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Cinq leçons sur le crime et l'hystérie
Editions du Seuil, 
9 octobre 2008

 

 

 

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  Qui-est-l-auteur.jpg De la littérature, du polar, des cours d'éditage, des avis sur tout, des conseils à ne pas suivre...

 

ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton

Mercredi 24 mai 2006 3 24 /05 /Mai /2006 20:43

Episode 1

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Dehors, le soleil pointait à nouveau. La fin de journée était claire, et la lumière du soir rôtissait les façades. La pluie avait lavé. Tout était net.
- Monsieur, hé, Monsieur?
Il connaissait cette voix. Il se retourna, chercha des yeux. Elle se tenait sur le trottoir d'en face, semblable à la première fois où il l'avait vue, gauche et un peu lourde.
- Je te rejoins à ta voiture, dit-il à Rachid qui s'éloigna.
Il s'approcha d'elle, et lui sourit:
- Bonjour Thérèse.
- Bonjour.
- Que fais-tu par là? Ce n'est pas ton quartier.
- Oh, ça! Je...Je me suis débrouillée pour savoir où vous étiez...
Elle resta longtemps sans plus rien dire, le regardant avec attention, semblant le jauger. Il n'eut garde de bouger et se contenta de répondre à son regard et de lui sourire à nouveau.
Elle se décida brusquement:
- Monsieur, je voulais vous demander... J'ai lu dans le journal... C'est vrai que … que c'est cette femme?
- Madame Dubout? Tu veux savoir si c'est bien elle qui a...Qui a fait ça à Bernadette?
Oui, fit-elle de la tête.
- Bien sûr Thérèse, c'est elle! dit-il avec étonnement
- Elle l'a dit?
- Oui, elle a avoué. Et puis nous avons des preuves aussi. C'est elle, il n'y a aucun doute.
- Ah! dit simplement l'adolescente
- Tu veux qu'on en parle un peu Thérèse? Tu veux ...?
Il regarda autour de lui. Rachid fumait une cigarette, appuyé contre sa voiture.
- Tu veux aller dans le café, là-bas, on sera mieux?
- Non, non.
Elle secoua vigoureusement la tête.
- Pourquoi elle a fait ça?
- Elle a.. Enfin, elle était amoureuse du docteur Meyer, tu vois et Bernadette lui a dit qu'elle... qu'elle était l'amie du docteur.
- Ah! dit Thérèse avec mépris. Elle racontait n'importe quoi, Bernadette. Elle l'aimait pas la surveillante. Vichnou, elle l'appelait, à cause de ses boucles d'oreilles, les grosses boucles vous savez? Elle aimait bien la faire râler...
- Qu'est ce que tu veux dire? dit Julien stupéfait. Tu ne crois pas que ce soit vrai?
- Bien sûr que non, dit Thérèse très vite. Je sais bien qu'elle avait rien fait avec le docteur, Bernadette. Oh vous savez, j'avais tellement peur que je ne voulais rien dire. Il disait, tu vois ce qui est arrivé à ta sœur et moi je croyais que c'était lui. J'avais peur qu'il me fasse la même chose. J'avais tellement peur que je vomissais tout le temps. Et je ne pouvais rien dire à Maman. Il disait qu'il ne fallait rien dire à Maman, qu'elle serait en colère après moi.
L'enfant était volubile : les mots se précipitaient, se chevauchaient, comme si elle avait peur de ne pas arriver au bout de ses phrases. Les larmes inondaient son visage:
- Au début, c'était seulement moi, et puis quand Bernadette est devenue plus grande, c'était elle aussi. Et moi, il m'a un peu laissée tranquille. C'était bien, mais aussi je croyais qu'il ne m'aimait plus. En tout cas, il allait la voir à l’hôpital, quand le docteur n'était pas là et je savais bien ce qu'il faisait avec elle. C'est pour ça qu'elle se lavait tout le temps, Bernadette! Et puis après, Bernadette est morte et moi je croyais que c'était lui parce qu'elle avait dit qu'elle le dirait au docteur. Alors j'ai eu très peur. Et puis l'autre jour il est revenu. Et moi, je veux pas, je veux pas. Et puis j'ai lu dans le journal que c'était pas lui, mais cette femme. Alors puisque c'est pas lui qui l'a tuée, j'ai décidé de venir vous voir... .Vous comprenez, si ça ne s'arrête pas, je vais mourir, je vais mourir. Au moins, maintenant, Bernadette, elle est tranquille!...
Elle s'arrêta brusquement et leva vers lui un visage désespéré.
- Oh, mon Dieu! balbutia Julien. De qui parles-tu Thérèse?
Elle se mordit les poings:
- De Papa, souffla-t-elle.
 
 FIN
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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Dimanche 21 mai 2006 7 21 /05 /Mai /2006 20:38

Episode 1

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- Il m'a quand même tirée de là dit-elle. Et surtout Bertoumieu.
- Le géant blond? Je l'ai embrassé ce type. Très bien.
Elle rit. Elle était à nouveau chez elle, dans le fauteuil art déco, sous le Vander Meulen. Demain, elle ferait revenir Valentine.
- Et Jalons?
- Oh, il a fini par cracher son véritable alibi pour les deux fois: il avait rejoint sa maitresse. Le croiriez vous? Il était effondré à l'idée que sa femme l'apprenne!
- Et pour l'histoire Saint Germain?
Julien haussa les épaules:
- Le vieux Monsieur sera mis sous tutelle. Mais je crois que ça va en rester là!
- On admonestera les coupables? On leur dira que c'est très mal?
- Le docteur Delmas a senti le vent passer.
- Et les Labeyrie?
- Dans l'état actuel des choses, on va les laisser tranquille.
Il ne pouvait détacher ses yeux des marques qu'elle avait sur le cou. Elle porta la main à sa gorge, comme pour se protéger, et le geste le bouleversa:
- Avez vous encore très mal, Béatrice?
- Ce sera votre éternel regret, ne pas être arrivé à temps?
- Eternel !dit Julien. Et là, maintenant, c'est encore trop tard?
 
