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Cinq leçons sur le crime et l'hystérie
Editions du Seuil, 
9 octobre 2008

 

 

 

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Qui est l'auteur?

  Qui-est-l-auteur.jpg De la littérature, du polar, des cours d'éditage, des avis sur tout, des conseils à ne pas suivre...

 
Mardi 4 avril 2006 2 04 /04 /Avr /2006 20:24

Episode 1

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Les deux infirmiers échangèrent un regard. Voilà madame.
- Un ancien notaire, poursuivait Béatrice en compulsant fébrilement le dossier, C'est une plaisanterie ! Qui administre les biens de cet homme ?
Bertoumieu s'assit en face d'elle :
- Ecoutez, Madame Mercier Beaumont, il nous manque des informations qu'il vous serait plus facile d'obtenir.
- Auprès de son médecin, par exemple ?
Silence respectueux en face
- Qui est son médecin ?
Elle jeta un œil sur l'observation d'entrée :
- Delmas, et puis Meyer...
Elle prit sa tête entre ses mains et resta un long moment à réfléchir :
- Bertoumieu, dit-elle enfin, vous ne m'avez pas tout dit. Qui est ce type, Saint Germain ?
Bertoumieu hésita un instant : il n'aimait pas abattre toutes ses cartes. Et puis le désir de vérité l'emporta. C'était au fond un type d'une grande honnêteté et même lorsqu'il maniait sa dialectique à l'usage des patrons, il avait la faiblesse d'y croire.
- On voulait vous remercier, Madame, de ne pas avoir chargé les infirmiers pour la fugue de Hassan.
Béatrice haussa les épaules :
- Oh ça ! Hassan passerait par le chas d'une aiguille !
- Quand même, sachez que nous avons apprécié...
Elle rit :
- D'accord pour le deal, Bertoumieu, dites-moi qui est ce type et vous ne me devez plus rien.
- On n'était pas non plus d'accord pour qu'ils vous fassent porter le chapeau. C'est vrai que depuis ce matin les attaques ont changé de cible. Faut dire que c'est plus simple, puisqu'il est mort...
- Vous voulez parler de Meyer ?
- Oui, ricana Castel, le gaucher contorsionniste...
Suresnes avait raison, la police serait rapidement prévenue, si elle ne l'était pas déjà.
Elle ne dit plus rien et attendit.
- Je peux vous dire le nom d'une de ses deux filles, dit Bertoumieu. Vous comprenez, elle s'est mariée et a changé de nom...
- Labeyrie ? dit Béatrice
- Eh ! dit Castel en ouvrant les bras.
 
 Il n'est pas très compliqué, à condition bien sûr de s'assurer des complicités nécessaires, d'user abusivement de la fortune d'un parent psychiquement détérioré : il suffit que le dit parent ait signé, en temps voulu, toutes les procurations utiles. Par la suite, lorsque le cher malade est trop fatigué pour donner un avis, placez-le dans une institution au prix de journée le plus bas possible, de manière à ce que son entretien ne vienne pas réduire à néant tous vos efforts d'économie. Puis servez-vous largement sur le compte du parent bienveillant pour financer vos vacances aux Maldives .
Bien sûr, le médecin du vieillard, empêcheur de flamber en rond est là pour signaler au juge des tutelles que son patient n'est plus en état d'assurer la gestion de ses biens et qu'un tuteur doit être officiellement nommé. Le tuteur peut d'ailleurs faire partie de la famille, mais il doit rendre des comptes au juge et, pour acheter le voilier, il attendra donc, légalement et sans impatience indécente, que son parent soit décédé.
Protéger ses patients de la cupidité de familles entreprenantes est un des devoirs du médecin . A plusieurs reprises déjà, Béatrice avait rédigé ce genre de certificat qui déclenche une enquête du tribunal. Evidemment, les familles vivaient très mal ce qu'elles considéraient comme une ingérence. Mais Béatrice restait ferme : dément ou pas, le cher parent était en droit d'attendre que son argent serve à autre chose qu'à payer les traites de la maison de campagne de celui de ses enfants qui possédait la procuration sur le compte. Parfois sans en informer ses frères et sœurs qui découvriraient le pot aux roses en revenant du cimetière.
Tout portait donc à croire que dans le cas Saint Germain, ancien notaire non dépourvu de biens, les docteurs Delmas et Meyer avaient manqué de fermeté.
Béatrice parlait à voix haute dans sa voiture en revenant vers la chambre de garde. Qu'y avait-il derrière tout ça, bon Dieu ? Que savait la gamine de toute cette histoire ? Une petite intelligente, fouineuse, féroce, qui n'ignorait pas que son grand-père était hospitalisé. A qui en avait-elle parlé? Qui avait-elle inquiété, ou menacé ? Meyer était son médecin après avoir été celui de son grand-père. L'avait-elle découvert et avait-elle trouvé malin de le provoquer avec ça ? Dans le secret de la consultation, n'importe quoi peut être dit. Elle se rappelait Bernadette, la fois où elle s'était rendue au pavillon des enfants pour régler son différend avec Cécile. L'enfant était tout sauf charitable. Son agressivité perçait dans la moindre de ses paroles :
- Vous êtes comme ce con de Meyer, avait-elle jeté à Béatrice, il comprend rien de toute façon. S'il savait tout ce que je sais sur lui, il ferait moins le frimeur.
Béatrice avait négligé la menace implicite. Séparer les deux gamines qui en venaient aux mains était plus urgent:
- T'es qu'une pauvre tâche, Cécile hurlait Bernadette, et moi je sais plein de choses, mais je les garderai pour moi.
Béatrice avait tendance à penser qu'une bonne gifle calme éventuellement les enfants insolents et Bernadette avait fini par le lire dans son regard. Elle avait réintégré sa chambre avec un ricanement de mépris, et n'avait plus rien ajouté. Béatrice avait considéré que l'incident était clos.
Mais Meyer ? Qu'avait-il fait devant les allusions transparentes ? Il s'affolait si facilement! Son attitude de la veille, sa fuite devant Sandrine, étaient significatives. Avait-il fui devant sa patiente, s'était-il réfugié dans le giron somptueux de Madame Delmas ? Meyer pédophile, non, mais Meyer le veau sous la mère, bien sûr ! Voilà qui collait mieux avec l'idée qu'elle avait de son collègue, entraîné par son aînée dans une combine peu nette, et cherchant ensuite protection près d'elle. Mais ensuite, ensuite ?
- Il me manque un maillon, dit-elle en claquant la portière de sa voiture.
Elle marcha vers l'entrée du pavillon de garde, concentrée sur sa réflexion. L'attaque la prit par surprise. Elle fut enveloppée par deux bras qui la prirent en tenaille, et sentit sur son cou la lame froide d'un couteau.
Le hurlement de terreur resta dans sa gorge.
Une voix saccadée, un souffle court :
- Taisez-vous, taisez-vous, je vous dis !

Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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