Le Blog de Patricia Parry
anti_bug_fckL'excellent Aloysius Chabossot demande à ses lecteurs quels sont les cinq romans qui ont le plus marqué leur vie, ceux qui les ont bouleversés, ceux après
lesquels ils n'ont plus été les mêmes...
Une masse de commentaires, qui démontrent d'ailleurs combien on aime les lettres et les discussions autour des bouquins dans ce pays (et malgré tout ce que l'on peut dire, ce goût de l'arbre à
palabres autour de la littérature est salutaire)...
Je vous fait donc cadeau de mes bouleversements littéraires, plagiant honteusement Monsieur Chabossot (qui doit faire un de ces jours un article sur ce beau sujet) car j'ai trouvé dommage de ne
pas avoir en retour les coups de coeur de mes commentateurs favoris.
- Le comte de Monte Cristo, d'Alexandre Dumas, lu dix ou douze fois et que je peux donc commencer par le quatorzième ou le trente deuxième chapitre. A ceux qui ne
connaissent pas le grand Alexandre ou qui croient, à tort, qu'il s'agit là de lecture de collégien, je dis: halte-là! Chef d'oeuvre! Tout y est: l'amour, la mort, la vengeance, la
douleur, le remords, et c'est une des oeuvres les plus romantiques qui soient (voir le sens du mot romantique ici). Ceci dit, les Trois Mousquetaires ne sont pas mal non plus!
- Le seigneur des anneaux, de Tolkien, mais je sais que j'ai, sur le blog, peu de lecteurs à convaincre. Le coup de génie est, pour moi, la création d'une mythologie
universelle, avec ses symboles et ses créatures.
- Les Faux Monnayeurs de Gide (et tout Gide, ajouté-je, car la perfection en matière d'écriture est bien de ce monde)
- L'après-midi bleu, de William Boyd, pour son souffle romanesque et l'abord de thèmes qui me tiennent à coeur.
- Pour le cinquième un choix cornélien:
L'Hôtel New Hampshire, de John Irving; des personnages attachants, un roman initiatique ?
Le Capitaine Fracasse, de Théophile Gautier. Une autre oeuvre romantique - le sens du mot ici ;-) également - Un roman de cape et
d'épée tourbillonnant, écrit par un peintre qui décrit la moindre nuance des pourpoints des duellistes. Mais il y a aussi des enfants cachés, des adultères, des retrouvailles, des méchants à
poignard, un duc ombrageux, une comédienne blonde, un Gascon courageux. ?
Le Maitre des Illusions de Donna Tart, livre cultissime suivi de dix ans de silence ?
Le choix de Sophie, de William Styron ?
Voila qui révèle beaucoup d'un individu. Tant pis.
Damned! j'ai failli oublier Cent ans de solitude de Garcia Marquez. Khassiopée, ne m'arrache pas les yeux, por favor!
Cher Guillaume,
L'aiguille creuse! Quel souvenir ! Et as-tu lu l'Ile aux trente cercueils? du même Leblanc dont j'ai absolument TOUT LU!
L'assassin habite au 21 a donné un film excellent, avec le grand Pierre Fresnay (en noir et blanc, ferait remarquer Pimprenelle) et quelques acteurs cultes des années quarante.
Merci de ta contribution. Je savais bien que l'idée de Monsieur Chabossot était excellente!
