Le Blog de Patricia Parry

Répondre, là, tout de go, que "oui, il faut donner son avis" relève à mon avis d'une délicieuse imprudence, voire, j'irai plus loin, d'une fort naïve impudence. 
L'auteur est un petit être fragile (Solenn Colléter ne me contredira pas) qui doit être ménagé.
Aussi suis-je très précautionneuse lorsque, dans un élan altruiste (et idiot, il faut bien le reconnaitre), je décide de répondre aux demandes d'avis qu'on m'envoie via le blog ou le courrier électronique. L'exercice est plus que difficile, et j'insiste sur le point suivant: Je ne suis que la lectrice lambda. Je n'ai aucune prétention à être un arbitre de la littérature. Si je fais la moindre remarque, elle a la même valeur que n'importe quelle autre. Je suis juste quelqu'un qui adore lire et lit beaucoup. 

Mais venons en au fait, car j'élude, j'élude...

Il y a, en effet, plusieurs races d'auteurs:
L'auteur mégalomane qui vous demande, non pas un avis, mais une validation de son génie. Toute remarque est prise de manière persécutoire avec, parfois, insultes à l'appui (Non mais, pour qui elle se prend celle-là?).  Ex:
- Comment trouves-tu le livre de Maman, ma chérie?
- Pfff! J'sais pas trop....J'aurais quelques critiques...
- Comment ça, des critiques??? Les enfants ne parlent pas à table, d'abord! Et puis c'est l'heure d'aller au lit! Prends ta tisane, et que ça saute!
( Non mais! Qu'est-ce qu'elle y connait, cette mioche?)

L'auteur en doute permanent qui vous demande, non pas un avis mais la validation de son incapacité. Là, être encore plus prudent que prudent...
Ex:
- Chère pôtite Môman adorée, je voulais te dire qu'à la page 259, il y a une virgule qui casse un peu la phrase... Non que cela ralentisse le rythme haletant de ton roman, mais...euh... J'ai été obligée de relire...
- Voilà! Voilà! Je savais bien que ce truc était minable! Tu n'es pas allée au-delà de la page 259, hein? Avoue! ... Alors que tu avais lu Marc Lévy jusqu'au trognon? Je renonce à la littérature! Je me lance dans la pâtisserie, tiens! 

L'auteur méconnu persécuté par les maisons d'éditions, mais dont les proches adorent le style. 
Ex:
- Maman, tu as reçu un courrier de Galligraseuil. Ils veulent peut-être te publier. J'ouvre?
- NOOOON! Pas la peine! C'est un refus! Tu penses bien qu'ils n'acceptent jamais de manuscrits par la poste! Ils les lisent pas, d'abord! 
- Pourtant Grand-mère, Tante Rose et mon prof de SVT trouvent qu'il est super ton bouquin!
- Ouais! On ne tient jamais compte de l'avis du public! Ah! Si j'étais la fille de Sheila!
(Note: le sentiment de persécution de l'auteur s'appuie parfois sur des éléments de réalité tangibles, ce qui rend le diagnostic de paranoïa assez périlleux)

L'auteur qui n'a pas lu les excellents conseils de Syven  ou de Monsieur Chabossot et qui ne se relit pas.
Ex:
- Maman, pourquoi il y a des fôtes d'ortograf et de français dans ton bouquin?
- Ah, ça va! Tu n'en fais jamais, toi peut-être? Et puis, il est temps d'écrire comme on parle! ça suffit la littéraure d'intello! 

L'auteur qui raconte sa vie trépidante: 
Ex:
-
Maman, pourquoi tu racontes le déjeuner chez Tante Rose?  Tu crois que ça va intéresser les gens qui ne connaissent ni Tante Rose ni Oncle Albert?
- Décidément, tu n'y comprends rien! C'est l'universalité du propos qui compte! 

Vous pensez bien que je me reconnais dans tous ces malheureux, pour lesquels j'éprouve une vraie tendresse. Ils ont présenté leur bébé le coeur battant et ne recueillent que remarques mitigées.
C'est donc en m'appuyant sur cette connaissance de l'âme humaine, personnelle et universelle, que  je viens de décider que "Non, je ne dois  pas donner mon avis aux auteurs qui le demandent". (Sauf si je les trouve  très bons, mais là, c'est trop facile!).  Mais pour qui je me prends, d'abord?

Zordar et Bool donnent un avis sans que j'ai sorti mon fusil ni menacé de faire de la cuisine (et je vous assure que la menace est grave!) 
Demain, je vous parlerai des Premiers Lecteurs, ceux-qui-donnent-leur-avis.

