On ne parle pas assez des salons du livre. J’ai déjà raconté comment, un jour, alors que je m’adonnais tranquillement à l’exercice grisant qui consiste à
dédicacer ses bouquins à une foule en délire à quelques personnes bien intentionnées, je dus faire face à une descendante de Montfort en personne, qui avait, fort
heureusement, laissé sa hallebarde au vestiaire. La dame avait la voix tremblante et les yeux brillants et j’étais assez contente de ne pas être seule face à elle.
Hier, à Pamiers (Ariège), où les organisateurs (Monsieur Rouch et Georges Patrick Gleyzes) avaient eu la gentillesse de m'inviter, arrivée bien à l’heure, je
prends la place qui m’a été attribuée, derrière une petite pile de l'Ombre de Montfort.
A ma gauche, un Monsieur très en forme, né à Pamiers, ayant grandi à Pamiers, y ayant exercé le beau métier d’enseignant, et y prenant sa retraite. Le
Monsieur a écrit un bouquin qui se passe à Pamiers, dans les trois rues principales. Tous les pamiérins, piamiarins, habitants de Pamiers se ruent sur le stand. Chacun avec une
anecdote, un souvenir. Le Monsieur tutoie la moitié des lecteurs, des anciens élèves. Les bouquins partent comme des petits pains. Le libraire peine à réassortir.
A ma droite, une dame bien droite, l’air bien sérieux, avec devant elle une brassée d'ouvrages consacrés au catharisme. J’apprends, au cours de la
journée, que c’est LA spécialiste des Cathares. Plus spécialiste qu’elle, ya pas. Elle est très connue paraît-il, dans les milieux autorisés (Je ne la
connaissais pas, mais elle ne me connaissait pas non plus. Un partout.)
Et moi, crime de lèse-majesté, qui mets en scène les Cathares en question dans un méprisable, anecdotique,
enfin-je-n’ai-rien-à-dire-contre-ce-genre-de-littérature polar ! La dame m’explique qu’elle vit avec les Cathares depuis des années, elle sait comment il faut parler d’eux et ne comprend pas
qu’on puisse en faire de la daube littérature. Ils ont tellement souffert, voyez-vous. (C’était en 1244, risqué-je maladroitement, et peut-être peut-on envisager de prendre un peu de
distance… ?... Non ? Non. On ne peut pas.)
Ses lecteurs me regardent avec pitié. Deux d’entre eux ont lu Labyrinthe, de Kate Mos, pour pouvoir mieux se gausser des incultes qui écrivent
sur leur sujet favori. Je ne l’ai pas lu moi-même mais, c’est désormais inutile puisqu’on me l’a défloré in extenso. La dame aussi vend beaucoup de ses livres témoignages d’historienne sur
la vie des cathares. Succès fou! Le libraire fait des allers et retours pour l’approvisionner.
En fin d’après-midi, au bord du suicide, sentant que le bûcher de Montségur aurait encore été trop doux pour moi, et consciente de ce que je suis totalement
et définitivement écrasée, je propose à la dame de s’installer à côté du pamiérin (A l’aide !Comment appelle-t-on les habitants de Pamiers ?) Monsieur de Pamiers, dont les
bouquins s’envolent au fur et à mesure que l’après-midi avance. Il est hilare et très gentil. Il essaie de me réconforter de mon absence totale de ventes :
- Allez la prochaine fois, ça marchera. Il vous faut un peu
de pub !
En début de journée il m’avait dit : « J’envisage d’écrire un polar ». A mon humble avis, il a changé de projet !
Pour les auteurs en herbe, quelques moralités:
Nul n'est prophète en son pays (ceci n'est pas vrai pour le Monsieur de Pamiers)
Faut cibler le lectorat, coco!
La grosse tête n'est pas au programme!
L'Ariège, pays de contraste (que les Ariégeois ne m'en veuillent pas, je garde un souvenir ému de la foire au polar de La Bastide de Sérou, l'an dernier)
Fluctuat nec mergitur.
J'en profite pour faire un petit signe aux auteurs si pleins de leur Muse, en particulier ceux qui s'auto éditent ou édités à compte d'auteur, et qui courent
d'un salon à l'autre faire leur promo à leurs frais. J'ai rencontré hier un rafraichissant monsieur d'une nonantaine d'années, qui en était à son dix neuvième roman à compte d'auteur, et qui
poursuit sa route en s'amusant bien.
L'avis des lecteurs.