Le Blog de Patricia Parry

Episode 1

Episode précédent

- Quoi ? - Mort ! répéta-t-il avec lassitude. Bien mort. Une balle dans la tempe. - Il s'est suicidé ? murmura Béatrice horrifiée - On ne sait pas encore. Elle se cala dans le fauteuil, pensive, le regardant à la dérobée : - Est-ce que ça voudrait dire que... Enfin, il n'a pas laissé de lettre ? - Non - Est-ce que...vous pensez que c'est lui, pour Bernadette ? Elle était stupéfaite et, de manière curieuse, presque agacée par les événements qui ne s’emboîtaient pas selon sa logique à elle. Tout était invraisemblable. Elle détestait n'y voir pas clair. Elle aimait savoir à quoi s'en tenir avec la vie.    Elle s'entêtait à vouloir faire face. Toujours faire face.   Elle eut l'impression de perdre pied.  - Oh, dit-elle en pleurant, c'est impossible ! Il s'accroupit près d'elle, les bras sur l'accoudoir. Il avait très envie de la toucher. Le suicide de Meyer était un coup terrible. Il avait persécuté le père de l'enfant assassinée, aveuglé par les souvenirs et l'image de sa sœur violentée. Il n'avait même pas été capable de protéger Valentine. C'était comme si Tiphaine était morte deux fois. La première fois de la lente torture imposée par son père, avec pour seule issue le doux sommeil des barbituriques ; la deuxième fois ce soir, par Valentine agressée, par Bernadette assassinée. Il avait raison en pensant que Tiphaine revenait l'avertir. Il avait tort en se croyant enfin tout puissant contre son père. Le vieux porc était toujours debout au fond de sa villa de bord de mer sous les dunes. Sa femme l'idolâtrait toujours, religieusement. Elle n'avait jamais cru Tiphaine. Les voisins les saluaient quand ils sortaient pour leur promenade quotidienne. La ravissante Madame Mornay. Lui encore très bien. Les voisins ne savaient pas qu'ils avaient des enfants car aucun des trois fils ne venait jamais les voir. Eh oui, même l'avocat, même le psychiatre. Ne parlons pas du flic, caractériel notoire qui prétendait les avoir rayés de sa mémoire. - Béatrice, dit-il doucement, comment va Valentine ? - Oh, elle va bien. Elle dort... Elle n'a rien dit, ajouta-t-elle - Sandrine a maintenu ses affirmations. Il sera très difficile après ça de ne pas imaginer que Meyer avait séduit Bernadette. Surtout quand on connaît l'ascendant qu'un psychiatre peut avoir sur ses patients. - Mais pourquoi l'aurait-il tuée ? - Elle menaçait de le dénoncer. Elle secoua la tête, découragée : - Vous l'avez trouvé chez lui ? - Directement, en sortant d'ici. On a posé Sandrine au commissariat et poursuivi chez Meyer. Il était effondré sur son bureau. Une balle dans la tempe, une arme à la main. Elle soupira : - Je sais qu'il avait une arme. Il était relativement fasciné par les armes à feu. Recroquevillée, les bras autour des genoux, elle frissonna : - Je m'en veux tellement ! Il est passé me voir, tout à l'heure à mon bureau, et je l'ai pris de haut. Il voulait me dire quelque chose, et je n'ai pas su le laisser parler. Quand je pense que c'est mon métier ! J 'ai été nulle! Si à nouveau elle versait une larme, il la prenait dans ses bras. - Je me sens très en colère contre moi-même, dit-elle. C'est une sensation dont j'ai horreur. Vous voyez ? Il voyait. Si lui, Julien Mornay avait été plus efficace, Meyer serait encore vivant. En taule, mais vivant. Quant au père Labeyrie, ce brave père un peu manipulé par sa fille, il serait bien bon s'il ne le faisait pas casser. Heureusement qu'il n'avait pas eu le temps d'interroger Thérèse ! - Julien, dit-elle Il sursauta, rougit de sa