Le Blog de Patricia Parry

La énième vison dans un polar tehefuneste d’un serial killer en goguette baptisé « schizophrène paranoïaque »  par le profileur de service, qui prend toujours un air pénétré pour poser ses diagnostics car il a un D.U. de criminologie, me fait tiquer pour la énième fois. Je me suis dit qu’il fallait que je m’y colle. En effet, un schizophrène paranoïaque, ça n’existe pas, lecteur. C’est même tout à fait antinomique, et un interne de première année (et même le Dr Mamour qui est pourtant chirurgien) vous dirait qu’on est l’un OU l’autre, mais jamais l’un ET l’autre. Freud et Charcot se retournent dans leurs tombes (enfin, je dis ça…). Bref il fallait que je m’y colle, pour donner aux apprentis polardeux quelques explications sommaires sur le maniement du concept psychiatrique. Je sais que vous n’attendiez que moi.
La représentation de la psychiatrie dans le monde du polar obéit à quelques règles sacrées, validées par des générations d'auteurs hantés par une rebelle attitude consensuelle. 

L’hôpital psychiatrique tout d'abord. 
Il est forcément asilaire.  Encore mieux : l’hôpital est sur une île, perdue au milieu de l’Atlantique, et on y interne des fous meurtriers. Le vent souffle, le mer monte, la tempête se déchaîne. Coincé sur l’îlot battu par la pluie, notre héros affronte de grands psychotiques qui errent, abrutis par les neuroleptiques. Il avise le plus timbré, celui qui pose un regard halluciné sur l’horizon, et…tadadam !...C’est le psychiatre !  Car le psychiatre est fou ! Sinon, c’est d’un quelconque ! Ou alors, gniark, gniark, gniark…le psychiatre est le meurtrier ! Ah ça…Très bon, coco. C’est vendeur ! (Sans rire, il paraît que dans la vraie vie, Hannibal Lecter n’était pas psychiatre, mais avocat…. Ça le fait moins, avouez-le !). A la fin le psychiatre est puni. C’est bien fait : il expérimentait d’horribles thérapeutiques sur des patients innocents qui ne sont même pas fous. Ah, ah, ah, ah, ah, ah (rire démoniaque…) !.  Autre poncif : l’enquêteur (le flic, le journaliste, l’universitaire…) n’est pas net. D’ailleurs, il a bénéficié d’une thérapie (avec un psychiatre un peu dingo lui aussi car le psychiatre bien dans sa tête est une option aussi rare que le grec ancien à l'oral du Bac S). Bien sûr l’enquêteur n’est pas un grand fou (encore que, il y a quelques exemples de révélations finales assez rigolotes). C’est généralement un petit fou qui a subi un traumatisme infantile (son père l’attachait au radiateur avec ses draps mouillés quand il avait fait pipi au lit, son frère aîné a tondu ses Barbies…as you want). Le psychiatre porte un nœud pap, des lunettes en écaille, et ne s'exprime que par borborygmes (mmmh ? mmmmmmmmh ?). Tu parles comme il aggrave le trauma infantile. L’enquêteur n’est plus qu’une pauvre petite loque alcoolique. Mais il démasquera le thérapeute psychopathe, qui trompait bien son monde sous une apparente normalité (bon, le lecteur avait quelques doutes, car le psy ne pouvait recevoir ses patients qu’une fois ses trente stylos alignés par rang de taille sur le bureau et présentait un léger tic de la joue gauche).

C’est bien simple : la représentation de la psychiatrie dans le monde du polar, c’est un truc de fou. Les auteurs (et les lecteurs) ont des représentations auxquelles ils s’accrochent avec la dernière des vigueurs. Un lecteur d’une maison d’édition à qui j’avais adressé un manuscrit m’a répondu par une note de lecture fort détaillée, dans laquelle il indiquait qu’il trouvait l’intrigue excellente, mais que ma description de l’hôpital psychiatrique était par trop invraisemblable…(C’est vrai que c’est un sujet que je ne maîtrise pas bien héhéhéhé – rire ironique). Ce lecteur-là ne retrouvait pas son hôpital fantasmé dans mon hôpital réel . 


Shutter IslandEn attendant, je vous invite à jeter un œil sur Shutter Island, de Dennis Lehane. Tous les clichés précédemment décrits y ont trouvé leur place…. Eh bien, si malgré ça vous trouvez la clé de l’énigme, Martine vous offre mon poids en nougat. En effet, les codes y sont superbement détournés, le lecteur va de surprise en surprise, et la description de la folie est teinte d’une poignante humanité. La langue est précise et fluide et les personnages campés avec une intelligence aiguë. Bref, un pur plaisir de lecture.

Ven 29 jun 2007 21 commentaires

super ton post...mais j'esperais y trouver d'autres references de bons bouquins sur ce sujet.

