Le Blog de Patricia Parry
Le 21 septembre 2001, c'est LA date. C'est terrible, mais pour les toulousains, elle a effacé le 11 septembre. Seuls comptent nos propres ruines et nos propres décombres.
Ce jour là, j'étais non loin de l'usine. Je travaille habituellement dans l'hopital situé en face, à quelques dizaines de mètres.
Déjà vu un hopital détruit?
C'est ce jour-là.
Mais il est vrai que c'était un hopital psychiatrique. Tout le monde s'en tape!
Alors, pour exorciser, j'écris. (avec des guillemets, car c'est un roman!)
"9h 52 :
Ce matin elle a rendez-vous avec monsieur Dumont, ce patient qu’elle connaît depuis des années : un bon vieux schizo des familles, tranquille comme Baptiste qui vient tous les mois pour le renouvellement de son ordonnance. Elle est rituellement en retard à chaque fois : si elle était à l’heure le patient serait étonné. Il a l’habitude, pour le rendez-vous de 9h30, de passer à 10 heures, immuablement. Elle a d’ailleurs essayé de retarder le rendez-vous : 10 heures la prochaine fois, monsieur Dumont ?
- Oh, non Docteur, j’aime mieux neuf heures et demie.
Elle passe la barrière de l’hôpital, klaxonne pour le concierge parce qu’elle a, comme à son habitude, oublié sa carte magnétique.
10h 15 :
Monsieur Dumont s’en va, petite silhouette rabougrie, son ordonnance soigneusement pliée entre deux doigts. Elle le regarde remonter tranquillement l’allée, oscillant de la compassion à l’agacement.
La journée d’automne est superbe, sans un souffle de vent. La lumière est dorée comme en Italie, la chaleur est douce. Elle enlève son pull.
10h17 : Le monde a explosé.
Malgré tout, elle a eu le temps de se tourner vers la fenêtre.
Elle a vu monsieur Dumont, qui s’éloignait doucement se renverser comme sous l’effet d’un coup de vent violent. Elle a vu, les uns après les autres les arbres du sentier se coucher. La secrétaire s’est jetée sur elle et elles ont roulé sous le bureau.
Alors le monde a explosé une deuxième fois, et avec lui l’hôpital.
Elle a pensé : Clémence, François…!
Après ça, il y a un blanc dans le fracas des verres brisés, et puis le silence. "