Le Blog de Patricia Parry
- Il m'a quand même tirée de là dit-elle. Et surtout Bertoumieu.
- Le géant blond? Je l'ai embrassé ce type. Très bien.
Elle rit. Elle était à nouveau chez elle, dans le fauteuil art déco, sous le Vander Meulen. Demain, elle ferait revenir Valentine.
- Et Jalons?
- Oh, il a fini par cracher son véritable alibi pour les deux fois: il avait rejoint sa maitresse. Le croiriez vous? Il était effondré à l'idée que sa femme l'apprenne!
- Et pour l'histoire Saint Germain?
Julien haussa les épaules:
- Le vieux Monsieur sera mis sous tutelle. Mais je crois que ça va en rester là!
- On admonestera les coupables? On leur dira que c'est très mal?
- Le docteur Delmas a senti le vent passer.
- Et les Labeyrie?
- Dans l'état actuel des choses, on va les laisser tranquille.
Il ne pouvait détacher ses yeux des marques qu'elle avait sur le cou. Elle porta la main à sa gorge, comme pour se protéger, et le geste le bouleversa:
- Avez vous encore très mal, Béatrice?
- Ce sera votre éternel regret, ne pas être arrivé à temps?
- Eternel !dit Julien. Et là, maintenant, c'est encore trop tard?
EPILOGUE
Julien se repassait le Tavernier. C'était le film pour les moments de cafard. La pluie mouillait les vitres et il se sentait en harmonie parfaite avec le temps: giboulées glaciales qui transpercent les vêtements et impression de fin du monde. Ca ne servait à rien de rester près du téléphone.Ca ne servait à rien mais il s'entêtait quand même. Après tout pourquoi pas? Elle appellerait peut-être. Il regardait l'écran sans plus le voir .
Il était bien avancé, maintenant. Maintenant qu'il savait qu'elle dormait la tête un peu penchée sur le bras droit. Qu'elle perdait dix ans dans son sommeil et semblait devenir la grande sœur de sa fille. Qu'une cicatrice émouvante courait sous son sein gauche parce qu’à peine sortie de l'adolescence, il avait fallu l'opérer à cœur ouvert. Que sa lutte incessante contre les éléments était aussi une lutte pour la vie.
Bien avancé.
On sonna à la porte. Il eut la tentation de s'enfoncer un peu plus dans le canapé et de faire le mort.
Mais on ne sait jamais. Et si elle...
Il se traîna jusqu'à l'interphone.
- C'est moi, dit Rachid
- Casse-toi, répondit Julien
- Déconne pas, Julien, ouvre. Allez!
Julien obtempéra dans l'indifférence. Rachid fut là quelques secondes plus tard, un peu embarrassé mais bienveillant.
Julien lui désigna un siège sans un mot et s'assit sans plus s'occuper de lui.
Le silence s'éternisant, c'était dur pour Rachid qui ne pouvait se taire plus de quelques minutes. Il compta les verres sur la table basse, jeta un œil au film, nota que Julien avait posé une affiche au-dessus de la télé: un truc abstrait, avec des rouges, des bleu-roi, des amas de couleur. Il alla jusqu’à déchiffrer le nom du peintre: Van-der-Meulen. Un Belge, probable! Il n'y tint plus:
- Julien, qu'est ce que t'as?
Julien haussa les épaules. Aussi bien, il pouvait le lui dire, comme ça il aurait la paix:
- Il est revenu dit-il sombrement
- Son mari?
- Oui. Il a réglé le sort du monde. Retour au bercail.
- Et... Qu'est ce qu'elle a dit?
- A ton avis?
Rachid eut la délicatesse d'éviter les "tu t'en doutais bien", les "qu'est ce qu'elle peut faire d'autre?", qu'il s'était déjà servi lui-même, merci. François Beaumont était rentré, et Béatrice sincère et désemparée, ne savait absolument pas ce qu'elle devait faire. Attends, je ne sais pas, attends, attends.
- Mais tu vas rester là, sans rien faire?
- Si c'est tout ce que tu as à dire, tu peux aussi bien partir
- Non, attends. J'étais venu pour...
Rachid prit son élan:
- Bon écoute, c'est l'anniversaire de Yasmina et avec Noémie on a pensé que...
- Qui est Noémie?
- Ben, la secrétaire, tu sais...
- Ah oui, la vierge en grand deuil.
- Oh, ça va! Elle est très gentille, comme fille. Et puis c'est pas la question. (la question était qu'elle au moins, n'était pas mariée, mais ce n'était pas le moment d'aborder le sujet). Tu devrais venir avec nous. Yasmina fait une fête. Il y aura de la musique et puis de la bouffe arabe. Ca te ferait du bien, un bon bain dans le peuple. Nous, on sait s'amuser.
Julien leva les yeux au ciel.
- Ce n'est pas assez clean pour toi? dit Rachid blessé
- Ta mère a fait des gâteaux? le coupa Julien
- Des...?
- Des gâteaux au miel. Avec des figues et des dattes.
- Ben oui, murmura Rachid qui rougit comme un gamin
- Le paradis est pavé de gâteaux arabes, jeta Julien. D'accord, je viens. Je vais me saouler avec votre vin qui décape.
à suivre (c'est pour la prochaine fois...)
Dim 21 mai 2006
2 commentaires
hé, hé...
Béatrice
Ca me donne des idées pour ce midi !
zordar - le 16/06/2006 à 12h30
Que peut-il encore se passer pour que ce ne soit pas encore la fin ?