EPILOGUE
 
Julien se repassait le Tavernier. C'était le film pour les moments de cafard. La pluie mouillait les vitres et il se sentait en harmonie parfaite avec le temps: giboulées glaciales qui transpercent les vêtements et impression de fin du monde. Ca ne servait à rien de rester près du téléphone.Ca ne servait à rien mais il s'entêtait quand même. Après tout pourquoi pas? Elle appellerait peut-être. Il regardait l'écran sans plus le voir .
Il était bien avancé, maintenant. Maintenant qu'il savait qu'elle dormait la tête un peu penchée sur le bras droit. Qu'elle perdait dix ans dans son sommeil et semblait devenir la grande sœur de sa fille. Qu'une cicatrice émouvante courait sous son sein gauche parce qu’à peine sortie de l'adolescence, il avait fallu l'opérer à cœur ouvert. Que sa lutte incessante contre les éléments était aussi une lutte pour la vie.
Bien avancé.
On sonna à la porte. Il eut la tentation de s'enfoncer un peu plus dans le canapé et de faire le mort.
Mais on ne sait jamais. Et si elle...
Il se traîna jusqu'à l'interphone.
- C'est moi, dit Rachid
- Casse-toi, répondit Julien
-         Déconne pas, Julien, ouvre. Allez!
Julien obtempéra dans l'indifférence. Rachid fut là quelques secondes plus tard, un peu embarrassé mais bienveillant.
Julien lui désigna un siège sans un mot et s'assit sans plus s'occuper de lui.
Le silence s'éternisant, c'était dur pour Rachid qui ne pouvait se taire plus de quelques minutes. Il compta les verres sur la table basse, jeta un œil au film, nota que Julien avait posé une affiche au-dessus de la télé: un truc abstrait, avec des rouges, des bleu-roi, des amas de couleur. Il alla jusqu’à déchiffrer le nom du peintre: Van-der-Meulen. Un Belge, probable! Il n'y tint plus:
- Julien, qu'est ce que t'as?
Julien haussa les épaules. Aussi bien, il pouvait le lui dire, comme ça il aurait la paix:
- Il est revenu dit-il sombrement
- Son mari?
- Oui. Il a réglé le sort du monde. Retour au bercail.
- Et... Qu'est ce qu'elle a dit?
- A ton avis?
Rachid eut la délicatesse d'éviter les "tu t'en doutais bien", les "qu'est ce qu'elle peut faire d'autre?", qu'il s'était déjà servi lui-même, merci. François Beaumont était rentré, et Béatrice sincère et désemparée, ne savait absolument pas ce qu'elle devait faire. Attends, je ne sais pas, attends, attends.
- Mais tu vas rester là, sans rien faire?
- Si c'est tout ce que tu as à dire, tu peux aussi bien partir
- Non, attends. J'étais venu pour...
Rachid prit son élan:
- Bon écoute, c'est l'anniversaire de Yasmina et avec Noémie on a pensé que...
- Qui est Noémie?
- Ben, la secrétaire, tu sais...
- Ah oui, la vierge en grand deuil.
- Oh, ça va! Elle est très gentille, comme fille. Et puis c'est pas la question. (la question était qu'elle au moins, n'était pas mariée, mais ce n'était pas le moment d'aborder le sujet). Tu devrais venir avec nous. Yasmina fait une fête. Il y aura de la musique et puis de la bouffe arabe. Ca te ferait du bien, un bon bain dans le peuple. Nous, on sait s'amuser.
Julien leva les yeux au ciel.
- Ce n'est pas assez clean pour toi? dit Rachid blessé
- Ta mère a fait des gâteaux? le coupa Julien
- Des...?
- Des gâteaux au miel. Avec des figues et des dattes.
- Ben oui, murmura Rachid qui rougit comme un gamin
- Le paradis est pavé de gâteaux arabes, jeta Julien. D'accord, je viens. Je vais me saouler avec votre vin qui décape.
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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Vendredi 19 mai 2006 5 19 /05 /Mai /2006 20:33

Episode 1

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Elle ne sut jamais comment Rachid avait ouvert la porte. En glapissant des sommations et en se traitant intérieurement de connard.
Maîtriser Dubout n'avait pas été une mince affaire. L'injection de valium préconisée le matin même aurait été utile. Ils furent six à se jeter sur elle .
Bertoumieu se précipita à l'intérieur, se rua vers Béatrice qui avait glissé par terre. Méthodique et professionnel, il commença la réanimation tout en jetant à Rachid:
- Le SAMU, nom de Dieu!
C'est lui qui avait prévenu Rachid de la curieuse présence de Josiane Dubout à la garde médicale. Il l'avait aperçue, se dirigeant vers la porte alors qu'il allait vérifier la fermeture des portières de sa voiture, et accessoirement voir si le mari de sa petite amie était ou non de service. Sur le moment, il n'avait pas fait attention. Il en avait juste fait la remarque à Castel en revenant au pavillon. Ils avaient commencé une partie d'échec en attendant la ronde de onze heures.
- Dis-moi, avait dit Castel au bout d'un moment. Elle avait la clé? C'est bizarre, non? C'est la clé des médecins. Et puis, c'est pas elle qui est de garde, puisqu'elle était de garde la semaine dernière. C'est Chapuis qui est le surveillant de garde. Il le disait encore tout à l'heure.
Ils s'étaient mis en quête des flics. Chez le concierge, ils avaient trouvé Rachid. Oui, il savait que la surveillante était là- bas. Lui aussi l'avait vue passer en faisant un tour discret dans le parc. Mais c'était normal, non ? C'est pas normal que la surveillante se rende à la chambre de garde? Qu'est ce que c'est cette histoire de clé?
Une fois le message enregistré, Rachid avait senti son sang se glacer dans ses veines: il s'était vu démoli par Borelli et pis que tout, éventré par Julien qui avait eu une manière particulière de lui recommander la protection du docteur Mercier Beaumont. Il était penché sur Bertoumieu. La transpiration trempait sa chemise:
- Elle va s'en tirer? Elle va s'en tirer?
Le géant gardait son sang froid, alternait massage cardiaque et respiration artificielle. C'était un excellent infirmier.
 
Béatrice poussa un soupir et remua faiblement.
Elle entendait dans une brume la voix tendue de Julien:
- Répondez! Béatrice! Béatrice! Nom de Dieu! Répondez-moi!
C'était étonnant que Julien soit là. Comment était-il arrivé? Où était Dubout?
Elle battit des paupières. Tout tourna autour d'elle.
- Ca va, ça va dit encore Julien
Un masque à oxygène. Des mains compétentes. On la soulevait pour la poser sur un brancard!
- Ca va aller, dit-il encore
Et puis:
- Rachid! Connard! Je vais te tuer!
 
