Trois personnes ont fait une incursion sur le blog hier, à la recherche d'une "photo du meurtrier de Montfort".
Je comprends sans peine quelle fut leur déception.
En effet, la photographie ayant été inventée , comme chacun le sait , par Nicéphore Niepce au XIXe siècle, il est peu probable qu'un reporter bardé de Nikon se soit retrouvé sur le champ de
bataille devant Toulouse le 25 juin 1218. "Prends le sous cet angle, coco, c'est bon pour Paris-Match!"
C'est probablement la raison pour laquelle on ignore encore aujourd'hui qui a tué Simon de Montfort. Sinon, vous imaginez bien que Téhéfun aurait interviewé les témoins, qui n'auraient pas manqué
de filmer la scène avec leur téléphone portable.
Notez que l'on sait quand même qu'il s'agissait d'une femme, dont l'histoire n'a pas retenu le nom... (Je m'empresse de vous en proposer un dans "l'Ombre de Montfort"...
Cependant le poids des mots ne s'accompagne pas du choc des photos...)
Ceci n'est pas une photo, petits enfants de France.
Anilori a lu l'Ombre de Montfort et propose son interprétation des personnages
Voici sa vision de Clémence de Montréjouls
Clémence est la fille de Béatrice et François. En principe, elle n'a rien à voir avec cette histoire. Elle va au collège, elle surfe sur Internet, et fait croire à sa mère qu'elle a mal à la tête pour sécher les cours. Du grand classique.
Mais son père est un Veilleur. Et Béatrice découvre avec inquiétude que François a déjà commencé à l'initier à son destin hors du commun. C'est à Clémence que François enverra les premières nouvelles depuis sa disparition.
Il faut mettre Clémence en sûreté car elle est une pièce maitresse dans le jeu qui se joue: Veilleurs contre Brûleurs de Temps.
Quelques mots sur Clémence:
Avant même que sa mère ne réponde, elle était là dans la cuisine, arrivée silencieusement, comme une souris. C'était une petite fille menue et ravissante, aux boucles brunes emmêlées, au petit nez retroussé, aux yeux dorés dans un visage de lutin couleur d'abricot. L'air d'enfant sage faisait illusion quelques secondes, le temps que les adultes se détendent et ne soient plus sur leurs gardes, ce qui ne manqua pas d'arriver. Sellières et Vincent sourirent l'un et l'autre, séduits sans la moindre résistance. Après quoi la mioche prit la direction des opérations. La seule qu'elle ne blousait pas d'habitude était sa mère, ce matin-là hors de combat. La péronnelle en profita, prenant la parole avant qu'on ne la lui donne:
- Pourquoi c'est interdit de me parler? Pourquoi vous parlez de Papa?
Anilori a lu "L'ombre de Montfort" et donne sa vision des personnages.
Voici: Béatrice Beaumont de Montréjouls.
Oui, je sais, vous croyez déjà la connaître.
Béatrice est psychiatre. Elle est mariée au french doctor. François revenu juste après le 11 septembre sans un mot d'explication, a disparu quelques jours plus tard.
"C'est une bourge superficielle", pense Vincent lorqu'il la rencontre.
Il venait interviewer le mari après l'explosion d'AZF. A défaut, il se rabat sur elle, et elle l'accueille sans plaisir:
Elle a l'habitude de se débrouiller seule des choses, puisque son french doctor de mari est toujours par monts et par vaux. Mais elle aime que tout soit clair, et que les choses soient dites. Confrontée à la Veille, elle va devoir accepter que certains faits gardent leur mystère. Elle découvre avec stupéfaction qu'elle ne sait pas tout de l'homme avec qui elle vit, mais elle choisit de partir à sa recherche.
Quelques mots sur Béatrice:
(Vincent) réprima un geste d’agacement en voyant entrer la jeune femme brune : non, elle n’était pas quelconque, Béatrice de Montréjouls. Mince et menue en vraie fille du Sud, vêtue , jean compris, d’un savant mélange de couturiers solaires dont il aurait pu réciter les noms, merci, chaussée des baskets idoines, celles qu’il faut porter selon Elle et Biba. Avec un peu de chance, il l’appâterait en lui parlant des mérites comparés de Gucci et Prada, et lui ferait cracher les renseignements dont il avait besoin en moins de temps qu’il n’en faut pour acheter un faux Vuitton au grand bazar d’Istanbul....
