Le Blog de Patricia Parry
- Oui, Bernadette! Elle me narguait cette petite garce! Quand je suis entrée dans le pavillon, l'autre soir, après avoir envoyé le fax, je l'ai trouvée aux toilettes! Elle était en train de se laver! Se laver, vous devinez quoi, la petite putain! J'étais outrée! Une fille de son âge! Elle a eu le culot de me rire au nez! De me dire qu'elle savait des choses sur Jean! Et comme je la renvoyais au lit, elle m'a dit qu'il lui avait fait des propositions! Elle m'a dit que...Elle m'a dit...!
Elle s'étouffait encore de rage ! La petite salope! Elle riait aux éclats dans le silence de la nuit. Ce rire odieux! Espèce de vieille peau, si vous croyez qu'il ne regarde pas les jeunes! Les filles comme moi! Regardez-vous, mais regardez-vous, pauvre vieille! Si vous croyez que je ne sais pas que vous couchez avec lui! Ca ferait rigoler l’hôpital entier s'ils étaient au courant! Et je le répéterai si vous venez m'emmerder! Et moi, moi, je lui fais faire ce que je veux!
La faire taire! La faire taire! Elle était si frêle, si maigre! Ca s'était fait tout seul, avant qu'elle ait eu le temps d'y penser!
Elle s'était écroulée au pied du lavabo.
Quand elle l'avait vue sans connaissance, elle l'avait traînée jusqu'aux toilettes et l'avait grotesquement déposée sur le siège. Aujourd'hui encore, elle aurait eu du mal à expliquer pourquoi elle avait éprouvé le besoin de parachever son acte par cette bouffonnerie cruelle.
Tout ça, ce n'était pas la faute de Jean! Elles le poursuivaient toutes ces pimbêches! Elle avait bien vu le manège des élèves infirmières! Et la petite Rivière! Elle croyait que c'était arrivé, ma parole! Heureusement qu'elle était là pour veiller sur lui. Parfois, elle venait le rejoindre lorsqu'il était de garde, c'est pour ça qu'elle avait la clé. La clé des médecins! Personne n'avait rien soupçonné, n'est ce pas? Elle était très forte!
Et la petite Beaumont! Elle avait le sang chaud! C'était normal, elle était bien la fille de son père!
Josiane Dubout avait téléphoné chez Béatrice, à la demande du directeur, pour savoir si elle prendrait bien sa garde du lendemain: le tableau affiché chez le concierge n'était pas assez précis. Elle était tombée sur Sandrine qui ne lui avait même pas laissé le temps de parler: elle l'avait prise pour une journaliste et lui avait tout balancé.
Ah, l'horreur, l'horreur! Le désespoir l'avait submergée. Il lui avait juré que la petite Labeyrie n'était rien pour lui, mais comment le croire? Et la petite Rivière avec sa crinière rousse, qui se portait garante pour lui! Qui lui fournissait un alibi! Elle en avait pleuré! Pendant qu'elle était de garde, alors qu'elle le croyait à son match de boxe, il avait rendez-vous avec cette punaise qui se voyait déjà Madame Meyer! Il disait que les gamines ne l'intéressaient pas! Qu'il préférait les femmes mûres. Les vraies femmes! Et cette sale gosse. Une autre vicieuse précoce! Il n'avait pas pu se retenir! Elle avait couru jusque chez lui et l'avait attendu, folle de colère! Elle savait qu'il avait des armes: à plusieurs reprises, elle avait tenté de lui faire la leçon, lui avait dit que c'était dangereux. Au lieu de tenir compte de ce qu'elle disait, il lui avait expliqué comment on les charge!
Elle avait pris un revolver. Lui n'appelait pas ça comme ça; il y avait un nom plus technique. Il se moquait d'elle quand elle en parlait! Il allait voir! Il avait nié, encore une fois! Dit qu'il en avait marre de leur hystérie, de ces cris, de ces accusations de débile! Dit qu'il connaissait cette gosse depuis toujours et que la femme de ménage était une folle qui s'était excitée sur un geste de rien du tout! Dit que si ça continuait, il allait se casser! Comme s'il n'avait rien de plus intéressant à faire que de sauter sur une gamine de huit ans alors qu'il pouvait avoir n'importe qui s'il voulait! Elle le savait bien d'ailleurs! La petite Rivière, tiens! Parfaitement. Nathalie! Elle le savait, hein? Sinon, pourquoi aurait-elle fait faire cette teinture rousse ridicule!