Jeu 25 oct 2007 30 commentaires

J'imagine combien cela doit être difficile en effet d'émettre un avis sur un écrit lorsque l'on est soi-même écrivain, et donc considéré (non pas à tort je pense) comme étant LA personne adéquate (mis à part les éditeurs bien sûr).

L'écrivain, donc toi, se différencie tout de même de nous lecteurs par le fait qu'ils a été publié, donc que son style, ce qu'il raconte, sa manière de voir ou de percevoir les choses, est intéressant et brillant. Son avis est donc très intéressant à avoir c'est certain. Mais peut évidemment faire mal. Et là je comprends très bien que tu ne veuilles donner le tien seulement quand c'est du très bon...

Au passage, si j'écrivais, je me classerai dans "les auteurs qui n'ont pas lu les excellents conseils de..." car je ne relis jamais mes commentaires, ou mes articles... d'où de vilaines fautes que tu as sans doute remarquées...

Allez je vais faire un effort pour celui-ci (et j'ai bien fait...)
Bonne journée Patricia, bisous,
Bool

Bool - le 25/10/2007 à 09h33
Ah bé oui mais non ! Un exemple au hasard : moi. J'ai demandé son avis sur un produit artisanal maison à Françoise Guérin. Alors, j'imagine le pire : elle vient ici, se range à votre opinion, et je ne saurais jamais si ma virgule page 12 ou si le repas chez tante Rosine, enfin, rien, quoi, je ne saurais rien !
Sinon, pour avoir pratiqué de l'autre côté moi itou "la lectrice inconnue qui donne son avis", je crois que c'est un travail de funambule : encourager, mais émettre des hypothèses, parler du fond, de la forme et des interactions entre...en étant vague pour ne pas risquer de blesser sans jamais savoir si le message sera "compris" ou "interprété". Ben finalement, je suis d'accord. Sauf que non. Mais si en fait. Bien que je désapprouve.
Ma conclusion : ....euh..... (si c'est pas argumenté, ça !)
Kiki :-)
Posuto - le 25/10/2007 à 10h17
Je fais confiance à Françoise pour donner son avis avec classe et panache! (et à vous pour le gérer avec philosophie :-))
Béatrice
Et toi, justement, tu te classerais dans quelle catégorie ?

Au fait, je ne savais pas que tu étais la fille de Sheila, tu pourrais m'avoir un autographe ?

Est-ce que tu as des visites sur Paris bientôt, dans le genre salon ou dédicaces publiques, parce que j'aimerais beaucoup que tu signes mon exemplaire de ton nouvel opus (et aussi l'ancien, sauf que je l'ai prêté et je ne sais plus à qui)
Len Janak - le 25/10/2007 à 11h13
Rien de prévu encore! Mais je ne manquerai pas de le mettre sur le blog!
Béatrice
OMG que j'ai ri en lisant ton billet! Pauvres auteurs! Je préfère rester dans la catégorie des lecteurs, c'est nettement plus confortable! :))
fashion victim - le 25/10/2007 à 12h41
Je peux aussi parler des lecteurs, puisque j'en suis un! :-))
Béatrice

Chère Patricia,
chers collègues lecteurs de blogs,
Bonjour.

Pour ma part, je pense que l'auteur tout comme le lecteur lambda se doit de donner son avis (enfin, je veux dire s'il a le temps, ce qui est mon cas vu qu'on me sollicite rarement étant lectrice lambda, peut-être pas le tien vu que ton talent est reconnu). La seule condition que je verrais à cela est d'être clair(e) dès le départ avec la personne qui vous sollicite :
"Ok, tu me demandes mon avis mais je vais être très franc(he) et ne vais pas m'embarrasser de périphrases pour te dire ce que je trouve bon et ce que je trouve mauvais. Tu veux toujours mon avis?"
Si la réponse est oui, on est d'accord, on peut y aller. Heu... Si la réponse est oui et que vous savez pertinemment que votre interlocuteur est susceptible, abstenez-vous... Pour finir, si la réponse est oui, que vous savez pertinemment que votre interlocuteur est susceptible mais que vous ne le connaissez pas personnellement et ne le reverrez sans doute jamais, la remarque précédente ne compte pas.

Je pense que si les critiques sont argumentées (comme les tiennes sur le blog de Monsieur Chabossot, Béatrice ;-) ) et sans agressivité, il n'y a pas lieu de s'en offusquer. Quelle que soit la catégorie d'auteur que l'on a tendance à être, je pense qu'il y a tout intérêt à en prendre conscience (de la catégorie blablabla) pour devenir un auteur ouvert à la critique*.