Elle le repéra d’entrée. Il avait donc le look journaliste ? Elle s’approcha de la table, le salua d’un signe de tête, et demeura debout sans bouger, le fixant d’un air inquisiteur, s’enveloppant frileusement dans son trench de soie à huit cents euros.Vincent était tout sauf un imbécile : il fit un rapide mea culpa intérieur sur ses préjugés et, comprenant ce qu’elle attendait, s’exécuta. Il se leva, salua, tira une chaise où elle s’assit, muette et pensive.
La petite comédie sans paroles lui permit d’apprécier le regard, las et lumineux malgré les cernes de fatigue. OK, OK, cette femme n’était pas une bourge superficielle. Ou tout au moins, elle n’était pas superficielle. On peut se tromper.Sa deuxième erreur lui revint en pleine face, sous la forme d’un aimable exocet balancé avec une urbanité polaire. Il avait demandé, limite mondain, si le docteur de Montréjouls prenait quelque chose. Elle répondit, glaciale, que Montréjouls n’était pas son nom, mais celui de son mari.
- Quant à moi, je suis le docteur Beaumont. C'est donc ainsi que la voit Vincent, le jour de leur première rencontre dans un bar de la ville: on m'a beaucoup reproché le trench de soie.... Je ne répondrai à aucune question sur le prix de MON trench de soie (huit cent euros! et puis quoi, encore!) Un peu plus...? Elle connaissait François depuis la fac. Ils s’étaient rencontrés alors qu’elle était encore étudiante tandis que lui terminait son internat. Il était objectivement fascinant, beau, élégant, désinvolte, brillant. Il lui avait appris qu’elle aussi était exceptionnelle, raison pour laquelle il s’était attaché à elle, alors que jusque là il n’imaginait pas se lier à quelqu’un un jour. Elle ne pouvait cependant dire qu’elle savait tout de lui, de même que sûrement il ne savait pas tout d’elle. Il était volontiers discret, elle respectait ce souhait de garder un jardin secret. Il ne posait jamais de questions, acceptant les confidences mais ne les provoquant jamais.
Elle était donc mariée à un type qui pouvait disparaître pendant plusieurs jours, dans des circonstances terribles, et n’envoyer aucune information, aucun courrier, aucun coup de fil. Allait-il reparaître, frais et dispos après une retraite dans un endroit préservé? Pensait-il qu’il suffirait de dire : " Maintenant ça va mieux! ". ? Non, franchement, François non plus ne connait pas Béatrice!
Anilori a lu "L'ombre de Montfort" et propose une interprétation des personnages. Voici sa vision de Vincent Nadal.
Vincent est journaliste. Il est né à Toulouse , mais est parti vers le nord comme tout ambitieux qui se respecte. Il revient à Toulouse au moment de l'explosion d'AZF, porté par l'excitation héritée des attentats de New York, pour interviewer François de Montréjouls. Il a découvert en effet, une série de petites annonces dans Libé, qui laissent supposer que François a quelque chose à voir avec l'explosion. François a disparu depuis huit jours.
Ne reste que sa femme, Béatrice. c'est elle que Vincent va contacter déclenchant une course folle à travers l'espace et le temps.
Quelques mots sur Vincent:
Lui-même passait inaperçu, avec son profil sec de bretteur gascon, châtain de poil et de teint, et sa maigreur de mangeur d’olives.
Il savait que le Sud est discret, secret, plein de sous-entendus, et qu’on ne se tape sur le ventre que dans les films pour touristes.