Elle avait tiré.
Il s'était écroulé devant elle stupéfaite. S'était étalé sur le bureau.
Les minutes qui avaient suivi étaient les plus éprouvantes de sa vie. Oh, Jean, Jean! Au secours! Au secours, à l'aide, il est mort! C'est impossible! Je n'ai pas voulu ça!
Elle avait même composé le numéro du SAMU, avant de raccrocher: elle était infirmière. Elle savait ce que c'est qu'un homme mort. Elle lui avait mis l'arme dans la main, terrifiée, incapable de penser. Elle savait bien qu'il était gaucher mais pour l'heure, plus rien n'avait d'importance pour elle! Elle avait quand même essuyé les meubles et les poignées de porte, comme ils faisaient dans les films, pour effacer ses empreintes. De toute façon, elle était venue plusieurs fois avec Lucien. Meyer les avait invités.
Ah, l'horreur des jours suivants, où il avait fallu faire face. Que Lucien ne soupçonne rien! Et surtout, surtout vivre avec sa douleur! L'horrible blessure de la mort de Jean! Jean, le seul homme qu'elle ait aimé.
Béatrice s'était recroquevillée. Josiane Dubout monologuait, indifférente, le visage couvert de larmes:
- Et vous, vous qui venez encore me narguer! Tout à l'heure, encore! Vous allez me payer tout ça, vous entendez! Ma vie est foutue! C'est votre faute! hurla-t-elle. Vous avez tout, je n'ai rien! J'ai lutté pendant des années alors que vous aviez tout dès le départ! Vous n'avez pas le droit de me mépriser! Je vaux autant que vous! Il pouvait m'aimer autant que vous!
Béatrice avait l'impression que son cerveau s'engourdissait. Bon sang, la police était dans le parc, Mornay l'avait dit. Etait-il possible qu'ils ne l'aient pas vu entrer? Ou avaient-ils pensé qu'il était normal qu'elle se rende à la chambre de garde? Oh, Dieu, c'était ça! Ils cherchaient Jalons! Peut-être même l'avaient-ils arrêté? Et la présence de la surveillante sur les lieux de la garde médicale n'était pas quelque chose qui pût les intriguer. Elle eut un sursaut de révolte et, sans même s'arrêter à réfléchir, bondit de son siège pour détourner l'arme et tenter de s'enfuir.
Le revolver vola à travers la pièce. Béatrice courut jusqu'à la porte, les jambes flageolantes. Mais Dubout qui s'était retournée vers elle, la plaqua contre la table. Elle était plus grande, plus lourde et animée d'une de ces rages inextinguibles qui décuplent les forces. Les doigts de la surveillante lui emprisonnèrent le cou.
Elle appuyait de tout son poids, bien sur les carotides, s'encourageant par un soliloque barbare:
- Voilà, ça y est, tu vas crever! Tu vas crever!
Béatrice vit des mouches brillantes flotter devant ses yeux. Il lui semblait que son cœur battait à l'intérieur de son cerveau. Des coups sourds. Des cris. Des cris.
à suivre
Mar 16 mai 2006
4 commentaires
Je confirme ce que dit Roanne, c'est barbare de nous couper en pleine action, comme ça.
Mais en revanche, nous avosn eu beaucoup de révélations alors ça équilibre.
Vivement la suite.
Mais en revanche, nous avosn eu beaucoup de révélations alors ça équilibre.
Vivement la suite.
Len Janak - le 17/05/2006 à 11h55
ça vient ;-)
Béatrice
ba ou es tu passé Patricia ? j'ai essayé de remonter ton fil mais il est introuvable donc je pose ma question ici o)) J'espere que ca va !!! Bisous
salwa - le 19/05/2006 à 14h27
Réponse dans les deux articles qui suivent! Bises aussi!
Béatrice
C'est vrai ça , s'arreter en plein combat de catch , c'est inhumain !
zordar - le 24/05/2006 à 13h11
Moi qui me disais "géniale, la suite !" me voilà bien avancée, tu nous coupes en pleine action ! C'est assez barbare...
*j'espère que nous aurons la suite assez rapidement...*
En attendant, je te souhaite un bon début de semaine !