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Cinq leçons sur le crime et l'hystérie
Editions du Seuil, 
9 octobre 2008

 

 

 

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  Qui-est-l-auteur.jpg De la littérature, du polar, des cours d'éditage, des avis sur tout, des conseils à ne pas suivre...

 
Jeudi 20 avril 2006 4 20 /04 /Avr /2006 21:34

Episode 1

Episode précédent

On enterrait Meyer ce matin. Jalons était nerveux, allumant ses cigarettes entre deux quintes de toux. Il s'était gavé de café pour compenser les affres d'une nuit sans sommeil. Il commençait à maigrir. Tout à l'heure, il avait serré sa ceinture d'un cran. Il regardait fasciné Anne Marie qui tournait autour de lui comme un busard. Elle était mince, fine, élancée, admirablement prise dans un tailleur hors de prix. Les bagues s'entrechoquaient et tintaient sur la tasse qu'elle posait alternativement sur tous les meubles qu'elle rencontrait dans sa course. Anne Marie en jetait, il n'y avait rien à dire ! Il conservait pour elle une admiration de pauvre hère qui couche avec la fille du patron. Malheureusement pour lui, l'excitation née de la situation d'opposition au père Saint Germain avait disparu depuis longtemps. Elle jouait à peu près le jeu cependant. Représentation, mondanités. Votre femme est charmante. "Mon épouse", disait-il en pinçant le nez pour faire plus chic, ce qui l'énervait prodigieusement à elle. L'absence d'enfant aggravait le ressentiment. Ils avaient arrêté de s'en renvoyer la responsabilité à la figure. La naissance de ses deux nièces avait été une épreuve pour Anne Marie, et d'autant que le vieux notaire ne s'était pas privé de prendre la fertilité du couple prodigue comme une bénédiction du ciel. Avec le temps, elle avait renoué avec sa sœur. De toute manière, il avait mieux valu être par-là quand le vieux grigou avait commencé à faire au bas de ses actes des erreurs un peu trop grossières. Entourer le vieillard. Elle n'avait que ça à faire ; Gisèle avait plus de difficultés, avec ses deux filles, surtout la petite garce, Bernadette, l'élue du Seigneur. Elle n'avait pas trop mal manœuvré, même si vers la fin, Hugues, toujours à l'affût, était intervenu pour réclamer sa part du gâteau. La mécanique était parfaitement huilée. Elle s'était offert des plaisirs dont elle rêvait depuis l'adolescence et que Bernard, qui fonctionnait avec sa logique de paysan lui avait toujours parcimonieusement comptés. Et ce n'était que justice. Saint Germain vivrait peut-être encore dix ans, malgré le naufrage de son esprit. Pourquoi attendre si longtemps un héritage dont aujourd'hui, il n'avait que faire?
Bernard avait financé sa dernière campagne, et se répandait en pots de vin divers. Là, il était difficile, même en se noyant sous mille justifications, d'imaginer un seul instant que Saint Germain aurait accordé un sou à ce gendre dont les trois faillites successives l'avaient conforté dans sa première opinion. Les Labeyrie aussi avaient usé des biens paternels.
Parfaitement huilé.
Jusqu'à la poussière. Celle qui grippe les rouages.
Anne Marie jetait un regard perplexe sur son mari, qui pour se donner une contenance devant cette femme qui continuait à le bouleverser, allumait encore une cigarette. La maison était immense et ils se voyaient peu, mais, ce matin, il avait tenu à la voir et s'était pointé alors qu'elle prenait son café dans le petit salon. Il avait maladroitement tripoté l'argenterie et les carafes de jus d'orange, avait renversé le sucre en poudre, avant de lancer presque triomphant, comme le scoop de l'année :
- On enterre Meyer ce matin
- Je sais dit-elle sèchement. Que comptes-tu faire ? Tu y seras ?
Il chercha son regard :
- Qu'en penses-tu ?
C'était bien lui, ça. Il lui remettait le problème ! D'où cet air triomphant du gamin qui a fait une bêtise tellement énorme, qu'il sent bien que sa mère ne peut que crier d'admiration devant l'imagination du cher petit.
- Et toi ? lança-t-elle, tu ne pouvais pas y penser plus tôt ?
- Plus tôt ? ...Mais, comment aurais-je pu savoir ? ...
- Où en est la police ? coupa-t-elle
- Est-ce que je sais, moi ? On est de plus en plus réticent à me donner des informations.
- Comment t'es-tu arrangé, pour avant-hier soir ?
- Pour avant-hier soir ?
- Oui, pour la petite, il y avait cette réunion. Tout le monde t'y a vu au moins quelques minutes, y compris Borelli. Ca, c'est un sacré témoignage ! Difficile de prouver que tu es peut-être allé voir ailleurs ! Dans les réunions, les gens vont et viennent... Cent personnes qui mangent des petits fours... On sait ce que c'est ! Mais avant-hier soir ? Ils t'ont interrogé? Qu'est ce que tu penses dire ? Mon cher, accordons nos violons...
- Anne Marie... ! Tu ne crois pas... ?
- Ecoute Bernard, ça suffit comme ça. Tu as tort de te croire intouchable. Je ne peux pas t'aider si tu ne me donnes pas toutes les informations. Je n'ai pas envie que tu plonges, crois-moi. Je suis assez mouillée comme ça. J'ai bien compris que Bernadette avait tout deviné, ce qui n'est guère étonnant si on pense qu'elle couchait avec Meyer. J'ai toujours pensé que cette gosse était vicieuse.
- Anne Marie, c'était la fille de ta sœur !
- Sainte Gisèle. Justement, la réaction de sa fille me parait plutôt logique. N'importe quelle gosse élevée comme ça doit avoir envie de s'envoyer en l'air dès le berceau.
- Mais il a sans doute abusé d'elle !
- Tu parles ! Ecoutez-moi le chœur antique !
- Anne Marie ! glapit-il sans plus pouvoir dissimuler sa terreur, je te jure que...
- Je sais bien que tu as peur, dit-elle. Ecoute, je sais bien que tu as quitté la réunion ce soir-là. Vois-tu, j'étais sortie, je... prenais l'air sur la place, près des arcades. Il n'y a jamais personne. Je t'ai vu. Au volant de ta voiture. Il était dix heures et demie. Tu ne peux pas me raconter de bobards Bernard.
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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