ça fait quelques temps que je tourne autour de ça sans parvenir à me décider… parler des écrivains qui m’ont impressionné… qui ont eu 1 influence sur ma façon de vivre… de voir le monde… de me voir moi-même… là on touche à l’intime… j’ai déjà balancé des noms… Proust… Joyce… Shakespeare… Dante… Montaigne… Rabelais… Céline… on dira que je ne prends aucun risque : ils sont aujourd’hui reconnus dans le monde entier… en même temps, ils sont beaucoup moins lus qu’ils ne sont cités… ces géants m’ont mis sur le cul… ils indiquent la voie à suivre : remettre en cause le langage… les habitudes d’écriture… ne pas s’en tenir à « raconter des histoires » platement… remonter à la source de l’impression… remonter le flux de la pensée… du fugace & du permanent… du mot formulé… soulever le voile des apparences qui masque la réalité…
d’autres que j’appelle affectueusement mes « petits maîtres »… & cela n’a rien de péjoratif… ils sont de grands écrivains… mais comme en jazz tous les saxophonistes ne sont pas Charlie Parker ou John Coltrane, en écriture tout le monde n’est pas Rabelais… & parmi mes « petits maîtres » je citerai Laurence Sterne… Malcolm Lowry… Lobo Antunes… Virginia Woolfe… Bukowski… John Fante… Julien Gracq… Dos Passos… Hemingway… Duras… Claudel… Musil… eux aussi m’ont apporté beaucoup dans la compréhension de l’acte d’écrire…
ces choix sont totalement subjectifs & totalement assumés… ainsi je ne cite pas Faulkner… Flaubert… Balzac… Hugo… Kawabata… Borges… je ne remets pas en cause le statut de géants de la littérature que le temps leur a décerné… le tamis du temps est bien le seul valable qui laisse filer les petits dans l’oubli & ne retient que le autres… mais je suis victime de ma sensibilité de lecteur… lecteur avant tout… ce sont mes chocs de lecture qui déclenchent mon enthousiasme… qui laissent sur mon cortex les mêmes marques que les coups à la tête encaissés par le boxeur… je lis Faulkner en spectateur… je me perds dans Joyce & j’en émerge illuminé… question d’atomes crochus… pas jugement de valeur…
j’ai commencé très tôt à lire… à dévorer les livres… des centaines de noms me viennent à l’esprit… des rencontres ennuyeuses… & des petits bonheurs comme certains qui sortent du cadre étroit dans lequel les catalogues d’éditeurs les cantonnent… Philip K. Dick… Dashiell Hammett… Kurt Vonnegut… Chester Himes…
mon critère est simplement celui de la relecture : qui supporte ou non la relecture ?… je pense alors à ajouter Simenon… Robertson Davies… Giraudoux… Durrell… Zweig… Valéry… Dostoïevski… Cowper Powys… London… Cendrars… Fitzgerald… Melville… Bashevi Singer…
comme chacun je suis incapable de me défaire de mes lectures de jeunesse… Jules Verne… Conan Doyle… Maurice Leblanc… Edgar Rice Burroughs… Alexandre Dumas… Jean Ray… Max-André Dazergues… ou de prime adolescence… Isaac Asimov… Van Vogt… Clifford Simak… Dickens… Baudelaire… Prévert… Steinbeck… Caldwell… Homère… Virgile… & chaque année avec l’automne revient l’envie de me caler dans 1 fauteuil… 1 pipe à la bouche… pour me replonger dans leurs œuvres…
tout ça est très banal bien sûr… & n’a sans doute d’intérêt que pour moi… tout ça pour en arriver à dire quelques mots sur 1 écrivain que je n’ai pas relu depuis plusieurs années… non pas parce qu’il ne supporte pas ma relecture… mais parce qu’il est tombé dans ma vie comme 1 météore & que le séisme qu’il a provoqué a fait que j’ai vécu au moins 2 années pleines – de 18 à20 ans -sans parvenir à me détacher de son influence… jusqu’à ma découverte de Joyce… non pas que je pense qu’il ait bouleversé la littérature autant que Joyce… mais le premier il m’a révélé à l’âge où je passais des nouvelles & des poèmes d’adolescent à la certitude que l’écriture était ma seule véritable, urgente & profonde nécessité, qu’1 autre avait déjà suivi ce chemin – comme Rimbaud pour d’autres… il fut tellement en moi que je n’ai plus éprouvé le besoin d’y revenir après l’avoir lu & relu dans tous les sens…
« Ma décision était prise : je ne voulais à aucun prix devenir un artiste au sens du phénomène, de l’être à part, exclu du courant de vie. Le meilleur de l’art d’écrire, ce n’est pas le mal réel qu’on se donne pour accoler le mot au mot, pour entasser brique sur brique ; ce sont les préliminaires, le travail à la bêche que l’on fait en silence en toutes circonstances, que ce soit dans le rêve ou à l’état de veille. Bref, la période de gestation. »
