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Cinq leçons sur le crime et l'hystérie
Editions du Seuil, 
9 octobre 2008

 

 

 

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  Qui-est-l-auteur.jpg De la littérature, du polar, des cours d'éditage, des avis sur tout, des conseils à ne pas suivre...

 
Jeudi 13 avril 2006 4 13 /04 /2006 07:38

Episode 1

Episode précédent

La vieille dame réfléchit quelques secondes. En fond sonore, on entendit le galop de Valentine qui s'était décidée à sortir de la salle de bains, poursuivie par la Sandrine de sa grand-mère, qui s'appelait Nanette.
- Grand-mère, hurla Valentine, Nanette veut pas me donner des céréales.
- Nanette ne veut pas. Et ne crie pas s'il te plaît. Et dans ma maison, on ne mange pas comme les Américains. Tu auras des tartines un point c'est tout. Et sors de cette pièce, je suis au téléphone.
Béatrice pouffa de rire. La grand-mère était quasiment gâteuse de la merveille exotique. Elle avait beau brandir, d'un air furieux, la canne sur laquelle elle s'appuyait pour donner quelque majesté à sa démarche, Valentine pirouettait autour d'elle, comme un papillon qui se moque d'une fleur à épines.
Béatrice supposa que la canne s'agitait dans l'espace, éloignant Valentine et Nanette.
- Saint Germain, tonitrua Madame Beaumont, vous voulez parler du notaire, je présume?
- C'est ça.
- Le père était notaire, lui aussi. Je me souviens bien d'eux, j'étais en classe avec une des sœurs. Une jeune dinde. Passons, elle a aujourd'hui soixante dix ans. Les années n'ont pas dû la rendre plus intelligente. C'est le genre de sottise qui demeure incurable. Le frère n'était pas mal, assez séduisant. Ce n'était pas un aventurier non plus. Un notaire, vous imaginez! Il a repris l'étude de son père. Comment s'appelait-il? La sœur avait un prénom ridicule..., qui allait bien avec son air de Sainte Nitouche...Et lui? Ah oui, Alban! Alban Saint Germain. Le prénom lui allait très mal, par contre: il était noir de poil, mat de peau.
- Il s'est marié, je suppose?
- Oui ma chère, avec une autre dinde. Attendez...Une fille Boiviviers! Mais oui! Elisabeth de Boiviviers en personne. Elle était folle de lui cette petite. Un vrai scandale! Le mariage a été précipité. Le vieux Boiviviers était hors de lui mais vous savez comment les choses se passaient il y a quarante ans! C'était leur fille unique! Jolie fortune!
Madame Mère éclata d'un rire féroce:
- Béatrice, j'ai l'impression d'être un de ces journaux pour pauvres filles, vous savez ceux qui racontent la vie des princesses. Voulez-vous d'autres ragots ou ceux ci vous suffisent-ils?
- Ils ont eu des enfants?
- Eh bien, au moins un je vous l'assure. Une fille je pense, prématurée comme de bien entendu. Et puis une autre par la suite. La seconde doit avoir à peu près l'âge de François. Honnêtement, Béatrice, ma science s'arrête là. C'est le moment où Julien et moi sommes partis à l'étranger pour plusieurs années. Et puis vous vous doutez bien que ce n'était pas nos fréquentations favorites.
Les Saint Germain n'avaient pas du être parmi les derniers à froncer le sourcil devant Julien Beaumont. Le fait qu'il soit un universitaire connu, estimé dans son milieu, n'avait pas dû suffire aux petites coteries locales.
- C'est justement la génération actuelle qui m’intéresse, Alix. Vous n'avez aucun moyen d'avoir quelques informations?
- Voilà de l'ouvrage pour Suzanne, je suppose.
- Votre sœur?
- Oui, vous savez qu'elle n'a jamais quitté la région. Elle adore prendre le thé avec ses anciennes connaissances. C'est une mine d'informations. Elle trouve à cette activité une satisfaction qui me laisse pantoise, ma chère. Cela fait vingt ans que je ricane avec mépris : elle va trouver très amusant que j'aie recours à ses services.
- Si cela vous gêne, Alix...
- Non, non, laissez... En réalité, j'ai toujours adoré me disputer avec ma sœur!
Béatrice raccrocha confiante. La sœur d'Alix Beaumont n'était jamais prise en défaut: elle n'avait jamais eu d'autre occupation que le bavardage mondain autour des petits cakes faits à la maison.
Elle sourit : Alix Beaumont n'avait pas demandé pourquoi elle avait besoin de ces renseignements
Elle avait toujours appris quelque chose: la fortune des Saint Germain, aggravée de celle des Boiviviers, devait pouvoir justifier quelques licences prises avec la loi.
 
