Mercredi 22 mars 2006
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Episode 1
Episode précédent
- Je te l'ai dit. Meyer a agressé la petite Beaumont. Il a été découvert par la femme de ménage de la gamine qui a appelé les flics. Quand ils sont arrivés chez lui, il s'était suicidé.
- Et alors ?
- Comment ça : et alors ? On peut penser que Meyer n'en était pas à son coup d'essai. Il est probable que la même chose s'est produite avec...
Il hésitait à nommer l'enfant, prévoyant le sursaut douloureux de son père.
- Meyer n'a pas touché ma fille dit Labeyrie la voix blanche, les lèvres serrées.
- Hugues, dit Jalons le plus doucement possible, sur le ton que l'on met à gronder un enfant turbulent, Hugues, mon cher, sois raisonnable, je comprends ta douleur mais... Ca expliquerait en tout cas qu'il n'y ait pas eu de violence. Meyer a pu abuser de son innocence.
- C'est impossible ! siffla Labeyrie J'ai rencontré Meyer, c'était un type correct. Jamais il n'aurait eu une relation suivie avec ma fille ! Je ne veux pas que l'on dise une chose pareille! Ma fille m'en aurait parlé ! Elle me disait tout ! Ma fille est une victime ! C'est l'autre, cet Arabe, qui l'a violée. Je me battrai pour que la vérité éclate ! Et toi, je ne te laisserai pas dire n'importe quoi !
Il haussait dangereusement la voix et Jalons dut le ramener à plus de mesure.
- Ecoute, tu sais bien que les psychiatres ont une relation privilégiée avec leurs patientes : il est plus facile pour eux de les influencer...
- Dis tout de suite que ma fille était une putain ! Qu'elle s'est laissée faire sans rien dire !
- Enfin, Hugues !
- Ca suffit rugit presque Labeyrie. J'ai voulu te voir pour que tu comprennes bien une chose : je ferai arrêter ce type, le salaud qui a osé porter la main sur elle. Ils savent tous que c'est lui mais personne n'ose aller dans cette cité pourrie. Si ce n'était pas un Arabe, il y a longtemps que l'affaire serait réglée, mais on sait comment ça se passe : ils ne veulent pas qu'il y ait de vagues, pas de conflits raciaux. Je sais à qui m'adresser, tu peux me croire !
Jalons était consterné : il s'appliquait à naviguer habilement sur les berges de l'extrême droite, tout en jurant la main sur le cœur à ses électeurs qu'il n'était pas question de fréquenter ces gens-là.
La douleur égarait Labeyrie. Il savait bien que certaines choses ne doivent pas être criées sur les toits.
- Et tu as intérêt à te débrouiller pour que ce flic pourri soit dessaisi. Il est capable de fouiner n'importe où. Il se prend pour le grand nettoyeur ma parole. Et son collègue est arabe, en plus, tu parles d'une impartialité !
Jalons l'avait toujours soupçonné d'avoir des sympathies inavouables. Et maintenant voilà qu'il entonnait le refrain du grand complot ! Jalons n'admettait qu'un seul complot : celui qui l'empêchait d'accéder à la mairie. Il était prudent de museler Labeyrie :
- Hugues, essaie d'être patient, tu sais bien ce qui est en jeu...
Allez donc être brutal avec un père désespéré ! Car Labeyrie était au bout du rouleau, c'était certain. En même temps, il était bon qu'il se rappelle qu'ils avaient des intérêts communs. Des intérêts.
Labeyrie tiqua, et le regarda d'un air égaré. Un instant, Jalons crut qu'il allait se mettre à pleurer, ce qui l'aurait mis au comble du malaise. Mais non, Labeyrie se ressaisit. Il se serra dans son imperméable et frissonna:
- Aujourd'hui, c'est le jour de Bernadette dit-il. Nous en resterons là. Mais je ne te donne pas plus de huit jours. Tu entends, Bernard ? Si dans huit jours ce type n'est pas arrêté, je balance tout. Je n'en ai plus rien à foutre.
- Allons, allons, murmura Jalons sans pouvoir dissimuler son énervement et sa terreur.
- Ma fille n'était pas une putain ! répéta Labeyrie avec une violence contenue.
La joue droite se plissa, découvrant en partie les dents.
- Eh merde ! dit Jalons
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