nervosité et rougit plus encore lorsqu'il se rendit compte qu'elle l'appelait par son prénom. C'était malin, à peine guéri d'Anne, tomber malade de Béatrice. Tomber malade du témoin. Etre neutre avec le témoin, c'était le minimum exigé. Mais rester neutre dans le maelström de sentiments qui l'agitaient après la mort de Meyer, il n'en était plus capable. Or donc, il était tombé amoureux d'elles, Valentine et Béatrice, et la psychiatre avait dû le percer à jour. Une bouffée de désir le laissa flageolant, presque hébété. Passer à l'acte avec un témoin, il n'avait encore jamais fait. Pour conjurer le danger, il raconta Tiphaine. C'était la première fois qu'il évoquait sa sœur après toutes ces années : les dimanches à la messe, la jupe plissée bleu marine, les lectures dans le grenier, et puis aussi les trop longues jupes, les tuniques qui masquent le corps, les cheveux gras cachant les yeux. Surtout ne pas être jolie, surtout ne pas être désirable, ne pas commettre ce péché-là, c'est ma faute, tout est ma faute, notre père est honnête, respectable, respecté, c'est moi la coupable. D'ailleurs, Maman le dit, tu es une petite perverse, qu'ai-je fait au ciel pour mériter une enfant aussi mauvaise, Henri qu'allons nous faire, cette enfant dit des choses tellement insensées que je ne saurais les répéter, j'ai honte d'elle. Les mots coulaient facilement. La psychiatre était bienveillante, c'était son job. La psychiatre était attentive et le considérait avec une sérénité de bon aloi. En réalité, elle se disait qu'elle avait été à deux doigts de tomber dans les bras de la police, que ce type était craquant, qu'elle était mariée, nom d'un chien, que Valentine dormait à quelques mètres. Julien s'était tu. Il la regardait, un peu perplexe, étonné de la fluidité de sa confession: - Vous avez un pouvoir qui fait parler les gens ? Elle se pencha vers lui, doucement... et se leva : - Oh, mes méthodes ne sont pas comparables à celles de la police... Elle mit deux mètres entre eux et ajouta très vite : - Est-ce que... Est qu'on saura vite pour Jean ? Je veux dire comment il s'est suicidé et tout ça ? Il soupira : le témoin était bien. Le témoin jouait son rôle, restait à sa place. Oui, l'affaire est peut être close, et pas grâce à moi, c'est le moins que l'on puisse dire ! Je vous appellerai, dès que je pourrai vous donner des informations.  Elle le raccompagna jusqu'à la porte d'entrée et dit dans un souffle en lui serrant la main : - Vous n'êtes pas obligé de téléphoner. Vous pouvez aussi passer me le dire. à suivre  
Lun 13 mar 2006 5 commentaires
Ouf, un peu de répit après le chapitre précédent.
C'est pas tout rose dans la vie de Mornay non plus. Il a pas mal de démons.
Len Janak - le 13/03/2006 à 21h32
c'est un anti-héros pas trop lisse! :))
Béatrice
Particulier ce passage, à la fois... sensuel et dramatique.
Très émouvant !
Roanne - le 13/03/2006 à 23h21
un copier coller, c'est tout ce que je peux me permettre en ce moment même si il y a une petite amélioration, je dois encore rester prudent avec le clavier. Merci de ton soutien et de tes visites. Gros bisous du vieux sorcier
Honorius - le 15/03/2006 à 10h26
Bon courage!
Béatrice

Salut Béa,


une question mamzelle : au début quand elle lui demande si c'est un suicide, il lui répond qu'on ne sait pas encore, et plus loin, elle lui demande  : "est-ce qu'on saura (...) comment il s'est suicidé?". J'ai loupé un passage??


Des bisous ;-D

So - le 16/03/2006 à 18h23
je vais me relire!
Béatrice
Il est mort c'est clair ,je crois.
zordar - le 23/03/2006 à 22h40