Je ne vous parle ici que du lecteur missionné, et non du lecteur lambda, celui qui comme vous et moi lit le dernier Petit sorcier dans sa véranda en espérant
passer un bon moment. Il s’agit donc du béta-lecteur, à qui, pauvre de vous, vous avez eu l’impru/pudence de demander un avis sur texte.
Le voilà qui contemple votre oeuvre, se frottant les mains de satisfaction. Il a mis ses grosses chaussettes de laine car les soirées deviennent fraîches. Il
ajuste ses bésicles. Il boit sa gorgée de tisane. Ah, ah ! Il va pouvoir critiquer ! (Ça c’est moi, découvrant les textes qui s’amoncellent dans ma boite-mail… Je plaisante…Je n’ai pas
de besicles, seulement d’adorables lunettes de grand couturier)
De même qu’il y a plusieurs races d’auteurs, le critico-lectorat ( ou Béta-lectorat) se divise en plusieurs espèces.
Le lecteur béat :
- J’adore cke tu fais. Trop génial ! Surtout
le passage à Los Angeles !
- Mais mon roman se passe à Toulouse…
Soyons clairs. Celui-là ne vous aide pas…
Le lecteur qui a des lettres :
- J’ai l’habitude de beaucoup lire, cher Maître (On
ne rit pas. « Cher Maître » est arrivé à Solenn Colléter) et votre prose me rappelle celle de Victor Hugo. Ces descriptions foisonnantes, ces dialogues si riches, ces
comparaisons si audacieuses…
- Mon polar ? Hugolien ? Ben je voyais
pas si loin !
Celui-ci est agréable, mais sujet à caution.
Le lecteur un chouïa sadique (il écrit lui-même et est très technique)
- La ponctuation est malencontreusement employée.
Les dialogues sont indigestes. Votre emploi du participe passé est périlleux et les sentiments du héros ne sont pas clairement exprimés.
- Ben…Il faut bien accorder le participe passé
quand le complément d’objet direct est placé avant le verbe ? Non ?... Non ?
Celui-là est terrible ! Il a parfois raison.
Le vrai jaloux (il faut se faire plaisir de temps en temps. La position masochique n’est pas supposée
être permanente)
- Texte imbuvable, stile nul. Les lettre de Voltaire ne son pas crédible. La description de l’hôpital psy me fait
rigolé ! Je ne comprend pas comment on peux écrire aussi mal. On se demande comment certain son publier (alors que j’ai moi-même envoyer à Gallimar qui ne s’est même pas fendu d’une
réponse !)
Le lecteur qui veut plier votre texte à son style propre (à mon avis, c’est le plus grand danger. Quand on écrit soi-même, il faut
savoir prendre de la distance) :
- L’auteur : La jeune fille a les
bras en croix. Elle tournoie lentement dans l’eau noire où se reflète une lune pâle. Son vêtement rouge se gonfle sous l’effet de faibles vagues.
- Le lecteur : Super ! Mais je
l’aurais écrit comme ça : La meuf fait l’avion. Elle fait la toupie sur la flotte glauque et on voit la lune. Son sweat satanique fait ploc ploc… (ça en jette plus,
non ?). Qu’est-ce que vous en pensez ?
Celui-là… Je n’en pense rien. Mais je l’ai rencontré. Là (lisez les
commentaires.)
Le vrai pro (ou le véritable ami)
Bon là, ami auteur, rien à dire. Si votre ego est normalement dimensionné, la critique du vrai pro, sincère et véritable comme disent les comptables, vous
fait un peu de mal et beaucoup de bien. (Si votre ego est légèrement hypertrophique le vrai pro ne deviendra jamais votre ami. S’il était votre ami, c’est mort…)
Il n’est peut-être pas trop tard pour vous inscrire au club AOC [Auteurs Ouverts à la Critique], dont Lucile qui commente ici-bas, est la présidente.
L'avis des lecteurs.