 
- On a récupéré Hassan, dit Julien
- Hier soir?
- Oui, pendant que vous preniez votre garde. Il nous a dit qu'il avait vu Madame Dubout, le soir du meurtre.
- Oui, oui, en fait, il me l'avait dit, mais je n'ai pas fait très attention. Il savait qu'elle avait les cheveux rouges.
- Il l'a vue entrer dans le pavillon des enfants. Et ressortir en courant. Mais bien sûr il ne savait pas ce que cela voulait dire. Il s'en foutait de toute façon.
- Il ne s'intéresse pas à ce que font les autres.
- J'ai eu très peur dit-il. J'ai pensé que j'étais arrivé trop tard. J'ai eu tellement peur!
- Avez vous tué votre collègue?
- Oh, ça!...Il se couvre la tête de cendres!
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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Mardi 16 mai 2006 2 16 /05 /Mai /2006 07:54

Episode 1

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- Oui, Bernadette! Elle me narguait cette petite garce! Quand je suis entrée dans le pavillon, l'autre soir, après avoir envoyé le fax, je l'ai trouvée aux toilettes! Elle était en train de se laver! Se laver, vous devinez quoi, la petite putain! J'étais outrée! Une fille de son âge! Elle a eu le culot de me rire au nez! De me dire qu'elle savait des choses sur Jean! Et comme je la renvoyais au lit, elle m'a dit qu'il lui avait fait des propositions! Elle m'a dit que...Elle m'a dit...!
Elle s'étouffait encore de rage ! La petite salope! Elle riait aux éclats dans le silence de la nuit. Ce rire odieux! Espèce de vieille peau, si vous croyez qu'il ne regarde pas les jeunes! Les filles comme moi! Regardez-vous, mais regardez-vous, pauvre vieille! Si vous croyez que je ne sais pas que vous couchez avec lui! Ca ferait rigoler l’hôpital entier s'ils étaient au courant! Et je le répéterai si vous venez m'emmerder! Et moi, moi, je lui fais faire ce que je veux!
La faire taire! La faire taire! Elle était si frêle, si maigre! Ca s'était fait tout seul, avant qu'elle ait eu le temps d'y penser!
Elle s'était écroulée au pied du lavabo.
Quand elle l'avait vue sans connaissance, elle l'avait traînée jusqu'aux toilettes et l'avait grotesquement déposée sur le siège. Aujourd'hui encore, elle aurait eu du mal à expliquer pourquoi elle avait éprouvé le besoin de parachever son acte par cette bouffonnerie cruelle.
Tout ça, ce n'était pas la faute de Jean! Elles le poursuivaient toutes ces pimbêches! Elle avait bien vu le manège des élèves infirmières! Et la petite Rivière! Elle croyait que c'était arrivé, ma parole! Heureusement qu'elle était là pour veiller sur lui. Parfois, elle venait le rejoindre lorsqu'il était de garde, c'est pour ça qu'elle avait la clé. La clé des médecins! Personne n'avait rien soupçonné, n'est ce pas? Elle était très forte!
Et la petite Beaumont! Elle avait le sang chaud! C'était normal, elle était bien la fille de son père!
Josiane Dubout avait téléphoné chez Béatrice, à la demande du directeur, pour savoir si elle prendrait bien sa garde du lendemain: le tableau affiché chez le concierge n'était pas assez précis. Elle était tombée sur Sandrine qui ne lui avait même pas laissé le temps de parler: elle l'avait prise pour une journaliste et lui avait tout balancé.
Ah, l'horreur, l'horreur! Le désespoir l'avait submergée. Il lui avait juré que la petite Labeyrie n'était rien pour lui, mais comment le croire? Et la petite Rivière avec sa crinière rousse, qui se portait garante pour lui! Qui lui fournissait un alibi! Elle en avait pleuré! Pendant qu'elle était de garde, alors qu'elle le croyait à son match de boxe, il avait rendez-vous avec cette punaise qui se voyait déjà Madame Meyer! Il disait que les gamines ne l'intéressaient pas! Qu'il préférait les femmes mûres. Les vraies femmes! Et cette sale gosse. Une autre vicieuse précoce! Il n'avait pas pu se retenir! Elle avait couru jusque chez lui et l'avait attendu, folle de colère! Elle savait qu'il avait des armes: à plusieurs reprises, elle avait tenté de lui faire la leçon, lui avait dit que c'était dangereux. Au lieu de tenir compte de ce qu'elle disait, il lui avait expliqué comment on les charge!
Elle avait pris un revolver. Lui n'appelait pas ça comme ça; il y avait un nom plus technique. Il se moquait d'elle quand elle en parlait! Il allait voir! Il avait nié, encore une fois! Dit qu'il en avait marre de leur hystérie, de ces cris, de ces accusations de débile! Dit qu'il connaissait cette gosse depuis toujours et que la femme de ménage était une folle qui s'était excitée sur un geste de rien du tout! Dit que si ça continuait, il allait se casser! Comme s'il n'avait rien de plus intéressant à faire que de sauter sur une gamine de huit ans alors qu'il pouvait avoir n'importe qui s'il voulait! Elle le savait bien d'ailleurs! La petite Rivière, tiens! Parfaitement. Nathalie! Elle le savait, hein? Sinon, pourquoi aurait-elle fait faire cette teinture rousse ridicule!
Elle avait tiré.
Il s'était écroulé devant elle stupéfaite. S'était étalé sur le bureau.
Les minutes qui avaient suivi étaient les plus éprouvantes de sa vie. Oh, Jean, Jean! Au secours! Au secours, à l'aide, il est mort! C'est impossible! Je n'ai pas voulu ça!
Elle avait même composé le numéro du SAMU, avant de raccrocher: elle était infirmière. Elle savait ce que c'est qu'un homme mort. Elle lui avait mis l'arme dans la main, terrifiée, incapable de penser. Elle savait bien qu'il était gaucher mais pour l'heure, plus rien n'avait d'importance pour elle! Elle avait quand même essuyé les meubles et les poignées de porte, comme ils faisaient dans les films, pour effacer ses empreintes. De toute façon, elle était venue plusieurs fois avec Lucien. Meyer les avait invités.
Ah, l'horreur des jours suivants, où il avait fallu faire face. Que Lucien ne soupçonne rien! Et surtout, surtout vivre avec sa douleur! L'horrible blessure de la mort de Jean! Jean, le seul homme qu'elle ait aimé.
Béatrice s'était recroquevillée. Josiane Dubout monologuait, indifférente, le visage couvert de larmes:
- Et vous, vous qui venez encore me narguer! Tout à l'heure, encore! Vous allez me payer tout ça, vous entendez! Ma vie est foutue! C'est votre faute! hurla-t-elle. Vous avez tout, je n'ai rien! J'ai lutté pendant des années alors que vous aviez tout dès le départ! Vous n'avez pas le droit de me mépriser! Je vaux autant que vous! Il pouvait m'aimer autant que vous!
Béatrice avait l'impression que son cerveau s'engourdissait. Bon sang, la police était dans le parc, Mornay l'avait dit. Etait-il possible qu'ils ne l'aient pas vu entrer? Ou avaient-ils pensé qu'il était normal qu'elle se rende à la chambre de garde? Oh, Dieu, c'était ça! Ils cherchaient Jalons! Peut-être même l'avaient-ils arrêté? Et la présence de la surveillante sur les lieux de la garde médicale n'était pas quelque chose qui pût les intriguer. Elle eut un sursaut de révolte et, sans même s'arrêter à réfléchir, bondit de son siège pour détourner l'arme et tenter de s'enfuir.
Le revolver vola à travers la pièce. Béatrice courut jusqu'à la porte, les jambes flageolantes. Mais Dubout qui s'était retournée vers elle, la plaqua contre la table. Elle était plus grande, plus lourde et animée d'une de ces rages inextinguibles qui décuplent les forces. Les doigts de la surveillante lui emprisonnèrent le cou.
Elle appuyait de tout son poids, bien sur les carotides, s'encourageant par un soliloque barbare:
- Voilà, ça y est, tu vas crever! Tu vas crever!
Béatrice vit des mouches brillantes flotter devant ses yeux. Il lui semblait que son cœur battait à l'intérieur de son cerveau. Des coups sourds. Des cris. Des cris.
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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Mercredi 10 mai 2006 3 10 /05 /Mai /2006 14:57