Son grand-père avait fui le franquisme, sa maison sur le dos. Sa femme et son fils l’avaient rejoint des mois plus tard. Le père de Vincent avait peu parlé de cette traversée des Pyrénées à pied, mais elle était incluse dans la saga familiale. Vincent était né en France, mais son père conservait un accent où se confondaient les v et les b. Sa mère était du coin, née dans un des villages alentours, autrefois un des joyaux de ce qu’on avait appelé le Pays de Cocagne, désormais perdu dans les banlieues. Il se sentait malgré tout très fortement ancré dans la ville, dont il connaissait les us et coutumes. Il y avait grandi, avait traîné ses guêtres sur les places à l’italienne, étanché sa soif aux deux cents fontaines, échangé des cailloux avec les Arabes et les Portugais, et bu des pots aux terrasses avec leurs frangines.
Vincent est un investigateur têtu, qui va forcer Béatrice à affronter les choses qu'elle ne voulait pas voir.
Son mari est un inconnu pour elle: François est un Veilleur.
Anilori a lu "L'ombre de Montfort", et je lui ai demandé si elle pouvait imaginer les personnages. Voici donc sa vision de:
François de Montréjouls, french doctor hypermédiatique.
Il a disparu quelques jours avant l'explosion de l'usine AZF, à Toulouse, le 21 sempembre 2001.
Le 11 septembre, il était à New York, et il a sauvé la vie de son ami Guillaume, en l'invitant à déjeuner près de Central Park, à l'heure où d'habitude, les yuppies commencent leur journée sur Wall Street.
Rentré chez lui en coup de vent, il a pris la fuite le 17 septembre, sans donner de nouvelles.
Qui est réellement François? A-t-il un rôle dans les événements? C'est ce que sa femme Béatrice va s'appliquer à découvrir.
Quelques mots sur François:
...Beau gosse d’une quarantaine d’années, brillant, l’intelligence aiguë, plein d’humanité sans pour autant se départir d’une causticité bienvenue dans les médias. Montréjouls, qu’on avait vu au Rwanda, en ex-Yougoslavie, en Afghanistan, ne mâchait jamais ses mots, allait droit au but sans langue de bois et payait de sa personne. La cerise sur le gâteau venait de ses origines : il portait un beau nom français à destination des mémères en Chanel, qui aiment la classe de l’aristocratie européenne, mais il était aussi lié à l’Afrique. Sa mère, princesse Kapsiki du Nord Cameroun, avait été ravie aux siens par Montréjouls le père, diplomate aventurier en poste avant l’indépendance. La belle aux yeux d’ébène s’était étiolée sous le gris du ciel français mais avait transmis à son fils cette aura de mystère ineffable qui excitait les bobos.
Montréjouls, comte authentique par son père, prince Kapsiki par sa mère, était une merveille de politiquement correct dont on chantait les louanges du Guardian à Libération en passant par le Washington Post et dont on ne disait aucun mal dans le Figaro et le Times. Une sorte d’abbé Pierre laïque. De surcroît il était beau comme un joueur de tennis, et nonchalamment habillé en Italie avec un zeste d’accessoires français dans le genre chemise molle sur mesure, toujours blanche et toujours ouverte...
...François de Montréjouls était d'une beauté frappante: les yeux noisette, virant au vert sous certaines lumières, éclairaient un visage mat aux proportions parfaites, les pommettes hautes, le front large. Ses cheveux bruns bouclaient légèrement et il les portait court, ayant renoncé depuis quelques années à une coiffure de tresses qui avait fait son succès auprès des lectrices de journaux people. Il était grand, avait gardé la minceur de ses vingt ans et jouait de ses origines exotiques, entretenant l'opinion dans l'idée que son métissage était une des raisons principales de son charme.
François est comme l'Arlésienne: le verra-t-on apparaitre dans le roman? C'est à sa poursuite que se lancent Béatrice et un journaliste venu l'interviewer après l'explosion. François posséde des clés qui ouvrent des portes mystérieuses. François sait que la Veille est activée.
Extrait de "L'ombre de Monfort, 1218-2001"
New York, 26 septembre 2001
En désespoir de cause, elle lui avait proposé de sortir marcher dans Manhattan. L'air était encore doux. Ils étaient montés vers le nord, vers Harlem.
