Allez, un peu de réflexion sur ce blog qui part en quenouille, je vous le
dis…
Inspirée par les questions de Dominique, qui m’a interviewée pour Theyrani.com, je lance la polémique :
Qu’est-ce qui rend votre engagement légitime ?
Je m’appuie sans vergogne sur le coup de gueule de Béatrice, à qui on fait remarquer, in L’ombre de Montfort, qu’elle a un peu trop le sens du look :
- Oui, oui, je sais, je joue les hussards de la république en mules
Prada. Et alors? Il n'y a que les crétins qui s'imaginent qu'il faut être bab en sabots suédois avec des locks et fumer des pétards pour être bon
avec les patients!
Ben oui.
Pourquoi les sabots hideux seraient-ils indispensables ? En quoi sont-ils le garant de votre sincérité ? Je revendique haut et fort cette
pose très latine qui veut ce qui est utile doit être beau, et inversement.
Est-il bête! C'est lui qui le fait vivre, non?
Elisabeth George l'a fait, soulevant les protestations indignées des aficionados (mais comme c'est encore tout frais, je ne dirai pas QUI est la victime).
La mort d'un héros récurrent, annoncée à grands coups de trompette avec paris sur comment, où et pourquoi est un événement médiatique sans précédent. Les lecteurs sont
furieux, l'auteur devient l'homme à abattre et l'éditeur est content.
Pourquoi tuer votre héros récurrent?
Parce que vous avez planté la description initiale:
Pas de héros trop exotique ou vous le paierez toute une vie d'auteur. Brainstorming exigé avant de faire de votre enquêteur séduisant un Kosovar fraîchement immigré. Ou alors, soyez au top
sur les Balkans.
Bien que gardant Poirot au chaud, Agatha C. décrit dans plusieurs romans un personnage de romancière foutraque, Ariadne Oliver, qui déteste son personnage récurrent. Ariadne a eu la
mauvaise idée d'en faire un Finlandais alors qu'elle ne connaît rien à la Finlande et se trimballe depuis les remarques acides des lecteurs voyageurs qui lui renvoient son inculture.
(C'était avant la mode du polar nordique, notez le. Agatha C. a-t-elle inventé le flic d'Arnaldur Indridasson?) Trop forte Milady!
Vous avez le droit de lui refiler un côté ténébreux en lui faisant pratiquer une discipline martiale rare (le Viet vo dao pendant des années, à vous de voir...)
Répondre, là, tout de go, que "oui, il faut donner son avis" relève à mon avis d'une délicieuse imprudence, voire, j'irai plus loin, d'une fort
naïve impudence.
L'auteur est un petit être fragile (Solenn Colléter ne me contredira pas) qui doit être ménagé.
Aussi suis-je très précautionneuse lorsque, dans un élan altruiste (et idiot, il faut bien le reconnaitre), je décide de répondre aux demandes d'avis qu'on m'envoie via le blog ou le courrier
électronique. L'exercice est plus que difficile, et j'insiste sur le point suivant: Je ne suis que la lectrice lambda. Je n'ai aucune prétention à être un arbitre de la
littérature. Si je fais la moindre remarque, elle a la même valeur que n'importe quelle autre. Je suis juste quelqu'un qui adore lire et lit beaucoup.
Mais venons en au fait, car j'élude, j'élude...
Il y a, en effet, plusieurs races d'auteurs:
L'auteur mégalomane qui vous demande, non pas un avis, mais une validation de son génie. Toute remarque est prise de manière persécutoire avec, parfois, insultes à l'appui (Non
mais, pour qui elle se prend celle-là?). Ex:
- Comment trouves-tu le livre de Maman, ma chérie?
- Pfff! J'sais pas trop....J'aurais quelques critiques...
- Comment ça, des critiques??? Les enfants ne parlent pas à table, d'abord! Et puis c'est l'heure d'aller au lit! Prends ta tisane, et que ça saute! ( Non mais! Qu'est-ce qu'elle y connait,
cette mioche?)
L'auteur en doute permanent qui vous demande, non pas un avis mais la validation de son incapacité. Là, être encore plus prudent que prudent...
Ex:
- Chère pôtite Môman adorée, je voulais te dire qu'à la page 259, il y a une virgule qui casse un peu la phrase... Non que cela ralentisse le rythme haletant de ton roman, mais...euh... J'ai
été obligée de relire...
- Voilà! Voilà! Je savais bien que ce truc était minable! Tu n'es pas allée au-delà de la page 259, hein? Avoue! ... Alors que tu avais lu Marc Lévy jusqu'au trognon? Je renonce à la littérature!
Je me lance dans la pâtisserie, tiens!
L'auteur méconnu persécuté par les maisons d'éditions, mais dont les proches adorent le style.
Ex:
- Maman, tu as reçu un courrier de Galligraseuil. Ils veulent peut-être te publier. J'ouvre?
- NOOOON! Pas la peine! C'est un refus! Tu penses bien qu'ils n'acceptent jamais de manuscrits par la poste! Ils les lisent pas, d'abord!
- Pourtant Grand-mère, Tante Rose et mon prof de SVT trouvent qu'il est super ton bouquin!
- Ouais! On ne tient jamais compte de l'avis du public! Ah! Si j'étais la fille de Sheila! (Note: le sentiment de persécution de l'auteur s'appuie parfois sur des éléments de réalité
tangibles, ce qui rend le diagnostic de paranoïa assez périlleux)
L'auteur qui n'a pas lu les excellents conseils de Syven ou de Monsieur Chabossot et qui ne se relit pas.