Certes, Shutter Island est super bien ficelé!! même le lecteur psychiatre se laisse prendre!

quaut à ton clin d'oeil à freud et Charcot...en tout cas, pour nombre de lacanien, schizophrene ou paranoïaque = même combat! il s'agit d'un psychotique ; point barre et pas de nuance...

j attend donc d autres references de lecture sur ce dernier theme, si tu en as

manon - le 29/06/2007 à 22h45
je te propose L'aliéniste de Caleb Car, Birdman de Mo Hayder, Une folie meurtrière de PD James, le Poète de Michael Connelly ,  Sans l'ombre d'un témoin de Elisabeth George mais peut-être as-tu déjà tout lu?
Il y a aussi L'homme encerclé de Michèle Rosenfarb.
Béatrice
Ah, la différence entre fantasme et réalité... même les hosto n'y échappent pas... les commissariats non plus, d'ailleurs.
En tout cas, je trouve ça magnifique comme façon d'aborder 3 sujet presque distincts en un seul article, avec un conseil de lecture qui visiblement t'a parfaitement accrochée. Je note !
Roanne - le 29/06/2007 à 22h46
Note, note... ce bouquin est excellent.
Béatrice
non, je n ai pas tout lu..mais effectivement l'alieniste et le poete sont à lire !
je n ai pas lu l'homme encerclé ni sous l'ombre d'un témoin.
merci pour ces conseils de lecture..d'ici quelques mois, je vais avoir du temps pour lire !!
manon - le 29/06/2007 à 23h53
Zut je l'avais oublié celui-là dans ma valise des livres-à-lire-pendant-les-vacances.
Mais c'est pas tout ça, je bosse ce matin. Espérons que les vents ne battrons pas les murs (lépreux ?) du service et que les dangereux psychopathes seront là où ils doivent être... que je puisse poursuivre mes expériences (sourire machiavélique)
cat - le 30/06/2007 à 08h53
Je bosse aussi ce matin. Poursuivons nos expériences. Oh, oh, oh, oh! (rire sardonique)
Béatrice - le 30/06/2007 à 09h06
Gloups! Je rappelle à qui de droit que le nougat, c'est la spécialité de... Montélimar!!! au Sud de chez moi qui reste à Valence!!! Chez nous (à Valence donc) c'est le... Suisse à tremper dans son café!!! ;o)))
Sinon je note ton conseil Patricia mais avant je vais me plonger dans Anatomie d'un crime d4E. George que je viens de recevoir en... avant-première!!! Yesss! Bonne journée! Martine
Martine Galati - le 30/06/2007 à 09h25
Ne me fais pas enrager s'il te plait!
Béatrice
Merci pour ces précisions techniques. Il y a aussi un autre personnage de type psychiatrique quand le polar se passe en rase campagne : l'idiot du village, celui qui a un défaut de prononciation, qui vous regarde bizarrement avec des crises d'angoisses soudaines teintées de violence aigüe à faire peur au vieux gendarme du coin. Bien sûr, celui-là n'est pas l'assassin, mais c'est un coupable de première, que le véritable meurtrier n'hésitera pas à faire accuser à sa place en parsemant le lieu du crime de faux indices gniark !  gniark ! gniark !
Guillaume - le 30/06/2007 à 10h30
Mais le héros, bonasse et pertinent, a rapidement compris que l'idiot n'est pas coupable. Il le prend sous son aile protectrice, l'appelle par son prénom (et non "l'idiot!") et empêche les enfants de lui jeter des cailloux.
Béatrice
Quoi quoi quoi !? Un nouveau E. George ? Où ça, où ça ?

cat - le 30/06/2007 à 13h11
C'est en avant-^remière, et chut! Va voir sur le blog de Martine.
Béatrice
Exactement ! ;-) Et en plus le héros découvre dans les dernières pages (mais le lecteur le savait déjà par quelques paragraphes soigneusement distillés) que l"idiot" est en réalité capable de calculer mentalement le logarithme de la racine carré de n'importe quel nombre, ce qui bien sûr permet de déchiffrer le code inscrit près du cadavre en lettres de sang. Et comme le héros est trés fort, il en déduit immanquablement l'identité du véritable assassin et dit merci à "l'idiot" que cela ne console qu'à moitié car il était amoureux de la pauvre fille qui a été étranglée (c'est d'ailleurs pourquoi il avait été préalablement soupçonné) !  CQFD.
Guillaume - le 30/06/2007 à 15h16
Je vois que tu es un connaisseur!
Béatrice

Il y a tellement à dire sur le sujet ! Mais tout est impeccablement résumé Béa, il faut dire que tu es une spécialiste ;-)

Je note le titre et l'auteur que tu nous recommandes ; là j'ai commencé un thriller qui m'a l'air d'enfer !

Bisous et bon week-end !
Bool

Bool - le 30/06/2007 à 15h51
J'attends la critique sur ton blog! :-)
Béatrice