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Cinq leçons sur le crime et l'hystérie
Editions du Seuil, 
9 octobre 2008

 

 

 

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  Qui-est-l-auteur.jpg De la littérature, du polar, des cours d'éditage, des avis sur tout, des conseils à ne pas suivre...

 
Dimanche 16 avril 2006 7 16 /04 /Avr /2006 10:06

Episode 1

Episode précédent

- Mais il l'aurait assassinée?
- Pourquoi pas, si elle menaçait de le dénoncer?
- C'est ce que dit la police?
Là, il marchait beaucoup plus sur des œufs. Il savait que la police ne croyait pas au suicide de Meyer. Il en avait eu la confirmation le matin même et les pirouettes de Puivert allaient être impuissantes à camoufler une vérité qu'il refusait de toutes ses forces. Meyer se suicidant , de honte et de remords, comme le scénario avait été séduisant! Il avait essayé, presque désespérément, de convaincre son interlocuteur, au commissariat, qui l'avait écouté poliment. Brasser de l'air, agiter des idées, lancer de fausses nouvelles. Il avait toujours fait ça: il avait ainsi l'impression d'exister, de vivre à cent à l'heure, de courir vers la mairie. Ses proches et ses conseillers couraient à ses trousses, assez souvent pour rattraper ses bourdes, car depuis qu'il était élu, sa mégalomanie ne connaissait plus de limites. Il avait le sentiment que tout lui était permis, il était au-dessus des lois, il avait des relations puissantes, rien n'était impossible: il ne payait plus dans les restaurants, ne réglait plus ses contraventions, s'auto amnistiait de ses fraudes fiscales, et considérait que la moindre des secrétaires mourait d'envie de coucher avec lui. Il est vrai que sa femme n'en avait plus envie depuis longtemps! Entre le jeune homme bouillonnant d'idées, qui se faisait une si haute idée de sa tâche politique, qu'elle avait épousé contre l'avis de sa famille, car il n'était pas du même milieu qu'elle, et ce politicard visqueux qu'il était devenu, le chemin parcouru était pavé de compromissions, de lâchetés, de renoncements dont elle ne parlait même plus. Leurs intérêts financiers les maintenaient proches, malgré le mépris qu’elle lui vouait avec ostentation. Il pensait sincèrement que l'on peut acheter tout le monde .
En commandant à Puivert les articles rageurs sur Mercier Beaumont, il assouvissait une haine personnelle, tout en détournant, croyait-il l'attention de ses petites affaires. Puis Meyer avait fait un coupable idéal et il n'avait pu s'empêcher de penser que ce qu'il voulait à toutes forces se réaliserait peut être lorsque les mots imprimés de Puivert s'étaleraient dans les kiosques de la ville. Car Suresnes avait raison: le journal local, feuille de chou par ailleurs sans intérêt était lu avant toutes choses et chacun se régalait des aventures de son voisin.
Il avait conservé cette naïveté infantile de croire que les choses que l'ont veut vraiment finissent par arriver. Il faut dire qu'il tenait beaucoup ce discours, aux jeunes chômeurs, aux chefs d'entreprise, aux mères de familles inquiètes de l'avenir. C'était un discours rassurant qui permet de croire que les pauvres et les malheureux ne doivent s'en prendre qu'à eux-mêmes. Défaut de rêve, défaut d'imagination. C'était son discours à l'américaine. Quand Labeyrie était en forme, lui qui n'était dupe de rien, tout en profitant sans scrupule de tout, il appelait Jalons: "just do it!"
La police en était donc là, heureusement qu'il tenait encore des gens qui lui donnaient quelques informations sur l'enquête. Meyer avait vraisemblablement couché avec la gamine, et même le jour du crime, mais il n'était pas certain qu'il l'ait assassinée. Il était même probable que l'assassin de Bernadette et celui de Meyer ne faisaient qu'une seule et même personne.
- La police ne tire aucune conclusion, dit-il. Mais quand même, je pense que notre article n'est pas loin de la vérité.
Absolument. C'était ça. Pas loin de la vérité. Sinon quoi? Les flics allaient revenir dans ce foutu hôpital. Interroger à droite à gauche, surtout l'autre, là, avec son air pincé! Ce n'était pas possible, bon Dieu! Ils avaient eu deux coupables sur un plateau: Hassan d'abord, Meyer ensuite. Qu'est ce qu'il leur fallait donc, pour laisser tranquille les gens sérieux?
Borelli avait fait savoir , très nettement, ma foi, que Mornay garderait cette enquête. Jalons avait un mauvais pressentiment! Sans vouloir faire de racisme, il était sûr que son acolyte, le Beur, votait pour son adversaire!
Deux possibilités de classer cette affaire sans faire de vagues! Les flics avaient laissé passer sa chance!
- Notre article? Comment ça, notre article? Vous voulez dire que c'est vous qui...? Mais c'est de la folie! Je ne tolérerai pas que l'on accuse ainsi un de mes confrères!
- Mais putain, il sautait ses patientes mineures votre confrère!
Nouveau coup de sein , nouveaux cris:
- La profession médicale, dans son ensemble...Nous sommes tous concernés...Les médecins doivent être irréprochables ...
- Mais vous ne l'êtes pas, que je sache, rugit Jalons qui en rêvait depuis des mois. Ni vous, ni votre mari . Vous pouvez prendre vos grands airs, ça ne change rien. Vous allez la boucler maintenant, et éviter que les flics ne découvrent que ce crétin de Meyer était avec nous, en pensant qu'il deviendrait plus vite chef de service. Si j'avais su que j'avais affaire à un pédophile, je me serais tenu à l'écart, vous pouvez me croire. Mais apparemment il ne pouvait pas tenir sa queue tranquille dès qu'il voyait une gamine, vous pouvez vérifier, toutes les élèves infirmières le disent. Et vous qui êtes psychiatre vous ne l'aviez même pas remarqué!
Contre toute attente, elle s'effondra, la poitrine hoquetante, se répandit sur le bureau:
- Mon Dieu, mon Dieu!
Jalons interdit, resta les bras ballants. Il avait déjà donné avec Labeyrie au bord des larmes. Il n'y avait que lui qui tenait le coup, Nom de Dieu !
- Mais alors, reprit Madame Delmas dont le cerveau, même embrumé par la douleur, fonctionnait toujours à une vitesse supérieure, ce n'est pas un hasard si c'est tombé sur Bernadette. Cela a donc un rapport avec...
 - Taisez-vous ! hurla Jalons
 
 
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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