Episode 1

Episode précédent

On s'arrêta devant la porte. Et là, il y eut un long moment d'attente, comme si on hésitait. Béatrice, les yeux fixés sur la serrure, tendit la main vers le téléphone. D'une main tremblante, elle composa le numéro du concierge. Normalement, il y avait des flics aux alentours. Elle s'exhorta au calme. Le concierge appellerait les flics qui seraient là en quelques secondes. Bon sang, il répondait, oui ou non ?
Cela sonnait. Cet imbécile était devant la télé. Parfois il mettait plusieurs minutes à répondre. Elle frissonna. Elle n'osait raccrocher, avec l'idée qu'il pouvait répondre à tout moment. En même temps elle essayait de se rappeler le numéro du pavillon le plus proche. Mais sa mémoire affolée ne lui restituait que les numéros des bureaux, vides passé six heures du soir. Elle allait raccrocher, et tenter le numéro de la police. Pourvu qu'elle ne tombe pas sur le répondeur!
De l'autre côté de la porte, on s'agita.
Non, restée accrochée au concierge. Il allait répondre, forcément. La mise en route de la musique d'attente lui arracha un gémissement. Elle raccrocha brutalement, puis refit le numéro, qui sonna occupé.
Police secours! L'inévitable "vous avez demandé la police, veuillez patienter".
On toqua à la porte. Une fois, deux fois. Avec insistance.
- Madame Mercier Beaumont, dit la voix suppliante de Josiane Dubout. Ouvrez-moi, s'il vous plaît. Je suis si désolée pour tout à l'heure. Je ne sais pas ce qui m'a pris. J'ai pensé que je ne pourrai pas dormir. Alors comme je suis de garde, j'ai pensé qu'il fallait que je vienne m'excuser!
Béatrice en cria presque de soulagement. Cette triple buse avait failli lui faire ameuter la moitié de l’hôpital. Il n'aurait plus manqué que ça, après l'algarade du matin, le docteur Mercier Beaumont faisant arrêter la surveillante. Elle sauta sur ses pieds et courut à la porte. Elle allait expédier ça en quelques minutes. Les larmes de Dubout à dix heures du soir, c'était un peu trop pour clôturer la journée.
Elle ouvrit. Derrière la porte, se tenait Dubout, vêtue de noir comme tout à l'heure, dressée comme un reproche vivant.
Elle pointait résolument sur Béatrice une petite arme qui n'avait pas l'air d'un jouet.
 
Elle la fit reculer jusqu'au milieu de la pièce. Ferma la porte. A clé.
C'était autre chose que tout à l'heure, hein? On avait perdu de sa superbe, hein? Plus question de faire comme si j'étais une malade qui s'agite! Alors? Plus rien à dire? Pas de petite réflexion percutante, comme elle en a l'habitude?
Béatrice, médusée plus que réellement inquiète, essayait de rassembler ses idées.
- Oui, c'est difficile de penser, n'est-ce pas? ironisa Josiane Dubout
Béatrice restait silencieuse.
La surveillante raccrocha le téléphone, et lui fit signe de s'asseoir sur un des vieux fauteuils de rotin.
- Vous avez réellement cru que je venais m'aplatir devant vous! dit-elle avec mépris. Vous êtes sûre de vous, hein? Toujours sûre d'elle, le docteur Mercier Beaumont!
Il y avait une telle haine dans les derniers mots que Béatrice ébaucha un geste de protection.
- Ne bougez pas! Taisez-vous! Ca fait des années que j'attends ce moment! Des années que vous foutez en l'air tout ce qu'il y a de bien avec vos airs supérieurs! Tout ce qui est arrivé, c'est votre faute, vous entendez, votre faute!
Dubout la prit à l'épaule pour la maintenir assise, avec une violence physique surprenante. Béatrice retint un cri de douleur.
- Je ne comprends pas, dit-elle. Madame Dubout! Qu'est ce qui se passe? Qu'est ce qui est arrivé?
- Elle le demande!
Elle commença à tourner dans la pièce, revenant vers Béatrice au moindre mouvement de celle-ci, l'arme tendue à bout de bras:
- Il n'y en avait que pour vous! Oh! Je sais bien que vous l'avez repoussé! Pour qui vous preniez-vous? Il n'était pas assez bien pour vous peut-être!
- Vous voulez parler... de Jean ?
- Taisez-vous! Je vous interdis de prononcer son nom! Il n'y a que moi qui l'ai compris dans cet hôpital! Qu'est ce que vous croyez? Il me racontait tout! Moi, j'étais sa confidente! Il savait bien qu'il n'y avait que moi pour l'écouter, le comprendre, l'admirer!
- Mais vous vous trompez! Je n'avais rien à voir avec lui!
Dubout cracha de mépris:
- Je sais! Après vous, c'est vers moi qu'il s'est tourné! Oui, je vois que vous ricanez, parce que j'étais plus âgée que lui, mais ça lui était bien égal! Ca vous fait rire, hein? Ca vous fait rire que nous ayons couché ensemble? Avouez le que vous trouvez ça ridicule!
L'arme était sous son nez, à quelques millimètres. Elle la touchait.
- Mais je ne sais pas! dit Béatrice au bord des larmes. Ca ne regarde que vous! C'est votre histoire après tout.
- Très bien approuva Dubout avec satisfaction. Très bien. On commence à comprendre. Et l'autre petite salope, c'est la même chose! Elle a compris elle aussi!
Béatrice eut un sursaut d'angoisse:
- Bernadette?
 

Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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Lundi 8 mai 2006 1 08 /05 /Mai /2006 18:35

Episode 1

Episode précédent

La merveille exotique allait bien. Elle faisait ce qu'elle voulait de sa grand-mère, qui se laissait faire sans trop protester.
- Grand-mère m'a appris des chansons de quand elle était petite. On s'est promené dans le parc et j'ai fait du cheval. C'était trop bien. J'ai téléphoné à Papa, il n'a rien compris, il croit que ce sont les vacances scolaires. Après, Grand-mère m'a fait faire des multiplications et maintenant je sais par cœur la table de neuf. Tu veux que je te la récite ?
La petite voix coulait comme du miel. Elle récita sa table de neuf. C'était bien de l'entendre après les insinuations minables de Dubout. Cette femme avait perdu la tête ! Elle était amoureuse de Meyer ou quoi ? Qu'est ce que c'était que ce devoir de continuité qu'elle s'imposait ?
Ce n'était pas la première fois que Dubout faisait une allusion mesquine à la peau couleur d'abricot de Valentine. Béatrice se souvenait d'un arbre de Noël, à l’hôpital : la surveillante n'avait pas supporté la comparaison entre l'exquise grâce de la merveille, qui jouait les lutins en pain d'épices auprès des secrétaires en extase, et la blondeur blafarde de Cindy, la petite-fille Dubout, déguisée en poupée Barbie. 
- Toi au moins ma chérie, tu es blonde et tu as les yeux bleus, avait dit la mégère, pour consoler la petite dinde.
Mornay avait certifié que la police surveillait l’hôpital. Mieux que la dernière fois, j'espère ! Hassan était passé comme à la parade. Il n'était toujours pas retrouvé d'ailleurs. C'était le plus cocasse dans toute cette histoire. Hassan serait innocenté avant d'être retrouvé.
Béatrice ressassait les événements de la journée. Sur le coup   de cinq heures, Mornay et Bensaïd s'étaient enfermés dans le bureau avec Mme Delmas. Monique et Noémie n'avaient pas quitté leur téléphone. Les infirmiers avaient pris des paris. Le bruit avait même couru qu'elle devrait les suivre au commissariat. Il n'en avait rien été, mais ce qui était certain, c'est que les deux flics avaient une commission rogatoire pour examiner certains dossiers. Madame Delmas avait poussé des cris d'orfraie mais elle avait fini par obtempérer.
- Et, je te le dis Noémie, c'est elle-même qui est venue chercher les dossiers aux archives. Elle est montée sur l'échelle. Ils la regardaient d'en bas pour qu'elle ne touche à rien, tu penses. Elle en a sorti six. Je suis allée les compter dès que j'ai pu. C'était des dossiers de Gérard de Nerval. Oh, oui, je peux te dire les noms…. !
Six dossiers ; Est-ce-que c'était une idée de Mornay, pour éviter que l’hôpital ne saute aux conclusions ou Madame Delmas elle-même avait-elle trouvé plus prudent d'égarer les soupçons des secrétaires ? En tout cas, c'était bien. Il n'y avait pas eu de scène grand guignolesque, Delmas emmenée par les deux flics. En sortant de l'entretien cependant, la présidente de la commission médicale avait perdu de sa superbe ; Monique l'avait dit à Noémie qui avait fait passer le message à Castel qui en avait informé le reste du monde.
Béatrice croyait connaître Delmas : une fois mise au pied du mur, elle collaborerait avec la police. Elle n'avait rien d'une kamikaze et essaierait de sauver ce qui pourrait l'être. Béatrice ne se faisait pas trop de souci pour Delmas.
Et Jalons ? Jalons, le paillard, le vantard, le dragueur? Elle avait toujours détesté ce type. Le genre, lui aussi, à faire des remarques sur le bronzage de Valentine. Et à conclure, si on s'offusquait : "mais je plaisantais, voyons, vous n'avez donc pas d'humour ?". Il semblait vendu à tout le monde Il courait partout sans discernement. Et avec ça une réactivité paranoïaque, le sentiment qu'on lui devait quelque chose, qu'il ne fallait pas lui manquer. Son obséquiosité pouvait s'envoler en une seconde s'il pensait qu'on était contre lui : il jetait le masque . Béatrice ne s'était pas laissée mépriser. Jalons ne supportait pas ça. Il aimait les gens à sa botte. Jusqu'où pouvait-il aller pour que son monde ne s'écroule pas ? Après tout, Bernadette n'était que sa nièce par alliance. Pouvait-il tolérer qu'une gamine se mette en travers de sa route ?
Il y avait bien un assassin qui circulait.
Elle entendit le bruit dans l'escalier. Quelqu'un montait les marches. 
Elle faillit hurler : elle avait fermé cette porte à clé, elle en était sûre. Verrouillé, à double tour. Comment était-ce possible ? La serrure de la porte avait été changée six mois auparavant, après le cambriolage de l'école d'infirmière. Seuls les médecins la possédaient !
 