Delmas voulait le voir! Il en avait assez de ses quasi-convocations dans le bureau de Madame! Certes, elle lui avait fait remarquer que sa présence dans l’hôpital et dans le bureau de la présidente de la commission médicale se justifierait aisément aux yeux de n'importe quel curieux, alors qu'elle ne pouvait pas, quant à elle, se déplacer chez lui ou au conseil général sans attirer l'attention. Cette femme était insupportable, elle avait presque toujours raison.
Il salua rageusement les secrétaires qui lui sourirent mécaniquement.
Elle trônait comme d'habitude, derrière le bureau massif, à l'abri derrière ses photos de famille. La famille! C'était quelque chose pour elle. C'était même comme ça qu'il la tenait: c'était son seul point faible à cette femme. Et encore! Pouvait-on parler de point faible, quand il s'agissait de la faiblesse des siens, et non de la sienne propre!
Les deux filles en premières communiantes! Elles avaient fait du chemin depuis! L'une d'entre elles était même partie quelque temps étudier en Angleterre, juste après ce petit scandale local , les jeunes bourgeois qui arrosaient leurs fêtes avec autre chose que de l'alcool. On la voyait sur une des photos, le mortier sur la tête, en train de recevoir son diplôme d'une célèbre université anglaise.
Et le mari, le cher Delmas, qu' il avait fort à propos aidé à étouffer une affaire sinistre de dessous de table réclamés avant ses interventions chirurgicales. Que lui voulait-elle encore ? Elle couina dès son entrée:
- Le journal, le journal ! dit-elle avec des accents dramatiques
- oui, le journal! répondit Jalons sur le même air.
Il se prenait au jeu avec elle et leurs échanges avaient toujours l'air de se passer sur une scène de théâtre.
- Ne vous inquiétez pas dit-il ,nous avons la situation bien en main. Le suicide de Meyer est une aubaine pour nous...Je veux dire, rajouta-t-il avec componction, qu'à toute chose malheur est bon. L'attirance du docteur Meyer pour les ...euh...jeunes filles nous permet de faire la lumière sur cette malheureuse affaire sans que d'autres personnes soient inquiétées.
- Mais Monsieur, mais Monsieur, qu'est ce qui vous permet d'affirmer...? Et que dit la police?
- Ma foi, Madame, dit carrément Jalons, il a quand même sauté sur la petite Beaumont. Le témoignage de la femme de ménage est irréfutable!
- Mais ça ne prouve pas qu'il ait...Pour Bernadette enfin!...
- Il ne peut pas y avoir cinquante pédophiles qui se promènent en même temps! Tout porte à croire qu'il avait séduit l'autre gosse.
- Ah, quelle horreur, quelle horreur! gémit-elle, la main sur sa vaste poitrine. C'est ce que pense la police?
- Oui, dit fermement Jalons qui pour cela, au moins était parfaitement sûr de lui.
- Quand je pense qu'à plusieurs reprises je me suis trouvée seule avec lui, dans ce bureau!
Elle se leva ,toutes voiles dehors et faillit renverser son interlocuteur d'un coup de sein. Jalons battit en retraite, tout en résistant fortement à l'envie de lui faire remarquer qu'une attaque de Meyer à son encontre n'aurait plus relevé de la pédophilie.
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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