- Avant, avait-elle dit, je racontais toujours que si Paris est la plus belle ville du monde, New York est la plus excitante. Quoi qu'il en soit, cette ville est la plus vivante que je connaisse, elle grouille, elle vous électrise. Quelque chose comme le système nerveux central du monde. Comme je regrette d'être ici aujourd'hui. Les temps sont si terribles ! Un jour, vous reviendrez, Vincent, et vous verrez : la ville sera plus forte encore.
Ils avaient arpenté la cinquième avenue. Vincent n’avait jamais imaginé que la ville se révélerait piétonne, encombrée de marcheurs, de joggers, de rollers. Les visages étaient durs, les regards se détournaient. Les habituels prédicateurs, debout sur des caissettes au coin des rues annonçaient d’autres événements terrifiants. Leurs auditeurs priaient à haute voix, communiaient avec passion, pleuraient en s’appuyant sur des inconnus. Il y avait des listes, d’interminables listes, avec des photos de disparus. La ville était recouverte de cendres.
Et pourtant, elle demeurait foisonnante, affairée, faite de mille peuples mêlés : des Juifs hassidiques, en redingote noire, chapeautés de noir, voisinaient avec des Asiatiques menues, chargées de paquets. De jeunes Indiens en triporteur jetaient des colis sur les pas de porte. Des Italiens maussades jetaient des regards outragés aux passants sous leurs drapeaux tricolores, car les Chinois les avaient cernés, ne leur laissant qu’une allée bordée de restaurants. Les rues étaient des frontières. On passait sans transition des effluves capiteux du cumin au riche parfum du café noir, des relents de nems trop cuits aux lourdes odeurs de la cuisine d’Europe centrale. Des vendeurs à la sauvette, venus d’Afrique, proposaient leur camelote en escamotant les R, dans un français colonial : fausses montres « Cartier », lunettes « de luxe » à prix imbattable. La vie fusait, jaillissait, s’écoulait comme un fleuve.
Des hordes de taxis jaunes vrombissaient et klaxonnaient, en parcourant les avenues à sens unique. Au volant, des Haïtiens, des Arabes, des Sikhs à turban. La ville était puissante, féroce, impitoyable, meurtrie pour des siècles, et pleine de lumière.
Elle l’avait traîné jusqu’à Central Park, puisque telle était la proposition de Janice : autant repérer les lieux, même si elle les connaissait bien. Ils avaient avancé sous les érables rouges et mordorés, guettant les écureuils. Elle l’avait prié de ne pas regarder en arrière.
C’est seulement arrivés au milieu du parc, sur un gracile pont de bois, qu’elle lui avait demandé de se retourner vers le sud de Manhattan. Il avait obéi, comme un enfant à qui on a promis une surprise. Les gratte-ciel bleutés semblaient posés sur la pelouse, en équilibre miraculeux. Ils formaient une ligne brisée, s’élevant comme la proue d’un formidable navire. Ceux-là étaient encore debout.
Harlem était pacifié par la douleur, comme sidéré. Ils s’y attardèrent sans inquiétude, longèrent les avenues, errèrent sous les arbres des rues hollandaises.
- Vous regardez trop de séries américaines, Vincent ! ironisa Béatrice. Il y a cependant autant de Noirs que prévu, vous avez remarqué ?
- C’est politiquement correct de dire « noir » ? On ne doit pas dire : « de couleur » ?
Elle sourit imperceptiblement.
- Vous êtes quoi, vous ? Hispanique ou Espagnol ?
- Je ne parle pas espagnol, regretta-t-il. Je suis une sorte de Beur, coupé de ses racines. Un vrai Français, quoi !
Ils achevèrent leur visite dans un musée qui ne pouvait être qu’américain : une moitié de cloître languedocien, transplantée pierre à pierre, au nom évocateur de Saint-Guilhem-le-Désert, gardée par des militaires en arme. Sur un des murs, une dame à la licorne, évanescente et pensive, caressait de sa blanche et longue main un animal de légende. Assis sous les arcades, dans la fraîcheur des piliers millénaires, bâtis par des ouvriers qui ne connaissaient pas le Nouveau Monde, ils regardèrent les gratte-ciels au loin, essayant d’imaginer le manque, le vide, le trou béant..
Béatrice vit dans ce polar.
L'avis des lecteurs.