Ce que je dis là peut avoir l'air "dur" pour le pauvre "auteur en devenir" (comme dirait Aloysius), n'empêche qu'il ne faut pas oublier (ni nous "le critique", ni lui "l'auteur") que notre avis n'est qu'un avis parmi des millions potentiels et n'a pas plus de valeur que les autres. Pas besoin donc de dramatiser si on n'a pas trouvé génial ce que Maman a écrit... (Pour autant, éviter d'être désagréable en sus : on ne sait jamais, Maman est peut-être suicidaire).

Quand à savoir comment je me classerais dans les catégories proposées, je dirais "auteur en doute permanent avec une fâcheuse tendance à vouloir raconter sa vie et une pointe d'autosatisfaction", dernière nuance que j'ai tendance à considérer comme la simple reconnaissance de ce que je fais de bien (la preuve que c'est vrai!)

Voilà, brut de décoffrage, mon avis sur la question...

* Auteurs ouvert à la critique (AOC) : catégorie d'auteur imaginaire qui ne regrouperait que des écrivains avides de critiques constructives à prendre en compte pour améliorer leur prose
Lucile - le 25/10/2007 à 14h21
AOC: "Auteurs Ouverts à la Critique" est excellent! Voici un club qui ne manquera pas d'adeptes... Quoique...
Tu as noté que mes critiques sur le blog de Monsieur Chabossot essaient d'être constructives, mais parfois je me dis que c'est encore trop pour les auteurs. Certains ne manqueront pas de me traiter de chipie! 
Bienvenue sur le blog!
Béatrice

Hi hi hi je te fais de la pub Patricia : sur www.ladiesroom.fr, J'y ai mis ma critique et mon article est placé en page d'accueil (normalement ce sera au moins juqu'à demain).

Bisous !!!
Bool

Bool - le 25/10/2007 à 16h14
Merci. Ce site a l'air fort sympathique! le premier mot que j'y ai lu est "Balenciaga"...
Béatrice
... il faut quand même un courage certain et beaucoup de générosité pour donner à lire un texte et en attendre un avis. Quant au lecteur, sûr qu'il y a des métiers qui aident à se débrouiller de situations "délicates"  ;-D (diplomate, politicien... psychiatre)

(nonobstant, j'ai perdu un ami après lui avoir envoyé par courrier - comme il me l'avait expressément demandé - mon avis sur un de ses manuscrits. Mon métier ne m' avait été d'aucune utilité, si ce n'est à me convaincre que finalement l'ami ne l'était pas tant que ça...)
Fantômette - le 25/10/2007 à 19h02
@ Fantômette: oui, c'est vraiment terrible et je suis sûre d'avoir blessé des gens en leur donnant un avis trop argumenté.   En même temps un auteur qui demande un avis, demande un avis...
Oh, que c'est compliqué! Vive la littérature qui fait plaisir! J'avais rencontré lors d'un salon du livre un petit monsieur nonagénaire qui avait à son actif une trentaine de livres à compte d'auteur. Il était gai comme un pinson (et ses poêmes étaient iillisibles). Il s'est bien gardé de demander un avis, et m'a appelé "Ma chère" avec des ronds de jambe charmants. 
Quant à moi, je me contenterai de l'avis de Tante Rose! :-)))
Béatrice - le 25/10/2007 à 19h25
Il m'a appeléE "ma chère".
Béatrice
J'adooore ce genre de messieurs, façon Jean d'O ou Ducky ! 
J'en connaissais aussi un qui me donnait du Ma Chère et servait son Dom Perignon dans du cristal de Bohème, un labrador noir couché près de la cheminée... Un rare régal dans notre société de goujats ! Du coup on se sentait autorisée à minauder, ce qui nous change de devoir toujours "assurer".
Fantômette - le 25/10/2007 à 20h35
Donner son avis n'est pas toujours chose facile, surtout quand nos talents sont loins de ceux de l'auteur...mais si l'auteur demande son avis à un lecteur, c'est pour avoir ses remarques, dont il fera ce qu'il voudra (et ça aussi, il faut le garder à l'esprit; un avis reste un avis et surement pas une verité.)
Etre lecteur avec un regard critique n'est pas chose forcement aisée, mais un avis, une critique doit rester constructive et ne veut absolument pas dire que l'oeuvre n'est pas bonne; et c'est tellement agreable de decouvrir un ecrit en cours d'elaboration
manon - le 25/10/2007 à 21h30