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Cinq leçons sur le crime et l'hystérie
Editions du Seuil, 
9 octobre 2008

 

 

 

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  Qui-est-l-auteur.jpg De la littérature, du polar, des cours d'éditage, des avis sur tout, des conseils à ne pas suivre...

 
Lundi 8 mai 2006 1 08 /05 /Mai /2006 18:35

Episode 1

Episode précédent

La merveille exotique allait bien. Elle faisait ce qu'elle voulait de sa grand-mère, qui se laissait faire sans trop protester.
- Grand-mère m'a appris des chansons de quand elle était petite. On s'est promené dans le parc et j'ai fait du cheval. C'était trop bien. J'ai téléphoné à Papa, il n'a rien compris, il croit que ce sont les vacances scolaires. Après, Grand-mère m'a fait faire des multiplications et maintenant je sais par cœur la table de neuf. Tu veux que je te la récite ?
La petite voix coulait comme du miel. Elle récita sa table de neuf. C'était bien de l'entendre après les insinuations minables de Dubout. Cette femme avait perdu la tête ! Elle était amoureuse de Meyer ou quoi ? Qu'est ce que c'était que ce devoir de continuité qu'elle s'imposait ?
Ce n'était pas la première fois que Dubout faisait une allusion mesquine à la peau couleur d'abricot de Valentine. Béatrice se souvenait d'un arbre de Noël, à l’hôpital : la surveillante n'avait pas supporté la comparaison entre l'exquise grâce de la merveille, qui jouait les lutins en pain d'épices auprès des secrétaires en extase, et la blondeur blafarde de Cindy, la petite-fille Dubout, déguisée en poupée Barbie. 
- Toi au moins ma chérie, tu es blonde et tu as les yeux bleus, avait dit la mégère, pour consoler la petite dinde.
Mornay avait certifié que la police surveillait l’hôpital. Mieux que la dernière fois, j'espère ! Hassan était passé comme à la parade. Il n'était toujours pas retrouvé d'ailleurs. C'était le plus cocasse dans toute cette histoire. Hassan serait innocenté avant d'être retrouvé.
Béatrice ressassait les événements de la journée. Sur le coup   de cinq heures, Mornay et Bensaïd s'étaient enfermés dans le bureau avec Mme Delmas. Monique et Noémie n'avaient pas quitté leur téléphone. Les infirmiers avaient pris des paris. Le bruit avait même couru qu'elle devrait les suivre au commissariat. Il n'en avait rien été, mais ce qui était certain, c'est que les deux flics avaient une commission rogatoire pour examiner certains dossiers. Madame Delmas avait poussé des cris d'orfraie mais elle avait fini par obtempérer.
- Et, je te le dis Noémie, c'est elle-même qui est venue chercher les dossiers aux archives. Elle est montée sur l'échelle. Ils la regardaient d'en bas pour qu'elle ne touche à rien, tu penses. Elle en a sorti six. Je suis allée les compter dès que j'ai pu. C'était des dossiers de Gérard de Nerval. Oh, oui, je peux te dire les noms…. !
Six dossiers ; Est-ce-que c'était une idée de Mornay, pour éviter que l’hôpital ne saute aux conclusions ou Madame Delmas elle-même avait-elle trouvé plus prudent d'égarer les soupçons des secrétaires ? En tout cas, c'était bien. Il n'y avait pas eu de scène grand guignolesque, Delmas emmenée par les deux flics. En sortant de l'entretien cependant, la présidente de la commission médicale avait perdu de sa superbe ; Monique l'avait dit à Noémie qui avait fait passer le message à Castel qui en avait informé le reste du monde.
Béatrice croyait connaître Delmas : une fois mise au pied du mur, elle collaborerait avec la police. Elle n'avait rien d'une kamikaze et essaierait de sauver ce qui pourrait l'être. Béatrice ne se faisait pas trop de souci pour Delmas.
Et Jalons ? Jalons, le paillard, le vantard, le dragueur? Elle avait toujours détesté ce type. Le genre, lui aussi, à faire des remarques sur le bronzage de Valentine. Et à conclure, si on s'offusquait : "mais je plaisantais, voyons, vous n'avez donc pas d'humour ?". Il semblait vendu à tout le monde Il courait partout sans discernement. Et avec ça une réactivité paranoïaque, le sentiment qu'on lui devait quelque chose, qu'il ne fallait pas lui manquer. Son obséquiosité pouvait s'envoler en une seconde s'il pensait qu'on était contre lui : il jetait le masque . Béatrice ne s'était pas laissée mépriser. Jalons ne supportait pas ça. Il aimait les gens à sa botte. Jusqu'où pouvait-il aller pour que son monde ne s'écroule pas ? Après tout, Bernadette n'était que sa nièce par alliance. Pouvait-il tolérer qu'une gamine se mette en travers de sa route ?
Il y avait bien un assassin qui circulait.
Elle entendit le bruit dans l'escalier. Quelqu'un montait les marches. 
Elle faillit hurler : elle avait fermé cette porte à clé, elle en était sûre. Verrouillé, à double tour. Comment était-ce possible ? La serrure de la porte avait été changée six mois auparavant, après le cambriolage de l'école d'infirmière. Seuls les médecins la possédaient !
 
 
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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