« Il existe donc en moi un monde qui ne se compare à aucun monde de ma connaissance. Je ne le tiens pas pour ma propriété exclusive – seul mon angle de vision est exclusif, parce qu’unique. »
« J’ai toujours pour principe de faire sauter les ponts derrière moi. Je regarde toujours vers l’avenir. Quand je fais une faute, elle est fatale. Forcé de reculer, je refais en arrière le chemin parcouru – et me retrouve au fond du trou. Je n’ai qu’une sauvegarde : mon élasticité. Jusqu’ici j’ai toujours rebondi. Il est arrivé que ce rebond prît l’allure d’un exploit sportif au ralenti ; mais aux yeux de Dieu la vitesse n’a pas une telle importance. »
« Etre joyeux, c’est être un fou en liberté dans un monde de tristesse et de fantômes… »
j’avais 18 ans… je remettais tout en cause… tout en question… âge auquel on veut bouffer le monde… bouffer tout le monde… changer le monde… parce que si on ne le fait pas à cet âge c’est foutu pour la vie… âge auquel en même temps on doute fortement de soi… la métamorphose en adulte est en cours & il s’agit de ne pas se gourer… on décide de ramper ou bien on cherche à ouvrir des ailes qui ne sont encore qu’embryonnaires…
par la vigueur de son enthousiasme il m’a assuré que je devais croire en moi… que je n’avais plus à hésiter… qu’il ne fallait pas croire au « cauchemar climatisé » comme finalité du monde… qu’installé bien dans le monde pour écrire était la seule chose à laquelle je devais m’appliquer… les doutes se sont définitivement envolés & la certitude s’est installée… non pas sur la valeur de ce que j’écrirai… mais sur le bien-fondé qu’il y aurait pour moi à écrire… qu’autrement ce serait le renoncement à moi-même… que je ne serais alors plus que l’ombre sans chair de ce que je croyais être si je choisissais de me ranger… d’empêcher mon esprit de divaguer…
« Il me fallait apprendre, et cela ne tarda guère, qu’on doit renoncer à tout et ne rien faire d’autre qu’écrire, écrire encore et toujours, même si tout le monde vous le déconseille, même si personne n’a confiance en vous. »
j’avais découvert 1 écrivain de chair… soûl de verbe & de sexe… ivre du sentiment du cosmos… affabulateur gigantesque peut-être mais sincère sur le fond des choses… à l’animalité assumée de notre nature autant qu’à la croyance en notre capacité unique à créer ou à détruire car le choix nous appartient…
le jeune homme en pleine forme que j’étais à 18 ans n’attendait finalement que le coup du starter pour s’élancer dans cette voie… appétit de chair & recueillement dans l’écriture… longs monologues des nuits entières devant des amis ahuris & aux petites heures seul à la table d’écriture…
« Le monde ne commencerait à tirer de moi quelque chose qui valût la peine, que le jour où je cesserai d’appartenir, en membre conscient et organisé, à la société et où je deviendrais moi-même. »
« S’aventurer plus loin, c’était se condamner à aller seul, à ne se reposer que sur soi. »
« Comme j’enfilais mon pantalon, j’aperçus un exemplaire d’Ulysse. Je le pris et, tirant une chaise près de la fenêtre, je me plongeai dans le monologue de Molly Bloom. J’avais bien envie de ficher le camp avec le livre sous le bras »
la boucle se bouclait… d’Henri Miller je suis passé à James Joyce…
Merci de cette contribution...
je n'aurais pas été vexé si tu l'avais coupé au montage à cause de sa longueur !
salut Béatrice
Mes 5 romans préférés dans le désordre :
Le rouge et le noir (Stendahl) : à lire absolument si ce n'est déjà fait. J'en frissonne encore.
La planète des singes (Pierre Boulle) : une fois qu'on l'a commencé on ne peut plus s'arrêter.
L'aiguille creuse (Maurice Leblanc) : une extraordinaire aventure d'Arsène Lupin.
L'assassin habite au 21 (Steeman) : sans doute l'un des meilleurs policiers à énigme (mais il y a aussi ceux d'Agatha Christie).
Misery (Stephen King) : indispensable à tout écrivain qui se respecte!
Sinon, j'avoue, chère Patricia, n'avoir lu aucun des romans que tu cites si ce n'est Les 3 mousquetaires ! Sacrilège.