Dimanche 23 avril 2006
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20:35
Episode 1
Episode précédent
Elle s'était roulée en boule sur son lit, une peluche dans les bras. Oui, elle avait quatorze ans et les peluches c'était ridicule, mais à qui parler maintenant que Bernadette n'était plus là ?
Elle aussi, elle savait que Papa et Maman traitaient des affaires pas nettes avec l'oncle Bernard. Ca n'était pas bien sorcier à deviner ! Tout le monde la prenait pour une demeurée, il n'y en avait que pour Bernadette. Mais elle aussi, elle avait compris. En tout cas, elle n'irait pas faire la maligne, comme sa sœur. On voyait bien où ça l'avait menée!
N'en parler à personne. C'est ce que disait Papa de toute façon, n'en parler à personne, pas même à Maman. Maman serait trop malheureuse si on lui parlait de tout ça. Et puis, qu'est ce qu'elle pouvait faire, Maman ? Rien. La protéger ? La défendre ?
Il y avait longtemps qu'elle essayait de se débrouiller toute seule. Maman s'en remettait au Bon Dieu. Mais Thérèse savait, elle, que ses prières au Bon Dieu ne servaient à rien. Peut-être parce qu'elle n'était pas assez bien, pas assez bonne, pas assez pieuse. Elle avait péché, beaucoup péché. Pas digne du Bon Dieu. Maman ne devait pas le savoir. Ce serait un tel choc pour elle. Et puis, elle n'y pouvait rien. Maman ne pouvait rien faire : c'était à peu près la seule certitude de Thérèse. Et si Maman ne pouvait rien, la police non plus. Le flic avait essayé de la faire parler, mais elle n'avait rien dit. Elle l'avait juré à son père qui l'avait vu à travers la vitre. J'ai rien dit, rien dit.
- Tu sais bien qu'il ne faut pas parler de nos affaires personnelles, hein Thérèse ? Cela ne se fait pas, tu comprends. Je te dis ça parce que tu es grande maintenant, presque une adulte. Tu peux comprendre ces choses là. C'est privé, Thérèse. Privé. On est toujours puni de trop parler.
Oui, oui, elle avait compris. Elle voyait bien ce qui était arrivé à Bernadette. Elle était terrifiée, littéralement terrifiée. Elle n'osait plus ouvrir la bouche. La peur la sidérait. Elle fuyait le matin vers le collège. Toute la journée, elle pensait au moment où elle devrait réintégrer la maison. La tête, le ventre lui faisaient mal. Elle vomissait en cachette. Elle ne voulait pas que les professeurs pensent qu'elle était malade et la renvoient chez elle. Fuir, oh fuir!
Mais elle ne pouvait pas. Maman serait trop malheureuse.
Le soleil lui agaçait l'oeil et elle penchait la tête sur le côté pour ne pas avoir à changer de place.
Il essayait de la regarder sans la fixer. Très professionnel, très bien. C'était difficile parce que le rai de lumière lui inondait la peau et que la fatigue accumulée ces derniers jours lui donnait un air de vulnérabilité attendrissant. Pour elle aussi, c'était le café matinal, mais prosaïquement pris dans la cuisine. Elle l'avait appelé très tôt et il s'était donné la peine de venir parce qu'il avait senti sa réticence à aborder un sujet complexe ailleurs que chez elle. Le genre d'état d'âme qui plairait à Borelli. Il partagea son petit déjeuner. Elle lui fit part de ses découvertes avec une circonspection qu'il apprécia. Il n'aimait pas la tournure que prenaient les choses. S'attaquer à Jalons, s'attaquer à Labeyrie ! La Sainte Famille touchée par la douleur! Et elle, qui restait toute seule dans cette grande maison ! Qu'elle ait mis Valentine à l'abri, très bien ! Mais elle ? Elle ne pouvait pas demander à Sandrine de venir quelques jours ? Et son mari, quand revenait-il ? Non, ça, question idiote !Oui, il avait bien perçu sa prudence ; elle ne voulait pas accuser formellement ses confrères. Elle attendait de lui qu'il découvre la vérité. Tout simplement. Vaste tâche. Il savait que la vérité n'est pas toujours la meilleure solution. Il ne suffit pas que les choses soient justes et véritables. Mais elle avait dû apprendre ça, elle aussi. Borelli allait aimer ça, il le sentait .Mornay ? A petits pas, vous m'avez entendu? A petits pas !Aucune consigne n'empêcherait Julien de traquer jusqu'au bout l'assassin d'une petite fille. Borelli l'ignorait mais Béatrice, elle, avait tout compris.
Elle chipotait dans le pot de confiture et tâchait de le regarder sans le fixer.
L'avis des lecteurs.