 
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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Lundi 1 mai 2006 1 01 /05 /Mai /2006 20:55

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- Madame Dubout ? Tout va bien?
Ben voyons! Elle faisait semblant de s'enquérir de son état mental! Cette femme était fondamentalement mauvaise, elle l'avait toujours su !
- Allez-vous-en ! scanda-t-elle. Aujourd'hui, au moins, nous essaierons d'être respectueux, en souvenir du chef de service, que tout le monde n'a pas soutenu...
- Madame Dubout! Mais qu'est ce que c'est que cette histoire ?
La sollicitude maintenant ! Et pourquoi pas la main sur l'épaule tant qu'elle y était !
- Vous pouvez prendre vos airs, ça ne change rien. Vous n'étiez même pas à son enterrement !
- Ah ça, c'est trop fort ! explosa la jeune femme. Je n'ai pas à me justifier de mes faits et gestes ! Laissez moi passer, ajouta-t-elle comme Dubout se mettait entre elle et la porte.
L'éclat de voix avait attiré la secrétaire et deux infirmiers qui étaient près d'elle. Castel, l'acolyte de Bertoumieu, était l'un d'entre eux. Il n'y avait heureusement personne dans la salle d'attente. La perpective d'une altercation entre BMB et Dubout était trop alléchante pour qu'ils repartent discrètement à leurs travaux. Castel présent, on pouvait être sûr que tout l’hôpital en entendrait parler.
- C'est à cause de vous si on en est arrivé là ! siffla la surveillante hors d'elle. A cause de vous et de votre gosse ! On sait bien qu'elles sont trop précoces !
Béatrice était devenue si pâle, qu'ils crurent un instant qu'elle allait s'évanouir. Elle sembla balancer un instant, se demandant visiblement si elle employait la force physique. Elle s'imposa férocement le calme et dit aux deux infirmiers, la voix pourtant mal assurée :
- Castel, Roland, faites un valium injectable à cette patiente. Et vous Noémie, poursuivit-elle à l'adresse de la secrétaire, appelez du renfort dans le pavillon voisin. Les agitées comme ça, il faut être plusieurs pour les maîtriser !
Un silence de mort s'ensuivit. Madame Dubout était écarlate, haletante. Castel qui craignait réellement une attaque physique de l'une ou de l'autre, se glissa entre elles deux. En passant, il frôla la surveillante qui poussa un hurlement :
- Ne me touchez pas ! Je vous interdis de me toucher !
- Madame Dubout, voyons, dit d'un ton contrit Noémie qui jubilait. Vous êtes si fatiguée. Venez vous reposer un peu et prendre un bon café...
C'était pour la surveillante un moyen de quitter la scène sans trop perdre la face. Elle avait tellement envie de pleurer ! Ne pas pleurer devant cette femme. Ne pas pleurer. Refuser l'humiliation. Elle accepta le bras de la secrétaire et sortit le plus dignement qu'elle put.
 
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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Samedi 29 avril 2006 6 29 /04 /Avr /2006 20:17

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La voix de la petite secrétaire résonna sous les arbres. Elle s'était mise un peu en retrait, et était tombée sur Monique, sa collègue du secteur adulte, comme elle attirée par le malheur, le nez au vent:
- Tu les as vus, tous ? Incroyable ! La tronche de Madame Delmas ! On dirait qu'elle enterre le président de la république !
- Elle a dit qu'il fallait rendre hommage à Meyer
- Ouais, Meyer. C'est sûr qu'elle, il ne risquait pas de la coincer dans les toilettes !
- Oh, tu dis ça, mais est ce qu'il t'a coincée quelque part à toi ?
- Ce n'est pas l'envie qui lui en manquait! Meyer, c'était le genre satyre tu vois ! Mais moi, je ne suis pas une petite fille!
- Non, dit Monique qui pouffa malgré la solennité du lieu. Et la Dubout, tu l'as vue ?
- Oh elle, elle pleure toutes les larmes de son corps. Depuis ce matin, c'est la mater dolorosa. Mais elle nous le fait digne, tu vois, sous ses cheveux rouges !
- Ah ! les cheveux rouges, quelle trouvaille! Je ne te croyais pas l'autre jour ! Mais qu'est ce qui lui a pris ? Depuis quand est-elle comme ça ?
- Oh, cinq ou six jours. Ben tiens, elle est arrivée comme ça le matin où on a trouvé la petite ! Tu vois un peu le choc, comme ça sans crier gare. Elle s'attendait à plus de succès probablement, mais ce n'était pas le bon jour ! Elle a dû trouver que le blond platine la vieillissait un peu. Meyer a dû lui dire qu'il préférait les rousses, ah, ah !
- Parle moins fort! Tu vas te faire remarquer !
Elles pouffèrent à nouveau toutes deux avant de vérifier autour d'elles, consternées et contrites, que personne ne les avait vues.
 
