'as vue , toi?
- Delmas? Non.
Incroyable! Elle n'avait pas besoin de Delmas! Pourtant elle était dans la ligne de mire! Le meurtre avait eu lieu dans son service, à lui, mais c'était elle qui avait laissé partir Hassan.
- Tu crois qu'on nous soupçonne?
Il avait posé sa question sans aucun préambule, avec sa brutalité coutumière. Elle resta stupéfaite un instant:
- Qu'on nous soupçonne ..répéta-t-elle machinalement
- Ben oui, ils ne t'ont pas posé de questions sur ton emploi du temps?
- Si, si bien sûr. Mais ils font ça pour tout le monde. Pour tous ceux qui avaient quelque chose à voir avec la petite.
- Euh...oui.
Il se rejeta en arrière dans le fauteuil, pensif. Il semblait sur le point de dire quelque chose, mais à deux reprises, il se ravisa.
- Tu leur as donné des détails sur ta soirée? finit-il par demander
Elle haussa les épaules:
- Tu sais, j'étais de garde. Je n'ai rien fait de bien grisant...Mais on dirait que tu as quelque chose à cacher, ma parole...!
Il rougit:
- Je ne vois pas pourquoi je raconterais tout au sujet de ma vie privée!
Elle sourit intérieurement: encore une élève infirmière?
Meyer prenait toujours une position paranoïaque dès qu'il était question de sa vie privée mais paradoxalement, les bruits qui couraient sur ses conquêtes réelles ou supposées le ravissaient comme un adolescent.
- La petite Rivière? pouffa-t-elle
Il leva les yeux sur elle, ne sachant trop quelle contenance adopter:
- Oh...ça...je leur ai raconté...
- Quoi d'autre alors?
Soudain il s'était buté, renfrogné comme un gosse, certainement parce qu'elle avait ri en avançant le nom de la petite Rivière. Elle avait l'air de lui faire la leçon avec son petit air indulgent. Il grimaça:
- Rien...rien...Finalement, tu ne peux pas m'aider.
Toujours très morale, Mercier Beaumont, il aurait dû s'en souvenir. Il se leva pesamment:
- Allez, j'ai du travail.
Béatrice était psychiatre: l'idée de persécuter quelqu'un qui avait décidé de ne pas parler en l'assaillant de questions ne lui vint même pas à l'esprit. Elle avait laissé partir Meyer sans insister, mais maintenant, en faisant tourner entre ses doigts le verre dont le cristal taillé jetait des éclairs, elle se demandait ce qui préoccupait son collègue. Quelque mois plus tôt, Meyer aurait dévoilé ce qu'il avait sur le cœur.
Elle posa le verre et se plongea dans le manuel d'utilisation du portable dont le français approximatif lui arracha d'abord quelques sourires. Cependant, après trois essais infructueux de mise en place du répertoire, son humeur redevint irritable:
- D'où vient ce manuel débile? C'est destiné à l'exportation ou quoi?
 Elle se leva nerveusement:
- Je vais voir le vendeur . Il va m'entendre!
Sandrine approuva chaleureusement. Finalement, elle préférait être seule qu'avec le docteur déchaîné sur le dos. 
 
- Je me doute , Mornay, que vous avez une excellente raison d'insister auprès de Monsieur Labeyrie.
Borelli prenait soin de garder un ton extrêmement neutre. Assis sur son bureau qui tremblait sur ses bases, il allumait sa troisième clope d'un air négligé.
A part ça, Julien savait exactement ce qu'il voulait dire, même s'il était évident qu'il ne s'exprimerait pas plus clairement. Labeyrie n'était pas le premier venu, il l'avait laissé entendre; il le prouvait.
Julien aurait bien aimé savoir par quel biais il était intervenu: politique? Des connaissances dans l'administration? Le préfet peut-être?
