Episode 1
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Dehors, le soleil pointait à nouveau. La fin de journée était claire, et la lumière du soir rôtissait les façades. La pluie avait lavé. Tout était net.
- Monsieur, hé, Monsieur?
Il connaissait cette voix. Il se retourna, chercha des yeux. Elle se tenait sur le trottoir d'en face, semblable à la première fois où il l'avait vue, gauche et un peu lourde.
- Je te rejoins à ta voiture, dit-il à Rachid qui s'éloigna.
Il s'approcha d'elle, et lui sourit:
- Bonjour Thérèse.
- Bonjour.
- Que fais-tu par là? Ce n'est pas ton quartier.
- Oh, ça! Je...Je me suis débrouillée pour savoir où vous étiez...
Elle resta longtemps sans plus rien dire, le regardant avec attention, semblant le jauger. Il n'eut garde de bouger et se contenta de répondre à son regard et de lui sourire à nouveau.
Elle se décida brusquement:
- Monsieur, je voulais vous demander... J'ai lu dans le journal... C'est vrai que … que c'est cette femme?
- Madame Dubout? Tu veux savoir si c'est bien elle qui a...Qui a fait ça à Bernadette?
Oui, fit-elle de la tête.
- Bien sûr Thérèse, c'est elle! dit-il avec étonnement
- Elle l'a dit?
- Oui, elle a avoué. Et puis nous avons des preuves aussi. C'est elle, il n'y a aucun doute.
- Ah! dit simplement l'adolescente
- Tu veux qu'on en parle un peu Thérèse? Tu veux ...?
Il regarda autour de lui. Rachid fumait une cigarette, appuyé contre sa voiture.
- Tu veux aller dans le café, là-bas, on sera mieux?
- Non, non.
Elle secoua vigoureusement la tête.
- Pourquoi elle a fait ça?
- Elle a.. Enfin, elle était amoureuse du docteur Meyer, tu vois et Bernadette lui a dit qu'elle... qu'elle était l'amie du docteur.
- Ah! dit Thérèse avec mépris. Elle racontait n'importe quoi, Bernadette. Elle l'aimait pas la surveillante. Vichnou, elle l'appelait, à cause de ses boucles d'oreilles, les grosses boucles vous savez? Elle aimait bien la faire râler...
- Qu'est ce que tu veux dire? dit Julien stupéfait. Tu ne crois pas que ce soit vrai?
- Bien sûr que non, dit Thérèse très vite. Je sais bien qu'elle avait rien fait avec le docteur, Bernadette. Oh vous savez, j'avais tellement peur que je ne voulais rien dire. Il disait, tu vois ce qui est arrivé à ta sœur et moi je croyais que c'était lui. J'avais peur qu'il me fasse la même chose. J'avais tellement peur que je vomissais tout le temps. Et je ne pouvais rien dire à Maman. Il disait qu'il ne fallait rien dire à Maman, qu'elle serait en colère après moi.
L'enfant était volubile : les mots se précipitaient, se chevauchaient, comme si elle avait peur de ne pas arriver au bout de ses phrases. Les larmes inondaient son visage:
- Au début, c'était seulement moi, et puis quand Bernadette est devenue plus grande, c'était elle aussi. Et moi, il m'a un peu laissée tranquille. C'était bien, mais aussi je croyais qu'il ne m'aimait plus. En tout cas, il allait la voir à l’hôpital, quand le docteur n'était pas là et je savais bien ce qu'il faisait avec elle. C'est pour ça qu'elle se lavait tout le temps, Bernadette! Et puis après, Bernadette est morte et moi je croyais que c'était lui parce qu'elle avait dit qu'elle le dirait au docteur. Alors j'ai eu très peur. Et puis l'autre jour il est revenu. Et moi, je veux pas, je veux pas. Et puis j'ai lu dans le journal que c'était pas lui, mais cette femme. Alors puisque c'est pas lui qui l'a tuée, j'ai décidé de venir vous voir... .Vous comprenez, si ça ne s'arrête pas, je vais mourir, je vais mourir. Au moins, maintenant, Bernadette, elle est tranquille!...
Elle s'arrêta brusquement et leva vers lui un visage désespéré.
- Oh, mon Dieu! balbutia Julien. De qui parles-tu Thérèse?
Elle se mordit les poings:
- De Papa, souffla-t-elle.
FIN
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