Heureusement pour elles, Dubout n'avait pas entendu les remarques peu amènes des deux secrétaires. Elle était revenue à l’hôpital après l'enterrement. Elle avait gardé sa toilette sévère, histoire de rappeler à tout le monde qu'il fallait bien se tenir aujourd'hui. On dit que le noir amincit, mais elle avait pu vérifier devant sa glace, le matin même, qu'il n'en était rien. Aujourd'hui, elle ne s'aimait pas : elle se trouvait lourde, grossière, sans élégance. Cet ensemble noir pendouillait sur le devant. Elle y avait pourtant mis le prix. Mais ces petits tailleurs si gracieux sur les mannequins lui donnaient l'air d'une poupée boudinée. Il fallait qu'elle maigrisse. A tout prix. Elle soupira et une nouvelle fois les larmes lui vinrent aux yeux. Comment pouvait-elle penser à ça maintenant ?
La vue de Béatrice Mercier Beaumont qui vint dans le service à la demande de l'interne débordé l'agaça prodigieusement. Elle se sentit agressée, personnellement. Elle n'était même pas vêtue de sombre. C'était ahurissant ce tailleur rouge! Et pourquoi pas une tenue d'Arlequin ? Oui, oui, on voyait bien qu'elle avait acheté ça en Italie, ou en faisant les soldes à Londres. Et cette étole, de toutes les couleurs dont elle s'enveloppait négligemment ! Sans parler du chapeau. C'était le bouquet le chapeau ! Une toque noire, en fourrure rasée. Elle lui faisait confiance, c'était de la vraie fourrure ! Mercier Beaumont c'était le genre à porter les fourrures de sa grand-mère en ricanant des associations de défense des animaux.
Elle avait tout tenté, Dubout, en matière d'élégance, mais elle n'osait pas le chapeau. Mercier Beaumont en avait cinquante, que les malades et les infirmiers commentaient affectueusement et cette silhouette aux coiffes audacieuses qui traversait l’hôpital d'un air hautain et indifférent était comme une épine dans le cœur de la surveillante. Nom d'un chien, au lieu de la trouver arrogante, ils la félicitaient pour ses trouvailles vestimentaires! Et son ensemble à elle pendouillait sur le devant !
Mercier Beaumont fut accueillie comme un chien dans un jeu de quilles, avec une animosité si grossière qu'elle daigna considérer la surveillante :
- Mais Madame Dubout, je ne viens pas ici parce que j'ai vu de la lumière, figurez-vous. L'interne m'a demandé de passer. Il a un problème avec un des petits de l’hôpital de jour.
- Il était inutile de vous déranger. J'appellerai le Docteur Delmas.
- C'est moi qui suis de garde. Je vous déconseille de déranger le docteur Delmas. De toute manière c'est à l'interne d'apprécier le degré de l'urgence.
Mercier Beaumont se permettait de la remettre à sa place, tout ça parce qu'elle était médecin alors que c'était bien elle, la surveillante, qui avait la véritable charge du service, qui assurait la continuité, qui respectait les dernières consignes du docteur Meyer. Car elle savait qu'ils n'avaient jamais eu la même façon de travailler et que la première des choses qu'elle ferait en voyant ce gamin malade, serait de bouleverser la prise en charge initiée par Meyer.
Eh bien non ! On n'avait pas besoin d'elle ici !
- Ecoutez, dit-elle la voix blanche, vous en avez assez fait comme ça. Il vaut mieux que vous repartiez !
 
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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Mercredi 26 avril 2006 3 26 /04 /Avr /2006 21:42

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On enterrait Meyer. Discrètement, à la sauvette. On n'avait pu éviter les journalistes. La famille était réduite. Meyer venait du Nord : froid glacial, ciel bas sur les épaules. Il les avait traités de méditerranéens hystériques ce qui n'avait pas favorisé son intégration. Il considérait que seule la surveillante, qui avait travaillé au-dessus de la Loire, était à même de percevoir les subtilités de son esprit cartésien. Ces sudistes étaient trop poétiques. Les parents de Meyer étaient descendus de la brume septentrionale. Ils étaient raides et indignés. Les accusations portées contre leur fils les révulsaient profondément et le père avait fait savoir qu'il porterait plainte contre Puivert.
Il n'y avait pas eu de service religieux, seulement une bénédiction rapide et embarrassée par un prêtre qui semblait toujours sur le point de partir. A l’hôpital, on s'était concerté longuement. Pour Delmas, les choses étaient claires : elle soutiendrait l'honneur de son confrère. Elle était au premier rang, drapée de châles, comme une proue de navire. A ses côtés, le sous-directeur, car le directeur avait malencontreusement été appelé à Paris pour régler des dossiers urgentissimes, concernant l'avenir de l’hôpital. Le conseil d'administration brillait par son absence. Josiane Dubout était là, pâle et douloureuse. Son mari ne l'avait pas accompagnée, estimant que sa femme représenterait le couple avantageusement. Mais elle lui avait lancé, avant de partir, qu'il ne s'agissait pas pour elle d'un devoir professionnel : elle ne représenterait qu'elle-même. Elle rendait hommage à un ami, oui, à un ami. Il y avait de nombreux employés de l’hôpital, venus sentir l'ambiance.
Julien, appuyé contre un pilier centenaire, comptait les points, notait les présents, cherchait les absents. Jalons n'était pas là. Un homme entra dans son champ de vision, faisant autour de lui la place nette, comme s'il véhiculait une maladie contagieuse. Il sursauta :
- Labeyrie !
Labeyrie, qui sous les murmures, s'approchait des parents de Meyer dont il serrait cérémonieusement la main.
- Mais qu'est ce que ça veut dire ? demanda Rachid perplexe
- Qu'il refuse de considérer que Meyer était l'amant de sa fille je suppose. Il continue à soutenir que c'est Hassan et qu'il y a eu viol.
- Il peut le dire autant qu'il veut. Ce n'est pas vrai.
- Je t'assure que ceux à qui il le dit ne prendront pas la peine de vérifier. La préfecture craint une récupération politique.
Labeyrie s'inclinait devant la tombe ouverte avant de quitter les lieux dans un profond silence.
- Facho! dit Rachid entre ses dents. Si Hassan n’était pas arabe, il ne ferait pas tout ce cirque !
- C'est probable.
- C'est un facho.
- Oui, c'est un facho et il vient de perdre sa fille, assassinée. Et il a découvert qu'un pervers avait abusé d'elle. C'est un connard, je te l'accorde, mais laisse-lui le temps de se remettre. L'idée que sa fille ait subi ça sans en parler, ce doit être insupportable. C'est plus simple pour lui de penser qu'on l'a violée.
- Surtout qu'il a un Arabe sous la main !
- Rachid ! dit Julien presque suppliant.
Il avait déjà soupçonné ce type d'inceste. Tout nouveau soupçon lui semblait une injure.
- Je te laisse tes états d'âme grinça Rachid. C'est vrai qu'avec toi, les bourges ont toujours raison. T'es comme un poisson dans l'eau dans ces histoires.
- Tiens, Vengeur Masqué, regarde qui voilà !
La secrétaire de Meyer s'approchait à son tour, juchée sur dix centimètres de talons. Les yeux de Rachid lui sortirent de la tête :
- ah, dis donc !
Julien opina paternellement du chef :
- Tu l'as dit, mon petit !
- C'est un peu... Enfin un peu... Mais elle est en noir quand même ! reprit Rachid sur la défensive
- Ca, c'est de l'hommage au cher défunt ou je ne m'y connais pas !
Rachid jeta un œil méfiant sur son collègue mais Julien était imperturbable, sans rire. La chère enfant se serra dans un châle de soie noire, qui lui couvrait les épaules à défaut de lui couvrir les jambes, galbées, ravissantes, interminables, à tomber par terre, il n'y avait rien à dire.
- Ah, dis donc !
- Tu te répètes !
Elle faisait presque autant sensation que Labeyrie lui-même.
- Et le docteur Mercier Beaumont ? Elle doit venir ou non ?
Julien ne put s'empêcher de concevoir une certaine inquiétude de la trouble association d'idées qui faisait naturellement passer Rachid de la péronnelle en noir à Béatrice. L'acuité d'esprit de ce damné Rachid était extrêmement désagréable...
Béatrice ne viendrait pas. Elle ne voulait pas les voir, ni Jalons, ni Delmas. Elle ne savait que penser de l'agression de Meyer sur Valentine. Elle ne voulait pas que sa présence soit interprétée comme une absolution tant que les choses n'étaient pas claires. Elle attendait. Elle avait tendance à le prendre pour le Vengeur Masqué, ma parole !Ce soir, elle reprendrait une garde à l’hôpital. Une des gardes de Meyer que ses collègues se partageaient. Elle s'enfermerait à double tour. Il avait la journée pour agir, pour cerner Jalons, pour démolir ses alibis. A petits pas !
La tête de Borelli quand il lui avait rapporté les découvertes de Béatrice ! Il avait été silencieux si longtemps que Mornay s'était demandé s'il avait bien compris. Trois "Putain !" tonitruants avaient rompu le silence. "Le fils de pute !"
Il y avait là quelque chose à décoder, Julien en était sûr. Il s'y attarderait un de ces jours. En attendant, il marchait sur des œufs.
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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Dimanche 23 avril 2006 7 23 /04 /Avr /2006 20:35