Ex:
- Maman, pourquoi il y a des fôtes d'ortograf et de français dans ton bouquin?
- Ah, ça va! Tu n'en fais jamais, toi peut-être? Et puis, il est temps d'écrire comme on parle! ça suffit la littéraure d'intello!
L'auteur qui raconte sa vie trépidante:
Ex:
- Maman, pourquoi tu racontes le déjeuner chez Tante Rose? Tu crois que ça va intéresser les gens qui ne connaissent ni Tante Rose ni Oncle Albert?
- Décidément, tu n'y comprends rien! C'est l'universalité du propos qui compte!
Vous pensez bien que je me reconnais dans tous ces malheureux, pour lesquels j'éprouve une vraie tendresse. Ils ont présenté leur bébé le coeur battant et ne recueillent que
remarques mitigées.
C'est donc en m'appuyant sur cette connaissance de l'âme humaine, personnelle et universelle, que je viens de décider que "Non, je ne dois pas donner mon avis aux
auteurs qui le demandent". (Sauf si je les trouve très bons, mais là, c'est trop facile!). Mais pour qui je me prends, d'abord?
Zordar et Bool donnent un avis sans que j'ai sorti mon fusil ni
menacé de faire de la cuisine (et je vous assure que la menace est grave!)
Demain, je vous parlerai des Premiers Lecteurs, ceux-qui-donnent-leur-avis.
En attendant, je vous invite
à jeter un œil sur Shutter Island, de Dennis Lehane. Tous les clichés précédemment décrits y ont trouvé leur place…. Eh bien, si malgré ça vous trouvez la clé de
l’énigme, Martine vous offre mon poids en nougat. En effet, les codes y sont superbement détournés, le lecteur va de surprise en surprise, et la
description de la folie est teinte d’une poignante humanité. La langue est précise et fluide et les personnages campés avec une intelligence aiguë. Bref, un pur plaisir de lecture.
A la demande générale de Bool, je me colle aux clichés des thrillers d'été. Il est temps que je me
lance dans la fabrication d'un best-seller mondial nomdidiou.
Or donc:
"Cause this is thriller, thriller night
And no one's gonna save you from the beast about to strike
You know it's thriller, thriller night
You'r fighting for your life inside a killer, thriller tonight...."
Je ne vous ferai pas la chorégraphie qui va avec car je n'arrive pas à la cheville chaussettée de blanc de Michaël.
La scène se passe aux Etats Unis.
Pour la première fois, je viens d’effacer un article que j’avais déjà mis en ligne.
Il me titillait, cet article ! Je n’étais pas satisfaite (si tant est que je le sois d’habitude…) ! J’ai fini par repérer que c’est parce que je cédais à la tentation de me moquer de mon prochain sans rire de moi-même. Très mauvais, ça, docteur !
Je réédite donc :
Tentons un cours d’éditage sur l’accessoire qui va bien à nos héros !
Syven en parle fort bien dans ses chroniques sur Robert : il est de bon ton que les accessoires aillent avec le reste. Ainsi votre héros médiéval sera vêtu d’un haut de chausses, et non d’un jean baggy, et Mélusine la fée arborera plus volontiers un hennin qu’une casquette de base ball.
La mauvaise référence tue le rythme du roman.
Avant d’écrire sur les corsaires, se renseigner impérativement sur les termes idoines (un de ces jours je vous expliquerai idoine) : coursives, tribord, flibuste, dunette, mousse et mat de misaine.
Si l’action se passe dans un couvent, bien distinguer les Franciscains des Dominicains, le prieur de l’abbé, et complies de matines….ou l’inverse…sans oublier la sœur tourière.
Imaginez-vous Aragorn fouillant son jean diesel à la recherche de sa blague à tabac ? Merlin compulsant son carnet à spirales avant de jeter un sort, ou Marie-Madeleine fourrageant dans son réticule (quoi que…) au pied du Golgotha?
L’auteur en puissance veillera donc à ce que ces héros soient convenablement appariés avec leur environnement, sinon on est dans l’anachronisme et ça ne marche que dans Caamelot !
Aragorn portera un pourpoint de cuir bruni, sans poches, et sa blague à tabac sera attachée à la selle de son valeureux coursier, Merlin a tous ses sorts dans sa tête, et Marie Madeleine, cette pécheresse, cache ses sous dans sa brassière de lin.
L’auteur s’arrangera, également, pour limiter les erreurs historiques grossières. Aragorn et Merlin sont intemporels, mais Marie-Madeleine n’est pas contemporaine de Léonard de Vinci, je vous le rappelle.
Quand vous situez votre intrigue dans une époque reculée et prétendez avoir fait des recherches historiques, c’est bien que ces recherches soient impeccables. Roanne m’avait fait remarquer en son temps que Richard Cœur de lion (in l’Ombre de Montfort) n’est pas mort d’un carreau dans le cœur, mais d’un carreau dans l’épaule. Je plaide la licence romanesque : une flèche dans le palpitant ça vous en jette un peu plus que dans la clavicule ! Tant pis pour la vérité historique ! Le grand Dumas disait qu’on peut violer l’histoire, à condition de lui faire un enfant.
J’ai échappé de peu au ridicule, grâce à mon éditeur, qui m’a fait remarquer que mes héros du XVIIIe siècle ne pouvaient se balader rue Lafayette à Toulouse, à une époque ou ledit Lafayette était encore au berceau. Après consultation du grimoire idoine (qui donne les anciens noms des rues de Toulouse), j’ai emmené mes héros prendre le frais rue Villeneuve. Ça le fait mieux.
L'avis des lecteurs.