Le Blog de Patricia Parry
Toujours à courir, et le blog s'en ressent. pardonnez-moi de ne pas vous rendre visite en ce moment; mes journées n'y suffisent plus.
Je lis cependant et je ne résiste pas au plaisir de vous faire (re)découvrir le roi des feuilletonnistes du XIXe: plus prolixe que Dumas, plus audacieux que Balzac, plus échevelé qu'Eugène
Sue, plus rigolo que Féval. J'ai nommé l'incomparable Ponson du Terrail, le père de ce vaurien de Rocambole. Très politiquement incorrect car le héros est un psychopathe carencé de la plus belle
eau, et l'auteur le rend sympathique ce qui, à mon avis, était limite anarchiste à l'époque.
Les histoires sont tricotées avec foison de détails et de personnages, la vraisemblance n'est pas son problème. Ponson du Terrail "tirait à la ligne" c'est à dire que ces feuilletons étaient
payées au nombre de lignes, en effet. D'où des dialogues mirifiques où les interlocuteurs répètent trois fois la même chose (- J'ai bien entendu? - Mais oui, mon cher... - C'est sûr? -
Absolument = 4 lignes).
N'empêche: les intrigues sont hyper-tordues, les méchants apocalyptiques, les gentils si gentils qu'on se prend à se placer du côté des méchants.
Au passage je suis, comme d'habitude, frappée par la violence de cette société XIXe très bourgeoise et policée où la vie d'un homme ne vaut pas tripette et où le duel permet au plus fort
d'assassiner qui il veut sans que les autorités ne bougent.
Des aventures de Rocambole, je viens d'avaler deux pavés: Le club des valets de coeur et (tenez-vous bien) Turquoise la pécheresse. Des titres
comme ça valent leur pesant de pistoles.
L'intrigue n'est pas racontable tant elle est riche et profuse. Bien sûr à la fin les méchants sont punis, mais... Ah, ah, elle n'es pas morale cette histoire... Subversif, le petit père Ponson
du Terrail.
Je l'avais découvert adolescente, condamnée à un repos forcé qui m'obligeait à dévorer les livres. Il y a, dans ces deux bouquins, un personnage de femme très moderne et indépendante, et un
superbe jeune Prince russe de 20 ans.
Bien sûr l'écriture n'est plus celle dont nous avons l'habitude. il faut accepter de se laisser emporter par le torrent des histoires qui s'entremêlent.
Il parait que Ponson du Terrail avait tant de personnages, qu'il oubliait parfois ce qu'il en avait fait. Il a pu tuer un de ses héros au début du chapitre 15, pour le faire paraitre à la soirée
de la comtesse au chapitre 27. Pour ne pas oublier ses morts, il utilisait des figurines, qu'il couchait sur la table au moment du trépas, pour résister à la tentation de les faire
reparaitre.
Ponson écrivait si vite (le feuilleton était toujours pour la veille), qu'il ne se relisait pas toujours. Le ton est dramatique, lyrique, humoristique. Les héros s'exclament: "Malédiction!"
lorsqu'ils sont confrontés aux durs coups du sort et "Tudieu!" avant de dégainer leur fleuret.
Petit florilège:
Le vieux monsieur se promenait tous les jours dans le jardin, les mains derrière le dos, en lisant son journal.
Avait-elle vingt cinq ans à peine ou touchait-elle aux rives désolées de la quarantième année?
Cerise n'avait poussé qu'un cri, mais ce cri avait pénétré dans le coeur de l'ouvrier comme la lame d'un poignard
La pauvre femme entendit ce coup de cloche dans son coeur mieux qu'elle ne l'entendit avec ses oreilles.
Ah, quel style! :-))
Ponson du Terail, Tudieu mais c'est de ma jeunesse dont tu parles là ma soeur !
@ Mrs K. : le "que" et le "dont", le double génitif? C'est un de mes combats, ma soeur! Je pourrais t'en parler des heures, comme de toutes les choses indispensables!
c'est le sujet dont je parle
c'est de ce sujet que je parle...
Tu sais qu'à force de parler deux langues, il m'arrive de faire de grossières erreurs ? hispanismes et galicismes, tout le monde y a droit !
Wahou ! Je note cet auteur dans ma liste !
:D
Kiki :-)
Allez... Vendu !
Que ne me feras-tu pas faire ? Je suis en train de lire ta bible, je viens d'acheter "le roman de la momie", et là, je suis bonne pour me mettre à Ponson du Terrail (rien que pour le nom)... Cela dit, certains romans contemporains m'ont tant déçue ces derniers mois que finalement, le XIX° m'ira très bien quelques semaines de plus.