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Elle s'était roulée en boule sur son lit, une peluche dans les bras. Oui, elle avait quatorze ans et les peluches c'était ridicule, mais à qui parler maintenant que Bernadette n'était plus là ?
Elle aussi, elle savait que Papa et Maman traitaient des affaires pas nettes avec l'oncle Bernard. Ca n'était pas bien sorcier à deviner ! Tout le monde la prenait pour une demeurée, il n'y en avait que pour Bernadette. Mais elle aussi, elle avait compris. En tout cas, elle n'irait pas faire la maligne, comme sa sœur. On voyait bien où ça l'avait menée!
N'en parler à personne. C'est ce que disait Papa de toute façon, n'en parler à personne, pas même à Maman. Maman serait trop malheureuse si on lui parlait de tout ça. Et puis, qu'est ce qu'elle pouvait faire, Maman ? Rien. La protéger ? La défendre ?
Il y avait longtemps qu'elle essayait de se débrouiller toute seule. Maman s'en remettait au Bon Dieu. Mais Thérèse savait, elle, que ses prières au Bon Dieu ne servaient à rien. Peut-être parce qu'elle n'était pas assez bien, pas assez bonne, pas assez pieuse. Elle avait péché, beaucoup péché. Pas digne du Bon Dieu. Maman ne devait pas le savoir. Ce serait un tel choc pour elle. Et puis, elle n'y pouvait rien. Maman ne pouvait rien faire : c'était à peu près la seule certitude de Thérèse. Et si Maman ne pouvait rien, la police non plus. Le flic avait essayé de la faire parler, mais elle n'avait rien dit. Elle l'avait juré à son père qui l'avait vu à travers la vitre. J'ai rien dit, rien dit.
- Tu sais bien qu'il ne faut pas parler de nos affaires personnelles, hein Thérèse ? Cela ne se fait pas, tu comprends. Je te dis ça parce que tu es grande maintenant, presque une adulte. Tu peux comprendre ces choses là. C'est privé, Thérèse. Privé. On est toujours puni de trop parler.
Oui, oui, elle avait compris. Elle voyait bien ce qui était arrivé à Bernadette. Elle était terrifiée, littéralement terrifiée. Elle n'osait plus ouvrir la bouche. La peur la sidérait. Elle fuyait le matin vers le collège. Toute la journée, elle pensait au moment où elle devrait réintégrer la maison. La tête, le ventre lui faisaient mal. Elle vomissait en cachette. Elle ne voulait pas que les professeurs pensent qu'elle était malade et la renvoient chez elle. Fuir, oh fuir!
Mais elle ne pouvait pas. Maman serait trop malheureuse.
 
Le soleil lui agaçait l'oeil et elle penchait la tête sur le côté pour ne pas avoir à changer de place.
Il essayait de la regarder sans la fixer. Très professionnel, très bien. C'était difficile parce que le rai de lumière lui inondait la peau et que la fatigue accumulée ces derniers jours lui donnait un air de vulnérabilité attendrissant. Pour elle aussi, c'était le café matinal, mais prosaïquement pris dans la cuisine. Elle l'avait appelé très tôt et il s'était donné la peine de venir parce qu'il avait senti sa réticence à aborder un sujet complexe ailleurs que chez elle. Le genre d'état d'âme qui plairait à Borelli. Il partagea son petit déjeuner. Elle lui fit part de ses découvertes avec une circonspection qu'il apprécia. Il n'aimait pas la tournure que prenaient les choses. S'attaquer à Jalons, s'attaquer à Labeyrie ! La Sainte Famille touchée par la douleur! Et elle, qui restait toute seule dans cette grande maison ! Qu'elle ait mis Valentine à l'abri, très bien ! Mais elle ? Elle ne pouvait pas demander à Sandrine de venir quelques jours ? Et son mari, quand revenait-il ? Non, ça, question idiote !Oui, il avait bien perçu sa prudence ; elle ne voulait pas accuser formellement ses confrères. Elle attendait de lui qu'il découvre la vérité. Tout simplement. Vaste tâche. Il savait que la vérité n'est pas toujours la meilleure solution. Il ne suffit pas que les choses soient justes et véritables. Mais elle avait dû apprendre ça, elle aussi. Borelli allait aimer ça, il le sentait .Mornay ? A petits pas, vous m'avez entendu? A petits pas !Aucune consigne n'empêcherait Julien de traquer jusqu'au bout l'assassin d'une petite fille. Borelli l'ignorait mais Béatrice, elle, avait tout compris.
Elle chipotait dans le pot de confiture et tâchait de le regarder sans le fixer.
Par Patricia Parry - Publié dans : ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton
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