Au fond, peu importait. Borelli, lourd, massif sur son bureau fléchissant, toussant entre deux bouffées, ne lui donnait guère qu'une information. Ce n'était pas son genre de donner des avertissements au gré de la volonté des notables.
- Je crois qu'il faudrait interroger la sœur de la petite, crut bon d'avertir Julien
- Ouais, fit Borelli qui avait parfaitement compris, mais quel rapport avec le meurtre, hein?
- Peut être aucun reconnut Julien. Mais si ce n'est pas Hassan qui l'a violée, ce n'est peut être pas lui qui l'a tuée non plus!
- Vous devriez venir dire ça au préfet, ah, ah! Chaque fois qu'on prononce devant lui le nom de Hassan, ou celui de Mercier Beaumont, on dirait qu'il vient de recevoir un électrochoc! A propos, toujours pas de nouvelles de notre oiseau, hein?
- Madame Mercier Beaumont semble convaincue que ce n'est pas lui.
- Arrêtez vos conneries Mornay, dit Borelli pragmatique. Trouvez moi Hassan. Même s'il n'a pas tué la gamine, on trouvera bien quelque chose à lui reprocher: il a toujours une casserole sur le feu. Et ça calmera un peu tout le monde. Vous avez lu les journaux?
- Euh...oui Monsieur.
- J'aimerais comme titre: le psychopathe enfin arrêté: la police l'interroge.
- Oui monsieur.
Les petits yeux bouffis de graisse le considéraient d'un air perplexe. Avec Julien, Borelli n'exerçait jamais sa férocité à plein régime. Tu es tellement bien élevé que tu l'impressionnes, suggérait Rachid qui sortait toujours du bureau avec le sentiment d'être un incapable chronique doublé d'un débile profond. Julien n'avait pas de réponse: dans l'ensemble, ce qu'il était rendait ses supérieurs plus sadiques que compréhensifs; mais il est vrai que Borelli était l'exception.
- Qu'est ce que vous avez derrière la tête, Mornay?
- C'est cette histoire de relations sexuelles, Monsieur. Elle n'avait que douze ans cette gosse. Je crois qu'il y a un lien entre ça et le meurtre.
- Hassan.
- Il ne l'a pas violée
- Il l'a menacée, et elle a pris peur
- Hassan ne s'intéresse pas aux enfants. Son médecin le dit et nous n'avons jamais eu ce genre de problèmes avec lui. S'il voulait baiser en sortant de l’hôpital, il savait où trouver une pute. Et puis, il n'était resté que douze jours enfermés, pas douze mois!
Douze jours sans faire l'amour, on pouvait tenir, merde!
Hassan était peut-être un primate, mais après tout, même les gorilles ne baisent qu'une fois par an, à la saison des amours. Douze jours! Julien, lui pouvait tenir. Et même douze semaines. Et même, quand on y réfléchissait, Anne avait claqué la porte le douze août dernier. Borelli ricana: douze jours, il pouvait tenir aussi. Sa femme était sujette aux migraines et lui n'ayant pas un physique avenant, les tops models ne se bousculaient pas.
- De toute façon, Bernadette n'était plus vierge. Ce n'étaient pas ses premiers rapports sexuels.
- D'accord, d'accord! Que faisait Labeyrie avant hier entre dix heures et minuit?
- Il était à une réunion politique, vous savez bien que Jalons est toujours en campagne...
La phrase à peine prononcée, Julien la regretta. Mentionner Jalons était une erreur. Il ne connaissait pas les opinions de Borelli mais ce n'était pas la peine de chercher le bâton pour se faire battre.
Pourtant, Borelli ne fit aucun commentaire. Julien eut même l'impression qu'une lueur s'allumait dans les petits yeux:
- Une réunion politique. Un petit meeting en fait. Difficile de dire qui était là ou pas.
Julien attendit:
- Bon on peut fouiller par-là aussi. MAIS-TROUVEZ-MOI-HASSAN. Capito?
à suivre
 
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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