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Un auteur de polars vous parle de ses bouquins. Mais aussi des nouvelles, des inédits et une chronique régulière à la Bridget Jones
Je propose à partir d'aujourd'hui, la publication in extenso de mon premier polar.
C'est dans ce roman qu'est née Béatrice. Ceux d'entre vous qui ont lu "L'ombre de Montfort" pourront apprécier l'évolution d'un personnage, et la manière dont il s'enrichit.
Ce roman a été lu, commenté et...refusé par les Editions Baleine, mais les critiques étaient tout de même relativement positives, et il m'apparait aujourd'hui clairement que la réponse était une invite à une relecture. Comme j'étais novice, (et persuadée d'être excellente), je ne l'ai pas perçu.
Voici donc "Danse avec les Fous", sous la forme d'un bon vieux feuilleton, comme dans les journaux du XIXe siècle: me voici en train de jouer dans la cour d'Alexandre Dumas! Comme on dit: LOL!
Chapitre UN, première partie:
Elle s'agita dans le petit lit métallique.
Depuis une heure, elle se tournait, se retournait. Se concentrait sur les sensations de son ventre, taraudée par l'envie d'uriner. Mais, elle le savait, il fallait attendre: elle avait pris les deux cachets de diurétique juste avant de se coucher. Elle se lèverait plusieurs fois cette nuit.
Ne se lever qu'à coup sûr. Savourer pleinement ce sentiment que l'on se vide. Que le corps s'amenuise. Que tout ce qui serait poids, demain sur la balance, se dissout. Bien sûr, Meyer serait furieux.
Elle sourit dans le noir. Faire dégoupiller le bon docteur Meyer, c'était leur joie d'adolescentes prisonnières. C'était drôle, agressif, jouissif.
Meyer était attendrissant: Il croyait, en les enfermant, tenir la solution définitive. Il prendrait un air accusateur mais ne saurait pas dissimuler sa déception : elles battaient en brèche les théories américaines.
Encore maigri. Je vais t'enfermer. C'est ça que tu veux ?
Il était incapable de soutenir leurs regards ironiques. Il débiterait un de ses aphorismes plats, bafouillerait, battrait en retraite. Il verrait ses parents.
Elle ne tenait plus.
Elle se leva précautionneusement. Cécile dormait à coté d'elle, vautrée à plat ventre, ronflant impudiquement.
Ne pas heurter le lit de Cécile.
Le couloir était éclairé par la veilleuse.
Passer devant la chambre de Bernadette. Pas un bruit. Elle devait dormir Bernadette, la chambre à deux lits pour elle seule, rêvant elle aussi de kilos envolés.
Doucement! Il ne manquerait plus que Thérasse l'entende et rapplique! Pas futé l'infirmier, mais pas né non plus de la dernière pluie. Cinq allers et retours aux toilettes pendant la nuit égalent... prise de diurétiques.
La porte des lavabos. Doucement.
La lueur fade des veilleuses jetait des ombres sur les miroirs. La nuit était calme comme une nuit de rendez-vous. L'adolescente aimait se glisser seule dans les couloirs, petit fantôme rachitique et transparent. Elle voulait être une héroïne, quelqu'un d'exceptionnel. Sa force résidait dans son esprit et son corps trop lourd, vulgaire, n'était rien.
Main sur la poignée, rien n'avait craqué, parfait !
Elle poussa le battant de la porte, qui résista.
Qu'est ce que c'est, ce truc ?
Le plus sage aurait été de passer aux toilettes voisines. Mais elle était têtue; elle aimait aller au fond des choses.
Qu'est ce qui bloquait la porte, nom d'un chien ?
Elle se pencha.
........Elle hurle.
Elle n'est plus qu'une petite fille. Elle veut quelqu'un, un grand, un adulte. Ni Thérasse, ni Meyer ne sont plus des imbéciles. Elle est trop petite. Trop petite.
Thérasse arrive en courant. Juste à temps pour la cueillir dans ses bras, secouée de sanglots convulsifs.
Publié le 06/01/2006 à 08h06 dans ROMAN: Danse avec les fous, roman feuilleton